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dépeint nullement comme des hommes studieux et paisibles, mais bien comme des gens dont la conduite déréglée troublait sans cesse la tranquillité publique. Mais le sang répandu dans cette rencontre cria puissamment en faveur des écoliers, et la mort de Gérard de Dôle et de Jourdain acheva d'irriter contre les religieux les puissances ecclésiastique et royale.
Le légat condamna Etienne de Pou toise, prévôt de l'Abbaye, comme coupable ou complice de cet homicide, à être chassé de l'abbaye de Saint-Germain et renfermé pendant cinq ans dans un petit monastère de la dépendance de Cluni. D'un autre coté, le roi Philippe-le-Bel fit examiner cette affaire en son conseil étroit» qui condamna l'abbé et les religieux. Le roi, quiétait présent au jugement, prononça lui-même l'arrêt, par lequel les religieux furent condamnés à fonder deux chapelenies de vingt livres parisis de rente chacune, dont l'Université aurait le patronage : l'une dans l'église de Sainte-Catherine du Yal-des-Ecoliers, pour Gérard de Dôle, qui y fut enterré; l'autre, dans la chapelle de Saint-Martindes-Orges, près des murs de l'Abbaye où fut enterré Jourdain Tristan. Cette chapelle appartenait dès-lors à l'Université. Tous les écoliers avaieut coutume d'y entendre la messe les jours de congé, avant de prendre leur divertissement dans le Pré.
L'abbé et les religieux furent de plus condamnés à payer 200 livres pour les réparations de la chapelle de Saint-Martin; 200 livres à Pierre le Scelleur, pour le dédommager de la perte de son fils ; 400 livres aux parents de Gérard de Dôle, et 200 liv. au recteur de l'Université, pour être distribuées aux régents et aux pauvres écoliers.
Dix des plus coupables d'entre les vassaux de l'Abbaye furent exilés hors du royaume jusqu'à ce qu'il plaise au roi de les rappeler, et six autres hors de Paris jusqu'à la Toussaint. Les tourelles bâties sur la porte de l'Abbaye du côté du Pré, furent rasées jusqu'à la hauteur des murailles, et le chemin qui conduisait au Pré devint la propriété de l'Université.
Si les écoliers de l'Université avaient choisi de préférence le bourg de Saint-Germain pour le théâtre de leurs turbulents exploits, il faut dire à leur excuse que nul lieu alors ne leur offrait plus d'attraits et de séductions puissantes. Outre le Pré-aux-Clercs, qui, à force de procès et de transactions entre l'Université et les religieux, devint peu à peu dans son entier le domaine des écoliers , ce fut la foire de Saint-Germain qui les attira dans le bourg, pendant toute la durée du carnaval, et souvent même jusqu'aux approches de pàques.
Cette foire, située sur l'emplacement du marché Saint-Germain qui l'a remplacé depuis, s'étendait dans les xv r , xvr et xvir siècles jusqu'aux abords du Luxembourg. Les abbés et religieux de Saiiit-Germain-des- Prés jouissaient depuis un temps immémorial du droit de foire. La pre-
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uiière mention qui en soit faite, se trouve dans une cliarlre de 1176, où nous apprenons que Hugues, abbé de Saint-Germain, céda au roi Louisle-Jeune la moitié des revenus de cette foire. Elle commençait à cette époque quinze jours après pàques, et durait pendant trois semaines. Après le procès qui suivit le grand combat entre les écoliers et les religieux et que nous venons de rapporter, la foire de Saint-Germain fut supprimée et transférée aux Halles. Les religieux de l'Abbaye ayant éprouve de grandes pertes pendant les guerres civiles des règnes de Charles VI et de Charles VU , demandèrent au roi Louis XI le droit d'établir dans le bourg Saint-Germain une foire franche; Louis XI leur accorda cette demande par lettres- pâte n tes du mois de mai 1482.
Ce fut le roi Charles VU qui, en 148G, (ixa définitivement le temps de la tenue de cette foire. Elle fut établie sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Navarre, auquel les religieux ajoutèrent eu 1487 les terrains dont ils tirent l'acquisition. Sa durée fut d'abord de huit jours; dans la suite elle fut considérablement prolongée.
Ouverte le 5 février, elle se continuait pendant tout le carnaval, le carême et ne finissait qu'au dimanche des Hameaux i*,.
La foire de Saint-Germain n'était pas seulement le lieu de réunion des écoliers; c'était aussi le rendez-vous des courtisans et des personnes de tous états; c'était, au xvr siècle surtout, le point de ralliement des braves, espèce de bandits venus eu France à la suite de Catherine de Médicis et de sa cour. On leur avait conservé leur nom italien; peut-être aussi les appelait-on braves par ironie, parce qu ils étaient accoutumés de se réunir au nombre de cinq ou six pour attaquer un seul homme Comme les braves leurs confrères d'Italie, ces bandits faisaient métier de servir, pour de l'argent, les haines et vengeances particulières. On faisait marché avec eux pour faire battre ou assassiner son ennemi, voire même pour lui faire couper le nez, comme l'histoire suivante le démontrera.
Un gentilhomme de la cour de Henri III, a la fois abandonne et créancier de sa maîtresse, eut l'idée, assez saugrenue pour un amant délaisse, de faire valoir ses droits auprès d'elle. La dame qui croyait qu'eu amour l'argent prêté était donné, refusait de s'acquitter. Ou n'eut pas mieux fait de notre temps, et raisonnablement cette belle aurait pu s'en tenir là. Mais blessée vivement des reproches de son importun créancier, elle résolut de s'en venger. Vous imaginez qu'elle prit un nouvel amant. C est ce qu'elle Ht en effet; mais ce ne fut pas assez pour son cœur vindicatif : eHe projeta et disposa une autre vengeance.
Un soir doue que ce gentilhomme rentrait chez lui d'un tour qu il avait fait à la luire de Saint-Germain , il se vit tout-a-coup arrête par cinq ou six braves dans nu endroit solitaire du Champ rrolle. heu destine
•) Dulâurc
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à la vente des bestiaux et qui se trouvait entre les rues Garanciére et de Touruoii. Le chef de la bande saisit sans plus de façon le gentilhomme par le nez, et se met à le lui couper avec un couteau.
Les cris du geiitilliomnie empêchèrent que l'exécution ne fut complète; son liez ne fut pas entièrement coupé, il tenait encore par un til.
Comme on ne coupe pas le nez d'un geiitilliomnie impunément, cette atîaire eut des suites fâcheuses pour bien des personnes distinguées, complices de la vengeance de cette belle. Le brave fut pendu ; mais ceux qui avaient commandé le crime ne le furent pas; ils étaient riches et avaient beaucoup d'amis. Le nez coupé fut recousu, mais non pas si proprement qu'il l'eût été de nos jours à l'aide de la rliinoplastie, ce qui lit que le gentilhomme porta pendant qu'il vécut un souvenir de sa belle.
Le roi Henri 111 prit souvent plaisir à se promener à la foire Saint- <iermain.Ce roi et ses mignons si bien frisés et tjaudronnés étaient devenus le plastron des écoliers, qui les poursuivaient de leurs quolibets. In jour le roi, revenant de Chartres, alla descendre à la foire Saint-Germain: il lit emprisonner quelques écoliers qui s'y promenaient avec de longues fraises de papier, et qui, pour le tourner en ridicule, lui et sa suite, criaient en pleine foire : A lu fraise on connaît le veau.
Dés Tan i486, les religieux de Saint-Germain avaient fait construire pour cette foire 1 40 loges en charpente. Au commencement du xvr siècle, ces loges devinrent la proie des flammes : on les reconstruisit dans une forme plus simple, et ou divisa remplacement en huit rues qui se coupaient à angle droit. Os rues étaient bordées de boutiques en bois occupée* temporairement par des marchands de modes, de joujoux, de bijouterie, etc., etc. Il y avait des salles de danse, vrais marchés de courtisanes; la licence et la débauche qui y régnaient occasionnèrent souvent bien des désordres.
Pendant la Ligue, la foire Saint-Germain avait été fort négligée. Lorsque l'on en ht l'ouverture en Tan 1595, on la trouva dans le plus mauvais état ; ou y til alors des réparations, et l'afllueuee du beau monde fut aussi grande que du temps de Henri 111. Le duc de Guise et VUri, dil l'Étoile, y coururent les rues, avec dix mille insolences.
Le faubourg Saint-Germain, presqu'entièrement ruiné par le» guerres et réduit eu terres labourables, avait commencé à se rebâtir sous François 1"; sous le règne de Henri 11, il passait déjà pour un des plus beam fauhourgs des villes de France. Les habitants qui le peuplaient de plus eu plus, se joignirent, en 1550, à ceux de Saint-Jacques et de Saint- Marcel, pour obtenir que l'on 1er mât de murailles ces trois faubourgs. La proposition fut accueillie par le roi, qui manda prés de lui le prévôt des marchands pour lui intimer ses ordres, à l'égard de cette clôture. Le prévôt s'excusa au nom de la Mlle d entrer dans celle dépense; mais le