Les Antiquité^ de Paris, p
3. Abrégé chronologique de l'histoire de France, t. I, p. 496.
cependant qu'un des financiers de l'époque, nommé Gérard de Poissy, voulut fixer luimême sa cotisation à onze mille marcs d'argent; mais le fait est très-douteux.
Ce pavage, qui paraît avoir été exécuté avec soin, ne s'étendit qu'au commencement des rues Saint-Denis et Saint -Jacques, et à ce que l'on appelait la croisée de Paris, c'està-dire à deux voies un peu plus larges que les autres, dont l'une suivait la direction de la rue Saint-Honoré actuelle, tandis que l'autre traversait la Cité et servait de trait d'union entre les deux ponts \. Le reste de la ville ne fut pavé que successivement, et la moitié au moins de Paris ne Tétait pas encore sous Louis XIII. Guillaume le Breton rapporte qu'on se servit pour ce travail de « pierres carrées f; » et cette assertion a été confirmée par l'abbé Lebeuf, qui retrouva au bas de la rue Saint-Jacques > à huit pieds sous terre; plusieurs traces de ce pavage primitif; il était composé de fortes dalles, qui mesuraient de
1. Le Petit-Pont, qui a conservé ce nom, et le Grand-Pont, aujourd'hui Pont au Change.
2. Fecitomnes vicos quadratis lapidibuspavimcntari. Guillelmus Armoricus,<i<? gestis Philippi Augusti, dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 6;.
trois à quatre pieds en long et en large, et étaient épaisses d'un demi-pied environ K
Une œuvre plus considérable, qui devait coûter vingt ans de travaux continus, et qui reçut une exécution complète, fut entreprise par Philippe- Auguste en 1190, avant son départ pour la Palestine.
Paris, étouffé dans son étroite enceinte, l'avait depuis longtemps franchie, détruite même presque partout ; et les faubourgs, devenus plus peuplés que la vieille ville, eussent été, en cas d'attaque, dépourvus de remparts. Le roi ordonna donc qu'une nouvelle clôture, composée d'une muraille épaisse et flanquée de portes et de tourelles, serait construite pour protéger les quartiers situés sur les deux rives de la Seine 2.
1. Lebeuf, Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, t. I, p. 85.
2. Prcecepit etiam civibus Parisiensibus, quod civitas Parisii, quam rex multum diligebat, muro optimo cum tornellis decenter aptatis et portis diligent issime clauderetur. Quod brevi temporis elapso spatio [pour cette époque] completum vidimus. Rigord, Gesta Philippi Augusti, anno MCXG ; dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 3i.
« Li Rois commanda aus borjois de Paris que la Cité qu'il avoit si chiere, fust toute fermée de hauz murz et forz, et de torneles tôt en tor bien assises et
Les travaux commencèrent aussitôt sur la rive droite *. Le plan en avait été sagement conçu, et voici le tracé qui fut suivi; nous indiquerons les limites de l'enceinte par les noms modernes, afin qu'on puisse en suivre le développement sur les plans du Paris actuel.
Elle commençait au quai, un peu en amont du Pont des Arts. A ce point de départ s'élevait une grosse tour, dite la tour du Louvre ou la tour qui fait le coin. La muraille traversait la cour du Louvre, partageait en deux le temple de 1 Oratoire dans toute sa longueur, et prenant ta direction de la rue Jean- Jacques - Rousseau, aboutissait dans la rue Montmartre au-dessus de la rue du Jour. Elle suivait alors la rue Mauconseil et la rue aux Ours jusqu'à l'angle de la rue
bien ordenées, et de portes hautes et forz et bien defensables : ce que il commanda fust parfait et accompli en poi de tens après. » Chroniques de Saint-Denis, liv. II ; dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 372.
i. De mandato Régis Philiypi, quod in recessu suo dederat, erecti sunt mûri in circuitu civitatis Parisiacœ a parte borcali usque ad fluvium Scquance, cum turellis et portis, decentissime aptatis. Guillelmus Armoricus, De gestis Philippi Augusti, an. 1 190; dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 70.
. Grenier -Saint-Lazare ; puis s'infléchissait à droite, de manière à gagner la rue Rambuteau, qu'elle traversait à la hauteur du passage Pecquay. Elle gagnait ensuite le milieu de la rue Sévigné^ là., elle faisait brusquement un angle presque droit, coupait la rue Saint-Antoine , traversait le collège Charlemagne, et côtoyant la rue des Jardins, se terminait à la Seine un peu au-dessus du Pont-Marie, par une tour ronde dite la tour Barbeau, Barbeel-sur-VEau, ou comme celle du Louvre, la tour qui fait le coin.
Ce grand circuit était percé de quatorze portes ou poternes, dont les anciens plans indiquent la position. C'étaient, sans compter les deux grosses poternes d'angle que nous avons citées :
La Porte Saint-Honoré, située rue Saint- Honoré , devant le portail du temple de V Oratoire.
La Porte au Coquillter ou Coquillière, située rue Coquillière, entre la rue du Jour et la rue Jean- Jacques-Rousseau.
La Porte Montmartre, située rue Montmartre, entre la rue du Jour et la rue Jean- Jacques-Rousseau.
La Poterne au comte d'Artois, située rue
Montorgueil , à la hauteur de Yimpasse de la Bouteille.
La Porte Saint-Denis, située rue Saint- Denis, à la hauteur de Yimpasse des Peintres.
La Poterne Bourg-l'Abbé, située boulevard de Sébastopol, un peu au-dessus de la rue aux Ours.
La Porte Saint-Martin, située rue Saint- Martin, à la hauteur de la rue Greniey*- Saint-Laçare.
La Poterne Huideron ou Beaubourg, située rue Beaubourg, à la hauteur de Vimpasse Beaubourg.
La Porte du Temple, située rue du Temple, à la hauteur du passage Sainte- Avoye.
La Poterne du Chaume, située rue du Chaume, à la hauteur de la rue de Paradis.
La Porte Barbette, située rue Vieilledu-Temple, presque à la hauteur de la rue des Francs-Bourgeois.
La Porte Saint-Antoine, située rue Saint- Antoine, à la hauteur du collège Charlcmagne.
La Poterne Saint-Paul, située rue Charlemagne, à la hauteur de la rue des Jardins.
La Porte des Barrés, située rue de l'Ave- Maria (ancienne rue des Barrés) , à la hauteur de la rue des Jardins.
Environ douze ans après l'achèvement de l'enceinte de la rive droite on commença la construction de celle qui devait protéger la rive gauche, et qui ne fut achevée qu'en 121 1 *. Suivant un devis extrait d'un registre de Philippe-Auguste, chaque toise du mur revint à cent sous 2, et la dépense totale fut supportée par les bourgeois de Paris.
Cette enceinte commençait à la grosse tour de Nesle, et traversait les trois cours de Ylnstitut dans toute leur longueur. Elle coupait ensuite la rue Guénégaud^ le passage Dau-
x. Philippus rex magnanimus totum Parisius in circuitu circumsepsit a parte australi risque ad Sequanam fluvium ex utra parte,,. Rigord, Gesta Philippi Augusti, anno 121 1; dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 85.
Philippus rex Parisius urbem ampliavit a parvo ponte usque ultra abbatiam regularium canonicorum Sanctce Genovefœ, hortos et camp os a dextris et a sinistris in circuitu mûris fortissimis prcecingens. Guillaume de Nangis, Chronica, anno MGCXI; dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XX, p. 755.
2. Centum solidos pro unaquaque tesia. Voy. Eonamy, dans les Mémoires de l'Académie des Jnscrip* fions, t. XXXII, p. 801.
phine et la rue Dauphine, suivait la direction de la rue Ma\et et du passage du Commerce y et aboutissait dans la rue de VEcole-de-Médecine à l'endroit où se trouve aujourd'hui une fontaine. Elle adoptait alors en ligne droite le tracé de la rue Monsieurle-Prince jusqu'à la place Saint-Michel, traversait le boulevard Saint-Michel entre la rue Cujas et la rue Soufflot, qu'elle coupait en biais de manière à gagner à droite le débouché de la rue Saint- Jacques. Suivant ensuite la direction de la rue de la Vieille- Estrapade jusqu'à la rue Thouin, elle tournait brusquement à gauche, traversait la rue Descartes, et côtoyant la rue des Fossés- Saint-Victor et la rue des Fossés-Saint- Bernard, elle retrouvait la Seine au point de rencontre de la rue des Fossés-Saint-Bernard et du boulevard Saint-Germain. Là, une grosse porte dite la Tournelle faisait pendant à la tour Barbeau.
Dans cette enceinte s'ouvraient neuf portes : La Porte de Nesle, située sur remplacement qu'occupe aujourd'hui le large perron de pierre qui conduit à la bibliothèque Ma\arine (Institut).
La Porte de Buci, située à l'endroit où
la rue Ma^et rencontre la rue Saint-Andrédes-Arts.
La Porte Saint-Germain, située rue de VEcole-de-Médecine, presque à l'angle de la rue Larrey, un peu au-dessous de l'endroit où se trouve aujourd'hui une fontaine.
La Porte Gibert ou Porte Saint-Michel, située sur le boulevard Saint-Michel, entre la rue Cujas et la rue Soufflot.
La Porte Saint-Jacques, située à l'endroit où la partie méridionale de la rue Saint- Jacques débouche dans la rue Soufflot.
La Porte Sainte -Geneviève ou Porte Papale, située au commencement de la rue d'Ulm.
La Porte Saint-Marcel, située rue Descartes, à la hauteur de la rue Thouin.
La Porte Saint-Victor, située rue Saint- Victor^ à peu près à la hauteur de la rue d'Arras.
La Porte Saint-Bernard, située presque à l'endroit où le boulevard Saint-Germain rencontre la rue des Fossés-Saint-Bernard.
L'enceinte consistait en deux gros murs reliés entre eux par un blocage de moellons mêlés à du ciment; les faces des deux murs
de soutien étaient formées de pierres équarries et mesurant en moyenne vingt -sept centimètres carrés. Les fondations reposaient sur un massif de cailloux réunis par un ciment dur et ferme. Ces solides murailles avaient environ trois mètres d'épaisseur et neuf mètres de hauteur, en comptant le chaperon et le parapet. De distance en distance, et espacées de soixante -dix mètres environ, s'élevaient de petites tours, dites tournelles, noyées dans le mur, et le débordant en dehors de deux mètres environ; l'intérieur, de forme circulaire, avait environ quatre mètres de diamètre; toutes étaient crénelées et recouvertes d'une plate-forme 1 reposant sur une voûte solide. Les tours qui fortifiaient les portes se composaient de deux étages, leur diamètre était à peu près le même, mais elles avaient quinze à seize mètres de hauteur. Les quatre tours qui formaient tête d'enceinte faisaient seules exception : la tour de Nesle, par exemple, véritable donjon, avait trois étages voûtés, vingt-cinq mètres de hauteur et dix mètres de diamètre.
A l'extérieur, régnait autour du mur un
i. Elle fut plus tard remplacée par un toit conique.
chemin de ronde, que des constructions finirent peu à peu par envahir. Au dedans de l'enceinte, le seul chemin de ronde était sans doute la plate-forme crénelée du mur, car un grand nombre de couvents et de propriétés particulières avaient pour limite la muraille.
L'enceinte de la rive gauche fut, mais au siècle suivant seulement, protégée au dehors sur tout son parcours par des fossés.
Ces fortifications étaient aussi utilisées pour la défense de la Seine. De la tour de Nesle à la tour du Louvre, et de la Tournelle à la tour Barbeau s'étendait une grosse chaîne de fer, qui, reposant sur des bateaux fixés eux-mêmes à des pieux énormes, interdisait à volonté le passage du fleuve. Mais entre la Tournelle et la tour Barbeau était interposée Y île Notre-Dame (aujourd'hui île Saint-Louis) y et le partage de la Seine en deux bras exigeait une double chaîne à cet endroit ; Philippe-Auguste, pour compléter sa clôture, fit élever dans l'île une muraille fortifiée, à peu près parallèle à la rue Poulletier actuelle.
La nouvelle enceinte avait considérablement agrandi Paris. La superficie de la Cité, telle qu'elle était au temps des Capétiens, est
évaluée à trente hectares environ, et on a calculé que l'enceinte de Philippe-Auguste renfermait trois cent quarante-neuf hectares soixante et un ares *.
Mais, surtout sur la rive gauche, on rencontrait encore de vastes espaces sans habitations, des cultures, des vignobles, des jardins et des terres en friche : « En celle année (12 1 1), disent les Chroniques de Saint-Denis, fist li Rois Phelippe clore de murs la cité de Paris de vers le miedi jusques à l'iaue de Saine, si largement que on a ceint dedenz la closture des murs les chans et les vignes; puis commanda que on feist maisons et habitations par-tout, et que on les louast aus genz pour manoir, si que toute la citez semblast plaine jusques aus murs 2. » Ce n'est pourtant pas sous le règne de Philippe-Auguste que s'accomplit ce grand travail de constructions; il fut plutôt l'œuvre du zèle religieux de saint Louis, qui établit sur la rive gauche des collèges et de nombreux couvents : les Carmes
1. H. Géraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 471. A la page suivante on a imprimé par erreur 394 au lieu de 349.
2. Chroniques de Saint-Denis, liv. II, dans le Recueil des Historiens des Gaules, t. XVII, p. 398.
{place Maubert), les Chartreux [Jardin du Luxembourg) , les frères Sachets (quai des Augustins), les Bernardins (quai de la Tournelle), les Prémontrés (rue de VEcole-de- Médecine), la Sorbonne, les collèges de Cluny, de Calvi, du Trésorier (place de la Sorbonne), etc., etc.
La population s'était accrue dans la même proportion que le territoire. La petite Lutèce renfermait, au temps de la conquête de César, environ six mille habitants *, et Paris, à la fin du treizième siècle, comptait, suivant les ingénieux calculs de M. H. Géraud, environ deux cent quinze mille habitants 2.
Il est plus facile de déterminer le nombre des rues. La Taille levée en 1292 en énumère environ trois cent cinquante, sans compter dix places et onze carrefours ; nous en donnons plus loin la nomenclature. Mais ces chiffres ne sont pas d'une exactitude rigoureuse. Si l'on compare la Taille de 1292 à celle de 1 3 1 3, par exemple, on voit que, dans toutes deux, un certain nombre de rues ont été omises par les
1. A. Bonnardot, Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, p. 3.