‹ Les ruinesChapitre 18 sur 66 · CHAPITRE \l. C · texte numérisé non relu

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despotes ; et ces révolutions furent rapides et faciles, parce que la politique des tyrans avait amolli les sujets, rasé les forteresses, détruit les guerriers ; et parce que les sujets accablés restaient sans intérêt personnel , et les soldats mercenaires sans courage.

«Et, des hordes barbares ayant réduit des nations entières à l'état d'esclavage , il arriva que les empires formés d'un peuple conquérant et d'un peuple conquis réunirent en leur sein deux classes essentiellement opposées et ennemies. Tous les principes de la société furent dissous : il n'y eut plus ni intérêt commun ni esprit public; et il s'établit une distinction de castes et de races , qui réduisit en système régulier le maintien du désordre; et, selon que l'on naquit d'un certain sang, l'on naquit serf ou tyran, meuble ou propriétaire.

«Et, les oppresseurs étant moins nombreux que les opprimés , il fallut , pour soutenir ce faux équilibre, perfectionner la science de l'oppr-ession. L'art de gouverner ne fut plus que celui d'assujettir au plus petit nombre le plus grand. Pour obtenir une obéissance si contraire à l'instinct , il fallut établir des peines plus sévères ; et la cruauté des lois rendit les mœurs atroces. Et la distinction des personnes établissant dans l'État deux codes, deux justices , deux droits ; le peuple, placé entre le penchant de son cœur et le serment de sa bouche, eut deux consciences contradictoires, et les idées du juste et de l'in-

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juste n'eurent plus de base dans son entendement.

« Sous un tel re'gime , les peuples tombèrent dans le désespoir et l'accablement. Et les accidens de la nature s'étant joints aux maux qui les assaillaient , éperdus de tant de calamités , ils eu reportèrent les causes à des puissances supérieures et cachées; et parce qu'ils avaient des tyrans sur la terre; ils en supposèrent dans les cieux; et la superstition aggrava les malheurs des nations.

« Et il naquit des doctrines funestes , des systèmes de religion atrabilaires et misanthropicpies, qui peignirent les dieux méchans et eni^ieux comme les despotes. Et , pour les apaiser , l'homme leur offrit le sacrifice de toutes ses jouissances : il s'environna de privations , et renversa les lois de la nature. Prenant ses plaisirs pour des crimes , ses souffrances pour des expiations, il voulut aimer la douleur , abjurer l'amour de soi-même : il persécuta ses sens, détesta sa vie ; et une morale ahnégative et antisociale plongea les nations dans l'inertie de la mort.

« IVlais parce que la nature prévoyante avait doué le cœur de l'homme d'un espoir inépuisable, voyant le bonheur tromper ses désirs sur cette terre, il le poursuivit dans un autre monde : par une douce illusion, il scjtt une autre patrie, un asile où, loin des tyrans, il reprit les droits de son être ; de là résulta un nouveau désordre : épris d'un monde imaginaire , l'homme méprisa celui de la nature; pour des espérances chimériques, il négligea la réalité. Sa vie ne fut plus à ses yeu\

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([ii\in voyage fatii^unt , qu'un songe pénible; son corps (ju'une ptison , obstacle à sa félicite; et la terre , un lieu d'exil et de pèlerinage , qu'il ne daigna plus cultiver. Alors une oisiveté sacrée s'établit dans le monde politique , les campagnes se désertèrent , les friches se multiplièrent , les empires se dépeuplèrent , les monumens furent négliges; et de toutes parts l'ignorance, la superstition, le fanatisme, joignant leurs eil'ets , multiplièrent les dévastations et les ruines.

« Ainsi agités par leurs propres passions, les hommes eu masse ou en individus , toujours avides et imprévoyans, passant de l'esclavage à la tyrannie , de l'orgueil à l'avilissement , de la présomption au découragement , ont eux-mêmes été les éternels instrumens de leurs infortunes.

« Et voilà par quels mobiles simples et naturels fut régi le sort des anciens Etats ; voilà par quelle série de causes et d'effets liés et conséquens ils s'élevèrent ou s'abaissèrent , selon que les lois physiques du cœur humain y furent observées ou enfreintes ; et dans le cours successif de leurs vicissitudes, cent peuples divers, cent empires tour à tour abaissés , puissans , conquis , renversés , en ont répété pour la terre les instructives leçons... Et ces leçons aujourd'hui demeurent perdues pour les générations qui ont succédé ! Les désordres des temps passés ont reparu chez les races présentes! les chefs des nations ont continué de marcher dans des voies de mensonge et de tyrannie, les peuples de s'égarer dans les

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ténèbres des superstitions et de l'ignorance ! « Eh bien ! ajouta le Ge'nie en se recueillant , puisque l'expe'rience des races passées reste ensevelie pour les races vivantes , puisque les fautes des aïeux n'ont pas encore instruit leurs descendans, les exemples anciens vont reparaître: la terre va voir se renouveler les scènes imposantes des temps oubliés. De nouvelles révolutions vont agiter les peuples et les empires. Des trônes puissans vont être de nouveau renverse's , et des catastrophes terribles rappelleront aux hommes c{ue ce n'est point en vain qu'ils enfreignent les lois de la nature , et les pre'ceptes de la sagesse et de la vérité. »

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