V. DESCRIPTION DES ÉGLISES DE HARHIDJ
Le monastère de Harhidj, Ghphtehagha-Vank suivant d’autres, à cause d'un village ainsi nommé, au voisinage, et situé dans le Chirac méridional, dans les gorges du versant N. dcl’Aragadz, sur le flanc de longues vallées, se prolongeant par en bas jusqu'à la plaine.
Les Ruines d’Ani. — Description.
A l’O.1), deux petites vallées, hérissées de rochers, descendent le long des gorges et se réunissent devant le plateau où est le monastère. Il en sort des ruisseaux à l’eau diamantine, murmurant toute l’année, qui embellissent la localité pour le plaisir des yeux, y répandent l’air pur des montagnes, égaient les sites des riches campagnes qui s’étendent au pied du monastère et sont disséminées jusqu’aux limites septentrionales des caps les plus avancés. 49
A cette hauteur des gorges de la montagne est situé le couvent de Harhidj, dans une position harmonieuse, un peu plus bas que le village, enceint d’une muraille qui coupe la vallée, avec ses églises, oeuvres merveilleuses et présentant le coup-d’oeil que j’ai dit.
L’église cathédrale, sous le vocable de la Mère de Dieu, a été bâtie par le spasalar Zakaré2), en pierres de taille, de 24 pas3) dans les deux sens, avec une belle coupole sans 50 colonnes, portant sur quatre contreforts qui, de la muraille, s’avancent vers le centre de l’édifice. Les deux contreforts de l’avant touchent au sanctuaire, au N. et au S.; les deux de l’O. se rattachant aux voûtes occidentales supérieures, sont ornés de deux petits piliers 51 d’une seule pierre, avec arcade aux cintres sculptés, formant comme un avant-corps, dont la partie antérieure va vers le centre, des deux côtés de la porte occidentale.
Deux petites fenêtres circulaires y sont ouvertes, comme pour éclairer le lieu où 52 priaient les dames arméniennes, où l’on aborde par des degrés de pierre, tenant au mur et assemblés en spirale4). D’après cette disposition, l’espace central, entre les piliers, est très considérable. Sur le haut des quatre piliers reposent quatre arcades à angles, en trois sections, au-dessus desquelles s’élèvent les arceaux ronds des voûtes latérales de la coupole. 53 Les chapiteaux et bases des piliers forment cinq retraits, de grosses et de fines arêtes.
1) Au S. et à l’O.; Chahkh. p, 262.
2) Il semble que le P. Chahkhathounian n’ait pas lu l’inscription de la fondation du clocher de l’église de la Vierge, par le prince Hidchoub Vahram, postérieure à celle de la cathédrale par Zakaré; car dans la courte description du couvent, t. II de son ouvrage, p. 262, il trace cet aperçu superficiel: «L’église bâtie plus tard, par l’amir-spasalar Zakaré, est double, intérieure et extérieure, ou porche,» attribuant ainsi à Zakaré le clocher. On sait pourtant qu’il a lu l’inscription, car il la donne, avec les autres, p. 269; or celle-ci prouve clairement que l’église et le clocher sont l’oeuvre de différentes personnes; la cathédrale, bâtie par Zakaré en 650 — 1201, sous le supérieur Pétros; le clocher, par Hidchoub Vahram, sans date inscrite, sous Ter Hamazasp et le P. Hovhannès, bien postérieur au P. Pétros. L’inscription de la fondation de la cathédrale confirme positivement ce qui est tracé sur le fronton de la porte, en ces termes: «Par la grâce de Dieu, moi Zakaré amir-spasalar, j’ai bâti cette cathédrale.» Il paraît donc que c’est par oubli que le P. Chahkhathounian dit: «La double église, bâtie par Zakaré,» puisqu’il a allégué à part, ainsi que nous l’avons exposé, l’inscription de la fondation du clocher par Vahram.
Mais le vartabied Sargis Djalalian, dans sa collection d’inscriptions des églises de Chirac et dans la description qu’il en fait, semble dans sa courte notice ne rien savoir de la cathédrale de la Vierge; car non-seulement il ne mentionne pas l’inscription de la fondation du clocher par Vahram, mais encore il passe entièrement sous silence celle de la fondation de la cathédrale. On verra en leur lieu les autres variantes dans la description et dans les inscriptions du dit couvent.
— Comme les PP. Chahkhathounof et Abel ne distinguent pas l’église de son clocher, qu’ils nomment porche il résulte naturellement de là de grandes variantes dans l’indication de la situation des inscrip¬
tions, variantes insignifiantes au fond, et qui ne méritent pas d’être relevées. B.
3) pas; le P. Sargis emploie le le mot coudée, et donne les mêmes nombres. B.
4) De chaque côté de la porte il y a des plates-formes avec degrés conduisant en haut, au lieu où, dit-on, se tenaient les priuces et leurs épouses; Sargis, p. 212.
M. B ROSSE T
L’église n’a que quatre fenêtres, longues et étroites, une de chaque côté, et sur les faces N. et S. deux autres ouvertures rondes, étroites, mais s’élargissant à l’intérieur; deux chapelles, à droite et à gauche du sanctuaire; deux en avant de celles-ci, dont les portes donnent sur le sanctuaire, et encore deux aux côtés de la porte occidentale, en dedans des voûtes supérieures mentionnées ci-dessus, avec une fenêtre circulaire. Sur la paroi de la chapelle du N. se lit une inscription, que l’on verra en son lieu.
54 h n’y a ici qu’un autel, pour l’offrande du saint mystère de la messe1) mais on n’y voit pas de fonts antiques, comme dans toutes les églises construites sous les Bagratides dans le Chirac; mais dans la section du N.2) il existe une baie cintrée en forme de bassin, où l’on expose maintenant l’image des sept plaies de la Vierge, ci-dessus mentionnée.
Au temps de l’abandon du monastère il n’y avait pas de calvaire sur l’autel, mais celui en bois, érigé par l’évêque Stéphanos Khajaknian, qui présida à la dernière restauration de Harhidj, est maintenant fixé sur l’autel de Sourb-Grigor; il en est parlé dans la
55 description. Mais à une époque récente il en a été dressé un beau, de la forme ordinaire, par des personnes pieuses, désireuses de la prospérité et du bon ordre du saint couvent, dont nous rappellerons les noms et les bonnes oeuvres.
La paroi du sanctuaire est en assises de pierres sculptées, représentant des fleurs ciselées finement, en carrés séparés l’un de l’autre, comme des cadres.
Il n’y a qu’une porte, à l’O. , dont la paroi est ornée d’arcades de bonne apparence, avec des colonnes; au milieu de la première arcade sémicirculaire se voit cette courte inscription sans date, relative à la fondation: «Par la grâce de Dieu, moi Pamir - spasalar
56 Zakaré j’ai bâti cette cathédrale.» Plus bas, sur une pierre sémicirculaire, il y en a une autre, qui sera rapportée en son lieu.
Sur cette même muraille occidentale, dans l’intérieur du clocher, on voit diverses inscriptions au nom des donateurs, sur trois rangs, à droite et à gauche de la porte, et sur la muraille septentrionale une longue inscription datée, également relative à la fondation.