‹ Les ruines d'AniChapitre 12 sur 32 · I. OHIGEVES DU COUVENT DE IL1RHIDJ · texte numérisé non relu

I. OHIGEVES DU COUVENT DE IL1RHIDJ

9 Le commencement des monastères de Chirac remonte au temps de la dynastie Bagra-

1) Sous le nom de «monastère de Harhidj» on n’entend pas la cathédrale construite par le spasalar Zakaria en 650 — 1201, ni l’admirable clocher du prince Hidchoub Vahram, mais l’ancienne église, dite Sourb-Grigor, avec son clocher, aujourd’hui en ruines, sise au N. de la précédente et bâtie au Xe s. par Sargis Djon. Eu effet Zakaria, dans l’inscription relative à sa fondation, dit: «J’ai acheté le magnifique monastère de Harhidj .... et j’y ai construit cette cathédrale. Quant au nom de Harhidj, on n’a pas réussi à l’expliquer.

2) Les noms de famille arméniens se terminaient autrefois en ouni, ian, nuift, bw'b, au nominatif singu¬

lier, terminaison dont la dernière est l’analogue du latin l'anu*, comme Justinianus, qui indique un dérivé, et forme des ethniques, de pays et de famille: de lâ Archacouniau , Mamiconian, .... Arsacide, Mamiconien .... Les Arméniens cependant, déjà dans l’antiquité, ont employé, au lieu du nominatif singulier, le génitif pluriel iants ou ents b-iuLij ou emmne Khoupasareuts, Dzilents, analogue à la terminaison russe ont, Lvof, Dolgoroukof,

etc.; car les deux lettres Au* forment aussi bien le son dur £ i, que celui plus mou iéa, ia; la terminaison ian est maintenant exclusivement consacrée à signifier fils de, vitch, à la manière russe: Hacob Pétrosian Amatouniants signifie Jacques Pétrovitch Amatouni. Ainsi Mkhitharéants (ian, iants J, est identique à Mkhitharéan (ian), Patcanents, à Patcanian. Quant à la manière dont les savants de l’occident abrègent les noms de famille arméniens, Tchamitch pour Tchamtchian, Zohrab pour Zohrabiants, Indjidj, Avger pour Indjidjian, Avgérian, cet usage a été introduit par les Mékhitharistes de Venise, qui ne se désignent pas autrement sur le titre de leurs publications en langues européennes. Il est impossible de se rendre compte du motif qui a porté M. E. Dulaurier a écrire, dans ses diverses publications, Orbêli pour Orbélian, Iudjidji pour Indjidj ou Indjidjian, Sourmêli pourSourmel ou Sourmélian. Eu tout cas les Arménieus du crû n’ont pas le droit de se plaindre d’un procédé imaginé par leurs compatriotes aux-mêmes. B.

Les Ruines d’Ani. — Description.

tide, sous le roi Abas, au Xe s., ainsi que nous l’avons dit en parlant de l’établissement de la Cathédrale d’Edchmiadzin '), entre 930 et 936. A cette époque l’Arménie respira des guerres sanglantes des osticans persans, grâce à la bienfaisance du roi Abas. Alors donc les émigrés arméniens qui s’étaient dispersés rentrèrent dans leur patrie (v. à ce sujet l’Hist. d’Ani, § 16), et les religieux arméniens chassés par Romain, empereur de Grèce, affluant vers l’Arménie d’où ils s’étaient enfuis, passèrent dans le Chirac. Il y en eut parmi eux qui restaurèrent les couvents abandonnés autrefois par eux, et qui avaient été ravagés par les maraudeurs, d’autres qui construisirent à nouveau de grands monas- n tères dans l’Aïrarat, ainsi que l’atteste Kiracos: «On établit, dit-il, pour les religieux expulsés par l’empereur Romain, les couvents d’Horhomos et de Dprévank, dans le district de Chirac;» le nom seul du premier prouve qu’il provient de personnes arrivées de Grèce, car il signifie: «le couvent du Grec.»

Les paroles des historiens démontrent encore que le monastère de Harhidj fut établi dans le Chirac pour les besoins des religieux, ou, ce que je crois plutôt, que ceux-ci ayant été obligés par les guerres des osticans persans, de se retirer, il fut restauré à leur retour. Bien que cela ne soit pas dit formellement, nos géographes attestent qu’il était situé avec les autres couvents ci-dessus mentionnés dans le district de Chirac, où, dit 12 Yardan, se trouvent les saints asyles d’Horhomos, de Marmachen, de Dpravank, de Camrdchadzor et de Harhidj.»

Voici maintenant ce qui prouve l’existence du couvent de Harhidj à l’époque de la venue des religieux et bien longtemps avant celle où, aux jours d’Abas, furent bâtis et restaurés les monastères de Chirac.

1° Certaines anciennes inscriptions de Harhidj, dont les dates sont antérieures au Xe s., avant l’époque d’Abas, avant l’établissement de monastères pour les besoins des religieux expulsés. Telle est la date d’une croix de pierre de l’ancien cimetière des moines, sur une hauteur à PE., dans une chapelle de la Résurrection; cette croix, placée sur la tombe d’un moine, porte la date arménienne 21 — 572 1 2), et prouve de reste qu’au VIe 13 s. existait le couvent de Harhidj. Quand revinrent les religieux, et que les couvents de Chirac se relevèrent, celui-ci, qui avait été ravagé par les maraudeurs, fut restauré au Xe s., ainsi que le dit le P. Tchamitch.

2° Quand Sargis Djon bâtit l’église de Sourb-Grigor à Harhidj, ce qui est regardé comme le commencement de ce monastère et de sa dignité de supérieur, le supérieur était Hamazasp, car Djon est mentionné dans l’inscription de fondation: «Moi Sargis Djon j’ai bâti

1) Ce travail du P. Abel ne m’est pas connu. B.

2) Suivant le P. Sargis, Voyage, t. I, p. 211, on lit sur une tombe: «En 17 — 568, ceci est le lieu du repos et la demeure d’Erémia le musicien;» c’est donc une autre inscription que celle mentionnée par le P. Abel. L’une et l’autre sont passées sous silence par le P. Chahkhathounof, et il me semble que cette circonstance est très digne de remarque; car après ces deux dates de l’ère arménienne, la plus ancienne que l’on connaisse est celle de 83—634, tracée sur le mur du couvent de Sourb-Hohannès, près de Diadin; v. Bull. Hist.-Phil. t. XIV, p. 221. B.

M. Brosse t,

cette église . . . et le P. Hamazasp m’a accordé la messe en mon nom ce qui dé¬

montre qu’antérieurement à la construction de Sourb-Grigor il y avait là un couvent et

14 des supérieurs, sans que l’on sache sous quel vocable était placée l'église, peut-être sous celui de la Résurrection.

En effet, à l’égard des autres monastères mentionnés avec Harhidj, il est attesté qu’ils existaient avant la venue des religieux, comme on le voit dans l’Ancienne Arménie, p. 430, par les paroles des historiens. «La construction» dont parlent les histoires signifie restauration; car bien avant l’expulsion des religieux, de Grèce, au Xe s., Barsegh Djon, vivant au VIIe s., était supérieur de Dpravank, au dire de Vardan:» Il (le catholicos) agit par l’entremise de saint Barsegh, surnommé Djon, supérieur du S. couvent de Dpravank, dans le territoire d’Ani. »

Or l’église de Sourb-Grigor, à Harhidj, a été construite, ainsi qu’il conste par les

15 inscriptions, au Xe s., par Sargis Djon, supérieur d’IIorhomosi-Vank, le même qui, en 979, a bâti Carmir-Vank, au village nommé aujourd’hui Ghzl-Kilisa, sur le bord de l’Akhourian ’), au-dessus d’Horhomos, conformément aux inscriptions du lieu. Admettant donc qu’il avait précédemment bâti Sourb-Grigor de Harhidj, comme il est mort en 434 — 985, nous apprenons par-là avec certitude que l’église de Sourb-Grigor, à Harhidj, a été construite au Xe s., par le môme Sargis, alors supérieur, dans l’intervalle des dix ans qui ont précédé sa mort, c.-à-d. entre 970 et 979, époque où il fonda Carmir-Vank, après quoi il mourut.

Que ce soit le même Sargis Djon, constructeur de Harhidjo-Vank, qui a été supérieur d’Horhomosi-Vank, c’est ce qu’établissent les inscriptions de Harhidj, tracées sur la paroi

16 extérieure du mur, au SE.; car celle de Grigor, premier supérieur après la restauration dudit couvent, porte: «Moi Grigor, premier supérieur du saint couvent de Harhidj, j’ai relevé la ruine séculaire du lieu où j’ai été nourri.»

Cette inscription est sans date, mais ce qui en démontre l’exactitude et en précise l’époque, c’est l’épitaphe de ce môme supérieur, dans l’ancien cimetière, déjà mentionné, sur une éminence à l’E. du couvent: «Ceci est la tombe du bienheureux vieillard, le saint père Grigor, supérieur de ce couvent après sa restauration; en 604 — 1155 (lis. 634 — 1185).» De là il résulte que le vartabied Grigor, premier supérieur de Harhidj, après la

17 restauration des ruines séculaires du S. couvent, est mort en 634 — 1185. Soustrayons dix ans, qui se seront écoulés depuis les restaurations jusqu'au décès de Grigor; car ayant été supérieur, il doit bien avoir exercé cette charge durant quelques années, jusqu'à sa mort en 1185. Soustrayons encore les cent ans, qu’a durés la dégradation de l’église de Sourb-Grigor, à Harhidj, on atteint le XIe s. et la date arménienne 524 — 1075, antérieure de 125 ans à la construction de la cathédrale de la Vierge*), par Zakaré.

1) Le couvent de Ghzl-Kilisa ou l’eglise Rouge, fut bâti par Sargis Djon, alors supérieur d'Horhomosi- X ank. qui mourut un an après, en 434 — 986, comme l’atteste l’inscription publiée par le P. Sargis, t. I, p. 223. B.

2) Eu arménien: Sourb-Astovadzadzin «la Mère de Dieu, Notre-Dame.» B.

Si l’on soustrait encore une centaine d’années pour le temps que Sourb-Grigor doit avoir subsisté avant sa ruine, nous trouverons que la construction par Sargis Djon aura eu lieu précisément en 975, époque ou Sargis Djon, supérieur d’Horhomosi-Vank, a construit 18 Sourb-Grigor à Harhidj, et encore fondé l’église du même saint, en pierres de taille, au village de Ghzl-Kilisa dans le Chirac, sur l’Akhourian, au voisinage d’Horhomos, ainsi qu’il a été dit, en 429 — 980. Il y mourut, avant de l’avoir achevé, et l’église fut terminée par le vartabied Soghomon, son disciple, en 434 — 985. Par-là est confirmée la date de la construction de Sourb-Grigor à Harhidj, par Sargis, supérieur d’Horhomos, environ 429 (lis. 424) — 975, après quoi il en fonda une de même nom à Ghzl-Kilisa, et mourut eu 434 — 985, ainsi qu’on le verra par les inscriptions.

L’intervalle de cent ans de délabrement de Sourb-Grigor doit se compter de l’époque 19 de la suppression de la royauté des Bagratides, en 1079, où la province de Chirac tomba au pouvoir des ennemis, qui y dominèrent jusqu’en 633 — 1184 '). Alors l’amir-spasalar Zakaria et son frère Ivané atabek, élevés au généralat par Thamar, reine de Géorgie, accomplirent les exploits dont parle Kiracos; v. infrà et Tchamitch, t. III, p. 149.

La ruine des monastères de Chirac est encore mentionnée dans les inscriptions de Marmachen, sujet à traiter à part; car en ce temps-là les infidèles avaient ravagé bon nombre de couvents, converti leurs églises en forteresses et, dépouillés de leurs domaines, les laissaient à l’abandon et dans le plus triste état. *

Des renseignements précédents il résulte que le couvent de Harhidj eut environ 20 100 ans de prospérité, à savoir de 419 — 970 et 428 — 979, jusqu’à 528 — 10791 2), après quoi, durant 100 ans, il resta dégradé ou en ruines, comme s’exprime le restaurateur de Sourb-Grigor, jusqu’en 628 — 1 179. Car ce vartabied Grigor, élevé au couvent de Harhidj, y ayant reçu le titre de vartabied et la charge de supérieur, «le releva de sa ruine séculaire,» y établit des religieux, hommes d’élite, pé»étrés de la loi divine: ce qu’il n’omet pas de mentionner dans l’inscription de la paroi extérieure du mur oriental, côté S. de Sourb-Grigor. Il y mourut, et son corps repose dans l’ancien cimetière, ainsi qu’on l’a dit, en 634—1185.

Une autre inscription, au-dessous de la précédente, au SE. de la même muraille, con- 21 firme l’existence d’un couvent ici au temps de Grigor et depuis lui. En effet le P. Pétros, qui succéda à Grigor, nous transmet de lui le témoignage suivant, sept ans après son décès:

«Par la volonté de Dieu, nous le P. Pétros et autres frères de Harhidj, avons fixé la fête du Tabernacle3) pour célébrer dans la chapelle le sacrifice du Christ, au nom de Grigor, pour prix des dépenses faites par lui; en 641 — 1192.»

1) L’année 1184 est précisément celle de l’avènement de Thamar; le généralissime Sargis, père de Zakaré et d’Ivané, ne mourut qu’en 1187, et Zakaré devint généralissime au plus tôt en 1191; Add. et écl. p. 269. B.

2) On n’oubliera pas ici que, non-seulement la dynastie Bagratide s’éteignit alors, mais qu’Ani était passé aux mains des Béni-Cheddad en 1072. B.

3) Le 22 septembre, festum tabernaculorum, inwqujLijjpuj^tupiuij, B.

M. B ROSS ET

22 Les inscriptions de Harhidj que l’on verra plus bas, ainsi que la liste des supérieurs, font voir que ce Pétros en fut supérieur durant 35 ans. De son temps le territoire d'Aïrarat, où se trouve le district de Chirac, passa à l’amir-spasalar Zakaré et à son frère l’atabeklvané, fils du grand prince Sargis, qui l’avaient arraché aux Persans'). A cette époque les deux frères reconstruisirent dans l’Aïrarat de nombreux couvents, détruits de longue date par les incursions des Ismaélites, ils en restaurèrent beaucoup d’autres, notamment dans le Chirac, qui formait leur domaine. Le même spasalar «acheta de ses propriétaires» l’admirable couvent de Harhidj, où se trouvait l’église de Sourb-Grigor, relevée de ses ruines quelques aimées auparavant, par le supérieur Grigor, dont nous avons parlé; il acheta, au nom de la reine Thamar, sous le supérieur Pétros vartabied, le couvent avec les limites de

23 son territoire, avec les propriétés dont il avait été jusqu’alors possesseur, et y ajouta, des siennes, le village de Mocoris1 2), voisin du couvent. Il lui donna encore d’autres propriétés, des terres, des eaux, des rivières et des emplacements de villages, mentionnés dans l’inscription; il y construisit un fort et la cathédrale de la Vierge, d’une structure merveilleuse, en pierres de taille; l’orna d’une quantité d’ustensiles, servant à de saints usages. «Enfin j’ai, dit-il, confirmé les anciennes limites du couvent,» dont l’avaient sans doute dépouillé des

24 étrangers. De tout cela et de la construction de l’église de la Vierge il est fait mention tout au long, dans l’inscription sur la paroi de la muraille du N., que l’on verra plus bas, et d’où il ressort que la construction fut achevée en 650 — 1201.

On voit la figure en pied des deux frères sur un gros bloc de pierre noire, encastré en haut, dans le mur de la façade orientale; nous en parlerons dans la description de l’eglise de la Mère de Dieu.

Les dates ou souvenirs offerts au couvent, sous et avant Zakaré, sont retracés sur les murs des églises ancienne et nouvelle, et seront rapportés plus bas dans leur ordre chronologique. •

Désireux de prendre part à cette oeuvre de leurs immortels souvenirs et vertus, le

25 seigneur Vahram Hidchoub3), fidèle aux habitudes de la nation arménienne, a construit

1) En 1191, 96 et 99, Zakaré et son frère conquirent le Chirac, Auberd et Ani, suivant le témoignage de l’historien Vardau, et Thamar leur fit présent de ces cantons comme d’un apanage de leur famille; mais ou ne connaît pas à Ani de monuments de ces princes antérieurs à l’an 1201. B.

2) C’est aujourd’hui Parni- (plus bas Paroni-) Giough; car les Géorgiens nomment en général Baron, leurs

princes, possesseurs héréditaires de villages, y compris les habitants. De là, par la suite du temps, parait s’être formé le nom de Parni-Giough, donné à l’ancien Mocoris. — Baron, est un titre arménien, que les

Géorgiens remplacent par celui de patroni, d’origine latine. Mais comme les princes dont il s’agit ici

étaient arméniens, au service de la Géorgie, il se peut que leur titre de Baron ait laissé une trace dans le nom du village dont il s’agit. B.

3) Ce Vahram Hidchoub est autre que Vabram le Pahlavide, fils du grand prince des princes Grigor et fon¬

dateur de Marmaclien, dont l’histoire raconte les hauts faits guerriers; lui -même succomba au siège d’Ani (lis. dans un combat près de Dovin), contre Apousvar, émir de Doviu, en 496 — 1047. Son corps fut déposé à la porte de l’église de Marmacheu, ainsi que le dit l'inscription, et non à Sauahin, comme l’avance le P. Tchamitch, t. II, p. 938 de son Histoire. — J’ajoute que Hidchoub pourrait bien être le titre arabe liédjib, chambellan; ce¬

lui de patron , seigneur, que lui donne le P. Abel, est tout-à-fait géorgien, comme je l’ai fait remarquer plus haut. B.

Les Ruines d'Ani. — Description.

tout auprès de la cathédrale de la Mère de Dieu un splendide clocher, ayant au milieu une porte égale en largeur à la porte occidentale: le tout en souvenir de son âme, de celle de ses enfants et de sa femme Thamar, sous le supérieur Ter Hamazasp. L’inscription y relative se voit sur la muraille orientale, au milieu dudit clocher.

C’est ce Vahram Hidchoub qui a fait venir dans l’intérieur du couvent l’eau d’une 26 petite vallée située à l’E. , nommée Mious-Dchour «l’autre eau,» dans l’inscription; elle vient d’une petite vallée voisine et sort de rochers abruptes au milieu d’une gorge de la montagne. ’)

La somme des années de la durée du monastère depuis la restauration par le vartabied Grigor, premier supérieur, après une ruine séculaire, se monte à 60, indiquées par les 27 inscriptions: c’est à savoir depuis 626 — 1177 (Grigor étant mort en 634 — 1185), jusqu’à 684 — 1235, en soustrayant les 10 ans antérieurs à sa mort, car on n’a pas la date de la restauration.

Depuis lors on ne trouve, chez les historiens contemporains, aucun témoignage de l’existence du couvent; depuis l’époque indiquée, il n’y a plus aucun souvenir consigné sur les murs, pour les années subséquentes. Ainsi les noms des supérieurs mentionnés dans les inscriptions, à l’exception de Sargis Djon et d’Hamazasp, dont la série a été interrompue à l’époque de la ruine du couvent, sont fournis par des inscriptions sans dates, qui parlent d’eux comme abbés, durant 60 ans, à partir de la restauration par Grigor. 28

Toutefois, combien de temps ont gardé l’autorité à Harhidj les supérieurs en fonctions depuis la construction du couvent par Sargis Djon, jusqu’à sa ruine, 100 ans avant la restauration par Grigor; combien aussi il y a eu de supérieurs, et quels, il n’en existe aucun souvenir: notamment l’inscription de Sargis Djon, ainsi que je l’ai dit, ne porte point de date.

Nécessairement après Hamazasp, contemporain de Sargis Djon et de la fondation de Sourb-Grigor, il y eut une série de supérieurs jusqu’à la ruine ou dévastation du couvent; car si, comme on l’a dit plus haut, il se trouvait ici des moines au VIe s., avant la fondation de Sourb-Grigor, et conséquemment des supérieurs, il a dû aussi s’en trouver après 29 cette époque, et il doit y avoir des souvenirs et une série de ces abbés.

Il est même impossible historiquement qu’après la date mentionnée, 684 — 1235, le couvent ait cessé d’exister jusqu’au temps de Chah-Abas, roi de Perse, en 1053 — 1604.

En effet, lors du siège d’Erivan, ce prince ordonna à ses généraux de dévaster les contrées de l’Arménie soumises aux Osmanlis, comme le Basen et Khnous, ou, suivant Arhakel, du Chirac à Lorhi, de Nakhtchévan au fleuve Kour, de Vagharchabat à l’Artaz. Les habitants furent tellement effrayés, que les uns descendirent dans les profondeurs de vallées inacces-

1) La source amenée par Hidchoub Vahram ayant été arrêtée après la ruine du couvent, jusqu’à notre époque, en 1851, le canal a été rétabli et l’eau ramenée par le pieux Khatchatour Aslanian, de Baïazet, habitant d’Alexandrapol, à ses frais et avec une sainte libéralité, pour l’avantage du lieu et en souvenir de l’âme du donateur. C’est ainsi qu’agissent les hommes bienfaisants et vertueux, dont la mémoire est immortalisée dans les inscriptions des couvents.

M. B RO SSE T

sibles, d’autres s’élevèrent sur les hauts plateaux des montagnes, et avec eux les moines des

30 couvents. «En ce moment de dispersion, dit le P. Tchamitch, à-peine resta-t-il un habitant sur dix dans les villes et bourgades de l’Ararat, de la Siounie . . .;» Hist. d’Arm. t. II, p. 546.

Or il n’est pas douteux que Harhidjo-Vank subsista jusqu’à l’époque de dévastation et de captivité, sous Chah-Abas; car les districts de l’Aïrarat, voisins des frontières de Perse, tels que l’Aragadzotn, le Cotaïk et autres, étaient alors florissants, de même aussi leurs couvents, tels que Hohanavank, Havouts-Thar, Aïrivank, sur lesquels se déchargea principalement la fureur des Persans avant d’atteindre les districts éloignés. Ainsi ce fut le Chirac, avec ses monastères construits pour Dieu qui échappèrent aux ravages des Per-

31 sans jusqu’au temps de Chah-Abas; mais que plus tard celui de Harhidj soit tombé avec son territoire sous la main des dévastateurs, c’est ce que prouvent les circonstances relevées plus haut, d’après les dires des historiens.

Quelques-uns des vieillards appartenant précédemment à la population propre de Harhidj, et maintenant à celle du village de Paroni-Giough, l’ancien Mocoris, racontent que de leur temps, vers l’époque d’Héracl, roi de Géorgie, ils ne remarquaient pas à Harhidjo- Vank de communauté, comme il s’en trouve dans un lieu habité; que des vartabieds y venaient par hazard, y demeuraient un an, plus ou moins, puis se retiraient, laissant le lieu désert.

Mais sous le règne d’Héracl, maître d’une grande partie du Chirac, eudeçà de l’Akhourian, pour ainsi-dire depuis l’époque du spasalar Zakaré1), un certain sultan persan Ghariman, ayant remporté un avantage sur les ennemis du roi, reçut de lui en présent et comme

32 domaine héréditaire une partie du Chirac. Il fixa sa résidence au bourg d’Ardic, et charmé de la majestueuse église de Harhidj, se mit à construire, outre des maisons d’habitation, des tours, sur le haut de l’église, ainsi qu’au couvent d’Ardic, afin de se défendre contre les ennemis, et pour, en cas d’attaque, y réunir ses trésors et ses vassaux, comme en lieu sûr.

Après la prise d’Erivan par les Persans2), Mahmad-Khan, commandant alors dans le pays, entendit parler de la force du lieu, de la forteresse et des tours de Harhidj, dans le Chirac, comme d’un repaire de rebelles et d’ennemis, et envoya sur le champ Kialb-Ali, un de ses généraux, pour démanteler la forteresse et l’église du couvent portant les tours.

33 Celui-ci partit, se posta en embuscade, d’où il fondit à propos sur l’ennemi, et ayant occupé les dernières tours, ordonna de démolir à l’instant l’église de la Résurrection, dont il sera parlé plus bas, construite sur un plateau, à la limite S. de l’ancien cimetière, dont la merveilleuse architecture arracha des larmes aux spectateurs. Il envoya alors des gens d'arme

1) Cette phrase serait un non-sens, si elle ne signifiait que la partie orientale du Chirac appartenait aux rois de Géorgie presque depuis le XIIIe s. B.

2) Erivau et les contrées voisines furent tributaires de la Géorgie depuis le milieu du XIXe s., et ne tirent retour à la Perse qu’après l’aunexion. Mahmad-Khan était gouverneur du pays en 1805, lors du siège par Tzitzianof. B.

Les Ruines d’Ani. — Description.

contre la forteresse, démolie jusqu’à la porte orientale. Ghariman, blessé au coeur et ne pouvant tenir contre l’impitoyable rigueur du général, qui avait décidé de ne pas laisser pierre sur pierre du lieu saint, se jeta à ses pieds et le conjura instamment de respecter seulement l’église où «disait-il, il n’y avait pas une position assez forte pour servir d’asyle à l’ennemi;» sa demande lui fut accordée. 34

Quelques années après, un certain prêtre Sargis de Chirac, voulant se retirer du monde après la mort de sa femme, vint habiter avec sa famille au couvent de Harhidj et en fit sa résidence: il reçut même des supérieurs d’alors le capuce de vartabied. On lui attribue un calvaire en pierre, non élégant, de l’autel de l’église de la Vierge, dont il ne reste plus vestige. Cet homme ignorant, sans conscience et vaniteux, cédant à de mauvaises pensées, dégrada de sa main impure, mutila quelques inscriptions des murs du temple de la Vierge, en fit aplanir certains endroits et voulait, l’impie, en effaçant le souvenir des travaux de ses prédécesseurs, dénaturer et mettre sous son nom leurs dons et offrandes. Alors son nom glorieux'), homophone de celui de Vest-Sargis, et ses actes impies passant de génération en génération, auraient été proclamés avec ceux des bienfaiteurs du saint couvent bâti de Dieu. Mais Dieu, vengeur de la gloire de son église, et qui ne donne pas 35 la sienne à d’autres, ne permit pas que ses projets réussissent. Après ses tentatives pour faire disparaître les souvenirs du temple et les inscriptions qui les consacrent, Sargis fut mandé incontinent par l’autorité spirituelle d’Edchmiadzin, pour quelques autres méfaits, et détenu là pour ne plus revenir à Harhidj. Ce fut l’oeuvre de la divine Providence.

Depuis lors et jusqu’à l’occupation de ces contrées par les Russes, en 1827, le monastère était resté inoccupé; mais alors les émigrés arméniens de Cars et de Carin ayant passé de la domination des Osmanlis dans les frontières russes, Harhidj se rétablit, les ruines des villages, des villes et des couvents, se remplirent d’habitants. Ceux-ci s’étant en grande partie fixés dans le Chirac, endeçà de l’Akhourian qui fait la limite entre les Rus- 36 ses et les Osmanlis, en 1830, l’évêque Stéphanos Khajaknian, d’Erzroum1 2), chef spirituel de Cars, prit toute la communanté d’Horhomosi-Vank et la transféra, avec tous ses effets, au couvent de Harhidj. Il orna magnifiquemment l’église de la Mère de Dieu, couvrit ces ruines d’habitations réjouissant le regard et devint supérieur du couvent et de la population émigrée, formant son troupeau; l’Empereur de Russie lui en conféra à perpétuité la direction, comme à l’auteur de leur immigration en Russie.

Au même temps le vieux Poghos vartabied Dchalaldian3), d’Erzroum, chef spirituel du Basen, avec une communanté d’émigrants, apportant les effets du couvent de N.-D. d’Hasan-Qalé et l’image miraculeuse des 7 plaies de la Se-Vierge, passa dans les terres russes,

1) L’auteur joue sur le son de l’adjectif i^kutn «noble, distingué,» pris ironiquement, et sur le nom de ce Sargis-Vest ou Vestiarius, célèbre traître arménien dans l’histoire du XIe s. B.

2) Le P. Sargis, Voyage, 1. 1, p. 212, le nomme «l’archevêque Stéphannos Tchakhaliau.» B.

3) Chez le P. Sargis, «Djelléthian, chef spirituel du Basen, et du couvent d’Hasan-Qaleh, près de Carin.» B.

M. Brosset,

37 en Taïk. N’ayant pas trouvé là un asyle sûr, il vint en 1831 dans le Chirac, au couvent de Marmachen, vide depuis longtemps, et désira s’y fixer.

A cette nouvelle le catholicos Hovhannès de Carbi, craignant que deux couvents établis dans le même district, sans population indigène, n’y devinssent une charge, transféra le vartabied Poghos et son image à Harhidjo-Vank. Celui-ci y consentit, et quand l’évêque Stéphanos fut, par ordre suprême, nommé à un autre diocèse, lui-même devint et reste jusqu’à ce jour supérieur du couvent, comme on le verra dans la liste. A cause du séjour en ce lieu de l’image miraculeuse, Harhidj est pour tout le Chirac un but de pèlerinage fécond en prodiges et comblé toute l’année des offrandes de nombreux et fervents visiteurs.

38 Quant à la chapelle de Sourb-Harouthioun, mentionnée ci-dessus, construite sur une éminence à l’E. de Sourb-Grigor de Harhidj, plus haut que le village actuel de Ghphtchakh, elle était environnée des tombes des anciens religieux, et maintenant en ruines. Les pierres de taille en ont été employées à d’autres constructions, après la démolition de l’édifice par Kialb-Ali-Khan , général de Mahmad-Khan. Il n’en reste que des monceaux informes de pierres et de chaux, des fondations.

La seconde chapelle, où il était réglé de célébrer une messe annuelle, à la fête du Tabernacle, pour Grigor, restaurateur du couvent après 100 ans d’abandon, suivant l’inscription de 641 — 1192, est située sur un rocher1) se dressant isolé au milieu d’une vallée latérale, au S. du couvent. Ce rocher semble séparé du haut plateau rocailleux où est con-

39 struit Harhidj , ce qui le rend inaccessible aux hommes. C’est une petite église en pierre,

sans coupole n’ayant qu’une porte, au N.; mais nous ne savons rien de ce qui y

est inscrit, parce qu’il n’y a pas moyen d’y descendre (sic), vu qu’elle a été arrachée de la plaine, du haut en bas, peut-être par un tremblement de terre, à une époque inconnue. Seulement on assure qu’il y a des lettres tracées sur la façade, qui deviennent, dit-on, imperceptibles à mesure qu’on approche, parce qu’on ne sait où poser le pied. Faute de meilleurs renseignements nous n’en donnons pas plus ample description.

II. SUPEPIEURS DE IIARHIDJO - V MK , DEPUIS LA COVSTRUCTIOV DE SOURB-GRIGOR JUSQU’À

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