CHAPITRE XV. g
LE PEUPLE
« Classe privilégiée! expliquez-nous ce mot /egitinic. S'il signifie conforme, intime ci la loi , dites-nous qui a fait la loi? La /ot peut-elle vouloir autre chose que le salut de la multitude? »
Alors les privile'gie's militaires diluent : a La multitude ne sait obe'ir qu'à la force , il faut la châtier. Soldats, frappez ce peuple rebelle!
LE PErPLE.
« Soldats ! vous êtes notre sang ! frapperez-vous vos parens , vos frères ? Si le peuple pe'rit, qui nourrira l'arme'e? »
Et les soldats, baissant les armes, dirent : « Nous sommes aussi le peuple, montrez-nous l'ennemi ! »
Alors les privile'gie's ecclésiastiques dirent : « Il n'y a plus qu'une ressource : le peuple est superstitieux : il faut l'eâVayer par les noms de Dieu et de la religion.
« ISos chers fj'ères l nos enfansl Dieu nous a e'tablis pour vous gouverner.
LE PEUPLE
« Montrez-nous vos pouvoirs ce'lestes.
LES PRÊTRES
«< Il faut de la foi : la raison égare.
LE PEUPLE
a Gouvernez-vous sans raisonner?
LES PRÊTRES
« Dieu veut la paix : la religion prescrit l'obe'issance.
98 LES RLINES.
LE PEUPLE
« La paix suppose la justice ; l'obéissance vent la conyiction d'un devoii*.
LES PRÊTRES
o On n'est ici-bas que pour souffrir.
LE PEUPLE
« ]Montrez-nous l'exemple.
LES PRÊTRES
« Virrez-vous sans dieux et sans rois .^
LE PEUPLE
« !Xous Toulons vivre sans oppresseurs,
LES PRÊTRES
« Il vous faut des médiateurs , des intermédiaires.
LE PEUPLE
o Médiateurs près de Dieu et des rois , courtisans et prêtres , vos services sont trop dispendieux; nous traiterons désormais diiectement nos affaires. »
Et alors le petit groupe dit : « Tout est perdu, lu multitude est éclairée. »
Et le peuple répondit : « Tout est sauvé ; car , si nous sommes éclairés , nous n'abuserons pas de notre force : nous ne voulons que nos droits. Nous avons des ressentimens , nous les oublions : nous étions esclaves , nous pourrions commander ; nous ne voulons qu'être libres , et la liberté n'est que Aq. justice. »<