CHAPITRE XI
CATSES GESKRALES DES UEVOLfTIONS ET HF. I. A
r,ri>E DES A>ciE>s États.
« Cepe.ndaxt la cupidité avait suscite entre les hommes une lutte constante et universelle qui , portant sans cesse les individus et les socie'te's à des invasions réciproques, occasionna des révolutions successives et une agitation renaissante.
« Et d'abord, dans l'état sauvage et barbare des premiers humains, cette cupidité audacieuse et féroce enseigna la rapine , la violence , le meurtre; et long-temps les progrès de la civilisation en furent ralentis.
« Lorsqu'ensuite les sociétés commencèrent de se former , l'effet des mauvaises habitudes passant dans les lois et les gouverneraens , il en corrompit les institutions et le but ; et il s'établit des droits arbitraires et factices, qui dépravèrent les idées de justice et la moralité des peuples.
« Ainsi , parce qu'un homme fut plus fort qu'un autre , cette inégalité , accident de la nature , fut prise pour sa loi (6) ; et parce que le fort put ravir au faible la vie, et qu'il la lui conserva, il s'arrogea sur sa personne un droit abusif, et /'es-
r lainage des individus prépara l'esclavage des nations.
« Parce que le chef rie famille put exercer mie autorité absolue dans sa maison , il ne prit pour règle de sa conduite qiie ses goûts et ses affections : il donna ou ôta ses biens sans égalité', sans justice j et \(i despotisme paternel i^eXa. les fondemens du despotisme politique (7). Et dans les sociétés formées sur ces bases , le temps et le travail ayant développé les richesses, la cupidité, gênée par les lois , devint plus artificieuse sans être moins active. Sous des apparences d'union et de paix civile , elle fomenta au sein de chaque État une guerre intestine, dans laquelle les citoyens , divisés en corps , opposés de professions , de classes , de familles , tendirent éternellement à s'approprier , sous le nom de pouuoir suprême , la faculté de tout dépouiller et de tout asservir au gré de leurs passions : et c'est cet esprit d'ini^asion qui, déguisé sous toutes les formes, mais toujours le même dans son but et dans ses mobiles, n'a cessé de tourmenter les nations.
« Tantôt s'opposant au pacte social , ou rompant celui qui déjà existait, il livra les habitans d'un pays au choc tumultueux de toutes leurs discordes ; et les Etats dissous {urent , sous le nom d^anarchie , tourmentés par les passions de tous leurs membres.
« Tantôt un peuple jaloux de sa liberté ayant préposé des agens pour administrer, ces agens s'approprièrent les pouvoirs dont ils n'étaient que
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los gardien:^; ils employèrent les fonds publics à corrompre les élections , à s'attacher des partisans, à diviser le peuple en lui-même. Par ces moyens , de temporaires cpi'ils étaient , ils se rendirent perpétuels; puis, d'électifs, hëre'ditaires ; et l'Etat, agité par les brigues des ambitieux, par les largesses des riches factieux , par la vénalité des pauvres oiseux , par l'empirisme des orateurs, par l'audace des hommes pervers, par la faiblesse des hommes vertueux, fut travaille de tous les inconvéniens de la démocratie. ■
« Dans un pays , les chefs égaux en forces , se redoutant mutuellement, firent des pactes impies, des associations scélérates ; et , se partageant les pouvoirs, les rangs, les honneurs, ils s'attribuèrent des privilèges, des immunités, s'érigèrent en corps séparés , en classes distinctes , s'asservirent en commun le peuple ; et , sous le nom à! aristocratie , l'Etat fut tourmenté par les passions des grands et des riches.
«Dans un autre pays, tendant au même but par d'autres moyens , des imposteurs sacrés abusèrent de la crédulité des hommes ignorans. Dans l'ombre des temples , et derrière les voiles des autels , ils firent agir et parler les dieux , rendirent des oracles, montrèrent des prodiges, ordonnèrent des sacrifices , imposèrent des offrandes , prescrivirent des fondations ; et , sous le nom de théocratie et de religion , les Etats furent tourmentés par les passions des prêtres.
H Quelcpiefois , lasse de ses désordres ou de ses
OO LES RriNES.
tvrans, une nation, pour diminuer les sources de ses maux, se donna un seul maître; et alors, si elle limita les pouvoirs du prince , il n'eut d'autre de'sir que de les étendre ; et , si elle les laissa indéûnis, il abusa du dëpot qui lui était confié; et, sous le nom de monarchie^ les Etats furent tourmentés par les passions des rois et des princes.
« Alors des factieux , profitant du mécontentement des esprits , flattèrent le peuple de l'espoir d'un meilleur maître ; ils répandirent les dons , les promesses ; TenTersèrent le despote pour s'y substituer; et leurs disputes, pour la succession ou pour le partage , tourmentèrent les Etats des désordres et des dévastations des guerres ciuiles.
« Enfin , parmi ces rivaux , un individu plus habile ou plus heureux , prenant l'ascendant , concentra en lui toute la puissance : par un phénomène bizarre, un seul homme maîtrisa des millions de ses semblables, contre leur gré ou sans leur aveu ; et l'art de la tyrannie naquit encore de la cupidité. En efiet , observant l'esprit d'égoïsme qui sans cesse divise tous les hommes , l'ambitieux le fomenta adroitement : il flatta la vanité de l'un , aiguisa la jalousie de l'autre , caressa l'avarice de celui-ci, enflamma le ressentiment de celui-là, irrita les passions de tous; opposant les intérêts ou les préjugés, il sema les divisions et les haines , promit au pauvre la dépouille du riche , au riche l'asser^àssement du pauvre , menaça un homme par un homme, une classe par