‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 48 sur 77 · M A HC II É «ES INNOCENTS · texte numérisé non relu

M A HC II É «ES INNOCENTS

sérent, quoique Molière ne l'eût pas encore dit, qu'il est avec le ciel des accommodements; ils emplirent en soupirant leur escarcelle de beaux écus d'or, et ils se hâtèrent d'aller frapper à la porte déjà entr'ouverte de révéché. 11 serait difficile d'évaluer maintenant ce qu'il leur en coûta en 1437, pour réconcilier l'église avec ttieu..., et surtout avec les prêtres: mais l'exemple du prélat financier profita bientôt à son successeur Denis Dumoulin, qui, trois ans plus tard, fit fermer à son tour le cimetière des Innocents, sous le prétexte d'une nouvelle profanation, tout-à-fait différente de celle qui avait déjà valu à cette malheureuse église une interdiction épiscopale.

L'auteur du Journal de Paris, sous les règnes de Charles VI et Charles VU, nous a dit très-naïvement à ce sujet : « On n'y enterrait ni - petit ni grand; on n'y faisait ni procession ni recommandation pour • personne. L'évèque, pour en permettre l'usage, voulait avoir trop grande » somme d'argent , et l'église était trop pauvre. » 11 est probable pourtant qu'on parvint à satisfaire la conscience timorée du métropolitain ; car à cette époque le clergé rabattait fort peu de ses prétentions spirituelles ou temporelles.

Si l'église et le cimetière des Saints-Innocents furent profanés plus d'une fois, ou voyait aussi, attenant à 1* édifice, un asile de pénitence el

de profonde contrition. C'était une sorte de prison ou des femmes et des hlles, pécheresses repentantes, s enfermaient pour le reste de leur vit*:

ï:*\ MARCHE DKS INNOCENTS.

elles faisaient murer lu porte de celte demeure suprême, où elles espéraient reconquérir leur salut dans le ciel, un peu compromis au sein des voluptés de ce monde. Ces pauvres recluses se trouvaient en communication avec l'intérieur de l'église, au moyen d'une fenêtre étroite, par laquelle on leur passait les aliments grossiers qui les empêchaient tout juste de mourir de faim. Selon les registres manuscrits de la Tournelle , ces réclusions, qui furent quelquefois forcées, se multiplièrent au xv* siècle, période aux passions ardentes, durant laquelle les dames donnèrent amplement carrière aux tendres égarements du cœur et de l'esprit.

Quand l'amour devient expansif et audacieux comme chez les dames du xv e siècle, le mariage est un témoin assez importun, et le vice, «téné dans ses allures, se fait crime tout simplement par amour pour la liberté : Renée de Vendomois, femme du seigneur de Souldai, s'était affolée pour un bel archer de la garde du roi Charles VIII : il y avait en ce (emps-là grande concurrence de convoitises féminines autour de ces compagnies, formées d'une élite d'hommes d'armes titrés; Renée de Vendomois, afin d'embellir la chaîne qui l'unissait à son amant, s'efforça de la dorer; pour y réussir, elle vola d'abord son mari, et puis ses amis, et puis tout le monde, afin de ne point faire de jaloux. Enfin, lasse du joug matrimonial, qu'elle secouait pourtant avec beaucoup de liberté et de bonne grâce, elle fit assassiner le seigneur de Souldai, en disant peutêtre à sa conscience : laissez passer la justice de l'adultère T Le Parlement condamna Renée de Vendomois à mourir sur un échafaud ; mais Anne de Beaujeu, régente du royaume, pénétrée sans doute de ce principe évangélique, qu'il devait être beaucoup pardonné à la coupable parce qu'elle avait beaucoup aimé, commua sa peine en une réclusion perpétuelle au cimetière des Innocents.

Depuis l'année 1180, ce cimetière était environné de hautes murailles; ce ne fut guère que deux siècles plus tard que l'on commença à construire la galerie appelée les Charniers : galerie sombre, humide, tapissée de monuments funèbres, et pavée de tombeaux, dont les cavités rendaient un sou lugubre sous le pied des passants; là, s'en retournaient pompeusement à la poussière, au néant d'où ils étaient sortis, les riches et joyeux convives du banquet de la vie ; dernier honneur rendu à l'opulence et à la noblesse; dernier reflet des frivoles splendeurs de ce monde, qnise projetait encore dans le domaine de la mort !

Le charnier des Innocents ne ressembla jamais au Ctmpo Smcêê de Pise . même lorsqu'il eût été embelli par le maréchal de Bondeant el par le fameux Nicolas Flamel coryphée des philosophes hermétique» du xv" siècle. Il régnait sous ces voûtes funéraires une disparité étrange des épilaplies gravées sur le marbre, des tètes de mort sculptées , des ossements en eroix. à coté des altifets d'un magasin de modes ou de

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