‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 54 sur 77 · SAINT -G EH M AIN-DES- PU ES · texte numérisé non relu

SAINT -G EH M AIN-DES- PU ES

mi insista, et l'on lit dresser les dessins de cette clôture, ainsi que celui d*un pont de communication du faubourg Saint-Germain avec la ville. Toutefois, les frais excessifs que la construction du pont eût entraînés, forcèrent d'en demeurer au simple projet. En attendant que Ton pût entreprendre le Pont-Neuf, on lit construire un bac pour passer la rivière vis-à-vis le Louvre, pour la commodité du public.

Déjà dans la même année, le roi avait envoyé Tordre au prévôt des marchands et aux échevins de faire rouvrir les portes de Bussî et de Nesle, condamnées Tune et l'autre depuis quelques années. Cette mesure fut d'une grande commodité pour le faubourg Saint-Germain, quoiqu'on ne dût laisser passer par ces portes que les gens de Dieu et de cheval, a l'exclusion des charrettes et chevaux chargés de marchandises sujettes aux impôts des entrées.

Au dehors de l'enclos de l'Abbaye, sur la place située devant la porte, qui alors, était la principale entrée du monastère, on ne voyait à cette époque que quelques maisons bâties sans ordre et sans symétrie. Au milieu de cette place s'élevait une tour ronde, n'ayant qu'un étage percé de grandes fenêtres : c'était le Pilori.

Le 6 octobre 1557, une foule immense se pressait ardente, frémissante aux abords de la place du Pilori. Le ciel était gris; un épais brouillard couvrait les eaux de la Seine. Le bac, allant et venant sans cesse de la Tour de Nesle au Louvre, et du Louvre à la Tour, débarquait des flots de peuple qui allaient grossir la masse compacte, qui de toutes parts déjà avait envahi le lieu du supplice. Des fagots de bois vert étaient amoncelés autour du Pilori : on allait brûler des hérétiques.

— Pourvu que ces chiens de Huguenots n'aillent pas se rétracter, dit une mégère à la face hideuse, qui n'aurait pas mal tiguré sous le bonnet rouge parmi les furies de l'Abbaye, trois siècles plus tard ; nous perdrions là un beau spectacle ?

— Ne crains rien, mère Michaud, ce sont des hommes ceux-là; ils se rétracteront tout aussi peu que les demoiselles que l'on a brûlées il y a deux mois sur la place Maubert.

— Ils mangeront plutôt leur langue, dit un écolier.

—Est-il vrai que les Huguenots mangent les petits enfants, demanda timidement une jeune tille !

— Rien de plus vrai, ma mie, répondit l'écolier; ils se servent du sani» de ces pauvres innocents dans leurs abominables cérémonies.

— Quelle horreur!

— Au feu les Huguenots! Au feu ces chiens de Luthériens! au feu tous, vociféra la foule.

—Silence! Les voilà qui arrivent.

A ces mots, prononcés par ceux qui se trouvaient le plus près de la

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porté de Bussi, l«*s eriede la maltittifta s'apaisèrent soudain; il m fit n

grand silence, |>m\ tombereaux fènaiêHI «l<* débooeber mu* N place, Pana chacun <!♦■ cm tombereaux il | amîl un homme, jeun*

affublé <lt* Li robe <U»s pénitente gris. Le visage de cea deux hommes découvert; leurs imit> |Mh's el amaigris par les aouffrancêa <!<■ l-i torinre, portaient l'empreinte d'une grande douceur h d'une résignation Hh A (ùic* de chacun d'eux h tenait on cordelier, un crucifix *» ta irtatc prrehanl i ui.md renfort de gestes, Ban» pouvoir obtenir un seul n dea condamnée qui, 1rs yeux tournés vers le » ni. semblaient dans iiim' extase muette..

Mloobs^le-Céne, médecin de Ltaienx en Normandie, h Pierre C asUMIaurda proett4eSâtnlrGoofgos4eo»Montagiies an Poitou , tiam deux protestants, étaient arrivés! Part*, le 11 aeptemhrede l'année 1557 Lr hasard voulut qu'ils descendissent à la même hôtellerie. Li, au Ni

rtH qu'une assemblée de protestants le réunissait ctandestinen la loir même, ihms iiur maison delà me Saint-Jacques, • " ■ ■ broie «lu Ptessis, pour i hire b Cène, r.iiniiw la rtutl allât! tomfcei dons étrangère saiia se donner le temps de changerd'habile, ai na di rm l i ooMe assemblée, désireux ijit'ila étaient d'entendre l;» parole de D

SAlNT-GfcltMAIN-DKS-NtKS 27r»

Ce soir-la, la réunion était nombreuse; hommes, femmes et vieillards s'y étaient rendus en foule pour prier Dieu en commun et à leur manière. On y comptait plus de trois cents religionnaires.

Malgré toutes les précautions que les protestants apportaient d'ordinaire à ces réunions clandestines, ils ne purent échapper cette fois à In surveillance de quelques prêtres boursiers du collège du Plessis, qui, fortement intrigués du but de ces assemblées, avaient fini par découvrir la vérité : ils tirent avertir le guet de la ville. Toutefois, craignant que l'assemblée ne se séparât avant qu'il n'eùteu le temps d'arriver, ces prêtres. aidés de quelques-uns des leurs, se mirent à démolir une muraille voisine. dans le dessein de faire rentrer à coups de pierres ceux des religionnaires qui tenteraient de quitter la maison.

Vers minuit, comme les protestants songèrent à se retirer, les prêtres. voyant que le guet n'arrivait pas , commencèrent à lancer des pierres contre la porte de la maison , et pour mieux ameuter le peuple, ils se mirent à crier qu'il y avait là un repaire de brigands et de conspirateurs.

A ce bruit, les voisins réveillés en sursaut courent aux armes. Les cris de : Sus aux brigands» aux conspirateurs, se répètent de proche en proche. Kn un clin-d'œil tout le quartier est sur pied; car depuis la prisede Saiut- ^uentin , le peuple était continuellement en alarme; l'ordre avait été donné que chacun fit provision d'armes, et se tînt prêt au premier signal.

Mais lorsque le peuple apprit que ces prétendus conspirateurs n'étaient que de pauvres religionnaires, sa fureur, loin de se calmer, s'accrut de toute la haine qu'il portait à la nouvelle secte. Des imprécations se foui entendre contre les huguenots; des cris île meurtre et de sang retentissent partout; les issues des rues sont occupées par des hommes armés ; on allume des feux pour que personne n'échappe à la faveur de la nuit.

A la vue de cet effroyable tumulte, de celle populace ameutée qui assiégeait la porte de leur maison en poussant d horribles clameurs, les protestants, sans armes pour la plupart, sentent défaillir leur courage. Leurs ministres, sans espoir de salut eux-mêmes, les rassurent pourtant. Il fallut prendre une résolution : attendre l'arrivée des magistrats, c'était se résigner à la prison, à la torture, à une mort certaine; on résolut de tenter le passage à travers cette multitude furieuse.

On se divisa en plusieurs groupes; les hommes portant é|>ee marchèrent les premiers, frayant un passage à ceux qui les suivaient. Ce fut ainsi que bon nombre de protestants parvint à se sauver, non toutefois sans avoir traversé une infinité de périls ; car les pierres grêlaient sur eux de tous cotés, le peuple tenait les rues avec piques et hallebardes, et des fenêtres on dartlait des piques sur les passants.

Le jour allait paraître, il restait encore dans la maison, des vieillards, les ministres du culte, presque toutes les femmes , et quelques houunrv

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