HUE QUINCAMPOIX
de la rue Saint-llonoré, remplis ordinairement des plus riches étoffes, étaient épuisées : le drap d'or était devenu excessivement rare; on le voyait dans les rues porté par dos gens de toutes les classes. Les denrées de toute nature avaient augmenté; un grand seigneur et un mississipien se disputant un perdreau chez un rôtisseur et enchérissant l'un sur l'autre, le mississipien le paya 200 livres. Notre profond chansonnier. Béranger, a fait sur cette époque un couplet aussi spirituel qu'historii|iie :
(l'était la régence alors.
El sans hyperbole.
(îrâce aux plus drôles de coq».
La France ("tait folle;
Tous les hommes s'amusaient.
Kl les femmes se prêtaient
A la gaudriole au gué.
A la gaudriole.
Les mœurs du peuple n'eurent de ces événements une profonde atteinte: cette faculté soudaine donnée à toutes les classes de s'enrichir sans l'intermédiaire du travail, qui rend l'homme digne de la fortune et modéré à eu jouir, excita chez la multitude une ambition excessive, un goût dangereux du luxe, et lit naître une foule de parvenus étrangers aux plaisirs délicats et livrés à des jouissances grossières et brutales. Les mississipiens déployaient dans leurs hôtels nouvellement acquis un luxe de mauvais goût; ils avaient des meubles d'or et d'argent, «les pierreries, des parfums, des fontaines d'eaux odorantes; ils se faisaient servir des poissons monstrueux, des fruits des deux mondes, achetaient des automates merveilleux, et faisaient venir h leurs fêtes des courtisanes deminues, comme les libertins de la Home des Césars.
Une pareille situation ne pouvait pas durer; les mississipiens les plus riches voulurent enfin réaliser leurs monceaux de billets, et l'emploi du gage en fit reconnaître l'exagération ; mais, dans ce moment- là même, le crime vint se mêler aux chances du système. De jeunes seigneurs déréglés, à qui l'agiotage n'avait pas réussi, avaient résolu de voler ce qu'ils n'avaient pas su gagner. Ils formèrent, dit-on, le complot d'enlever les |tortefeuilles, en fondant Cépée à la main sur les spéculateurs réunis dans la nie Quincampoix. In crime horrible, commis avant l'exécution de ce complot, le rendit impossible.
A l'un des coins formés par les rues Quincampoix et de Venise, la même ouest établi aujourd'hui un marchand de vin, il y avait, eu 1720. a l'enseigne de YEptv-dv-boLs, un cabaret célèbre par les orgies qu'y faisaient les mississipiens. Antoine de lloru, frère cadet de Maximilicu- Eininaiiuel, seigneur de lloru et de Lootz, un des plus petits priucch d'Allemagne et parent du régent, Antoine. disou*-iious . connu alor* a
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Paris sons le nom de comte de llorn, s'associa de Miles. ^«*iiiillioiunie piémoulais, (M un certain Lestan^, tils d'un banquier «le Tnuruay, qui se faisait nommer le chevalier d'Estampes; Ions trois enl rainèrent à YKperde-bois Lacroix, un des plus riches mississipiens, sous prétexte de traiter avec lui de la vente d'une terre; ils se lirenl ouvrir une pièce dont les* fenêtres donnaient sur la rue de Venise, et au lieu de traiter avec le détenteur d'actions, ils l'assassinèrent pour s'emparer de son portefeuille Le meurtre fut commis par de llorn et de Miles seuls; Leslang faisait le guet dans la rue. lu garçon du caharel, tpii était dans l'escalier, entrouvrit la porte du lieu où étaient les assassins, vit le crime, referma la porte, emporta la clé, et alla répandre la nouvelle dans le cabaret de YEi>êe-iU*-bm8. Lestang, quand il vit ses complices découverts, prit la fuite; il sortit sans relard de Paris, quitta la France, et il paraît qu'il passa à la Nouvelle -Orléans : il alla voir ce Mississipi , dont il avait \onlii voler des actions; de Miles, à l'aide d'une poutre qui étançuiiiiail la maison de l'fc'/xr-rWmi.s. se laissa glisser dans la rue de Venise, traversa l'église du Saint-Sépulcre, bâtie sur remplacement ouest aujourd'hui la cour lialave, et fut arrêté dans le marché des Innocents; le comte de llorn voulut suivre le chemin qu'avait pris de Miles, mais il tomba, se foula le pied, et ou s'empara de lui dans la rue tle Venise même. Le crime était patent, c'était un assassinat prémédité. Les coupables devaient. suivant la loi, subir le supplice île la roue. Toute la noblesse entoura le récent pour épargner au jeune comte de llorn ou supplice infamant; mais le récent résista noblement à toutes les instances, et répondit toujours par ce vers de Taucrede :
Le crime lait la boute el non pa< l'écliaTand !
Leduc de Saint-Simon lui représenta que le comte de llorn était nouseulement gentilhomme, mais encore allié aux familles prineicre* d'Allemagne, lui. Philippe, fut inexorable; enfin le duc dit :
— Mais, Monseigneur. M. le comte île llorn a l'honneur d'être votre parent.
A quoi le relent lit cette réponse si connue:
— Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer.
I awet Dubois insistèrent pour faire donner un exemple indispensable. dans un moment où tout le monde avait sa fortune en portefeuille. Le «ointe de llorn et son complice de Miles expirèrent Ions deux sur la roue.
Nous Iroimms dans les mémoires de Mirabeau une anecdote singulière, qui pron\e jusipi'à quel point le système avait infatué la nation el aveugle lusqu'à ceux-là même qui étaient dans les secrets de l'État.
Le choc du s\ sterne, dit-il, le frappa Jean- Antoine, grand-père de
Km* ^uincampuix.