CHAPITRE \\l. l^J
ncens dégénéi^s ; que l'homnic dont vous faites Vijuteur (If votre secte n'est pas Fut lui-même alteie. Demontrez-nous son existence par des monumens historiques à l'ëpoque que vous nous rit07. ; car, pour nous, fondes sur l'absence de tout témoignage authentique (35) , nous vous la nions formellement ; et nous soutenons cp.ie vos Evangiles mêmes ne sont que les livres des mithriaques de Perse et des esse'nieus de Syrie, qui n'étaient eux-mêmes que des samanêens reformes. »
A ces mots, les chre'tiens jetant de grands cris, une nouvelle dispute plus violente aUait s'élever , lorsqu'un groupe de chamans chinois et de talapoins de Siam , s'avancant en scène, dirent qu'ils allaient mettre d'accord tout le monde ; et l'un d'eux prenant la parole : « Il est temps, dit-il , que nous terminions toutes ces contestations frivoles en levant pour vous le voile de la rloctrine intérieure que Fôt lui-même , au lit de la mort , a révéle'e à ses disciples.
« Toutes ces opinions théologiques , a-t-il dit , ne sont que des chimèi^es ; tous ces récits de la nature des dieux, de leurs actions, de leur vie , ne sont que des allégories , des emblèmes mythologiques, sous lesquels sont enveloppées des idées ingénieuses de morale, et la connaissance des opérations de la nature dans le jeu des élémens et la marche des astres.
« La vérité est que tout se réduit au néant ; que tout est illusion , apparence . songe ; que la métempsycose morale n'est que le sens figuré de la
métejnpsycose physique , de ce moiiveuLent successif par lequel les elëmens d'un même corps , qui ne périssent point , passent , quand il se dissout , dans d'autres milieux et forment d'autres combinaisons, h'dme n'est que le principe vital qui résulte des propriéirs de la matière et du jeu des e'iëmens dans les corps où ils cre'ent un mouvement spontané. Supposer que ce produit du jeu des organes , né avec eux , développe avec eux , endormi avec eux, subsiste quand ils ne sont plus, c'est un roman peut-être agréable, mais réellement chimérique , de l'imagination abusée. Dieu lui-même n'est autre chose que le principe moteur, que la. J'orce occulte répandue dans les êtres, que la somme de leurs lois et de leurs propriétés , que le principe animant; en un mot, Vdme de r un ivej^s ; laquelle , à raison de l'infinie variété de ses rapports et de ses opérations , considérée tantôt comme simple et tantôt comme multiple , tantôt comme active et tantôt comme passive, a toujours présenté à l'esprit humain une énigme insoluble. Tout ce qu'il peut y comprendre de plus clair , c'est que la matière ne périt point ; qu'elle possède essentiellement des propriétés par lesquelles le monde est régi comme un être l'ivant et organisé ; que la connaissance de ces lois , par rapport à l'homme, est ce qui constitue la sagesse ; que la vertu et le mérite résident dans lenr observation , et lemdl , le péché , le vice , dans leur ignorance et leur infraction ; que le bonheur et le malheur en sont
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le résultat , par la même nécessite qui fait ([ue les choses pesantes descendent , que les légères s'élci'ent , ot par une fatalité de causes et d'effets dont la chaîne remonte depuis le dernier atome jusqu'aux astres les plus élevés. ^ oilà ce qu'a révélé au lit du trépas notre Boudah Somona Groutama. »
A ces mots, une foule de théologiens de toute secte s'écrièrent que cette doctrine était un pur matérialisme ; que ceux qui la professaient étaient des impies , des athées , ennemis de Dieu et des hommes , qu'il fallait ex terminer. « Eh bien ! répondirent les chamans , supposons que nous soyons en erreur ; cela peut être , car le premier attribut de l'esprit humain est d'être sujet a l'illusion ; mais de quel droit oterez-vous a des hommes comme vous la vie que le Ciel leur a donnée ? Si ce Ciel nous tient pour coupables , nous a en honneur, pourquoi nous distribue-t-il les mêmes biens qu'à vous? Et s'il nous traite avec tolérance , quel droit avez-vous d'être moins indulgens ? Hommes pieux , qui parlez de Dieu avec tant de certitude et de confiance , veuillez nous dire ce qu'il est ; faites-nous comprendre ce que sont ces êtres abstraits et métaphysiques que vous appelez Dieu et dme , substance sans matière, existence sans corps , vie sans organes ni sensations. Si vous connaissez ces êtres par vos sens ou par leur réflexion , rendez-nous-les de même perceptibles : que si vous n'en parlez que sur témoignage et par tradition . montrez-nous un
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récit uniforme, et donnez à notre croyance des bases identiques et fixes. »
Alors il s'éleva entre les théologiens une grande controverse sur Dieu et sur la nature , sur sa vj a uière d'agir et de se manifester , sur la nature de lame et son union avec le coiys , sur son ejr/5tence auant les organes , ou seulement depuis leur formation : sur la vie future et sur Vautre monde: et chaque secte , chaque école , chaque individu , différant sur tous ces points et motivant son dissentiment de raisons plausibles , d'autorités respectables, et cependant opposées, ils tombèrent tous dans un labyrinthe inextricable de contradictions.
Alors le législateur ayant réclamé le silence , et ramenant la question à son premier but : « Chefs et instituteurs des peuples, dit-il , vous êtes venus en présence pour la recherche de la vérité ^ et d'abord chacun de vous , croyant la posséder , a exigé une foi implicite; mais apercevant la contrariété de vos opinions , vous avez conçu qu'il fallait les soumettre à un régulateur commvm d'évidence , les rapporter à un terme général de comparaison, et vous êtes convenus d'exposer chacun vos preuves de croyance. V^ous avez allégué des faits ; mais chaque religion , chaque secte ayant également ses miracles et ses martyrs, chacune produisant également des témoignages et les soutenant de son dévouement à la mort , la balance , par droit de parité , est restée égale ^ur ce premier point.
Mi.vi'iruL \\i. iSq
<i Vous ave/, ensuite passe au\ [irciives de raisonnement; mais les mêmes argumens s'appliquant ei;alcment à des thèses contraires, les mêmes assertions , également gratuites , étant également avancées et repoussées , l'assentiment .'i chacun étant dénié par les mêmes droits, rien s'est trouvé démontré. Bien plus , la confron- I i.ition de vos dogmes a suscité de nouvelles et plus grandes dilUcultés; car , à travers des diversités apparentes ou accessoires, leur développement vous a présenté un fend ressemblant , un canevas commun ; et chacun de vous s'en prétendant l'inventeur autographe, le dépositaire premier, vous vous êtes taxés les uns les autres d'être des altérateurs et des plagiaires , et il naît de là une question épineuse de transmission de peuple h peuple des idées religieuses.
« Enfin , pour combler l'embarras , ayant voulu vous rendre compte de ces idées elles-mêmes , il s'est trouvé qu'elles vous étaient à tous confuses et même étrangères; qu'elles portaient sur des bases inaccessibles à vos sens ; que , par conséquent , vous étiez sans moyens d'en juger , et qu'à leur égard vous conveniez vous-mêmes de n'être que les échos de vos pères: de là cette autre (|uestion de savoir comment elles ont pu venir a vos pères, qui eux-mêmes n'avaient pas d'autres moyens que vous de les concevoir; de manière que , d'une part , la succession de ces idées étant inconnue, d'autre part leur origine et leur existence dans l'entendement étant un mystère , tout
iGo LES KLI>ES.
l'cclifice de vos opinions tlieologiques devient un problème complique de métaphysique et d'histoire.
« Comme néanmoins ces opinions , quelque extraordinaires qu'elles puissent être , ont une origine quelconque ; comme les idées les plus abstraites et les plus fantastiques ont , dans la nature, un modèle physique, une cause quelle qu'elle soit , il s'agit de remonter à cette origine , de découvrir quel fut ce modèle ; en un mot , de savoir d'où sont venues , dans l'entendement de l'homme , ces idées maintenant si obscures de la divinité de lame , de tous les êtres immatériels qui font la base de tant de systèmes, et de démêler la. filiation qu'elles ont suivie, les altérations qu'elles ont éprouvées dans leurs successions et leurs embranchemens. Si donc il se trouve des hommes qui aient porté leurs études sur ces objets, qu'ils s'avancent , et qu'ils tentent de dissiper, à la face des nations , l'obscurité des opinions où depuis si long-temps elles s'égarent. »