‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 50 sur 77 · MANCHE DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

MANCHE DES INNOCENTS

brillait dans les ténèbres et qu'une main invisible semblait faire rayonner au-dessus île ce champ du repos éternel ; ee n'était là <|if une lumière bien prosaïque entretenue dans une lanterne en pierre haute de quinze pieds, et qu'un habile ciseau avait ornée d élégantes sculptures; quelques écrivains ont confondu l'appareil de ce phare funéraire avec la fontaine des Innocents.

Cette fontaine, dont l'existence remontait au xnr siècle, avait éle adossée à l'église, au coin de la rue Saint-Denis et de celle aux Fers: à cette époque, elle n'offrait encore aucun aspect de l'art monumental: ce ne fut qu'au xvr siècle que Jean Goujon eu tit un de ses titres de gloire. Avant de vous parler de ce ehcf-d'u'iivrc du ciseau île la renaissance, nous avons à vous rappeler encore une catastrophe sanglante dont l'église des Innocents fut le théâtre, eu 15511.

En 1559, l'anathèmc qui tombait de toutes les chaires catholiques était affreux, impitoyable ; un minime, nommé Jean de Hait, se distinguait dans la foule des prédicateurs zélés par son intolérance sanguinaire. In jour, tandis que cet énerguméne demandait à grands cris des bûchers, des estrapades et des échafauds pour les disciples de Luther et de Calvin, deux assistants se prirent de querelle dans l'église des Innocents, et l'un d'eux jeta le mot de luthérien à la tète de sou adversaire ; ce mot valait un coup de poignard ! Aussitôt l'auditoire, exalté par les vociférations du prêtre, se précipite sur le malheureux que l'on accuse d'être un misérable protestant ; aux cris de la victime, deux passants, deux chrétiens se jettent dans l'église pour secourir un homme que l'on frappe, que l'on

tue Us sont poignardés, et le minime continue à prêcher dans le

sang, la religion d'un Dieu qui est mort sur la Croix )>our nous racheter.

Parmi tous les morts illustres qui reposaient dans le cimetière des Innocents et sous les voûtes de ses charniers, nous devons citer Jean le Boulanger, premier président du Parlement, Nicolas Lefèvre, habile critique, et François-Eudes de Mézeray, qui mourut pauvre comme La Fontaine et comme Corneille, pour avoir préféré le renom d'historien véridique m titre d'historiographe de France.

Le cimetière et le charnier des Innocents furent détruits avant la lotion ; depuis longtemps déjà l'on se plaignait des émanations | tielles de cette terre sépulcrale, au milieu d'un quartier populeux, < damné à lutter contre des fièvres affreuses, dans cette cohabitation I des vivants et des morts. On enleva, en 1786, tons ces ossements i mules depuis cinq à six cents ans, et l'église elle-même fut démolie. La fontaine qui s'y trouvait adossée, avait été reconstruite en 1550 par l'architecte Pierre Lescot. abbé de Clugny, et le célèbre Jean Goujon s'était chargé, comme nous l'avons dit, de l'exécution des sculptures don! elle est ornée. En 1788, ce délicieux monument fut enlevé avec une difficile

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