‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 57 sur 77 · SAINT- GKKMAIN-DES-1'RÈS · texte numérisé non relu

SAINT- GKKMAIN-DES-1'RÈS

qui prit le nom de Musée (U's monuments français, l'ut ouverte au public.

Depuis cette époque jusqu'en 1815, le musée des monuments français s'enrichit continuellement d'objets intéressants.

Ces monuments, rangés par ordre chronologique et classés par siècles, décoraient l'église, le cloître, la cour et le jardin des Petits-Augustins ; et tout en offrant une étude exacte de la marche progressive et rétrograde de l'art , ils formaient dans leur ensemble l'histoire de France la plus pittoresque et la plus grandiose.

Survint la restauration, et les réclamations de s'élever de toutes parts. I^es émigrés, rentrés dans leurs foyers, redemandèrent leurs aïeux à grands cris; le clergé, redevenu une puissance, réclama ses saints et ses toml»eaux,et le musée des monuments français, cette imposante création de l'unité nationale, dépouillé peu à peu de ses richesses, se vit transformé en magasin de bric-à-brac artistique, sous le nom de dépôt de monuments d'arts.

La restauration eut alors la pensée d'élever une école royale des beauxarts sur les décombres des Petits-Augustins. Le plan de l'édifice avait été arrêté ; on eu avait même posé solennellement la première pierre ; mais l'exécution, que dis-j<\ la conception de cette idée, telle qu'elle a été réalisée sous nos yeux, appartient de droit au gouvernement de juillet.

En voyant ce noble édifice s'élever dans son éclatante et harmonieuse beauté derrière la gracieuse façade du château de (iaillon qui lui sert impunément d'entrée, que de fois ne vous ètes-vous pas dit : Voilà à coup

sur il u des plus beaux ornements architectouiques de Paris si ce n'est

le plus beau !

Le fondateur de l'église et de l'abbaye dcSaiiil-Germain, n'eut sa rue qu'à la mort du grand roi : tous les fossés de l'abbaye étaient comblés, lorsqu'en 1715 on ouvrit la rue Childcbert.

A l'extrémité orientale de la rue de Sa in h*- M argue ri te, rue de fripiers, comme toutes celles qui enserrent l'antique église, le regard est frap|M» a l'asjiect d'un mur sombre et sourcilleux, criblé de petites fenêtres que vous prendriez pour des meurtrières, si les barreaux épais qui les garnissent n'étaient là pour vous tirer d'erreur.

Ce noir édifice fut construit en 1655, par l'architecte Gamard : c'était la prison de la justice du seigneur abbé de Saint-Germain; c'est aujourd'hui une prison militaire.

On l'appelle la prison de l'Abbaye, ou simplement Y Abbaye.

La célébrité qui est attachée à ce nom ne date pourtant pas de la prison monacale. Kn dépit des horribles cachots qu'elle renferme, cette prison ne doit sa triste renommée qu'à une c|>oqiie de civilisation et de lumière. Il a sufli de deux jours pour la lui imprimer en traits de sang.

k 2R0 HUE ET QUANTI Eli

traits indélébiles! Mais quels jours que les journées du fc 2 el dix 7» septembre 1792!

Je ne vous parlerai pas de ces hommes qui, ivres de sang, se ruaient ces jours-là dans la cour et aux abords de l'Abbaye. Marseillais, jacobin*, peu importe le nom , ce sont les mêmes que vous avez vu trois siècles auparavant traquant, outrageant de malheureuses femmes, ne demandant pas mieux que de se faire leur bourreau ; les mêmes que vous avez entendu pousser des hurlements de joie, à la vue de pauvres protestants mutilés, et accompagner leur supplice de frénétiques acclamations. Hier, c'étaient des huguenots qu'ils accusaient de boire le sang de leurs enfants; aujourd'hui ce sont des aristocrates, des prêtres, des ennemis du peuple, qui devaient égorger ses femmes et ses enfants, tandis qu'il serait à la frontière!

Mais je vous parlerai de ceux qui, assis dans une salle de l'Abbaye. composaient le tribunal populaire, de ces hommes impies qui faisaient une horrible mascarade de ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré sur la terre :la justice.

Ils étaient cinq, deux officiers municipaux en écharpe et trois hommes ayant sous les yeux les registres d'écrous ouverts, et faisant l'appel nominal; d'autres faisaient les fonctions de jurés et de juges : rien n'y manquait. On lisait l'écrou au prisonnier, on lui faisait des questions ; après l'interrogatoire, les juges qui venaient de tuer avec un calme infernal. se demandaient par l'organe de Jourdau leur président .Croyez- vous que dans notre conscience nous puissions élargir monsieur?

Ce mot élargir était son arrêt de mort. A peine le oui fatal étaitril prononcé, que le malheureux, qui se croyait absous, était précipité sur les piques et les sabres des égorgeurs, qui, les bras nus et couverts de sang. se tenaient près du guichet de la salle pour exécuter les jugements.

In autre le suivait de prés et avait le même sort. Ce mode d'exécution était si expéditif, que les bourreaux, parmi lesquels il y avait plusieurs carrons bouchers, fatigués d'abattre quarante ou cinquante prisonniers par heure, demandaient de temps en temps quelques instants de repos.

« Ces instants de repos, dit un prisonnier, échappé comme par miracle aux massacres de l'Abbaye, les assassins les employaient à faire enlever les cadavres, à laver et à balayer la cour de l'Abbaye toute ruisselante de sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés à l'avenir, malgré les massacres qu'ils se disposaient à y faire encore, ils consultèrent entre eux divers expédients, et adoptèrent celui de faire apporter de la paille, d'en former une espèce d'estrade que l'on exhausserait encore avec les habits desxietimes déjà immolées, et sur laquelle on ferait monter celles qu'on égorgerait dorénavant ; au moyen de quoi le sang absorbé par ce lit de mort, n'irait pas inonder la cour. •

Page 1