‹ Les ruinesChapitre 43 sur 66 · I-JÔ LES RL1.\ES · texte numérisé non relu

I-JÔ LES RL1.\ES

OU aux groupes qu'il en formait , les noms mêmes des objets terrestres qui leur re'pondaient (4^)-

« Ainsi l'Éthiopien de Thèbes appela astres de Vinondation ou du verse-eau , ceux sous lesquels le fleuve commençait son débordement ; astres du bœuf ou du taureau , ceux sous lesquels il convenait d'appliquer la charrue à la terre ; astres du lion , ceux où cet animal , chasse' des déserts par la soif, se montrait sur les bords du fleuve j astres de l'épi ou de la l'ierge moissonneuse , ceux où se recueillait la moisson; astres de V agneau , astres des chevreaux , ceux où naissaient ces animaux précieux; et ce premier moyen résolut une première partie des difficultés.

« D'autre part , l'homme avait remarqué , dans les êtres qui l'environnaient , des qualités distinctives et propres à chaque espèce ; et , par une première opération , il en avait retiré un nom pour les désigner ; par une seconde , il y trouva un moyen ingénieux de généraliser ses idées; et , transportant le nom déjà inventé à tout ce qui présentait une propriété, une action analogue ou semblable, il enrichit son langage d'une métaphore perpétuelle.

« Ainsi , le même Ethiopien ayant observé que le retour de l'inondation répondait constamment à l'apparition d'une très belle étoile qui à cette époque se raiontrait vers la source du lYil , et semblait avertir le laboureur de se garder de la surprise des eaux , il compara cette action à celle de l'animal qui par son aboiement avertit du

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Jauger , et il appela cet astre le chien , Yaboyeur (S}rins); lie même il nomma astres du crabe ceux où le soleil, parvenu à la borne du tropique, revenait sur ses pas , en marchant à reculons et de cote, comme le crabe ou cancer; astres du bmic sam'age , ceux où , parvenu au point le plus culminant du ciel , au faîte du gnomon horaire , le soleil imitait l'action de l'animal qui se plaît à grimper aux faîtes des rochers ; astres de la balance, ceux où les jours et les nuits, égaux , semblaient en équilibjv comme cet instrument ; astres du scojy ion , ceux où certains vents réguliers apportaient une vapeur brillante comme le venin du scorpion. Ainsi encore , il appela anneaux et serpens la trace figurée des orbites des astres et des planètes ; et tel fut le moyen général d'appellation (46) de toutes les étoiles , et même des planètes , prises par groupes ou par individus , selon leurs rapports aux opérations champêtres et terrestres , et selon les analogies que chaque nation y trouva avec les travaux agricoles et avec les objets de son climat et de son sol.

« De ce procédé il résulta que des êtres abjects et terrestres entrèrent en association avec les êtres supérieurs et puissans des cieux ; et cette association se resserra chaque jour par la constitution même du langage et le mécanisme de l'esprit. On disait , par une métaphore naturelle : « Le taureau répand sur la terre les germes de « la fécondité ( au printemps ) ; il ramène l'abon-

ins r.riyES.

« dance et la création des plantes ( qui nourris « sent). \j agneau [ ou bélier) délivre les cieux « des génies vialfaisans [àe l'hiver ) ; il sauwt le « monde du serpent { emblème de l'humide sai- « son } , et il ramène le règne du bien ( de Vété , « saison de toute jouissance ). Le scorpion verse « son venin sur la terre , et re'pand les maladies « et la mort , etc. ; et ainsi de tous les effets sem- « blables. »

« Ce langage, compris de tout le monde, subsista d'abord sans inconvénient ; mais , par le laps du temps , lorsque le calendrier eut été réglé , le peuple , qui n'eut plus besoin de l'observation du ciel, perdit de vue le motif de ces expressions ; et leur allégorie , restée dans l'usage de la vie , y devint un écueil fatal à l'entendement et à la raison. Habitué à joindre aux symboles les idées de leurs modèles , l'esprit finit par les confondre : alors ces mêmes animaux que la pensée avait transportés aux cieux, en redescendirent sur la Jerre ; mais dans ce retour , vêtus des livrées des astres, ils s'en arrogèrent les attributs, et ils en imposèrent à leurs propres auteurs. Alors le peuple, croyant voir près de lui ses dieiuc , leur adressa plus facilement sa prière ; il demanda au bélier de son troupeau les influences qu'il attendait du bélier céleste ; il pria le scorpion de n«j point répandre son venin sur la nature ; il révéra le crabe de la mer , le scarabée du limon , le poisson du fleuve; et, par une série d'analogies vicieuses, mais enchaînées, il se perdit

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dans un labyrintlip il'absunlitKs conséquentes. « \ oilà quelle fut l'origine de ce culte antique et bizarre des animaux ; voilà par quelle marche d'idées le caractère de la divinité passa aux plus viles des brutes , et comment se forma le système théohî^ique très vaste, très compliqué, très savant, qni, des bords du Nil , porte de contrée en contrée par le commerce, la guerre et les conquêtes, envahit tout l'ancien monde, et qui, modifié par les temps , par les circonstances , par les préjugés, se montre encore à découvert chez cent peuples , et subsiste comme base intime et secrète de la théologie de ceux-là mêmes qui le méprisent et le rejettent. »

A ces mots, quelques murmures s'étant fait entendre dans divers groupes : « Oui , continua l'orateur , voilà d'où vient , par exemple , chez vous , peuples africains , l'adoration de vos fétiches, plantes , animaux, cailloux , morceaux de bois , devant qui vos ancêtres n'eussent pas eu le délire de se courber , s'ils n'y eussent vu des talismans en qui la vertu des astres s'était insérée (47). Voilà, nations tartares î l'origine de vos marmouzets et de tout cet appareil d'animaux dont vos chamans bigarrent leurs robes magiques. Voilà l'origine de ces Jiguj^s d'oiseaux, de serpens , que toutes les nations sauvages s'impriment sur la peau avec des cérémonies mystérieuses et sacrées. Vous , Indiens ! vainement vous enveloppez-vous du voile du mystère : l'épervier de votre dieu Vicheuou n'est que l'un des mille cm-

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blêmes du soleil en Egypte ; et vos incarnations d'un dieu en poisson, en sanglier, en lion, en tortue , et toutes ses monstrueuses aventures , ne sont que les métamorphoses de l'astre qui, passant successivement dans les signes des douze animaux, fut censé en prendre les figures et en remplir les rôles astronomiques (48). Vous, Japonais ! votre taureau qui brise l'œuf du monde , n'est que celui du ciel , qui , jadis , oui'rait idgc de la création , l'ëquinoxe du printemps. C'est ce même hœuf Apis qu'adorait l'Egypte, et que vos ancêtres, ô rabbins juifs! adorèrent aussi dans l'idole du veau d'or. C'est encore votre taureau , enfans de Zoroastre ! qui , sacrifie dans les mystères symboliques de iMithra , versait un sang Jécond pour le monde : et vous , chre'tiens ! votre bœuf de l'Apocah-pse , avec ses ailes , symbole de l'air, n'a pas une autre origine ; et votre agneau de Dieu, immole, comme le taureau de Mithra, pour le salut du monde, n'est encore que ce même soleil au signe du bélier céleste , lequel, dans un âge postérieur, ouvrant à son tour l'ëquinoxe, fut censé délivrer le monde du règne du mal , c'est-à-dire de la constellation du serpent, de cette grande couleuvre , mère de l'hiiery et emblème àeV Ahimanes ou Satan des Perses , vos instituteurs. Oui, vainement votre zèle imprudent dévoue les idolâtres aux tourmens du Tartare qu'ils ont inventé : toute la base de votre système n'est que le culte du soleil, dont vous avez rassemblé les attributs sur votre principal

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