MA H G 11 K MIS INNOCENTS
vailétre quelque chose en France : dans ce temps de perturbation, disent les uns, de régénération, disent les autres, l'émeute gronda souvent au marché des Innocents : il fallut plus d'une fois, que le magistrat-chapelier ou quincaillier de la section déployât, par mesure d'ordre, sou écharpe tricolore sur ce petit foyer insurrectionnel; mais aussi, avec quelle joie expressive Ton y célébrait les victoires de nos armées républicaines ! comme les dames huppées et les petites revendeuses de l'endroit confondues dans ces élans de nationalité populaire, faisaient sauter leur cotillon à la gloire des vainqueurs de Fleurus, de Lodi, d'Arcole et de Marengo! Plus tard, Napoléon organisa, par un décret impérial, la gai te patriotique des halles : on y servit, aux frais de l'État, des repas somptueux, dans l'immense local où se fait la criée du beurre ; lesoir, l'enceinte dont il s'agit, devenait une salle de bal étincelante de bougies, où l'on dansait aux sons d'un orchestre magnifique; une fois, par extraordinaire, quatre bornes fontaines, plantées au coin du monument décoré par Jean Goujon, donnèrent le spectacle gratis d'un vin généreux qui coulait pour tout le monde, durant une bonne partie de la journée :
« Le repas fut fort honnête;
• Rien ne manquait au festin ;
• Mais quelqu'un troubla la fête
» PeiuLnt qu'ils étaient en train. •
Par malheur pour les grands seigneurs et pour les grandes daines de la halle, il y avait, ce jour-là, tout prés d'eux, des gendarmes tricolores, chargés de surveiller la joie publique, des agents de police qui s'avisèrent, plus d'une fois de régler le pas de la danse, et d'envoyer au violon le patriotisme et le plaisir!
Le pouvoir impérial fut mieux inspiré lorsqu'il substitua, sur le marché des Innocents, des échoppes en bois à ces ignobles parapluies, à ces énormes champignons de toile qui s'étendaient de la pointe Saint-Eustache à la rue de la Ferronnerie. L'on trouva le moyeu «le remplacer quelque chose d'affreux par quelque chose d'horrible.
Les galeries en bois forment un disgracieux ornement à la fontaine monumentale qui s'élève au centre du marché; à vrai dire, des amas de choux, de carottes et de pommes de terre, éléments matériels des capables électorales et électives, exposés à ciel découvert, produiraient un effet plus ignoble encore que celui des champignons-parapluies.
A une époque très-rapprochée de la nôtre, il se passa des événements graves au marché des Innocents : durant les trois journées qui suffirent pour renverser une monarchie, le peuple avait fait des échoppes du fruitier et de l'orangère autant de petits forts détachés d'où partait une mousquetade qui, pour être dépourvue de régularité, n'en était pas moins meurtrière. Sur ce point, comme partout, la victoire resta à ceux qui
2ttt MAItUIti 1IES INNOCENTS.
combattaient pour le droit, contre les défenseurs do l'arbitraire et de l'oppression. Mais le triomphe coûta cher aux phalanges populaire; Dieu seul sut le nombre des victimes qui ont reposé près de dix ans au milieu d'un marché, dans une halle, défendues à peine du piétinement de la foule par une fragile barrière ; sans doute, il vous souvient d'avoir vu cette petite enceinte funèbre, où Ion avait enseveli pele-inèle, dans un
linceul de chaux, les amis et les ennemis Mais la mort ne proteste
point contre de telles mésalliances, et c'est un grand pacificateur que le repos de la tombe !
Lu mot encore : an sud du marché des Innocents s'étend la me de la Ferronnerie où le seul roi dont le jfeuple ait gardé la mémoire avant Napoléon mourut d'un coup de cette arme fanatique dont la |H»ignêe est à Itomc et la pointe partout, selon l'ingénieuse et expressive parole d'un avocat illustre. A l'ouest est située la petite rue de la Tonnellerie, où naquit cet admirable précepteur du genre humain, dont le nom glorieux a
manque à la gloire de l'Académie française Eu Italie, ou montrera
dans vingt siècles le toit sous lequel le Dante vit le jour; chez nous, b spéculation a déjà enseveli dans la poussière des grabats, le berceau de notre immortel Molière; seulement, sur la façade d'un bâtiment tout neuf, et qui donne des revenus superbes, sans doute, vous pourrez voir à grand' peine le buste lilliputien du poète comique de Louis XIV; l'architecte qui a bâti cette vilaine maison bourgeoise, a eu la bonté d'écrire au-dessous de l'image d'un grand homme que là fut la première demeure de lauleur du Tartufe et du Misanthrope] (l'est ainsi que l'on entend en France le culte des souvenirs et de la poésie! Au nord du marché de» Innocents, s'élève Saiul-EusUichc, un autre vous racontera l'histoire de cette église, où vous lire/, l'épitaphe de tlhcverl. et qui, durant la papauté théophilautropique du directeur Larévcillére, fut consacrée à cette morale bocage re et lleurie que .Napoléon appelait une religion eu robe de chamkrt.
Lue église, un empereur et la religion de Larévcillére! C'est i
qu'à travers les graves péripéties, dramatisées par la chronique de* de la grande ville, le plaisant se mêlera parfois au sévère, l'allégro vie dra après fondante, le vaudeville après la comédie, et la boulToiinerieaprâ le drame; à ces conditions, nul n'aura le droit de nous dire, en pariant des chapitres d'un pareil livre:
1/eimui naquit un jour de l'uniformité.
(•. Toi chakii-Lakosse.
\vrc r»i*2. le roi Chîldebert, nu <ln
pn-mirt n*i rhivtim, Hiiil ;illi' PII
Ksjiii^uo foire lu pierre ;ï Tendis, roi «1rs Vtaigutfi», prince urirti.Snn frère Clntnire r<irrmîip;i£n;i dans celle expédition* Lee dtiix ralf avaiii réuni toutes leurs tara», ils mirent li' siège itovmi Sènug&ftit iju'H* serrèrent ûv IWi pré*, Lee j/j habitants rLmsh'niès, réduite i l>xi ri'tnit** et uesppninl plus iinnm seeiuirs li h 111x1 • ti , eureiil rccimrv
iu jeune ei ïi U prière. Ils m wwlirrni %\v ri lires, et (limitant érm ^ psaumes, pnrtprrui pu pnKmrion.
autunr dea ninrs iIp la ville, la Inimitié ilr Saiul-Ymreul, Ir-nr rituelrlineu, Les feinturs rtaieuteii ileuil, les rlievmv epars, nniverl* ilpieulires, jrliinl lies cris H t]v* larmes,
ilit Grégoire de Toon , Muni *i ri le* en trant M i tanteirment île leurs uicirÎH, Chililehrrt cl Clo* aire no distinguai pas lèrii de loin ur if ni M passai. MIT kl miir.'Mlli'î», rrurriil d'abord t|ii4* rVtail mmp
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2G4 HUE ET QUAUTIKIt
un paysan sorti de la ville fut aussitôt arrêté et amené en leur présence. Ils l'interrogèrent sur l'état de la place, et pour quel sujet tes habitants étaient ainsi assemblés sur les murailles. Le paysan leur répondit qu'ils portaient en procession la tunique de Saint-Vincent , pour fléchir la miséricorde de Dieu et obtenir la levée du siège. Les deux rois en lurent si touchés, qu'ils promirent de laisser les Visigoths en paix; à deux conditions, toutefois : Tune que l'arianisme serait entièrement banni d'Espagne; l'autre, qu'on leur donnerait la tunique de St-Vincent. La nécessité força les Visigoths d'accorder cette demande, et Childebert apporta la tunique ou étoleà Paris en grande solennité.
Quelque temps après, ce roi résolut de bâtir une église, pour y déposer celte sainte relique et une grande croix qu'il avait apportée de Tolède. Cependant, Childebert n'exécuta son dessein que quelques années plus tard, à la sollicitation de Saint-Germain, évèque de Paris.
Le lieu qui parut le plus propre pour la construction de cette église, fut celui qu'on nommait alors Locotice (Locotitia), où, selon l'opinion commune, restaient encore les anciens vestiges du temple d*Isis, situe au milieu des prés, dans le voisinage de la rivière de Seine; alin, est-il dit, de faire succéder le culte du Dieu du ciel, à celui des fausses divinités de la terre. L'édifice ne fut commencé qu'en 550, et achevé en 558.
Cette église, élevée en l'honneur de St-Vincent martyr, et de la Sainte- Croix, était soutenue de colonnes de marbre et ouverte de grandes fenêtres; les lambris étaient dorés, les murailles ornées de peintures à fond d'or, et le pavé fait de pièces de marqueterie. L'extérieur répondait à la magnificence de l'intérieur; tout l'édifice était couvert de cuivre doré, ce qui jetait un si grand éclat, que le peuple prit depuis occasion d'appeler cette église Saint-Germain-le-Doré. •
Non content d'avoir enrichi la nouvelle église «le quantité d'ornements précieux, Childebert la dota d'amples revenus pour l'entretien d'uni» communauté de moines, qu'il pria Saint Germain d'y établir. Le fond principal de la dotation, outre le territoire de l'Abbaye, était le fief ou domaine dlssy, avec la Seine et ses pêcheries, les îles et autres appartenances dans toute l'étendue, depuis le pont de la ville de Paris» jusqu'à l'endroit où la petite rivière de Sèvres se joint à la Seine.
Ce fut à la prière du roi (pie Saint Germain accorda le privilège de Vexemptitm à l'Abbaye de St-Vincent, qui plus tard devait porter le nom de ce grand évèque. Ce privilège consistait principalement à laisser aux religieux la liberté d'élire leur abbé, à ôter àlévèqueet à toute autre personne la disposition des biens temporels du monastère; à laisser jouir en paix la communauté de ses revenus sous l'autorité royale; enfin, à défendre à tous prélats d'entrer dans ce lieu pour l'exercice d'aucune fonction de leur ministère, n moins qu'ils ne fussent invités par le* abbés.
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sait pour célébrer les mystères divins, soit pour donner l'ordination aux clercs et aux moines. Il n'y a rien de plus curieux que l'ardeur avec laquelle les abbés et les religieux de Saint-Germain soutenaient leurs privilèges dans le xir et xm c siècle.
Un jour. Saint Louis, passant par Villeneuve-Saint-George, s'arrêta pour dîner dans une prévôté de l'abbaye de Saint-Germain, et invita en même temps Gautier Cornu, archevêque de Sens, à dîner avec lui. A peine le prévôt eut-il appris cette invitation, qu'il alla trouver le roi, et le supplia très-instamment de ne pas permettre au prélat d'entrer dans la prévôté, ni d'y prendre son repas, crainte de porter atteinte aux privilèges de Saint-Germain. Quoi que le roi put dire ou penser dune telle précaution , le prévôt ne se contenta pas de la protestation de l'archevêque, qu'il ne prétendait acquérir aucun droit sur l'abbaye, ni sur la prévôté, par le dîner qu'il allait prendre avec le roi; il exigea de plus que le roi lui-même fît expédier des lettres qui continssent le fait que nous venons de raconter et la promesse de l'archevêque de Sens.
L'église de Saint-Germain, ravagée à diverses reprises par les Normands au ix* siècle, fut deux siècles plus tard presqu'entièrement reconstruite par l'abbé Morand. Sa reconstruction ne s'acheva qu'en 1103, époque où le pape Alexandre III en lit la dédicace et la consécration. Les différences de caractère que l'on trouve dans l'ensemble de l'édifice indiquent les époques diverses auxquelles ses parties appartiennent. La grosse tour carrée, simple et dépourvue d'ornement, qui s'élève à l'entrée, date évidemment du temps de la fondation. L'abbaye, fortifiée par les ordres du roi Charles Y, ressemblait à une citadelle. Ses murailles étaient flanquées de tours et environnées de fossés. Un canal large de 13 à 14 toises qui commençait à la rivière et qu'on appelait la petite Seine, coulait le long du terrain, où est aujourd'hui la rue des Petils-Augustiiis, et allait tomber dans ces fossés.
La principale entrée de l'enclos du monastère était située à l'est, vers l'emplacement occupé aujourd'hui par la prison militaire de l'Abbaye. On y traversait le fosse par un pont , et l'on arrivait a la porte méridionale de l'église. Une autre entrée se trouvait h l'ouest de l'enclos dans la rue depuis nommée de Saint-Benoit. Celte entrée, nommée Porte Papale» était flanquée de deux tours rondes; on y arrivait parle moyen d'un pont-levis.
A l'est et au nord de ces fossés, s'étendaient de vastes prairies partagées en deux par la |>elite Seine. C'est de ces prairies que l'Abbaye , fondée par l'cvèque île Paris, a pris le nom de Saint-Germain-iles-Pres. D'un côté, ces prairies, en partant du terrain où se trouve aujouid hui la rue des Saints-Peres , allaient en se prolongeant jusqu'à l'esplanade des Invalides : cette partie était appelée le (irand-Pré. Lautre partie.
«Mi IIIIK ET QUARTIER
située au nord do l'Abbaye, comprenait l'espace où l'on a ouvert depuis la rue Jacob, la rue des Heaux-Arts et le quai Malaqiiais; on l'appelait /r Petit- Pré.
L'on a dit quelque part, dans ces derniers temps, que l'eau, loin de former une barrière naturelle entre deux peuples , était bien plutôt pour eux une voie de communication et de fusion : pour ce qui est de la barrière naturelle, je le veux bien; mais quant à la fusion, si les peuples campés sur les deux rives, en lace l'un de l'autre, différents de mœurs et d'habitudes, ont de plus le malheur de ne pas être d'humeur facile et endurante, cette fusion pourrait bien ne s'opréer le plus souvent qu'au détriment du plus faible d'entre eux. Le Pré de l'abbaye de Saint-Germain nous en offre pendant des siècles un exemple frappant. La petite Seine, qui coupait ce pré en deux parts illégales, traçait en même temps une ligne de démarcation, peu respectée à la vérité, entre la propriété de l'Université et celle des religieux de l'Abbaye. Les écoliers de l'Université, gent turbulente et querelleuse s'il en fut, non contents de la permis* sion dont ils jouissaient de prendre leurs ébats sur le Grand-Pré, qui appartenait à l'Université, choisissaient de préférence le Petit-Pré, domaine de l'Abbaye, pour but de leurs promenades, par la raison qu'il était le plus proche de la ville. Les religieux, bien qu'ils supportassent avec peine le voisinage des écoliers, la plupart hommes faits, mal disciplinés et fort disposés à la querelte et aux batteries» ne leur avaient jamais contesté la liberté de prendre l'air sur leur domaine. Mais loin de se montrer reconnaissants d'une telle faveur, les écoliers avaient insensiblement pris l'habitude de regarder ce Pré comme leur propriété, et tout d'abord ils l'avaient nommé le Pré-aux-Clercs. C'est le nom que l'on donnait autrefois aux écoliers, tant ecclésiastiques que laïques. Plusieurs fois déjà ils y avaient commis des dégâts et des désordres de toute espèce. et souvent il était arrivé que les habitants du bourg de Saint-Germain, forts de leur bon droit, les en avaient chassés avec perte.
Or, il advint que dans l'année 1278, l'abbé (iérard de Moret ayant fait élever quelques édifices sur son propre fonds, situé sur le chemin qui conduisait au Pré, les écoliers se plaignirent que les religieux rétrécissaient leur chemin. Le vendredi 12 mai, ils arrivèrent en bandes nombreuses, et tons, mettant la main à l'œuvre, ils démolirent en peu d'heures les constructions de l'abbé. Gérard de Moret, voulant réprimer leur violence. Ht sonnerie toscin. Aussitôt les vassaux de l'Abbaye accourent, se rangent en bataille, et conduits par les moines, ils fondent sur les écoliers en criant tue, tue! Les écoliers ainsi attaqués à coups d'épée et de massue, furent blessés en grand nombre. On en saisit plusieurs, on les garrotta et on les jeta en prison . Gérard de Dole, bachelier ès-arts, Tut blessé mortellement ; Jourdain, fils de Pierre le Scelleur, fut tué à coup* de
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(lèches elde bâton, el Adam de Pontoise, IVappê d'une masse de 1er avec tant de furie, qu'il en perdit un œil. Pendant la mêlée, l'abbé avait l'ail
fermer et garder les trois portes d<» l;i ville <|iii donnaieul dans le bourg, crainte que les écoliers, restés dans la ville, n'accourussent avec de nouvelles forces au secours de leurs camarades.
Le lendemain de cette lutte meurtrière, l'Université présenta une plainte au cardinal de Sainte-Cécile, légat du pape, pour avoir raison de ce sanglant outrage. Outre les faits que nous venons de rapporter, il esl dit dans celte plainte, que le prévôt de Saint-Germain et quelques-uns de ses confrères armés d'épées, avaient attaqué et dépouillé des gens paisibles qui ne prenaient aucune part à la lutte; qu'ils les avaient fait traverser le marché tétes-nues, pour les conduire en prison, où on les avait retenus un jour et une nuit; qu'un maitre-és-arts, qui s'était interpose pour faire cesser le tumulte, avait été injurié par les religieux qui lui avaient percé Ses habits de coups de lance. L'Université disait en terminant, que si dans la quinzaine on ne lui rendait justice; elle serait forcée de suspendre tous ses exercices : seul remède que de pauvres étrangers, et sans armes, tels qu'ils étaient, puissent tnqwser à ceux du pays.
Le légat ne savait que Irop, a la vérité, a quoi s'en tenir sur le compte de ces pauvres étrangers vt sans armes, que le règlement de l'an I27lî ne