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IV. EXTÉRIEUR DE L’ÉGLISE

La coupole paraît du dehors très élevée, conique et anguleuse, et porte au sommet une croix argentée au four; dans l’intervalle des quatre fenêtres de la circonférence, il y a quatre petites ouvertures rondes,3) aux contours sculptés, et, dans les intervalles, des colonnes portant des arcades aigües ; la largeur4) de la coupole est de 50 pas.

57 Sur la face orientale, où sont les fenêtres du sanctuaire et des chapelles, on voit s’ar-

1) Au lieu de cela, le P. Djalaliants compte neuf autels à célébrer la messe, et il prend pour tels les chapelles latérales ou sacristies.

2) A gauche de cette section, suivant l’usage, il a été construit tout nouvellement un bassin baptismal, aux frais de la pieuse dame épouse de Ter Minas, prêtre du lieu, qui prend à coeur la prospérité du monastère.

3) Notre PI. XXXIII ne donne ni les fenêtres ni les oeils-de-boeuf; c’est sans doute un oubli de M. K5stner, que je n’ai su comment réparer. B.

4) I. e. la circonférence, ce qui donne le diamètre très respectable de 16 à 17 pas, environ 60 pieds. B.

Les Ruines d’Ani. — Description.

rondir de magnifiques arcades sémicirculaires ; les contours des fenêtres sont sculptés de grecques, qui s’élèvent en forme de croix dans les deux sens, en hauteur et en largeur, jusqu’au cintre du comble; à l’intérieur sont figurées les arcades, une croix à épanouissements, sur laquelle pose une colombe, puis deux serpents s’écartant de l’arcade sémicirculaire, passant à gauche et à droite, par-dessus les sommets des fenêtres des chapelles, sur les murailles du N. et du S., dont il sera reparlé. ')

Sur la paroi du mur oriental, sous l’arcade du comble, terminée en ogive, un bloc écarri de pierre noire, haut placé, offre les figures sculptées du brave spasalar Zakaré, constructeur de l’église, et de son père Ivané, d’un aspect imposant et gracieux, dans toute 58 la majesté de leurs barbes, séparées en deux pointes, le bonnet militaire sur la tête. Leurs visages redoutables, tournés l’un vers l’autre, expriment encore aujourd’hui la sublimité de leurs pensées pour la prospérité d’une partie de l’Arménie.1 2)

En outre les hautes proportions de leur corps, leur belle chevelure frisée, des épaules au cou, leur vêtement militaire à bordure, nous révèlent les richesses de leur taille héroïque. Tous deux, l’un au N., l’autre au S., ont une main placée sur la poitrine; l’autre, touchant au mur et tendue en avant, portait encore, il y a quelques années, la figure de la Vierge Mère de Dieu, au nom de laquelle est consacrée l’église; comme celle-ci est tombée, on l’a remplacée plus tard par une gouttière pour les eaux pluviales.

Derrière l’image placée au S. se voit un lionceau, accroupi dans la direction de la 59 figure, portant sur la tête une couronne royale et sur les flancs des ailes déployée^. Ce doit être un symbole de Zakaré, défenseur de Thamar, reine de Géorgie, ou, ce qui revient au même, leur sceau royal, ce qui prouve que la figure au S. est celle de Zakaré, qui, dans la grande inscription de la construction de l’église, dit: «Pour la vie de ma souveraine, la pieuse reine Thamar.» En outre le personnage du S. est plus imposant que celui du N., il a le regard plus fier, des Asiatiques, d’où l’on conclut qu’il se montre ici, tel qu’au retour d’une expédition en Perse, où il avait reconquis l’Aïrarat, dans l’éclat du triomphe et de ses rudes travaux.

Les grecques que nous avons dites, passant à droite et à gauche de l’édifice, où elles 60 figurent des chapelles3), sont parfaitement semblables au N. et au S., et forment la même ornementation et les mêmes croix, en s’arrondissant au-dessus des fenêtres; au milieu, sous

1) Je ne suis pas sûr d’avoir bien rendu ces détails architectoniques. B.

2) Le P. Chahkh. p. 266, décrit ainsi ces statues: «Il y a deux figures d’hommes, sculptées sur une pierre de la façade orientale, aux deux côtés de la fenêtre, sous le comble de l’église;» description qui établit clairement que les deux personnages sont séparés par la fenêtre. Mais le P. Sargis, p. 212, s’exprime ainsi: «Sur la muraille de l’E., sur un bloc monolithe, sont sculptées les figures en pied des braves spasalars Zakaré et Ivané, supportant une petite église.» Il est convenable d’ajouter que le P. Chahkhathounof a décrit les deux couvents de Marmachen, de Harhidj et quelques autres, non de visu, mais sur des notes qui lui ont été communiquées: ces descriptions occupent la fin de son second volume.

3) funpu/LujXL, analogue au russe TepeMuaTbin, indique un genre d’ornementation en forme d’édifice, employé sur les anciens bonnets des Tsars et sur la thiare des papes. B.

M. Brosset,

l’ogive du comble s’élève également une croix, mais celle du S. est plus basse que sur les deux autres côtés et trop petite pour atteindre l’arcade. Cela se voit aussi à Hovhannavank, dans l’Aragadzotn, si bien que l’on croit que la même main d’architecte a tracé les sculptures sur la pierre, tant les décorations des deux églisses ont d’analogie. ’)

Sur ces trois faces de l’église il y a dans la muraille une couple de niches, avec des sculptures sémicirculaires au sommet, qui répondent aux quatre piliers intérieurs de la cathédrale. Ces niches ont été pratiquées au droit des piliers, pour ne pas surcharger la

61 maçonnerie, et se trouvent à droite et à gauche des grandes fenêtres.

Dans l’aile intérieure du contour oriental, environnant le bord des combles de l’église, derrière le lion dont on a parlé, on a gravé dans un cercle de fleurs, en lettres de fleurs, ces mots: «Dieu Kéyhoïs1 2) ait pitié des ouvriers. Amen!»

Toute la maçonnerie de l’église, couverte de sculptures et ornée de croix, comme on l’a dit, est en pierres d’un rouge-foncé ou noir-bleuâtre, merveilleusement appareillées, si bien polies et dressées, que les spectateurs croient ne voir qu’un seul bloc.

VII. INSCRIPTIONS DE LA CATUÉDRALE DE LA MÈRE DE DIEU, A HARIIIDJ. 3 4)

62 1) Sur la paroi extérieure du mur septentrional de l’église, du côté de l’O. *)

«Par la grâce et la miséricorde du Dieu aimant les hommes, moi Zakaré chef des adjudants et amir-spasalar d’Arménie et de Géorgie, fils du grand Sargis, j’ai acheté le merveilleux et saint couvent de Harhidj de ses propriétaires héréditaires, pour la santé de ma souveraine la pieuse reine Thamar et pour mon salut, pour celui de mon frère germain

63 Ivané et de nos enfants; j’y ai bâti à grands frais une citadelle5) et une cathédrale, je l’ai orné de toute sorte d’ustensiles servant au culte, et j’ai offert à Sourb-Astovadzadzin mon village de Mokoris6), voisin du S. couvent, avec tous ses lots de terre avec les collines, et les

1) De son côté le P. Chahkhatliounof, p. 267 , compare l’église de Harhidj à celle d’Aïrivank ou Géghard et insinue que les deux édifices pourraient bien être l’ouvrage du même architecte. Je possède un joli dessin de l’église à moitié troglodytique de Géghard, et M. Dubois en a donné un dans l’Atlas de son Voyage. La plus ancienne inscription y est en effet de l’aunée 1214. B.

2) Malgré toutes nos recherches, ce mot est resté pour nous inexpliqué, dit le P. Abel. — Serait-ce un se¬

cret du genre de celui révélé plus haut, p. 38 sqq., à Sourb-Grigor d’Àni? B.

3) Ma traduction est faite d’après le texte, généralement exact et correct du P. Abel, mais j’indiquerai les variantes importantes, fournies par les deux autres éditeurs. Quaut à la place occupée par les inscriptions, je ne crois pas devoir rapporter les notices que donnent ceux-ci, parce que pour la plupart les différences ne sont que dans les mots. B.

4) Cette inscription manque chez le P. Djalalian; v. Chahkh. t. II, p. 265. B.

5) Le P. Chahkh. p. 270, dit quil n’y a ici aucune trace de citadelle, et que par ce mot il faut entendre ou

le mur d’enceinte, que possèdent tous les couvents arméniens, et dont il reste des traces, ou encore ces prolongements de la muraille de l’église et du porche, au-dessus du comble, sur les quatre façades, à la hauteur d’une brasse, exhaussements détruits aujourd’hui, excepté celui de l’E., où il y a une fenêtre, plus haut que le comble de l’édifice. B.

6) Dans la description du P. Chakhathounian, ce nom se lit Moghoris, que nous avons comparé avec l'inscription, et avons trouvé qu’il faut lire Mocoris.

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eaux formant son domaine ; j’ai donné un moulin sis à Gétic1), nommé Divaghats, un moulin à Ani, dans Gli-Tzor, un jardin dans Dzaghcotsatzor, une vigne à Erivan, une autre à Thalin; j’ai confirmé les limites lui appartenant anciennement, de Samanakhatch2) à la

rivière de Harhidj, avec les . 3) prairies, flaques, . 4 5) et l’ancien Harhidja. 64

J’ai ensuite imposé l’obligation de célébrer le sacrifice du Christ en mon nom, à perpétuité.

«Maintenant ceux qui observent ce mien souvenir, sont bénis de Dieu et de tous les saints; mais celui qui s’y oppose ou tente de l’annuler, grand ou petit, il héritera de la malédiction de Caïn et de Judas et sera maudit de Dieu au double. Si quelqu’un enlève mes dons par violence, qu’il soit maudit des 318 pontifes et de tous les saints .... Ce testament authentique a été écrit en 650 — 1201.»

2) Sur la face de la porte de la chapelle de droite, au N. de l’église.5) 65

Artévan, Serviteur du Christ, et sa femme Nourath, ont fait cadeau d’un voile6) moyennant quatre jours de messes, dont deux pour lui, 2 pour Nourath. 7)

3) Sur la face extérieure de la porte occidentale, répondant au centre du clocher, sur un bloc monolithe, sémicirculaire. 8)

«En 663 — 1214. Par la volonté de Dieu, nous le P. Pétros et les autres moines, de Harhidj, avons fait une disposition à perpétuité, jusqu’à la venue du Christ, et avons dé- 66 cidé comme invariable, que quand un supérieur du couvent passe vers le Christ, on fera le service de nuit et trois quarantaines; pour un prêtre ou un religieux9), trois quarantaines; pour un pénitent, deux; par personne, pour un frère et pour chaque père, un jour de messes. Ceux qui l’observent exactement sont bénis de Dieu, ceux qui s’y opposent sont condamés par lui.»10 11)

4) Tout auprès, à droite, sur le même mur. f1)

Toutic s’étant affilié à N.-D. et ayant fait une offrande suivant ses moyens, le P. Ho-

1) ibid. Gétouc. B.

2) I. e. la croix de limite. B.

3) l^nn. ou ^ni n. chez le P. Chahkhathounian , reste inexpliqué dans le grand dictionnaire des Mékhitharistes. B.

4) Il y a ici plusieurs indications de localités, que je prends pour noms propres: Tsamak-Tzor, Djinarin-Har, Ariân-Aghber i. e.: la vallée sèche, la coupe du platane, la source de sang. B.

5) Manque à Chahkh.; v. Sargis, t. II, p. 216 «dans l’intérieur du porche,» i. e. du clocher, sur la muraille de l’est. B.

6) Le rideau qui sépare le sanctuaire de l’église. B.

7) Noulath, chez S.

8) Chahkh. p. 268; S. p. 213.

9) l^nL.uuilfjio'L le second mot manque chez Chahkh. B.

10) N’oublions pas que c’est au-dessus de cette inscription que se trouvent ces deux lignes: «Par la grâce de Dieu, moi Zakaré, amir-spasalar, j’ai construit cette cathédrale.» Ignorant jusqu’ici ce détail de localité, j’ai été induit à dire, Add. et écl. p. 274, que l’église a été bâtie en 1214, bien que là même, p. 297, j’aie allégué le texte de la grande inscription, qui dit que le fait eut lieu en 1201. B.

11) Chahkh. p. 264; il écrit Poulie. B.

M. B ROSS ET

67 vhannès et les moines lui ont assuré, de l’assentiment de Ter Hamazasp, une messe annuelle dans toutes les églises, le jour de la Transfiguration.

5) Au dessous (en arménien vulgaire).

Sous le règne de l’Ilkhan Ghazan, Eolkhouthlou1), fils de Tchaghan, avec son fils Apaché et sa femme Khodlou2), s’étant affilié à N.-D., et ayant donné pour le rachat de leur âme un moulin à huile construit à ses frais, sur lequel ni fils, ni père, ni personne n’a rien à prétendre, celui qui élèvera quelque prétention est maudit3 4) de Dieu et des prophètes'). En 783 — 1334.

— La date est impossible, avec le nom de Ghazan figurant dans l’inscription, car Ghazan-Khan mourut en mai 1304. De quelque manière que cette difficulté soit levée, je dois faire remarquer que nos trois autorités donnent le même chiffre. Quant au nom du prince mongol, le P. Chahkhathounof écrit: le P. Sargis

. ; le P. Abel, qujiqunfuilbuil, variantes notables, sans compter les autres,

purement philologiques, dans le cours de l’inscription, qui montrent que les textes dont il s’agit dont loin d’être corrects.

68 6) Loin de là, dans un angle. 5)

En 670 — 1221, Vatché6), fils de Sargis, avec sa mère Marna -Khathoun, donne à N.-D. deux vignes, à Pharbi et à Tadjatagegh, et se charge d’autres dépenses, à la prière de Grigor et des autres moines, moyennant quoi il fixe la fête des Rameaux pour lui Vatché et celle du Lazare pour7) Mama-Khathoun, afin qu’il soit dit une messe dans toutes les églises, à leur intention.

7) Plus bas.

Aslan s’affilie à N.-D. et construit un fenil8) en mémoire de lui et de ses parents.

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