H HUE QUINCAMPOIX
revenu annuel de quatre ou cinq cent mille livres, obtint le privilège d'une ordonnance qui défendait à l'agiotage de s'ébattre ailleurs que dans le jardin de l'hôtel de Soissons.
Dés ce moment, la rue Quincampoix devint triste et solitaire; elle perdit dos milliers d'habitants ; les guérites bâties sur les toits disparurent ; les comptoirs abandonnèrent les caves pour faire place aux bouteilles, et le loyer dune maison fut bien loin d'égaler l'achat d'un palais. Aujourd'hui voyez-la : l'herbe ne croît pas entre les pavés comme dans certaines rues de province, mais elle paraît déserte, elle a un aspect morne, et mérite la qualification de défilé obscur que lui a donné Lemontey ; un étranger, qui se réveillerait dans la rue Quincampoix, aurait de la peine à croire qu'il se trouve entre les rues Saint-Martin et Saint-Denis, les deux voies les plus bruyantes et les plus animées de Paris; elle est habitée par les oncles qui ont cédé leurs fonds à un neveu, les beaux-pères jaloux de surveiller un commerce continué par leurs beaux-fils, et qui veulent encore aller deux fois par jour au magasin du marché des Innocents, où ils ne sont plus les maîtres, mais où ils ont encore un intérêt : c'est un lieu de demi repos, où ils passent deux ou trois ans à attendre que, tout-a-fait dégagés des affaires, ils aillent se retirer à Saint-Germain ou à Belleville.
La rue Quincampoix n'a plus rien qui la distingue aujourd'hui des autres rues; l'intérêt qu'elle inspire, repose donc tout entier sur le rôle qu'elle a joué durant le système de Law ; puisque nous avons emprunté en commençant quelques lignes au concis Lemontey, on nous permettra de rapporter encore la manière dont-il apprécie la conduite des Parisiens, des vrais Parisiens, des Parisiens du bon Dieu, comme dit Jean- Jacques, durant la période de 1718-20. Voici ses paroles :
« La colonie errante de la rue Quincampoix offrait un mélange de tous les peuples. Parmi les étrangers, se distinguaient les Lorrains, les Flamands, les Suisses et les Italiens, tandis que les contingents nationaux étaient principalement fournis par la Normandie, Lyon, la Guienneetle Daiipliiné. Quant aux Parisiens, le système fut l'objet de leurs chansons, tant qu'il réussit, et celui de leur confiance, dès qu'il dégénéra. Les natifs de la moderne Atbène conservèrent leur réputation d'être les dupes les plus spirituelles de la terre. »
Marie Aycaki».
l y 9 deux ru i Ile nuij rems ans, le* Gfcltèa, dutil l;i Seine Uaiguail les Imites de roterai . rappelaient StftuHi ou le Serpent. L lie double rein t un* de niar.iîs, interrompue seulement par leskimlesde verdure
tle Ici savane méridionale, et de loue cdléâ bordée île huis , pressait alors ses rives, Ses îles, au nombre de sepL étaient coHTerten de glaïeuls* a L'exception cependant il»- h plus grandi quhftbiiiieikl lea Pariais, el que deux ponts rat tardaient a ta terre, Les premiers navigateurs qui folltéreul ses mules furent, dit-on.
les Phéniciens, ils vinrent semer sur et* si il vierge les arts ciiilisi* leurs Je Memphis et de Tlielies* bâtir les colonnes du temple d'isis, creuser le port île Mercure et iuspjferaux indigènes ca goût ilu eom* meree religieusement garde jUm|u a l'arrivée des Uomaius,
lt i eimimeuteiil les annules gloieusea ilu Neuve Lahieuus» lieutenant lie César* * étant présente
pour le MoimeMie au pomiur île lltnue» lui rr(o*tiHse Le t»ol*|i ■* K< I de* I'.mim* Lauiolup-nr. ratujie
dans les marais qui touchaient au temple égyptien, défia longtemps la valeur des légions. Trompé néanmoins par une ruse de guerre, il franchit le petit pont en mettant le feu aux pilotis et aux cabanes de son peuple.
Lahienus se croyait vainqueur; mais à travers les tourbillons de flamme et de fumée, il ne tarda guère à voir ses ennemis logés dans le marais de la rive opposée. Aussitôt le génie du Capitole inspire le Romain : ses dieux mêmes semblent comprendre sa pensée. La nuit arrive et avec elle un orage terrible, les éclats du tonnerre, la pluie à torrents... En ce moment Labienus s'embarque; les sentinelles gauloises étaient accablées de fatigue; si elles avaient veillé attentivement, elles auraient aperçu à la lueur des éclairs Labienus traversant silencieusement le fleuve avec ses légions, tandis que pour donner le change, deux troupes de soldats remontaient à droite et à gauche en battant Teau avec leurs rames. Ce bruit trompa Camulogéiie; il crut que les Romains avaient divisé leur armée en trois corps pour le surprendre, il divisa aussi ses forces et fut battu. Les l'arisis perdirent leur général el leur liberté; le fleuve perdit son nom ; les Romains, latinisant son vieux type celtique, l'appelèrent Sequana.
Us changèrent aussi le nom de l'espèce de hanse ou association commerciale qu'ils trouvèrent établie; et comme le commerce par eau rendant maître des fleuves, était d'une haute importance pour la consolidation de la puissance romaine, c'est vers ce point capital qu'ils tournèrent leur politique.
Une nouvelle ligne fut organisée sous le nom de collège des Nautes; les sévirs, élus de la Cité, en firent partie; on y compta des décemvire, des dédirions, des questeurs, des chevaliers et jusqu'à des sénateurs. Les chefs, seuls magistrats de la Sequana, s'appelaient curateurs, et, à ce qu'il parait, Seuani. La faveur extraordinaire dont les entoura Rome et les privilèges qu'elle leur prodigua en toute occasion leur fit donner la superbe dénomination de corps trés-splendide des Nantes.
Mais ces honneurs ne faisaient que dorer la servitude de la Seqmtm : les voiles qui se déployaient sur ses ondes lui pesaient comme UD joug romain : malgré l'amour d'un empereur, malgré les éloges du philosophe couronné, elle coulait, et coula longtemps, esclave, entre l'autel dédié à Tibvvv .*) par ses propres curateurs, et le portique où s'arrêtaient le* barques peur payer le tribut à César ,**i.
Le cinquième siècle vint ratVranchir et lui faire jouer le premier rôle dans la ligue commerciale qui devait être plus lard l'Ilotel-de-Ville; usais hélas! cette prospérité ne dura pas longtemps. Elle avait déjà entendu les
* Sur I ciii|»;jrriin-iil «!«■ Moln- Ojmr ") O'i s »ni ii> tour» du I'al.n>
cris des barbares et le bruit lointain de leurs armes ; tout-à-coup le galop des chevaux frappa ses rives; on vit rouler des nuages de fumée ; on vit jaillir les étincelles de l'incendie, puis une multitude de Huns, les cheveux tressés comme des couleuvres ; d'Ilérules, les joues verdàtres comme l'écume de la mer, s'élança vers la Seine avec des hurlements affreux ; ces fils du vautour avaient à leur tête le géant au coursier noir, à l'énée exterminatrice, Attila, fléau de Dieu.
La Seine alors sauva Lutèce. Il s'éleva de ses flots un brouillard si épais, si ténébreux, qu'Attila ne découvrit ni les toits de chaume, ni les tours du château de César et qu'il passa.
Après lui vinrent les Franks. Chassés deux fois, ils reparurent avec la bannière du Christ; et, vêtue de sa robe blanche, la fée druidique eut beau couvrir la Seine de pirogues pour nourrir les Parisis, les Senani eurent beau secouer le bouquet de glaïeuls imbibé d'eau lustrale sur l'autel du Serpent, leur ancien dieu tutélaire, la fée fut impuissante, et Sequan demeura sourd ; il fallut se soumettre aux Franks.
La destinée du Tibre de la ville blanche est modifiée de nouveau. Ses curateurs, ses nautes échangent leur titre privilégié contre la dénomination plus modeste de ligue francique. La Seine devient chrétienne ; mais en se mirant dans ses eaux, la Croix les a faites vassales. Elles appartiennent désormais à l'évoque et aux moines de Saint-Germain, dont le cloître s'élève sur les ruines du temple d'Isis.
Trois siècles se passent ainsi : la bénédiction de saint Denis multiplie outre mesure les habitants écaillés du fleuve. Le long des îles du pasteur, des treilles et des mottes sans nom qui s'éparpillent ça et là couronnées de joncs et de roseaux, les pécheurs passent sans cesse avec leurs filets pleins. L'abondance était si merveilleuse qu'un auteur contemporain la relate en ces termes :
« Les poissons fourmillaient dans la rivière comme les ondes dans la » mer; même cette rivière n'était pas un petit rempart et défense pour • les murailles de la ville, car elle environnait de toute la largeur de ses » eaux toute la largeur et circuit de l'île. »
Une nuit cependant, un des pécheurs ne put retirer ses filets. Il appela ses compagnons ; on traîna la proie sur la grève, et quand les mailles furent ouvertes, les poissonniers se regardèrent avec terreur. A la tète blonde et chevelue de la victime, à sa robe de pourpre souillée à demi île vase, ils s'écrièrent: c'est un prince! Mais des que l'un d'eux eut fait signe au coup de poignard qui avait déchiré la robe, tous éteignirent promptement leurs torches, abandonnèrent le cadavre sur le sable, et à peine si dans le bruit des rames on entendit ce mot murmure à voix basse : Frédégonde !
Longtemps après cette nuit funèbre, un de ces spectacles qu'on ne
voit qu'une fois dans un siècle, mit en émoi les Parisiens : les deui ponts de bois de la Seine s'écroulaient sous les coups de hache, le port Saint-Landry était bordé de barques, la voile gonflée, les rames prêtes à partir au signal : mais ces barques ne portaient pas la banderolle bleue et rouge de la ligue commerciale; l'étendard au champ écarlate, aux larges abeilles d'or, flottait à tous les mâts. Chaque vaisseau était plein de soldats et de lances. Tout-à-coup, les cloches de la basilique et des couvents s'ébranlèrent; l'évêque, suivi processionnellement du clergé de toutes ses églises, s'avança et bénit une à une les trente : huit embarcations qui partirent avec Charles-le-Chauve pour aller disputera ses frères le champ de bataille de Fontenay.
A ce choc succéda une alarme plus effrayante encore : dans la sainte semaine de 845, une flotte de barbares apparut dans la Seine. Jamais pareille vue n'avait consterné les Parisiens. Des pirogues formées avec les grands arbres du Nord, creusés par le feu, ou seulement de peaui de bœuf que tendaient en les recourbant des baguettes de chêne, remontaient la rivière au nombre de six-vingts. D'autres peaux grossièrement cousues servaient de voiles : une nuée d'hommes demi-nus, aux blonds cheveux, aux traits féroces, les poussaient avec de longues perches.
Toute la cité frémit en reconnaissant la tribu barbare du Danemarck.et ce seul cri : Les Normands, les Normands! mit tous les habitants en fuite.
Les fils d'Odin entrèrent donc dans la ville abandonnée comme autrefois les Gaulois nos pères dans Rome ; le jour de pàques, au lieu d'être une fête solennelle et joyeuse, fut un jour de pillage et de deuil.
Charles-le-Chauve arriva enfin, non point en empereur, non en fils de Charlemagne, mais en marchand. Il n'osa en appeler à l'épée de son père, et traita avec ceux qu'il devait combattre. Sept mille livres d'argent pesées par sa lâcheté renvoyèrent les Normands.
Cette rançon obtint onze ans de trêve. Au mois d'août de 856, par une chaude matinée, les Parisiens entendirent bouillonner les eaux de la Seine; ils regardèrent avec terreur vers le moustier de Saint-Germain, et, à travers les joncs, les roseaux, les herbages de l'île de Jérusalem, ils revirent les fatales pirogues. Personne ne les attendit ; la Seine de* meura seule le triste témoin du sac et du pillage. Tout le jour, elle vit dévaster et voler sa ville, puis, quand la nuit tomba, un large cercle de feu se réfléchit de chaque côté dans ses flots. Les Normands s'embarquaient aux lueurs de l'incendie en poussant des clameurs de triomphe, les Parisiens y répondaient par des pleurs en ne retrouvant plus que les cendres de leur cité.
A partir de celte époque, et jusqu'à Charles-le-Simple, c'est-à-dire pendant cinquante-quatre ans. la lutte continua avec les Normands ; la
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France était livrée a une désorganisation politique si grande , qu'une poignée de barbares put venir périodiquement attaquer et piller la première de ses villes, sans qu'une seule bannière se déployât pour sa défense. Quant au roi, on ne le trouva que pour faire une lâcheté. Charlesle-Chauve avait donné son argent et son honneur aux pirates du Nord, Charles- le-Si m pie leur donna son sang et sa Neustrie; et, au moyen de ce pacte honteux, les compagnons de Rholf conquirent enfui ce fleuve de Seine pour lequel ils combattaient depuis cent soixante-cinq ans.
La Seine se remit donc à couler tranquillement comme une bonne ei grasse vassale de l'Église. Les religieux de Saint-Magloire reprirent possession de ses eaux, * dés au-dessus du chief de l'isle Nostre-Dame jusqu'au viez grand pont de pierre, lequel soûlait être où le pont des Nolins est à présent. »
Les chanoines de la Sainte-Chapelle recommencèrent à jouir de leur rente perpétuelle de 700 livres parisis qu'ils avaient sur l'arche du Grand- Pont et sur les moulins qui en dépendaient.
Pareillement, les moines de Saint-Germain, propriétaires de la tour du Petit-Pont et de toutes les meules tournant entre cette tour et la porte de la ville, rentrèrent dans leurs biens.
Malheureusement la Seine se fatigua de servir l'Église : l'hiver de 1 I7<» fut témoin de sa rébellion : grossie outre mesure, elle lança ses tlols contre les barrières qui la gênaient, et les pouls de Paris, les moulins de la Sainte-Chapelle disparurent dans le courant.
On ne sait où se serait arrêtée sa furie, si l'Église n'était accourue soumettre la rebelle. Mais tout-â-coup s'avança processionnelleinent nue armée pieuse de tous les prêtres, moines et religieuses de Paris, l'evèque eu tète, revêtu comme un général qui marche à la bataille, de ses habits de cérémonie.
Le roi suivait avec un noble cortège de seigneurs, le manteau d'hermine parsemé de lleurs-de-lis d'or flottait sur ses épaules et ondulait gracieusement de loin aux mouvements de sou cheval.
Une foule immense de menu peuple, mal contenue par les sergents, se pressait sur les pas du roi et de lévèque. Celui-ci lit faire halte à l'endroit où les eaux mugissaient avec le plus de force; c'était à la fausse estriviére de la Grève, devant le port aux Œufs, allongée en forme d'éperon de terre. Là, le prélat étendit les mains sur la Seine en ce moment plus grosse ri plus courroucée, et les cloches de Notre-Dame étant mises en branle, il montra aux flots un clou jadis arraché des mains du Sauveur, en disant: « Que Notre-Seigneur, par les signes de sa sainte Passion. - veuille resserrer les eaux dans leur lit ordinaire. » l*a Seine obéit quelques jours après.
Puis re fut le tour des glaces. De 11% a HIti, elle se prit quatre foi*»
aw LKS qi;ais.
pendant les quatre plus rigoureux hivers qu'on eût encore essuyés. Il suffira tirelire, pour en donner l'idée, que la justice lut suspendue, parce que le greffier du parlement, bien qu'il eut son encrier sur le l'eu, voyait geler son encre de trois mots eu trois mois, et ne pouvait enregistrer aucun arrêt.
Le \iv r siècle lui montra d'étranges spectacles : Ku 13 13, les trois fils de Philippe-le-Bel armés chevaliers dans lïlc .Notre-Dame, le légat prêchant la croisade, les rois de France. d'Angleterre, de Navarre, recevant la Croix de sa main; puis, comme pour faire ombre aux pompes éclatantes de cette fête, à l'autre boni de la Cité, les Templiers dévorés par les llammcs, le bourreau jetant au veut les cendres de Jacques Molay; à la même place les spectres de trois sorcières brûlées l'année suivante, qui revenaient, dit-on, la nuit; et plus bas les lueurs funèbres de la lourde Nesle ! Au-dessus de celte Cre\e maudite où les pécheurs, quand venait le soir, voyaient errer des ombres, brillait toutes les nuits un point lumineux, sorte de fanal allume au pied île Notre-Dame; il éclairait cette langue de terrain formée autrefois par les débris de reconstruction delà cathédrale, et qui d'abord nommée Motte aux Pajtelards. Unit par s'appeler le Terrait. C'était le chapitre de Noire-Dame qui entretenait le veilleur el qui était tenu île fournir par obligation bien ancienne deux bûches de mole et deux cotterets à ce garde silencieux qu'on apercevait chaque nuit entre les lueurs rongeai rcs de son phare et l'ombre de la grande basilique.
Le moyen-âge toutefois ne donna pas toujours à la Seine cette sombre couleur de sang et de llammes. Souvent, au mois de mai, par le soleil si doux du printemps, les blondelettes de Paris s'embarquaient avec leurs tiancés. Ces bateaux, couronnés de branches vertes et de suaves aubépines. descendaient le long de l'île des Javiaux * , dont le sol rocailleux était obstrué en tout temps de gravois et de planches ; ils s'arrêtaient devant l'île Notre-Dame, et là, comme il faisait beau aller ramasser les marguerites dans les prés ! A peine la troupe joyeuse avait-elle passé les glaïeul* et les joncs de l'autre île jumelle où paissaient les vaches qui lui avaient laissé leur nom, qu'à travers les saules penchés sur les t\em rives apparaissaient l'île aux Bureaux et lile de la Goiirdainc.
Un des jeunes gens racontait, en montrant du doigt les juments pleines qu'on y voyait errer, comment ces pauvres bètes payaient chacune s» deniers à l'abbé de Saint-Cermain, pour ce droit de pâture. Les bateau en attendant volaient à coté des paies, et voici qu'en grondant, les moulins de la Gourdaine. du guort l'Kvéque, de Btissi, épanchaient leurs vastes nappes d'écume. Ilien de plus riant que le premier, dont la toiture blanche et les roues jaillissantes masquaient la Cité, taudis qu'avec ses \ aimes et sa double chaussée, il enfermait lile dans un triangle de cristal.
', l/ilc I. ouvier*.
Les rameurs n'avaient pas besoin de fatiguer leurs liras : emportés rapidement par les courants, ils effleuraient les mottes de Nesle , où les blanchisseurs gardaient leurs toiles étendues au soleil.
Un peu plus loin on passait entre l'île aux Treilles si fraîche et si gracieuse avec ses vignes et ses arbres fruitiers exposés aux rayons du midi à gauche, et l'île de Seine, jolie prairie entourée de roseaux et de nénuphars à droite.
Presque bord à bord avec ces deux îles, une troisième était couchée toute longue et étroite : les Parisiens l'appelaient Jérusalem, et pas un bourgeois qui ne se lit un grand délice d'aller respirer les brises de Seine sur ses gazons parsemés de touffes d'osiers et de saules; mais ce bonheur n'appartenait qu'aux plus notables, qui eu louaient une parcelle à
prix d'argent, et, nlin de la distinguer décolle du voisin, la séparaient par une rigolo, d'où il arrivait que tous ces lots formaient autant d'îles particulières, et prenant les noms de leurs possesseurs, étaient désignées par «eux. d'île à Prunier. île la Garenne. île Lonijchnmp. île In Pierre.
500 LES yliAlS.
Ces bonnes gens ne manquaient pas de profiter des premiers beaux jours pour visiter leurs îles, et la joie devait être douce parmi eux an moment où les jolies blondelettes leurs filles, attachant les bateaux sous les oseraies de Jérusalem, venaient danser sur les pelouses ou manger la fouace en projetant d'aller parcourir les mottes de la sablonnière qui apparaissaient arides et chauves un peu plus loin (*}.
Jusque-là, libre dans son cours, la Seine ne voyait point sur ses bords ces barrières murales destinées à contenir l'impétuosité de ses flots et à mettre un frein aux ravages des inondations. Rien que le savant Cuvier ait attesté son impuissance à changer un caillou de place, elle déracinait. quand il lui plaisait, les plus grands arbres des campagnes, entraînait les villages, rompait digues et ponts, et jetait le tout sur ses grèves; ou, paisible dans son large lit, elle promenait capricieusement ses eaux claires et vertes entre deux frais rideaux de saules.
Philippc-le-Bel décréta qu'il n'en serait plus ainsi. Par son ordre, des quais commencèrent à s'élever en 1512 : de chaque côté, des remparts de pierre emprisonnèrent le vieux fleuve Adieu, belle et fière Sequana des Celtes ; adieu, noble protectrice de Lutèce : ces deux bras de la Seine qui etrcigiient la Cité avec tant d'amour, deviendront désormais les esclaves des Parisiens.
L'ordre de Philippe-le-Bel avait paru si extraordinaire au prévôt de Paris, qu'il prit un an pour y réfléchir, et ce n'est qu'en 1513, qu'on abat* lit enfin les saules qui bordaient la Seine depuis la rue de II lire poix située à l'endroit où est aujourd'hui la place du pont Saint-Michel, jusque» au couvent des Augustins, qui s'élevait seul sur cette rive humide et basse. à laquelle devait plus tard venir s'attacher le Pont-Neuf. Toutefois, dans ces premiers travaux entrepris avec répugnance, on se borna à consolider le terrain avec quelques épauleinents en maçonnerie et des palis. Une construction du même genre fut faite sous le règne de Charles V, le long du port au sel ; et cette partie de la rive droite de la Seine qui s'étendait depuis la pointe du Pont-Neuf jusqu'à la vieille vallée de Misère ou place du Châtelet, s'appela dès-lors quai de la Saulnerir, nom que ne tardèrent pas à lui enlever les Mégissiers.
Malgré le malheur des guerres anglaises, Hugues Aubriot, prévôt des marchands, commença, vers la fin du xiv r siècle, à Taire revêtir ces deux quais de pierres de taille, et en 150-4, Charles V ayant construit son magnifique hôtel Saint-Paul, deux rangées d'ormes ombragèrent l'espace compris maintenant entre la rue de ce nom et l'Arsenal. Ce terrain vague nommé alors quai des Barres, parce que les Carmes, qui portaient des habits raves de bandes blanches et noires, y possédaient un couvent, prit à partir de ce moment la dénomination de quai des Ormes.
',*. L'M<* iln lire»* Cail'oi.
Un siècle et demi passa sur ces embellissements qui no te mit rien à a physionomie piquante de la Seine. Après avoir, en effet, baigné à droite les sillons de la culture Saint Éloi et à gauche les terres de l'abbaye de Saint-Victor, elle arrivait d'un côté aux remparts où s'appuyait l'hôtel Saint-Paul, réfléchissait dans ses eaux pures les grosses tours du palais des Charles , le beau treillis, les vertes tonnelles, les cerisaies de leur jardin royal, et les ormeaux des Célestins, en effleurant de l'autre le clos de Saint- Bernard, le nouveau quai des Augustins et les prairies des îles Notre-Dame et du Palais.
Puis elle entrait dans les fossés du Louvre, courait rapidement le long de cette file de tours aux combles aigus couverts en ardoises et couronnés de girouettes peintes, figurant les armes royales ; et lorsqu'elle avait rongé, en écumant vis-à-vis, le pied verdàtre de la tour de Nesle, l'hôtel du même nom, le vieux rempart de Philippe- Auguste, le Pré-aux-Clercs et les terres de l'abbaye de Saint-Germain, elle fuyait dans la campagne vers le boulevart des Tuileries et le port l'Évèque.
C'est au milieu de ces ébauches de civilisation tracées par le moyenâge, que François I" trouva ses rives. Le premier soin de ce prince, ami des plaisirs, fut de songer à rendre praticable la partie de la rive droite qui allait du guichet du Louvre au couvent des Dons-Hommes deChaillot. Il ordonna en conséquence à la ville de lui faire un chemin sur cet emplacement pour le passage des chevaux, et de le fermer par une porte et un pont-Ievis, afin que plus commodément et plus souvent il pût aller dans les beaux jours de sou Louvre à Boulogne. Il faut rendre cette justice au prévôt des marchands, que tandis qu'il s'occupait avec le plus grand zèle des plaisirs du roi, il n'oubliait pas les besoins de ses concitoyens. Ainsi, en même temps qu'on aplanissait la rive du Louvre, ou commençait les quais de la Crève et du port au Foin ; on réparait celui de l'arche Beau-Fils ou des Ormes, et l'on construisait sur unv largeur de vingt toises les quais de la Saulnerie, appelés alors des Mégissiers, et ceux de l'Ecole et du guichet du Louvre. Deux abreuvoirs et quatre rani|»es descendant à la rivière y avaient été ménagés par la sollicitude du ma gistrat populaire.
C'est encore à François l rr que le quai des Grands Augustins dût le plus beau de ses édifices. La duchesse d'Etampes était logée rue île l'Hirondelle; pour arriver jusqu'à son hôtel, le roi fit élever un charmant petit palais au coin de la rue Cille-Cœur. Les appartements joints à fresque, retraçaient les scènes les plus tendres de la mythologie, les emblèmes les plus ingénieux, les plus amoureuses devises et les salamandres en pierre, les cœurs enflammés qui étaient sculptés sur la façade, disaient on ne peut plus clairement aux passants, et l'usage de ce palais et la qualité de son propriétaire; mais ce qu'ils ne disaient pas, c'est que le roi
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Praoçoia I étail ausai jalom 411c galant. Malheur eu eflel a limpru nu .1 1 .iinJ.M jru\ ijin oaail trouver belles les imiguiliques nattas blonde* d Anur llePi&soleul il -i ^ .1 i l Ui< OU t . ■ i * • 1 I»' sort de la victime ims du Poot-au-Change. Au milieu de la nuil de 1531, un jeune homme bbmd i\ pair tut lire sil> oeril de la Unir dr Hilh al ûouduil au Imh
la Seine par quatre hommes à ligure sinistre Le greffier du parlement lui ;innon m peina êlail commuée, ni i et iulortu né letani
1rs yeui au ciel murmurai! déjà le nom tir sa mère, le greffier déplia nn parchemin et lui rapidement ce qui suit à la lumière «l'uni* torche
Françeu I parla a IKeur roi de France, au pré? Al A P
r,omme pour un certain emne yuatifif *t commu ' par nu
nomme Olivier de Lafines, ledit de Lannes eût été constitué prison sou procès laii el parlait par sentence el jugement el pendu et étranglé, savoir raisons : que pour aucune mu noua mouvant etçu^nf 00W0MJ rtrr exprimée*, jivous confirme ledit ment el néanmoins voulons el ordonnons ladite eiécutie <>si i savoir que ledit Obvier suif fêté en \^\ sac en In rivii lellp heure que peu de gêna en puissent a voit
Sous Henri M. sou su reesse ur. le quai s aHongpa d un roté,jttsqi| poni Saint-Michel, ri de ! nuire jusipi a la leur de la no-nu-
époque* le prevot des marchands étant venu a (Ibaillot h
plaint* de Grenelle d'énormes tas de pierres qui 11'apparlenaient à personne, eut l'idée de les demander au roi. Sa requête ayant été admise sans difficulté, il commença eu 1564 la construction d'un nouveau quai appelé des Minimes de Nigeou ou des Bons-Hommes , parce que le couvent de ces religieux en était le monument le plus remarquable.
Si les tils d'Henri II avaient suivi les traces de leur grand-pére, les joncs, la boue et les broussailles auraient disparu rapidement des bords de la Seine; mais François II régna trop peu de temps pour songer à autre chose qu'à sa belle Marie-Stuart, et Catherine de Médicis, occupée à contenir les flots toujours grondants de la guerre civile, ne s'inquiétait guère de ceux de la Seine. La jeune cour de Charles IX, de son côté, donnait tant d'occupation au prévôt des marchands, qu'il ne pouvait en conscience avoir le loisir de tailler des pierres. Par un hasard étrange, le seigneur de Nantouillet, qui exerçait alors cet emploi, était l'homme d'Europe qui avait les plus puissants ennemis. Il se vantait lui-même d'avoir nargué la reine Elisabeth à Londres, de parler mal tous les jours du roi de Navarre, et d'avoir eu le plaisir de manquer de parole au duc de Guise. Toutes ces jactances, assez déplacées dans la bouche du petit-lils du cardinal Duprat, portèrent leurs fruits au moment où il s'y attendait le moins, et le quai des Augustins fut le théâtre du châtiment. Nantouillet > possédait l'hôtel d'Hercule, ainsi nomme des aventures de ce dieu qui en décoraient les murailles, lu soir, le roi de .Navarre et les ducs de Guise et d'Anjou, s'invitèrent sans façon chez lui, et après souper, firent piller par leur suite ou jeter par les fenêtres toute la vaisselle et les meubles. Ce ne fut pas tout : Nantouillet n'avait pas coutume d'épargner les maîtresses du duc d'Anjou; or, mademoiselle de llieux.qui jouissait de cet honneur, le rencontrant quelques jours après sur le quai de l'Ecole marchant à pied au milieu de ses gardes et à la tète des échevins, enfonce tout-à-coup les éperons dans les lianes de sou cheval, et parlant comme un trait, le renverse et le foule aux pieds devant les Parisiens stupéfaits, mais trop respectueux pour prendre le parti de leur premier magistrat contre la maîtresse d'un prince.
Cependant, maigre les orages de la guerre civile, Catherine, qui a\ait comme tous les Médicis la passion de l'architecture, ne laissa pas que de faire bâtir les Tuileries. Bientôt un superbe pavillon s'éleva au bout de la terrasse qui fait face au jardin bordant le chemin de François I". Ce pavillon termine, des fêtes comme en pouvait seule inventer Médicis, se succédèrent pour sou inauguration. La première était ce fameux ballet historique ou les huguenots vêtus en chevaliers errants se voyaient plonger dans l'enfer, la seconde fut le drame lugubre de la Sainl- Haiihélemy.
\ peine la cloche de Sainl-Cermain-I \u\errois eut-elle donne le signal
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que 1 * massacre commença avec fureur sur les quais. Un vieillard. Lava ni in, lui la première victime. Traîné à la grande boucherie sur le <|iiai des Mégissiers, il y lut égorgé comme un bœuf et précipité dans la Seiur. Les jeunes Morlemart etJarnacl'y suivirent de près, mais avec une agonie moins longue , car on s'était contenté de leur briser la tête contre les pierres du quai. Au bout du quai Saint -Michel, vis-à-vis la rue Saint- Jacques, deux hommes vêtus de noir demandaient avec étonnement à leurs assassins pourquoi on les avait arrachés à leurs livres, quand on les lança pardessus le pont : c'étaient le savant Ilamus et le président La Place; la foule, élevant ses lanternes, les regarda quelque temps se débattre dan» l'eau et surnager, puis elle leur souhaita un bon voyage et courut /ia/re boire le bailli d'Orléans et son fils. A quelques pas de là avait lieu une lutte courageuse mais trop inégale: Un professeur de l'Université, un libraire nommé Odin et un ministre qu'on appelait Lopez, s'efforçaient d'échapper aux meurtriers. Précipités l'un après l'autre, on entendit longtemps leurs cris de détresse. Tous ces vieux capitaines huguenot* blanchis sous le harnais, se voyaient là garrottés et noyés l'un après l'autre, et tous souffrirent celle mort en silence, excepté le jeune Colombier. qui pleurait sa maîtresse; le rapitaire Va lia voire, qui regrettait sa vieille maison du Dauphiné, et le rude et fort Monthaubert, souhaitant tout bas de n'avoir jamais eu de mère. Les noyades, affreuses au quai de la Grève. car on avait affaire à des hommes intrépides qui vendaient chèrement leur vie, se continuaient en même temps avec un caractère de barbarie tout particulier sur le quai du Louvre. A la plus haute des fenêtres de ce palais brillamment illuminé, se teuait à demi cachée dans l'ombre. Catherine de Médicis encourageant du geste la curiosité obscène de ses filles d'honneur descendues pour regarder les cadavres, et le zèle du jeune Charles IX, qui s'essayait en visant les fugitifs au tir de l'arquebuse.
Le jour vint enfin, non pour arrêter mais pour couronner ces horreur». I u amas immense de corps morts fut enseveli dans la Seine qui en rejeta dix-huit cents sur le quai des Bons-Hommes, où le prévôt des marchands les fit couvrir à la hâte d'un peu de terre.
A ces é|H>uvaiitahlcs scènes, succédèrent les spectacles burlesques de la cour d'Henri III. Pendant longtemps le quai des Grands-Augustins vit ce prince et ses mignons enveloppés dans de longs sacs de toile venir avec toutes les apparences de la contrition, faire pénitence dans la belle église des Augustins, de leurs débauches de la veille, et chercher le pardon de In irs péchés du lendemain. Ensuite, quand cette confrérie des Ulanvxballm eul passé et repassé tW\\\ ans devant la statue de Charles V, qui, debout dans le vestibule, devait bien rougir de ses successeurs, le» processions militaires «le la Ligue et les revues des moines cuirassés son*
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levèrent tour-à-tour la poussière ilos quais Saint-Michel et du Lou\re. jusqu'à l'arrivée d'Henri IV.
O fut une grande journée pour le lléaruais. Il a\ait acheté Paris a Lhuillier, prévôt des marchands, et au comte de Hrissac, ipii en était gouverneur. Le 2*2 mars 1.V.M, jour fixé pour I exécution du marché, ces deux traîtres se rendirent à la Porte Neuve située au bout du quai du Louvre, ouest maintenant le Pout-Noyal , et attendirent les protestants. Ceux-ci n'arrivaient pas, la pluie les ayant retardés; ils ne parurent qu'au bout d'une heure d'anxiété mortelle pour les vendeurs, car il y allait de leur tète. Enfin à cinq heures. Saint -Luc entra avec l'avaut-gardc et prit position auprès du Louvre, tandis que les garnisons de Corbeil et de Melun, descendues par la Seine, débarquaient aux Célestins et se rangeaient en bataille sur le quai. Peu après, Montmorency et Matignon entrèrent par la Porte-Neuve et s'avancèrent jusques au quai de l'Kcole.où un détachement de Suisses tenta, mais inutilement, de leur barrer le passage. Quand ils furent tous tués ou précipités dans la Seine, le comte de Brissac alla au-devant d'Henri IV, pour le presser d'entrer à son tour. Mais telle était la terreur qu'inspirait Paris, quoique vendu pieds et poings liés. qu'Henri IV hésita longtemps et ressortit jusqu'à trois fois avant de se déterminer à pénétrer dans la ville. Les protestations du prévôt des marchands. Lhuillier. ne paninrent a le rassurer que vers les sept heures
:.(k; ri; s qi aïs.
«m. entoure de ses gardes et d une nombreuse cavalerie, il se détermina a franchir tout de lion le seuil de la Porte-Neuve.
Dix ans plus lartl, Sully, devenu grand voyer de France, faisait construire le i|iiai de l'Arsenal. Kn 161 1, le président Jrannin commençait le quai de l'Horloge par la construction d'une rangée d'échoppes adossées aux murs du palais à partir du Pont-Neuf jusqu'au pont Saint-Michel, et les uiaitres teinturiers du pont Notre-Dame obtenaient vers cette époque de Sa Majesté, la permission de bâtir un quai derrière leurs maisons atin de puiser plus facilement l'eau nécessaire à leurs teintures. Louis XIII et son cardinal ne tardèrent pas à recevoir une nouvelle requête a ce sujet, tëi itre le pont .Notre-Dame cl le Pou t-au -Change, s'étendaient des terrains vagues, chargés d immondices et des. débris inTert* de l'écorcherie : le marquis de Ce Mes les demanda au roi, et par une ordonnance datée de 1642, ils lui furent concédés à perpétuité, à la charge d'y élever un quai sur des arcades avec quatre rues. M. de Gévres tint sa parole en bon gentilhomme, il fit le quai et lui donna son nom.
Depuis une vingtaine d'années, Marsilh avait commencé celui de la reine Marguerite, appelé plus tard, comme le port, Malaquest et ensuite Malaquais.
C'est en effet sur la place de l'hôtel hàli par cette lionne reine au retour de sou long exil eu province, que l'on traça ce nouveau quai, dont le premier mur commençait a l'hôtel de Nesle, vis-à-vis le pont des Arts actuel, et Unissait à la rue des Petits- Auguslius au port Malaquest ou Ilvurt du port aux hirsrurs. Cette dernière moitié du xvii* siècle fut nue époque heureuse entre toutes pour 1 édililé parisienne et surtout pour la rive gauche. Au quai de .Vslc. qui s'était un instant appelé quai Guenegaud. par respect pour le superhe hôtel que ce secrétaire d'État y avait lait construire et qu'on allait baptiser pour un motif semblable quai Omty, venait de s'ajouter le quai des Quatrc-Natioiis. Par un remords testamentaire, Mazariu ayant voulu rendre à la France un peu de l'argent qu'il lui avait volé, s'avisa de laisser en mourant une assez forte sonne .iliu d'éditier un gymnase destine à la jeune noblesse de Pignerol, 4e lloussillon.de Flandre et d Alsace. Ce collège, nomme des Quatre- Nations, s éleva eu 1002, tel que nous le voyons aujourd'hui sur les ruines de l'hôtel de Nesle : et peu après un quai magnifique, vraiment monumental, vint en décorer la façade. Couronne par une balustrade élégante, ce quai se deploxait noblement vis-à-vis le Louvre, portant sculptée avec une grande richesse au milieu, la devise de Louis XIV, soleil couronne dont les raxons brillaient entre deux cornes d'abondance, et, eu regard de iliaque pavillon latéral, les armes de Mazarin, où l'orgueilleux chapeau de cardinal s 'élevait au milieu des faisceaux consulaires.
Lie par « e quai fastueux au quai Couty, le quai Malaquais ne tanb
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pas à s'attacher vers lest a relui «les Théatius. Ces bons pères, connue chacun sait, introduits en France par Mazariu, s'étaient bâti un couvent tres-commode entre la rue des Saints-Pères et le pont nomme maintenant Royal. Comme le portail de leur église, véritable rliel"-d'u*uvre de Desmaisons, donnait sur la rivière, on ne crut pas devoir se dispenser de placer le <|uai sous sa protection, et les Théatius furent les parrains de la barrière murale; cette dernière construction poussait les quais de la rive gauche jusqu'à la rue du Kac : il restait après cette rue un épouvantable marais parfaitement désigné par le surnom de (Ireiwmllère. qu'on voulut au commencement du siècle suivant dessécher et enclore de murs : mais quoique le sieur Boucher d'Orsay, prévôt «les marchands, en eût posé la première pierre en grande pompe le 7* juillet 1708, ce projet n'alla pas plus loin.
Pendant que la rive gauche s'embellissait ainsi, et que le quai de la Tournelle, sorte de fondrière proverbiale dans le quartier Maubert, recevait dans toute sa longueur une chaussée pavée large de dix toises, les quais d'Anjou. d'Orléans, des Balcous.de Bourbon, bâtis en vertu des traités passés eu 1624 entre l'architecte Marie et la ville, enfermaient l'île Notre-Dame dans une triple ceinture de pierre. Le quai de l'Horloge ou des Morfondus portait de l'eau au pied des échoppes du président Jeannin, le quai des Orfèvres s'élevait entre le Pont-Neuf et la rue Saint- Louis, et le conseil ordonnant par sentence du 24 février 1073, aux tanneurs et aux teinturiers de la (ireve. d'aller s'établir au faubourg Saint- Marcel et à (Ihaillot, confiait à l'habile Pierre Bullet la construction du quai Pelletier dont la voussure hardie surplomba de trente pieds sur la Seine.
Regardons maintenant derrière nous, et voyons quelle fut la physionomie des quais pendant les xvr, xvn* et xvtir siècles.
En partant de l'Arsenal et après avoir admiré la porte de ce moimmeui qui s'ouvrait sur le quai en s appuyant sur quatre canons, et portait au frontispice une inscription latine en l'honneur d'Henri IV, ou arrivait d'abord au quai des (lélestinsoii les bureaux des coches d'eau qui remontaient la Seine et les carosses de Lyon logés à l'hôtel la Vieuville entretenaient un mouvement continuel. Ensuite on descendait le quai Saint- Paul où abordaient les bateaux aux fruits et ceux qui apportaient le poisson d'eau douce, et quand on s'était arrêté quelques instants sur le quai des Ormes pourvoir le marché aux Veaux, on venait regardera lra\er> les ouvertures de la rue de la Mortellerie ces barques lourdement chargées de pierres, de foin et de hlé, qui, de temps immémorial, s'arrêtaient vis-à-vis la tirève au port au charbon. Le quai Pelletier et celui detievres fermé par quatre grilles pour la sûreté des bijoutiers, libraires ou marchandes de dentelles, dont les boutiques les bordaient à droite et a «laurhr.
r»ox lks ut aïs.
s'offraient immédiatement après, et en gravissant le quai de la Ferraille les yeux étaient éblouis par la variété des objets qui s'y trouvaient réuni* et l'étrangcté des scènes dont il était le théâtre. A coté des marchands de ferrailles de toute espèce et de toutes sortes d'ustensiles, s'élevaient. en effet, les échoppes des marchands d'oiseaux, qui pouvaient fournir, en tout temps, aux amateurs des pigeons dorés, des singes verts et même des perroquets hleus ! Les mercredis, et les samedis les jardiniers le couvraient d'arbrisseaux et de fleurs, et le dimanche il appartenait tout entier aux charlatans et aux bateleurs qui s'empressaient, après la messe. d'y dresser leurs tréteaux pour y jouer des farces et vendre des drogues au peuple. Placé à la descente du Pont-Neuf, le quai de l'Ecole, ancien lieu de rendez-vous des tireurs de laine et des auditeurs de Tabarin, se présentait sur les pas du provincial errant à Paris, comme un bois où les aigrefins, les laquais et les chevaliers d'industrie guettaient sans cesse leurs victimes. Après avoir traversé cet échantillon de la forêt de Bond y. s'il restait quelques pistoles dans la bourse, les linge ces, les ferrailleurs. les étaleurs de livres elles marchands d'images entassés dans les échoppes du quai Bourbon se les disputaient à grands cris. Mais l'hôtel peint eu jaune du connétable de Bourbon fuyait avec ses armoiries brisées et ses moulures ternies par le bourreau, et le quai des galeries du Louvre allait se développant jusqu'au pont Bouge, qui devait si tôt céder la place au Pont-Royal,, entre le superbe édifice et le port Saint- Nicolas. C'était là (pie jetaient l'ancre, aux yeux des Parisiens curieux, tous les bateaux chargés d'épiceries et ceux qui avaient remonté du Havre, les vins de l*anguedo< , de Roussillou, de Provence et d' Espagne. Une foule de petits bateaux partant du guichet et du lanternou ne cessaient d'aller et venir de ces deux points à la rive gauche pour transporter les passagers au faubourg Saint-Cermaiu moyennant six deniers par personne. Quelques pas plus loin et en tournant le gros pavillon du palais, on Toyaitk pilote de la ga Hotte de Saint-Cloud, debout sur le quai des Tuileries qii, eu entendant sonner huit heures, agitait sou drapeau blanc pour donner le signal du départ. Aussitôt retentissaient les jurements et les vociférations des matelots s'eflorcant «l'arracher les voyageurs des cabarets voisins. Ces cabarets, construits en planches peintes en ronge de même que l'ancien pont, s'étalaient, comme une rangée de mendiants accroupis an soleil. depuis le Pont-Hoyal jusqu'à la porte de la Conférence, élevée an bont du jardin. Ils étaient tenus, pour la plupart, par des Suisses et des femmes d'invalides, et fréquentés surtout par des gardes françaises q«i axaient l'habitude de s'attabler, dans les beaux jours, sur les hancs esté» rieurs pour y boire, eu fumant leur longue pipe, le cidre et le brandevîn. Puis, après la porte de la Conférence, la magnifique promenade du Cour* la Reine apparaissait avec ses quatre rangées d'ormes, ses trois allées de
LES y II Al S.
mille pas de long et ses élégantes portes de 1er. On y admirait sons les fraîches voîites de verdure :
Les merveilleux , les |x»tits mailro
Kxhalant l'ambre le plus doux ;
Les abbés . armes de lorgnettes ,
Les robins, aux cheveux flottants.
Les aimables imjKrtinents ,
t-miSb
Kl la foule de ces coquettes ,
Kn lévite, en chapeaux galants.
Ombrages de riches aigrettes .
Oui cueillaient dans ces courts instant*»
Le fruit de leurs longues toilettes
Au boni du Cours, l'épais tourbillon de fumée que lançait la savonnerie annonçait le quai de Nigeou ou de fdiaillot. C'était toujours avec une sorte de terreur que le bourgeois de Paris, qui venait de se siguordévolemeiit devant le clocher du couvent des religieuses de la Visitation, longeait les prisons du village. Il se bâtait de doubler le pas et d'arriver à la délicieuse terrasse de la duchesse d'Orléans, moins célèbre par ses deux
pavillons octogoues à la romaine, que par ces échelles que le Parisien de Néel prenait pour celles du Levant, et qui étaient tout bonnement les échelles des blanchisseuses. 11 ne lui restait plus, quand il avait vu tout cela et l'antique et immense couvent des Bons-Hommes percé de près de mille fenêtres et surmonté d'un clocher dont la flèche se perdait dans les nues, qu'à prendre une barque au port de Passy et à gagner la rive gauche.
Là, il semblait d'abord qu'on se promenât dans quelque désert où le majestueux hôtel des Invalides, avec son dôme colossal et solitaire, ne figurait pas mal un de ces anciens édifices perdus au milieu des mines et des hautes herbes. Un étroit sentier serpentant sur la rive entre les broussailles, les joncs et les rares bouquets de saules, conduisait jusqu'aux jardins de l'hôtel Bourbon, qu'on apercevait au bord de la rivière dessinant en l'orme de demi-lune, vis-à-vis de la porte de la Conférence, sa grande porte à colonnes et ses deux pavillons. Venaient ensuite les hideuses baraques noires de vétusté et les chantiers du quai boueux de la Grenouillère, au bout duquel se dressait l'hôtel des Mousquetaires, bâti en 1671, par les habitants du faubourg Saint-Germain qui, ayant obtenu à cette condition d'être exemptés de loger ces messieurs, les reléguèrent et pour cause, le plus loin qu'il leur fût possible. Deux belles maisons isolées au coin de la rue du Bac terminaient ce quai, bien différent sous ce rapport de celui des Théatins qui, outre l'église et le couvent de ces bons pères, offrait à l'admiration des étrangers les deux hôtels de Mailly dont les jardins et la terrasse occupaient tout l'espace compris entre la rue du Bac et la rue de Be;iuuc. L'hôtel de Mors tin, bâti au coin delà rue des Saints-l'eres par le Florentin Falani, n'annonçait pas moins dignement le quai Malaquais, où l'on trouvait encore deux monuments remarquables : l'hôtel de Bouillon, embelli par le pinceau de Lebrun, et celui de la reine Marguerite, devenu depuis 1718 l'hôtel Gilbert de Voisin. La magnificence de ces bâtiments avait fait de ce quai le rendetvous du beau monde et la promenade favorite des femmes de qualité qui s'y rendaient l'apres midi pour y montrer leur rouge, leurs paniers, leur» mouches, leurs éventails de Chine et les petits laquais qui portaient leur queue. En traversant les files serrées de ces belles promeneuses, parmi lesquelles se glissait plus d'une marquise de lansquenet et pins d'une nymphe de l'Opéra, on remontait par le quai armorié des Quatre- Nations jusqu'à celui de Conti que bordaient entièrement dans tonte sa longueur l'hôtel de ce nom et l'hôtel de la Boche-sur-Yon. Que de vicissitudes écrites sur les pierres de cet hôtel Conti ! Que d'événements se sont passés dans ses murs! Lorsqu'il s'appelait l'hôtel Guénégaud, il Art le logement de Molière : c'est sous les fenêtres de l'auteur de YEroleéts Maris qu'en 1672 on vint fouetter la Tourelle qui avait joue avec un pré-
LES QliAlS. 511
sident de Grenoble le rôle de sa femme; c'est dans la vaste salle de cei hôtel que jusqu'en 1673 fut chanté l'opéra, et qu'on établit, jusqu'en 1688. la comédie française, tandis que vis-à-vis et à la place de l'arcade de l'abreuvoir, le célèbre Brioché émerveillait les badauds parisiens avec ses marionnettes. Puis tont-à-coup l'hôtel Conti s était écroulé sous le marteau des maçons, et le 20 avril 177J l'abbé Terra y, contrôleur généra*! des finances, était venu poser la première pierre de la Monnaie, en mettant sons le mortier étendu par sa truelle d'argent une médaille d'or qui porte au revers le dessin de la façade telle quelle existe aujourd'hui. En quittant ce quai, vraiment monumental, et fendant la presse des charlatans, bateleurs, filles de joie, coupeurs de bourse et mendiants, qui fut très-grande de tout temps au bas du Pont-Neuf, on tombait devant l'église des Âugustins, et il était impossible de ne pas s'arrêter un instant pour considérer le bas-relief expiatoire placé précisément à l'angle que l'église formait sur le quai, en mémoire d'une violation des privilèges du couvent: on voyait là les huissiers ou sergents à verge, en chemise, nu-pieds, chacun avec une torche à la main, faisant humblement amende honorable aux religieux. Les mercredis et les samedis, les boulangers vendaient leur pain à cette place, et, depuis 1679, le marché à la volaille \ avait été transporte par arrêt du conseil, voici à quelle occasion.
Tres-haiilcH puissante dame Françoise l,e Prévost deCourtalvert ayant
obtenu avec les marquis de Sourcheset de Guitry la concession d'une Italie. avait bâti auprès do la rue Mauconseil un mauvais bangard étroit et bas. (jiii causait dans le quartier une infection insupportable. I^es habitants exaspérés se plaignirent, et sur leurs instances le conseil décida que la volaille se vendrait désormais sur le quai des Augustiiis et point ailleurs, sous peine du fouet. Sept ans auparavant, s'étaient élevées sur les ruines des hôtels de Nemours et de Luyues, ces maisons que les libraires occupaient le long du quai vers la lin du xvnr siècle. On trouvait encore ces libraires ou plutôt ces bouquinistes, car ils ne vendaient que de vieux livres et n'en faisaient pas imprimer de nouveaux, établis sur le parapet du pont Saint-Michel, et à peine avait-on laissé leurs étalages vermoulus chargés de latin, de grec et d'hébreu, qu'on descendait sur le quai de la Tournelle et qu'on avait eu face cette vieille tour carrée d'où il tirait son nom. Jadis ce vieux reste du Paris de Philippe-Auguste était abandonné, mais la piété de saint Yinccut-de-Paiil lui fournit des habitants: et grâce à ses prières et à ses aumônes, les condamnés trouvèrent dans ses murs le vivre et le couvert jusqu'à leur départ pour les galères. A peu de distance de ce sombre refuge autour duquel rôdaient sans cesse des capucins implorant en faveur des malheureux qu'il renfermait la commisération publique, se présentait après l'hôtel de Nemours la porte Saint- Bernard. Cet édifice, compose de portiques séparés par une pile, avait été élevé en 1670, pour célébrer la générosité immortelle de Louis XIV, qui voulut bien supprimer cette aimée un léger impôt sur les marchandises. L'inscription latine l'appelait grand comme celle de la porte Saint-Denis. et le bas-relief sculpté par Tuby le représentait habillé en divinité antique et tenant en main le gouvernail d'un navire qui semblait voguera pleines voiles. Au-delà de cette porte, il n'y avait plus à voir que la halle aux vins, construite en 165(5, sur le canal de Biévre un espace vague et désert nommé la Gare et le Jardin royal pour la culture des hérites médicinales, dont le médecin de Louis XIII, Guy de La Brosse avait planté vingt ans auparavant les premières allées.
Force était alors aux curieux de revenir sur leurs pas et de traverser la rivière pour aller parcourir les quais des îles. Le quai des Balcons appelé plus tard de Béthune, apparaissait le premier tout fier de la maison monumentale, d'ilessclin, le maître de la chambre aux deniers, et de l'hôtel Bretonvilliers, siège des bureaux des fermiers- généraux qui.poar le rendre digne d'eux, l'avaient fait embellir par les pinceaux de Bourdon et de Mignard.Geux d'Aleuçon,de Bourbon, fameux par son enseigne de la femme sans tète, et d'Orléans, se déroulaient ensuite successivement â leurs yeux, et, franchissant le pont de bois, ils filaient le long du port Saint-Landry et descendaient sur l'ancien quai des Morfondus, jadis le quartier-général des perruquiers et marchands de cheveux de la Cité, el
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qui était devenu le magasin des iiistriimciits de mathématiques depuis l'élargissement de 1738. C'est de cette même année que datait son nouveau nom de l'Horloge, que lui lit donner par le peuple la table de marbre blanc incrustée dans le pignon de la dernière maison vers le Pout-au-Change. et sur laquelle Cassini avait traie une méridienne. Tournant alors le Pont-Neuf à gauche et descendant sur le quai des Orfèvres, on allait admirer cette immense quantité de vaisselle d'or et d'argent, de bijoux de tout genre, de pierreries et d'ornements d'église, qui faisait ressembler ce quartier à un bazar oriental. Le quai du Marche-Neuf, bâti à côté de la boucherie et habité principalement par les miroitiers et les fourbisseurs. servait de ternie à celte longue promenade.
Telle, fut pendant les trois derniers siècles de la monarchie, la physionomie des quais. Le grand réveil de 80 sonna enliu à l'horloge de la Bastille, le pouvoir retomba des mains de la cour dans celles du peuple, et la Convention vint occuper aux Tuileries la place de la royauté. Alors éclatèrent les grandes luîtes républicaines. Le pave brûlant des quais de la Grève, de la Mégisserie, du Louvre et du quai Voltaire, dont le nom \enaitde remplacer celui des Théatins, trembla maintes fois sous les pas du peuple et fut teint de sang au 10 août, au T2 prairial el au 13 vendémiaire! Puis la république eut le sort de la royauté; le premier consul se lit empereur, et tout prit sous son règne une face nouvelle. Les deux plus belles pages de nos annales militaires furent écrites en pierre et en fer dans ses ondes. Aux deux extrémités de Paris, les ponts d'Austerlitz et d'Iéna s'élevèrent pour éterniser la gloire de nos brutes, et dès-lors, sous le coup-d'œil géométrique de .Napoléon, les ri\es de la Seine s'alignèrent docilement et se revêtirent, partout où les régimes précédents les avaient laissées nues, d'un noble el solide rempart. Les buissons du bout du monde, les marais du quai de la Grenouillère disparurent à jamais pour faire place au ([liai des Invalides el au quai Bonaparte; le quai de la Conférence, réparé par le Directoire, s'avança hardiment dans la Seine pour se lier au quai Debilly. bâti au milieu du fleuve avec les débris de l'ancien quai de Chaillot ou des Bons-Hommes, et glorieusement baptisé du nom d'un des braves dTéua. Déjà en 1803 l'empereur braquant sa lunette sur les quais, avait manifesté sou amour pour la ligne droite et les masses régulières, en alignant et exhaussant le quai du Louvre, et eu ouvrant le quai Desaix sur l'ancien emplacement de la rue de la Pelleterie ; le quai Napoléon ou de la Cité sur les ruines des mes infectes des Lrsius et d'Enfer; le quai Catiual autour de Notre- Dame, le quai Montebello au pont Saint-Michel ; le quai Saint- Bernard le long de la halle aux \ius, el le quai du Mail, qu'il appela Morland. pour «pie la mémoire de ce taillant commandant des chasseurs de sa gard«» willât . sentinelle funèbre de la gloire de l'empire, auprès du pout
d'Austcrlitz, connue relit» du général Debilly \eillail auprès du |mnl d'Iéna.
Lu Restauration n'exécuta point de travaux semblables, mais l'édilitc constitutionnelle de 1830 marcha sans hésiter sur les traces de l'empereur. Les quais de l'Ecole, de la Mégisserie, «le la Grève, élargis et dotés de superbes trottoirs; le quai Pelletier reconstruit, d'autres nivelés avec soin, et une large chaussée en bitume étendue sous les pas des promeneurs le long de la terrasse et du quai des Tuileries, a prouvé ses bonnes intentions et son zèle, tandis que ces jeunes arbres qui déploient déjà leur vert rideau au-dessus des dalles des trottoirs témoignent de sa sollicitude.
Et maintenant, si on oublie tout ce bruit humain, grand et confus qui s'est fait sur nos quais depuis que les raffinés s'y battaient eu duel, que les valets des grands seigneurs y traînaient le corps du maréchal d'Ancre, ou escortaient à coups de pierres le carrosse de Mazarin, et forçaient le chancelier Séguier à se réfugier, pour sauver sa vie, dans une maison du quai des Augustins.Si on laisse dans les lointains obscurs du passé, etles fêtes éclatantes de Louis XV et celle qui inaugura si douloureusement le mariage de son successeur sur le quai de la Conférence, et les bruyantes revues des sections sur les quais de la rive droite, et les pompeux défilés des armées de Napoléon sur le quai des Invalides, et la résurrection populaire des trois jours qui, de la Grève aux Tuileries, ébranla chaque pavé, d'un tremblement de liberté et de victoire; si l'on oublie tout cela et qu'on recommence aujourd'hui la promenade que nous avons faite à travers les seizième, dix-septième et div-huitième siècles, que de changements, et quel aspect nouveau et divers !
A la place de l'étroite chaussée des lions-Hommes, le vaste quai Debilly et celui de la Conférence, sillonnés par une foule de voitures et d'omnibus, auxquels ne se mêle plus que de loin en loin l'ignoble coucou au coursier boiteux, se déroulent jusqu'au pont de la Concorde veuf de ses statues, mais ennobli par le voisinage de l'obélisque. Au lieu d'être obstrué par la vieille porte de la Conférence, et son ponUlevis resserré, le passage s'élargit encore au quai des Tuileries, et continue à former jusqu'à la colonnade du Louvre, la voie la plus belle et la plus spacieuse. Là, si les enfants du Cantal qui déchargent le charbon au coin du quai de l'Ecole, sont toujours aussi noirs et aussi rudes qu'autrefois, si quelques marchands de graines et de plantes se souviennent toujours que k quai de la Mégisserie fut jadis le marché aux Heurs, les marchands de lerrailleont transporté les étalages en plein air dans des boutiques, et peu d'oiseliers y conservent les cages de leurs pères. En revanche, les marchands de ligues et d'instruments de pèche et de chasse y abondeut depuis quelque temps. A côté, sur les trois quais de Gèvres. Pelletier et Ar
la Grève, outre les marchands d'habits, de blouses et de vieilles armes qu'on y rencontre à la lile, presque chaque allée est occupée par une revendeuse de chapeaux ou de casquettes piltoresquement coiffée en guise d'enseigne de la plus belle pièce de sou fonds. Tandis que vis-à-vis, les débitants de limonade se promènent en agitant leur clochette argentine le long des trottoirs chargés d'ouvriers au repos. Une solitude profonde, troublée seulement parles rares visiteurs de la bibliothèque de l'Arsenal et quelques passants égarés, couvre les quais des Ormes, des Célestins, Saint-Paul, et Morland. An contraire, eu franchissant le pont d'Austerlitz, et passant au Jardin des Plantes et au quai Saint-Bernard, on retrouve un moment la vie et l'activité commerciale à la halle aux vins, immense laboratoire qui produit plus à lui seul, cpie tous les vignobles de la Champagne, de la Bourgogne et de la Gironde réunis. Puis, du quai désert de la Tournelle, qui n'a plus sa tour, mais qui a, comme au moyen-âge, ses teinturiers et ses cabarets hideux, à côté des bateaux à vapeur dont la roue bruyante a remplace la lourde rame des coches d'eau, on parvient par le quai des Grands-Degrés et un nouveau passage ouvert entre l'Hôtel- Dieu et Notre-Dame, jusques au quai Saint-Michel, où vivent réfugiés les anciens marchands de meubles de la rue de la lluehette. Là, le vieuxquai des Augustins, étrangle vers le pont comme le jour qu'on l'a bâti, s'étend au nord en forme de cerceau brisé, et nous offre ses innombrables boutiques de libraires tapissées d'affiches «le toutes les couleurs, et un instant interrompues pour aller se rouvrira la descente du Pont-Neuf parles arcades «le la Vallée ou marché à la volaille bâti en 1809, on fut le couvent des Augustins.
Aussi fidèles que les libraires à leurs étalages antiques, les bouquinistes entassent comme leurs aïeux uwo triple rangée de vieux livres sur les parapets des quais de la Monnaie, Malaquais, Voltaire et d'Orsay; et là, tandis qu'une longue lile de promeneurs erudits circule avec une lenteur complaisante entrer les bouquins et les fiacres alignés le long du trottoir, et brave courageusement les rayons du soleil d'août ou le froid, une foule de curieux et de badauds s'arrêtent de l'autre côté, les uns pour étudier les cartes géographiques qui tapissent la Monnaie, les autres pour feuilleter les cartons d'estampes étalés sous les pavillons de l'Institut : ceux-ci, pour lire les annonces des libraires ou contempler pour la centième fois des lilhocromies et des tableaux en étalage au quai Malaquais, ceux-là pour admirer les gravures et les lithographies du quai Voltaire, les curiosités et les lézards empaillés des naturalistes; d'antres enfin plus inoccupes pour pousser jusqu'à l'ancien hôtel des gardes-du-corps, afin de voir défiler les dragons qui l'habitent, ou de regarder ces dorades, élégantes héritières des galiotes de Saint-Gloud. souillant au départ leur blanche colonne de fumée. Kxcepte des députes allant à ce palais Bourbon, qui res-
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liait* OM dernier* sirrlr*. Pari* a Milti Iiipo iIph 1ranstitnriali*ois 11 rsl facile dr (Ifolingutf i*l <|r dalffi en qurlqiu* *nrle , la physionomie
."18 Uli; MOlIFI'KTAItl).
que les diverses époques lui ont successivement imprimé. Depuis longtemps déjà, le Paris antique a complètement disparu, et chaque jour une nouvelle couche efface le Paris du moyen - âge. Et , à moins de s'aventurer aux alentours de Notre-Dame ou dans les ruelles du quartier Saint -Marcel, impossible aujourd'hui de retrouver ailleurs le moindre vestige de la cité des vieux âges. Là, seulement, comme il y a cinq siècles, ce sont encore des grappes de maisons répandues de tous côtés et semées en désordre; ce sont toujours des habitations s'entrecroisant sans aucune discipline sur le sol inégal et ingrat du Mont-Ce ta rdus.
11 en est de certains quartiers comme de certaines races, on les voit se perpétuer en se (rainant toujours dans la même ornière ou jouir héréditairement des mêmes avantages. Remontez, en effet, jusqu'au xv* siècle, et vous voyez déjà Paris se diviser en trois villes tout-à-fait distinctes: la dite, Il niversité, la Ville; la Cité occupe l'île ; la Ville s'étend sur la rive droite de la Seine; l'Université couvre la rive gauche. Enfin, chacune île ces trois grandes divisions de Paris était une ville à part, et avait son aspect particulier : la Cité était la plus riche en églises; la Ville en palais, et l'Université en collèges; à l'une, l'évèque ; à l'autre, le prévôt des marchands; à la troisième, le recteur. — Aujourd'hui, en plein 1845, supprimez l'é\èque, le prévôt et le recteur, et vous avez, à peu de chose prés, la même division. La Ville a encore pour elle ses hôtels séculaires consacrés par les deux noblesses ; dans la Cité trônent toujours les gens d'église; enlin, le quartier Saint-Jacques est demeuré le séjour exclusif des écoliers. Cependant, si dans ces trois quartiers le dessin du tableau est resté le même, que de modifications a subies le coloris! que de nuances a fait disparaître la moderne civilisation ! Seul, au milieu de cette rénovation incessante, le quartier Mouffctard semble prétrific dans sa rouille gothique : il représente encore de nos jours, dans une foule de détails, la physionomie du vieux temps de notre histoire; et, par je ne sais quelle mystérieuse puissance, ce coin île Paris combat et repousse cet envahissement invincible qui emporte ailleurs les vieilles mœurs, les vieux usages et les vieux logis.
Prenez, en effet, ce quartier à toutes les époques, et vous lui trouverez invariablement le même aspect : la populace au premier plan, l'hospice à l'horizon. Ici, de tout temps, une invisible main a partout écrit le mot misère. Dès l'origine, ce sont de pauvres travailleurs qui viennent s'abriter à l'ombre du clocher de Saint-Marcel ou se grouper en prières autour de son tombeau. Puis, peu à peu vous les voyez élever de chetives masures au bord des sentiers capricieux qui serpentent sur le versant du mont; bientôt la petite bourgade s'agrandit; sa population se multiplie: elle réclamera sous peu une juridiction et des privilèges; un étaient les huttes, vont s'élever des monastères; où jaunissaient des épis.
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vont se répandre des masures ; où se déroulait un sentier, vous avez une nielle; l'épidémie du sol n'est plus reconnaissante; seulement, au moyeuàge, comme en 430, et comme, hélas ! de nos jours encore, c'est toujours une peuplade en guenilles qui grouille et souffre dans celte inféconde région.
Du vin* au xii* siècle, peu d'événements se passèrent dans ce quartier. — Les années qui s'écoulèrent entre le jour où le palatin Roland posa la première pierre de l'église qu'il éleva eu l'honneur de Saint-Marcel, et le jour où Philippe-Auguste couronna la porte Borde t, celle qui s'ouvrait précisément sur la rue Mouffetard, furent des années de crue pour le hourg, et rien de plus.
Cependant, vers le xv' siècle, Saint-Marcel commençait à compter pour une bourgade assez importante; vue extérieurement, elle présentait surtout un aspect des plus attrayants: eu se plaçant au milieu des prairies qui a voisinaient la Tournelle, on apercevait d'abord se dessinant sur le ruisseau de la Biévre, le pont rustique du hourg Saint-Victor, puis, en laissant à gauche le moulin des Gohelins, et oubliant au loin le faubourg Saint-Jacques, juste entre ces deux points, on avait devant soi les couvents et les trois églises de la bourgade, et le regard se promenait curieusement sur l'ondulation pétrifiée et pittoresque du dédale de ses ruelles.
Mais se poser à distance pour juger des choses, c'est s'exposer à se tromper souvent : il faut savoir sacrifier les illusions de la perspective pour pénétrer jusqu'à la vérité. La nature embellit tout: l'air bleu du ciel interposé entre nos regards et les objets, jette comme un voile d'azur sur les terrains les plus livides, et un rayon du soleil colore en pourpre des haillons. — 11 faut s'approcher pour connaître; or, en s'avançant vers le bourg, on était d'abord frappé de la physionomie particulièrement barbare de ce quartier : c'était un réseau inextricable de ruelles étroites, tortueuses, sombres et puantes; ruelles toutes ouvertes sans logique, glissantes à délier un équilibriste et percées de distance en distance d'immondes culs-de-sac et de hideux carrefours. Enfin, sur ce sol ainsi coupe, on voyait s'élever des ravins de maisons à façades vermoulues, ratatinées et rabougries, des masures dont les lucarnes donnaient asile à tous les vents; des abris, en un mot, dont pour la plupart la pluie avait pourri le bois, gauchi les planches et rongé la toiture. Ajoutons encore à ce tableau deux ou trois carcans et une ou deux poternes; groupons autour de ces lieux de supplice un populaire souffreteux, jaunâtre, déguenillé el bruyant, et vous aurez, lecteur, une idée de ce que voyait, en li . 15 et 1600, le voyageur aventureux qui se hasardait dans ces parages infects.
Cependant, si ce voyageur, (mur ramener son âme à de plus douces idées, allait s<> recueillir nu instant sous la coupole bi/.antiue de Saint-
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Médard, b1 411 il vint ensuite, le eouvro*feu uni l<>iv sonné nouveau et solitairement ces iri>ttï* niellée, penvéln Irm aeped m lm paraissait-il point alors dépourvu d'une certain? grâce et umnn «l'un mystérieux attrait si donc, la nnii renne, notre voyageur eut remonté la rue Mociflctartf, dirigeant ter* les abords *\r ta place Haubert, bientôt, au lia des lézardes capricieuses de la porte Bordel, celte barrière depuis 1 tempe enjambée de Phtlippe»Âuguste; bientôt, «ïis-jr. il eût aperçu i.« pointe des tourelles dévotes du grand couvant tle> Carmes et l;i etme Ai arbres <l«* son jardin, l'ombre lui aurait caché, en passant présdeseï
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astéres, l<*s buttes hideuses qui
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rail entrevu i leur faîte 411e les capricieux restons des créneau* gothiqt se décoopont en silhouettes noires, sur le ciel brunL Puis, toujours, il oui infailliblement entendu les chants du Job il ■■ mo oar pendant trente ans, «lit la tradition, un pauvre recta* efaonfa psaumes de la pénitence snr un Ibmter au fend d'une citerne, recommea
tant «jiiîuid il avilit Hni, psalmodiant plus haut l.i mur )l> f#r
nmlints aussi de nos jours encore, ['atttt<|iitiir<* va-t-it demander uu sou nmir de ces chanta aux échos de la rue du PniU^ui^pa Enfin, el rectesl dans nns privilèges d'écrivain, >*i uni 1 est |>.ii un beau snir de fan 1 IW, rjnr noln» imagettc .n « nMipti -
Kl) F MOU F F ETA Kl). 521
mélancolique excursion, bientôt nous le verrons arrêté autour de la place Maubert, par une rumeur toujours croissante et par les feux de torches toujours plus nombreuses. L'aspect de la place, la scène qui s'y joue, ce désordre nocturne, cette foule ameutée, le coassement de ce peuple saulelant, les lueurs de ces torches rouges se croisant et jouant sur ces masses ondoyantes, puis, au milieu de ce cercle remuant, des huissiers de justice sans chaperon , nu-pieds, tenant chacun une torche ardente du poids de quatre livres, et demandant à tous pardon et miséricorde. Toute cette scène lui produira sans doute l'effet d'une mystérieuse vision; mais au bruit sans cesse grandissant, à la lueur des torches toujours plus ardentes, le sentiment de la réalité revenant à notre héros, alors nous le verrons accoster, au milieu de ce mutin populaire, quelque belle ribaude de la rue Traversin* on quelque honnête gredin de la rue d'Arias, et lui demander le mot de ce sabbat ténébreux.
Hibaude ou gredin, tille d'amour ou tireur de laine, voici en substance, ce que devra nécessairement répondre la créature de 1440 :
« Nicolas Aimery, maître en théologie, s'est réfugié, on ne sait pour- » quoi, dans l'église des Augustin*; or, les huissiers que vous voyez là,
• ayant pour le quart-d'hciire un pavé pour semelle, se sont avisés, mal- » gré la défense des Augiistins, de violer Yasile, pour se saisir de maître
* Nicolas. Mal leur en a pris, car les religieux ont de grands privilèges: » ils ont menacé le prévôt, et M. le prévôt de Paris, pour adoucir les Au- » gnstins, a condamné les huissiers à l'amcnde-honorable dont vous et » moi, messire, nous régalons en ce moment. »
Cependant les torches s'éteignent, la foule se dissipe, la queue du cortège va bientôt disparaître derrière l'angle que forme sur la place le grand couvent, et sur cette place, agitée il y a un instant par une rauque multitude et toute embrasée par de fantastiques lueurs, tout est redevenu morne et ténébreux. Seule, une vacillante lumière brille encore derrière l'ogive étroite de la tourelle orientale des (larmes. Peut-être est-ce la lampe du moine érudit qui a si héraldiquement développé l'origine de son ordre? Mais que ce soit ou non cet illustre savant qui veille, l'historien carme va néanmoins diriger ici notre plume.
Selon lui, son ordre descend en ligne directe du prophète Élie. C'est en raison de cette descendance, dit-il, que nous portons un manteau semblable à celui que ce prophète jeta du haut du ciel à son disciple Elysée. Ce point une fois constaté, l'auteur monacal range dans l'ordre des Cannes tous les prophètes successeurs d'Elie. tous les chefs de secte et tous les instituteurs de culte. Selon lui. Pythagore fut un Carme trescélebre, et Zoroastre un Carme tres-dévot. Les Druides de la Caule étaient aussi «les Carmes, et les Vestales de Home n'étaient autres que des Carmélites.
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(cependant, nous devons l'avouer, l'auteur montre quelque hésitation sur la question de savoir si le Christ a été moine de cet ordre; mais toute réflexion faite, il se décide pour l'affirmative, et transforme résolument en père Carme le divin Rédempteur de l'humanité.
Maintenant, nous allons souffler, pour la dissiper, sur l'ombre gothique que nous avions un instant évoquée, et ce sera d'autant plus à propos que sur la place où nous venons de l'abandonner, rien au monde, au xv e siècle, n'était plus dangereux que de s'y hasarder trop tardivement dans une nuit d'hiver.
A cette époque surtout, ce coin de Paris était redoutable à tout honnête bourgeois s' a visa m de le parcourir à la belle étoile; les officiers du Chàtelet et les sergents de la prévôté ne s'y aventuraient même qu'avec de grandes précautions, car les tortueuses ruelles qui s'infiltraient sur le sol boueux de la place Maubert, ainsi que des rigoles dans une mare, recelaient une effroyable quantité de filles d'amour, de bandits émérites, de coupe-bourse et autres variétés de cette espèce. C'est aussi dans les ruelles qui se perdent dans la rue Mou ffe tard ou, du moins, sont perpendiculaires, parallèles ou tangentes au tracé sinueux qu'elle parcourt, c'est dans ces obscures ruelles, disons-nous, que gîtaient les sorciers, les magiciens, les faiseurs de maléfices et les dénoueurs d'aiguillettes, dont, au dire de YEstoile; le nombre s'élevait à plus de trente mille ; philosophiques professions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, et qu'exploitent admirablement, au sein du quartier .\otre-I)ame-de-Lorette, sous le nom de tireuses de cartes, les nombreuses magiciennes du xix r siècle.
Les femmes de notre époque, ainsi que celles de 1500, se montrent très-avides de ces sortes de prophéties. Les hommes mêmes ne sont pas toujours exempts de ce faible. C'est à cause de cette crédulité constante pour les choses qui en sont peu dignes, que l'on a gratifié les Parisiens de l'épilhéte de badauds. « Le peuple de Paris, s'écrie Hahelais,esl tant badaud, et tant inepte de nature qu'ung bateleur ou un porteur de rogatons assemblera plus de gens que ne le ferait un bon prédicateur évangélique. »
Oui, ce quartier, dans une partie notable de sa population, n'était en quelque sorte qu'un annexe à la Cour des Miracles. De ces ruelles sortaient tous les matins et revenaient giler chaque nuit, ce tas de vagabonds et de mendiants, de filles d'amour et de sorcières, de voleurs et de débauchés, gueusant le jour et tuant la nuit, qui obstruaient, infestaient et pillaient tous les recoins du Paris de nos pères.
A toutes les époques, et cela se conçoit, ces pauvres quartiers ont fourni de nombreux contingents à la perturbation. A part les pittoresques bandits que nous venons d'éiiumérer. ce qui restait de place dans ce <
HUE MOI KFETAIU). S»
perdu de l'Université était occupe par une populace ignorante, misérable el presque constamment eu lutte avec les besoins les plus criants. Or, il était facile de la soulever, soit en abusant de sa crédulité, soit par l'appât de quelque convoitise, eu lui laissant entrevoir une trêve à ses souffrances.
Mais outre les scènes accidentelles de désordre, dont jamais les occasions ne se faisaient longtemps attendre, il y avait encore des causes permanentes d'agitation, et qui ramenaient, pour ainsi dire, à périodes fixes, des tumultes sans lin et des scandales sans nom.
De temps immémorial, certains quartiers se léguaient leurs haines héréditaires. Ainsi, les habitants du faubourg Saint-Marcel étaient dans un état d'hostilité permanent avec ceux des faubourgs Saint-Jacques et de Notre-Dame-des-Chainps; ils se battaient, se mutilaient et se dévastaient à qui mieux mieux. La guerre allait même si bon train que le parlement se vit obligé, pour intimider les batailleurs, de faire planter quatre potences sur les principales arènes du combat. La rue M ou lie tard vit lune d'elles se dresser fièrement sur son pavé.
Enlin, brochant sur le tout, les pages, les laquais, les écoliers perdus. les moines défroques, les ouvriers en goguette, et les clercs du palais venaient là nouer et dénouer leurs éphémères liaisons et faire retentir l'air de leurs bachiques refrains.
Mais rassurez-vous, lecteur, la tin du monde n'est pas venue: ceci se passe à une des plus intéressantes périodes historiques. François I er est sur le troue; les connaissances marchent vers leur perfectionnement; la lutte s'engage entre la raison et la sottise, entre la vérité el le mensonge ; tout va progresser , les arts comme les sciences, le bien-être comme la morale. Pierre Lescol se prépare à construire le Louvre; Jean Goujon s'avance vers les Tuileries; Amyot traduit Plutarque; Montaigne prépare ses Essais ; Clément Marol va nous charmer par ses grâces naïves; enfin, la liberté religieuse cherche à faire prévaloir ses droits.
Cependant le passé ne se laisse pas facilement détrôner; il faudra encore nombre d'années avant que la raison n'obtienne droit de bourgeoisie; il faudra livrer bien des combats avant que le libre examen ne se pose comme un fait. Pendant longtemps, Saint-Médard pèsera durement sur le temple des réformes, à la fois son voisin et sou rival.
En effet, un beau jour de décembre de l'an 1501, les habitants du quartier Mouiïetard entendirent toul-à-coiip retentir le bruyant carillon de toutes les cloches de Saint-Médard ; or, ce branle inusité n'avait pour cause ni une révolte dans la ville, ni une |>eiidaison à la justice, ni une entrée de monseigneur le roi : il n avait d'autre but que de contrarier dans leur temple les réformés qui assistaient au prêche. En un instant, la rue Mou Retard, encombrée de peuple, offrit aux curieux l'aspect d'un