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ASSEMBLEE GOERALE DES PEUPLES

Ainsi parla le législateur; et la multitude, saisie de ce mouvement qu'inspire d'abord toute proposition raisonnable, ayant applaudi, les tyrans, restes sans appui, demeurèrent confondus.

Alors s'offrit à mes regards une scène d'un genre e'tonnant et nouveau : tout ce que la terre • ompte de peuples et de nations, tout ce que les climats produisent de races d'bommes divers , accourant de toutes parts , me sembla se re'unir dans une même enceinte; et là, formant un immense congrès , distingué en groupes par l'aspect varie des costumes , des traits du visage , des teintes de la peau, leur foule innombrable me présenta le spectacle le plus extraordinaire et le plus attachant.

D'un côté je voyais l'Européen, à l'habit court et serré, au chapeau pointu et triangulaire, au menton rasé, aux cheveux blanchis de poudre; de l'autre l'Asiatique , à la robe traînante , à la longue barbe, à la tête rase et au turban rond. Ici j'observais les peuples africains, à la peau d'ébène, aux cheveux laineux, au corps ceint de pagnes blanc? et bleus, ornés de bracelets et de

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colliers de corail, tle coquilles et de \erre : là les races septentrionales, en veloppt^es dans leurs sacs de peau; le Lapon, au bonnet pointu, aux souliers lie ra({uetto; le Samoyède, à l'odeur forte et au corps brûlant ; le Tongouze , au bonnet cornu, portant ses idoles pendues sur son sein; le Yakoute, au visage piqueté; le Calmouque , au nez aplati , au:^ petits yeux renversés. Plus loin étaient le Chinois, au vêtement de soie, aux tresses pendantes; le Japonais , au sang mélangé ; le JiVIalais, aux grandes oreilles, au nez percé d'un anneau , au vaste chapeau de feuilles de palmier ; et les habitans tatoués des îles de l'Océan et du continent antipode. Et l'aspect de tant de variétés d'une même espèce , de tant d'inventions bizarres d'un même entendement, de tant de modifications diflerentes d'une même organisation , m'ailécta à la fois de mille sensations et de mille pensées. Je considérais avec étonnement cette gradation de couleurs , qui de l'incarnat le plus vif passe au brun clair , puis foncé , fumeux , bronzé, olivâtre , plombé, cuivré, enûn jusqu'au noir de l'ébène et du jais; et trouvant le Kachemirien au teint de roses à côté de l'Indou hâlé , le Géorgien à côté du Tartare , je réfléchissais sur les efl'ets du climat chaud ou froid, du sol élevé ou profond, marécageux ou sec, découvert ou ombragé; je comparais l'homme nain du pôle au géant des zones tempérées ; le corps grêle de l'Arabe à l'ample corps du Hollandais; la taille épaisse et courte du Samoyçde à la taille svelte

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du Grec et de l'Esclayon ; la laine grasse et noire du Nègre à la soie dorée du Danois ; la face aplatie du Calmouque , ses petits yeux en angle , son nez e'crasé , à la face ovale et saillante , aux grands yeux bleus , au nez aquilin du Circassien et de FAbasan. J'opposais aux toiles peintes de l'Indien, aux ëtofies savantes de l'Europe'en, aux riches fourrures du Sibérien , les pagnes d'ëcorce, les tissus de jonc, de feuilles, de plumes, des nations sauvages, et les figures bleuâtres de serpens , de fleurs et d'étoiles dont leur peau e'tait imprimée. Et tantôt le tableau bigarre' de cette multitude me retraçait les prairies e'maille'es du INil et de l^Euphrate, lorsqu'après les pluies ou le débordement , des millions de fleurs naissent de toutes parts; tantôt il me représentait, par son murmure et son mouvement, les essaims innombrables de sauterelles qui du désert viennent, au printemps , couvrir les plaines du Hauran.

Et à la vue de tant d'êtres animés et sensibles , embrassant tout à coup l'immensité des pensées et des sensations rassemblées dans cet espace; d'autre part, réfléchissant à l'opposition de tant de préjugés, de tant d'opinions, au choc de tant de passions d'hommes si mobiles, je flottais entre l'étonnement , l'admiration et une crainte secrète quand le législateur, ayant réclamé le

silence, attira toute mon attention.

« Habitans de la terre , dit-il , une nation libre et puissante \oas adresse des paroles de justice et de paix , et elle vous offre de sûrs gages de ses in-

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tentions «lans sa conviction et son expérience. Long-temps atHigee des mêmes maux ({ue vous, elle en a recherche la source j et elle a trouvé (|u'ils dérivaient tcus de la violence et de l'injustice, érigées en lois par l'inexpérience des races ])assées, et maintenues par les préjuges des races présentes : alors, annulant ses intentions factices et arbitraires , et remontant à l'origine de tout droit et de toute raison, elle a vu qu'il existait dans Vordre même iJe Vun'n'ers , et dans la constitution physique de l'homme , des lois éternelles et immuables, qui n'attendaient que ses regards pour le rendre heureux. O hommes! élevez les jeux vers ce ciel qui vous éclaire; jetez-les sur cette terre qui vous nourrit ! Quand ils vous offrent à tous les mêmes dons, quand vous avez reçu de la puissance qui les meut la même vie, les mêmes organes , n'en avcz-vous pas reçu les mêmes droits à l'usage de ses bienfaits? Ne vous a-t-elle pas, par là même, tîéclarés tous és^aïuc et libres ? Quel mortel osera donc refuser à son semblable ce que lui accorde la nature? O nations! bannissons toute tyrannie et toute discorde ; ne formons plus qu'une même société ; qu'une grande famille ; et puisque le genre humain n'a qu'une même constitution , qu'il n'existe plus pour lui qu'une loi, celle de la nature; qu'un même code , celui de la raison ; cfu'un même trône, celui de lai justice; qu'un même autel , celui de l'union. »

Il dit ; cl une acclamation immense s'éleva jus-

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qu'aux cieux : mille cris de bénédictions partirent du sein de la multitude ; et les peuples, dans leurs transports , firent retentir la terre des mots d'égalité, àe justice, d'union. 3Iais bientôt à ce premier mouvement en succéda un différent : bientôt les docteurs, les chefs des peuples les excitant à la dispute, je vis naître d'abord un murmure, puis une rumeur, qui, se communiquant de proche en proche , devint an vaste désordre ; et chaque nation , élevant des prétentions exclusives , réclamait la prédominance pour son code et son opinion.

« Vous êtes dans l'erreur, se disaient les partis en se montrant du doigt les uns les autres ; nous seuls possédons la vérité et la raison ; nous seuls avons la vraie loi, la vraie règle de tout droit, de toute justice, le seul moyen du bonheur, de la perfection ; tous les autres hommes sont des aveugles ou des rebelles. » Et il régnait une agitation extrême.

ÎNIais le législateur ayant réclamé le silence : « Peuples, dit-il, quel mouvement de passion vous agite? Où vous conduira cette querelle.' Qu'attendez-vous de cette dissension? Depuis des siècles la terre est un champ de disputes , et vous avez versé des torrens de sang pour des opinions chimériques : qu'ont produit tant de combats et de larmes? Quand le fort a soumis le faible à son opinion, qu'a-t-il fait pour la vérité et pour l'évidence ? O nations ! prenez conseil de votre )>rojne sagesse! Quand parmi -vous une contesta-

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tion lin Kse îles iudividus , de>^ laiiiillt- > , ({ue laites-vous pour les concilier? ne leur donnez-vous pas des arbitres? Oui, s'e'cria unanimement la multitude. Eh bien ! donnez-en de même aux auteurs de vos dissentimens. Ordonnez à ceux qui se font vos instituteurs, et qui vous imposent leur croyance, d'en débattre devant vous les raisons. Puisqu'ils invoquent vos intérêts , connaissez comment ils les traitent. Et vous, chefs et docteurs des peuples, avant de les entraîner dans la lutte de vos systèmes, discutez-en contradictoirement les preuves. Etablissons une controverse solennelle , une recherche publique de la vérité , non devant le tribunal d'un individu corruptible ou d'un parti passionné , mais en iiice de toutes les lumières et de tous les intérêts dont se compose l'humanité, et que le sens naturel de toute l'espèce soit notre arbitre et notre juge. »

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