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CHAPITRE XI. JI

une classe ; et , isolant tous les citoyens par la dëûance, il (ît sa force de leur faiblesse, et leur imposa un joug d'opinion dont ils se serrèrent mutuellement les nœuds. Par l'armée, il s'empara des contributions; par les contributions, il disposa de l'arme'e; par le jeu correspondant des richesses et des places, il enchaîna tout un peuple d'un lien indissoluble; et les Etats tombèrent dans la consomption lente du dtspotisme.

« Ainsi, un même mobile, variant son action sous toutes les formes , attaqua sans cesse la consistance des Etats , et un cercle éternel de vicissitudes naquit d'un cercle e'ternel de passions.

« Et cet esprit constant d'égoïsrae et d'usurpation engendra deux effets principaux e'galement funestes : l'un , que , divisant sans cesse les societe's dans toutes leurs fractions , il en ope'ra la faiblesse et en facilita la dissolution; l'autre , que , tendant toujours à concentrer le pouvoir en une seule main (8), il occasionna an enf^'loutissement successif de socie'te's et d'Etats , fatal à leur paix et à leur existence communes.

« En effet , de même que dans un Etat un parti avait absorbe' la nation , puis une famille le parti , un individu la famille , de même il s'e'tablit d'Etat à Etat un mouvement d'absorption qui de'ploya en grand dans V ordre politique tous les maux particuliers de Vordre ciuil. Et une cité ayant subjugue une cite, elle se l'asservit, et en composa une province ; etdeuxproMmce5 s'e'tant englouties, il s'en forma un royaume : enfin , deux royaumes

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s'étant conquis, l'on vit naître des empires d'une étendue gigantesque ; et , dans cette agglomération , loin q\ie la force interne des Etats s'accrût en raison de leur masse , il arriva , au contraire , qu'elle fut diminuée; et, loin que la condition des peuples fût rendue plus heureuse , elle devint de jour en jour plus fî^cheuse et plus misérable, par des raisons sans cesse dérivées de la nature des choses

« Par la raison qu'à mesure que les Etats acquirent plus d'étendue, leur administration devenant plus épineuse et plus compliquée , il fallut , pour remuer ces masses , donner plus d'énergie au pouvoir, et il n'y eut plus de proportions entre les devoirs des souverains et leurs facultés ;

« Par la raison que les despotes, sentant leur faiblesse , redoutèrent tout ce qui développait la force des nations , et qu'ils firent leur étude de l'atténuer ;

« Par la raison que les nations , divisées par des préjugés d'ignorance et des haines féroces, secondèrent la perversité des gouvememens , et que , se servant réciproquement de satellites, elles aggravèrent leur esclavage ;

« Par la raison que , la balance s'étant rompue entre les Etats, les plus forts accablèrent facilement les faibles ;

« Enfin , par la raison qu'à mesure que les f2taLs se concentrèrent, les peuples, dépouillés de leurs Jois , de leurs usages et de'; gnuvernemens qui leur

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«fiaient [)ropics, {»t'rtlirent l 'esprit ik- pcnonnalur qui rausait leur énergie.

« Et les despotes , considérant les empires comme des domaines, et les peuples comme des proju-ietes, se livrèrent aux déprédations et aux dëregleniens de l'autorité la plus arbitraire.

« Et toutes les forces et les richesses des nations furent détournées à des dépenses particulières, à des fantaisies personnelles ; et les rois , dans les ennuis de leur satiété' , se livrèrent à tous les goûts factices et dépravés : il leur fallut des jardins suspendus sur des voûtes , des fleuves élevés sur des montagnes ; ils changèrent des campagnes fertiles en parcs pour des fauves , creusèrent des lacs dans des terrains secs, élevèrent des rochers dans des lacs, firent construire des palais de marbre et de porphyre , voulurent des ameublcmens d'or et de diamaus. Sous prétexte de religion, leur orgueil fonda des temples, dota des j)rètres oiseux, bâtit pour de vains squelettes d'extravagans tombeaux , mausolées et pyramides (9). Pendant des règnes entiers , on vit des millions de l)ras employés à des travaux stériles ; et le luxe des princes , imité par leurs parasites , et transmis de grade en grade jusqu'aux derniers rangs, devint une source générale de corruption et d'appauvrissement.

« Et , dans la soif insatiable des jouissances , les tributs ordinaires ne suffisant plus , ils furent augmentés; et le cultivateur, voyant accroître sa peine sans indemnité, perdit le courage ; et le commerçant, se voyant dépouillé , se dégoûta de

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son industrie ; et la multitude , condamnée à demeurer pauvre , restreignit son travail au seul nécessaire; et toute activité' productive fut anéantie.

« La surcharge rendant la possession des terres onéreuse, l'humble propriétaire abandonna son champ, ou le vendit à l'homme puissant ; et les fortunes se concentrèrent en un moindre nombre de mains. Et toutes les lois et les institutions favorisant cette accumulation , les nations se partagèrent entre un groupe d'oisifs opulens et une multitude pauvre de mercenaires. Le peuple indigent s'avilit ; les grands rassasiés se dépravèrent ; et le nombre des intéressés à la conservation de l'Etat décroissant , sa force et son existence devinrent d'autant plus précaires.

« D'autre part , nul objet n'étant oflert à l'émulation, nul encouragement à l'instruction, les esprits tombèrent dans une ignorance profonde.

« Et l'administration étant secrète et mystérieuse , il n'exista aucun moyen de réforme ni d'amélioration; les chefs ne régissant que par la violence et la fraude, les peuples ne virent plus en eux qu'une /flc//o/z d'ennemis publics; et il n'y eut plus aucune harmonie entre les gouvernes et les gouvernans.

cf Et tous ces vices ayant énervé les États de l'Asie opulente , il arriva que les peuples vagabonds et pauvres des déserts et des monts adjacens convoitèrent les jouissances des plaines fertiles : et par une cupidité commune , ayant attaque les empires policés , ils renversèrent les trônes de^

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