‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 49 sur 77 · MAIICHE DES IN MOMENTS · texte numérisé non relu

MAIICHE DES IN MOMENTS

lingerie; ailleurs des instruments rie musique suspendus, en guise de harpes éolieunes , à un squelette de marbre blanc qui était l'œuvre de (iermain Pilon; plus loin, le tombeau de la dame Flamel.orné de figures d'anges et de saints, servait d'étalage à des jouets d'enfant. Un des côtés du charnier longeait la rue de la Ferronnerie, nommée précédemment nie de la Cliarronnerie. Sur cette face du charnier était peinte la danse uuicabre, parodie amèrement philosophique des travers de ce monde, exécutée parla comédie delà mort, pour faire honte à la comédie des vivants.

La justice de la danse macabre était égale pour tous : c'était l'égalité du cimetière. Les cardinaux , les princes, lesévèques, les moines , les avocats, les ménétriers, les reines, les bourgeoisies religieuses, les enfants ; tout le monde passait, bon gré mal gré, par l'impitoyable satire de la danse macabre.

Devant ce spectacle d'une originale bizarrerie, s'élevait, en 1429, un échafaud que l'on aurait pu croire destiné à l'exécution de quelques hautes œuvres criminelles; cependant, du liant de sa plate-forme on ne faisait justice que du dérèglement des mœurs contemporaines; c'était la chaire d'un prédicateur nommé le frère Hicharri, terrible et persévérant antagoniste du luxe et de la galanterie; le frère Hicharri ne cherchait point à convertir 1rs pécheurs par l'onction d'une parole touchante et persuasive ; c'était par d'horribles imprécations qu'il attaquait le vice ; il le montrait a nu, il détaillait en termes grossiers les scandales du temps; il faisait retentir les noms les plus illustres dans le bruit de ses orageuses prédications. Le frère Richard se plaisait à critiquer d'un ton sarcastique la toilette par trop païenne des femmes. Il eflleurait de ses paroles railleuses leur beau sein tout découvert, bondissant, disait-il, du plaisir qu'elles éprouvaient à le laisser voir et à le faire adorer; il dénonçait à l'indignation chrétienne jusqu'aux échancrures démesurées de certaines robes, que les pécheresses n'avaient adoptées, suivant lui, que pour mieux inspirer les mauvaises pensées! le fougueux prériicant usait du bénéfice delà parole, comme un homme qui ne croit plus à la chasteté ries oreilles rie son auditoire ; les sermons du père Hicharri seraient une excellente et précieuse consultation historique, pour l'historien qui voudrait entreprendre l'étude fidèle des mœurs du xv r siècle.

Si Fart ne brillait pas précisément dans la disposition , dans l'arrangement du cimetière et du charnier des Innocents, il n'était pourtant pas impossible d'y découvrir, çà et là, le goût et l'inspiration des artistes ; indépendamment de quelques tombeaux d'une belle exécution, on y pouvait s'agenouiller au pied d'une croix ornée d'un bas-relief sculpté par Jean tioujon, et qui représentait le triomphe du Saint-Sacrement; le citadin attardé, qui passait «levant le cimetière après l'heure du couvre feu, s'arrélait quelquefois pour regarder eu frémissant nue mystérieuse flamme qui

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