CHAPITRE xxir. ICjJ
pris , et saus doiile confusément faits , l'imagination du peuple composa les Champs Klysées" ^ lieux (le délices placés dans un inonde inférieur , ayant leur ciel, leur soleil, leurs astres; et le Tarlare , lieu de ténèbres , d'humidité , àc fange , de frimas. Or, parce que l'homme, curieux de tout ce qu'il ignore , et avide d'une longue existence , s'était déjà interrogé sur ce qu'il devenait après sa mort ; parce qu'il avait de bonne heure raisonné sur le principe de -vie qui anime son corps, qui s'en sépare sans le déformer, et qu'il avait imaginé les substances déliées, les fantômes, les ombres , il aima à croire qu'il corrtinuerait , dans le monde souterrain , cette vie qu'il lui coûtait trop de perdre ; et les lieux infernaux furent un emplacement commode pour recevoiiles objet chéris auxquels il ne pouvait renoncer. « D'autre part, les prêtres astrologues et physiciens faisaient de leurs cieux des récits , et ils en traçaient des tableaux qui s'encadraient parfaitement dans ces fictions. Ayant appelé dans leur langage métaphorique , les équinoxes et les solstices , les portes des cieux ou entrées des saisons , ils expliquaient les phénomènes terrestres en disant « que par la porte de corne (d'abord le taureau^ puis le bélier) et par celle du cancer, descendaient les /eux vh'ijïans qui animent au printemps la végétation , et les esprits aqueux qui
' Aliz , en phëniciPn ou liebreu , signifie dansant '■'. joyeux..
igl LES RVINES.
causent , au solstice , le débordement du Nil; que par la porte d'it'oire (la balance et auparavant l'arc ou sagittaire ) et par celle du capricorne ou de l'urne , s'en retournaient à leur source et remontaient à leur origine les émanations ou influences des cieux ; et la t'oie lactée , qui passait par ces portes des solstices , leur semblait place'e là exprès pour leur servir de route et de véhicule ; de plus , dans leur atlas , la scène céleste présentait mxfleui^e (lelXil, figure'parlesplisdel'Av-J/'e), ime barque (le navire Argo) et le chien Syrius , tous deux relatifs à ce fleuve, dont ils pre'sageaient l'inondation. Ces circonstances , associe'es aux premières et Y ajoutant des détails , en augmentèrent les vraisemblances ; et pour arriver au Tartare ou à l'Élyse'e , il fallut que les âmes traversassent les fleuves du Styx et de VAchéron dans la nacelle du nocher Caron , et qu'elles passassent par les portes de corne ou à'ivoire , que gardait le chien Cerbère. Enfin, un usage civil se joignit à toutes ces fictions ; et acheva de leur donner de la consistance.
« Ayant remarqué que, dans leur climat brûlant , la putréfaction des cadavres était un levain de peste et de maladie , les habitans de rÉgjpte avaient , dans plusieurs Etats , institué l'usage d'inhumer les morts hors de la terre habitée , dans le désert qui est au couchant. Pour y arriver, il fallait passer les canaux du fleuve, et par conséquent être reçu dans une barque, payer un salaire au nocher^ sans quoi, le corps privé de se-
CIlAriTRE XXII. lÇ)i)
pullure c\\l l'ic la proie des bétes féroces. Cette eoutume inspira aux législateurs civils et religieux un moyen puissant d'influer sur les mœurs ; et saisissant , par la pieté filiale et par le respect pour les morts , des hommes grossiers et féroces , ils e'tablirent pour condition nécessaire , d'avoir subi un jugement préalable , qui décidât si le mort méritait d'être admis au rang de sa famille dans la noij-e cité. Une telle idée s'adaptait trop bien à toutes les autres pour ne pas s'y incorporer ; le peuple ne tarda pas de l'y associer, et les enfers eurent leur Minos et leur Rhadamante , avec la baguette , le siège , les huissiers et l'urne , comme dans l'état terrestre et civil. Alors la Divinité devint un être moral et politique , un législateur social d'autant plus redouté , que ce législateur suprême , ce juge final fut inaccessible aux regards : alors ce vionde fabuleux et fiiythologique , si bizarrement composé de membres épars , se trouva un lieu de châtiment et de récompense, où Injustice divine fut censée corriger ce que celle des hommes eut de vicieux , d'erroné ; et ce système spirituel et mystique acquit d'autant plus de crédit , qu'il s'empara de l'homme par tous ses penchans : le faible opprimé y trouva l'espoir d'une indemnité , la consolation d'une vengeance future ; l'oppresseur , comptant , par de riches offrandes , arriver toujours à l'impunité, se fit de l'erreur du vulgaire une arme de plus pour le subjuguer; et les chefs des peuples , les rois et les prêtres, y virent de nouveaux
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moyens de les maîtriser par le privilège qu'ils se réservèrent de répartir les grâces ou les châtimens du grand juge , selon des délits ou des actions méritoires , qu'ils caractérisèrent à leur gré. B Voilà comment s'est introduit, dans le monde risible et réel ^ un mnjjcle ini'isible et imaginaire : voilà l'origine de ces lieux de^e/tcei et depeine* dont vous, Perses ! avez fait votre terre rajeunie, votre ville de résurrection placée sous Véquateur, avec l'attribut singulier que les heureux n'y donneront point d ombre (og". \ oilà , juifs et chrétiens , disciples des Perses ! d'où sont venus votre Je/T/irt/em del'Apocah.'pse, votre paradis, votre ciel, caractérisés par tous les détails du ciel astrologique d'Hermès : et vous , musulmans î votre enfer , abîme souterrain , surmonté d'un pont ; votre balance des âmes et de leurs œuvres , votre jî/^eme«r par les anges Monhir et JVékir , ont également pris leurs modèles dans les cérémonies mystérieuses de V antre de Mithra (60) ; et votre ciel ne diffère en rien de celui d'Osiris, à^Ormuzd et de Bimhma.