‹ Les ruines d'AniChapitre 25 sur 32 · IX. Cinquième prise d’Ani · texte numérisé non relu

IX. Cinquième prise d’Ani

95. Un affreux tremblement de terre, qui se fit sentir à Ani en 1131, fut tellement violent, qu’il renversa la grande et magnifique église d’Arménaphrkitch «le Sauveur du monde,» sans causer aucun dégât à un autre majestueux édifice, celui de Sourb-Phrkitch « le Saint-

1) V. dans le 6e Rapp. sur mon voyage, p. 133, une inscription géorgienne, du village d’Oro-Djôghli, où je crois qu’est mentionné le fils chrétien de Phadloun, sous le nom de « El Mélik, fils de Phadla. »

Les Ruines d’Ani. — Histoire.

Sauveur ’). » Un an après, Phatloun mourut, ayant possédé la ville durant 7 années, et eut pour successeur son frère Mahmoud, puis son fils Pbatloun1 2). Cependant Démétré, roi de Géorgie , étant mort , son fils et successeur Gorgé , devenu puissant par de brillants exploits, pénétra en Arménie, et s’empara d’Ani et de la province de Chirac3). A cette nouvelle l’émir Chah-Arinen rassembla 80,000 hommes et vint assiéger Ani , cinquante jours après. Gorgé en fut informé et accourut avec 7000 hommes, qui, par leur bravoure, réduisirent l’ennemi à l’extrémité : les uns furent passés par le glaive , d’autres emmenés captifs, le reste se dispersa et s’enfuit. «Nous l’avons vu de nos yeux, dit Samouel d’Ani; les captifs inscrits se montaient à 23,000, sans compter les cadavres recouverts par nos champs. »

Ayant mis la ville sous le commandement du prince Sadoun 4) , Gorgé retourna chez lui. Sadoun voulut restaurer les remparts d’Aui , mais le roi , à cette nouvelle , craignant qu’il n’eût des projets de révolte, le remplaça par Sargis5), un très illustre prince arménien; pour Sadoun, il en fut si mécontent qu’il se rendit auprès d’Eltcouz, général persan; mais Gorgé réussit par la ruse à le tirer delà et le fit mourir.

96. Eltcouz , qui était en hostilité déclarée à l’égard des Géorgiens, ayant excité le sultan seldjoukide souverain de la Perse à marcher contre Ani , il se rassembla une armée nombreuse, qui assiégea la ville durant 30 jours, en 1162, et qui, après d’inutiles efforts, se retira couverte de honte. Les Persans, devenus plus furieux, ne cessèrent de faire des incursions sur le territoire géorgien et de le désoler , durant 4 ans , ce qui poussa Gorgé au désespoir et le força à leur livrer Ani, pour obtenir la paix 6). Ce fut ainsi que la belle

1) Tchamitch, II, 47, dit seulement que la première de ces deux églises diffère de la seconde, bâtie par le roi Sembat-le-Martyr, mais à Erazghavors, et non à Ani; n’ayant pas l’ouvrage de Samouel d’Ani, je ne puis vérifier le fait, qui arriva un jeudi, 15 du mois de maréri, ou de mai.

2) V. Hist. de Gé. p. 344, la succession des émirs d’Ani ; Add. et écl. p. 254, 25G.

3) Avant l’expédition dn roi Giorgi III il faut mentionner un passage de l’historien arabe Aïny , qui porte qu’en 550 de l’Hégyre, 1155,6 de J.-C., le clergé arménien suscita une révolte à Ani contre l’émir Cheddad , lui enleva l’autorité et la donna à son frère Phazloun. Ce passage , qui paraît avoir été copié de l’ouvrage historique d’Ibn-al-Athyr , est le seul qui parle du fait en question, en sorte qu’on ne peut le critiquer. Pour Giorgi, il prit Ani, si l’on s’en réfère à l’autorité d’Et. Orbélian, d’Ibn - al - Athyr, d’Aboulfaradj (Chr Syr.) , et de Matth. d’Edesse, en 1161. M. Dulaurier , Rech. sur la Chron. arm. p. 362 , 3 , établit avec beaucoup de vraisemblance que le fait eut lieu le mardi 27 juin, après un jour de siège; que Soukman II Chah-Armen essuya le 4 août la défaite sanglante ici mentionnée, suivie le 7 août d’une éclipse totale de lune. Tcham., t. II, p. 79, place la prise d’Ani le 13 juin. Je relate son témoignage, parce que je n’accorde jamais une foi entière à tous ces calculs sur des temps anciens , où il existe rarement unanimité entre les savants les plus capables , et qu’il est trop aisé de perdre de vue certaines circonstances , devant entrer comme éléments dans les résultats.

4) L’origine de ce Sadoun n’est pas encore éclaircie.

5) Le quatrième en ancienneté des personnages connus de la famille Mkhargrdzélidzé aau long bras,» entrée au service de la Géorgie sous David -le -Réparateur. S’il faut en croire les Géorgiens, elle descendait d’Artaxerxe Longue-main; suivant Vardau , c’étaient des émigrés de race kourde ; peut-être faut -il lire « de la famille de Kourd, » prince de JChatchen.

6) Evidemment cela dut avoir lieu en 1165; toutefois il y a des différences entre les témoignages des Arméniens et des Arabes ; v. Hist. de Gé. p. 242. Nous ne savons pas positivement à quel émir la ville fut remise après la défaite de Giorgi, dans la plaine de Nakhtchévan, mais en tout cas ce fut le sultan Arslan qui reçut Ani du roi géorgien et le restitua aux Béni-Clieddad, peut-être à Chahanchah ou Amir-Chah, qui le reperdit en 1174.

M. Brosset,

cité, tombée aux mains des étrangers, devint le jouet des rois qui, se l’arrachant l’un à l’autre, la dépouillaient de ses charmes. Que n’eurent pas à souffrir les habitants? qui peut raconter la misère et l’esclavage dont elle fut la proie?

97. En 1174 le roi Gorgé, alors puissant, marcha avec une armée contre Ani , le prit résolument , en donna le commandement à son général Ivané Orbélian ’) et emmena captif en Géorgie Amir - Chah (ou Chahanchah). A cette nouvelle Eltcouz indigné fondit sur le Chirac et investit la ville, qu’il resserra au point de forcer Ivané à promettre de se rendre; mais les Arméniens résistèrent bravement à leur chef, et, animés de patriotisme, tinrent si bien tête à l’ennemi , qu’Eltcouz se découragea et battit en retraite.

98. A la même époque un illustre seigneur d’Ani , Apirat, frère de Barsegh1 2), qui en était évêque , jouissait de la faveur du roi Gorgé , dont il tenait le parti. Barsegh possédait également une si grande influence, qu’il gouvernait sagement la nation, avec l’indépendance d’un catholicos. La ville n’avait plus de répit ; on se l’enlevait incessamment l’un à l’autre , par la force des armes ; elle passait tantôt*aux Persans , tantôt aux Géorgiens3); car c’est là le malheur de toute maison ou ville sans maître. Au milieu de conflits violents, les habitants meurent de faim ou par le fer, ou s’éteignent dans l’esclavage. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que l’arbre de la discorde produise de tels fruits et plonge honteusement les nations ennemies de leurs maîtres dans toute sorte de disgrâces , ainsi qu’il arriva à ceux d’Ani , tant clercs que laïcs ? Dispersés en diverses contrées , ces gens tombèrent dans le désordre , et négligeant les institutions des pontifes , se livrèrent à toutes leur fantaisies. On voyait des prêtres , sous prétexte d’indigence , offrir le sacrifice en simple robe , sans vêtements sacerdotaux, les moines avec leur bonnet et capuce. Pour les laïcs, ils n’entraient pas dans l’église, et priaient par-dehors. L’Arménie était témoin encore de bien d’autres désordres ; car là où subsiste l’esprit de mésintelligence, règne toute espèce de désorganisation.

§ X. Sixième prise d’Ani.

99. En 1185, l’émir musulman Kharatchaï vint dans le Chirac et s’empara de la ville forte de Dzarhakar4), patrimoine héréditaire de Barsegh, évêque d’Ani. Ce prince

1) On peut voir dans les Addit. et éclairciss. p. 256, et dans les Mém. de M. S.-Martin, t. II, p 244, les difficultés que soulève cette expédition, entreprise à la prière d’Ivané Orbélian. Si elle eut lieu en 1174, et plus encore en 1177, comme le dit Vardan, Ildigouz était déjà mort. Toutefois le fait parait certain, étant attesté par Vardan et par Aboulfaradj, dans sa Chron. syriaque, et doit avoir eu lieu en 1173, 4, avant la mort de l’atabek Ildigouz. Quant à la mort de Giorgi III, il est maintenant démontré qu’elle arriva, non en 1171, mais en 1184.

2) Ces deux personnages étaient fils de Grigor , le défenseur d’Ani en 1094, sup. p. 128; Barsegh, sans être catholicos en titre , jouissait des prérogatives de ce rang, grâce à la condescendance de son cousin Nersès- Chnorhali.

3) Nous ne connaissons pas le détail de toutes les vicissitudes qu’éprouva la ville d’Ani. Joutefois Vardan nous apprend que le Chirac fut conquis en 1191 par les Mkhargrdzélidzé Zakaré et Ivané ; Ani , en 1201. En outre Zakaré avait été créé commandant de Loré et du Somkheth après la mort de son père , en 1187 ; depuis lors toute cette portion de la Géorgie méridionale resta au pouvoir de la famille. Une inscription du couvent de Haghartzin , où les possessions de ces princes sont mentionnées , est malheureusement sans date.

4) Ce Kharatchaï, de qui la nationalité est ^inconnue, était émir de la ville de Kétchror, que l’on croit avoir

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était l’ennemi acharné des Arméniens ; il avait fait à tous beaucoup de mal et brisé la sainte croix dite de Goroz. Il en fut cruellement puni; car on le vit, fou furieux, roder de côté et d’autre, sans trouver de repos, et tomber aux mains de ses ennemis, qui le tuèrent.

100. Qizil-Arslan, fils d’Eltcouz, s’empara ensuite de Dzarhakar et y mit pour commandants des Persans farouches, qui exercèrent toutes sortes de cruautés sur les chrétiens. Ils arrachaient à chacun ce qu’il possédait ; ceux qui n’avaient rien , ils les enfermaient dans les cimetières et les y laissaient mourir de faim. Ils se saisirent aussi de sept moines, qu’ils firent périr au milieu des tourments les plus raffinés. Informés de tout cela, les gens d’Ani se réunirent pour marcher contre Dzarhakar, s’en emparèrent de haute lutte et exterminèrent tous les Persans. Qizil - Arslan aurait bien voulu se venger , mais il eut peur des princes Zakaré et Ivané* 1), accourus au secours d’Ani. « Yest-Sargis2) , dit Samouel, avait converti en forteresse le couvent de Dzarhakar, et l’avait muni de remparts et de fortes tours. Outre la sainte église voûtée , construite au nom de S. - Georges , il y avait bâti encore, tout près à près, de’ux églises à coupole, des saints Jean et Sékénos3). » Au même temps, dit encore Yardan, Dzarhakar fut surpris par l’ordre de Kharatchaï, émir de Kétchror , qui la vendit pour une grosse somme à Qizil-Arslan. En 635 — 1186, dit-il ailleurs, ceux d’Ani reprirent Dzarhakar, patrimoine de Ter Barsegh, et y firent un carnage affreux , en n’épargnant que les femmes et les enfants. « 4)

101. En 1207 le prince Zakaré réunit un concile à Ani5), en vue de la discipline ecclésiastique , qui mit fin aux désordres mentionnés plus haut. Après quoi il fit une expédition contre les Persans , auxquels , avec l’assistance de son frère , il enleva beaucoup de territoires , et étant mort en 1211 , fut enseveli à Sanahin6). Son fils Chahanchah , qui était tout jeune, resta sous la tutelle de son oncle Ivané, avant de devenir maître d’Ani.

été située au voisinage et à l’O. d’Ani. On n’est guère mieux renseigné sur Dzarhakar «le rocher de l’esclave, » qui paraît pourtant avoir été non loin de la même ville. Quant au lieu dit Goroz ou Gorhoz, il doit, d’après le peu de témoignages qui le concernent , avoir été situé dans l’Outi , aux confins de la province de Gougark. La croix provenant de Goroz était déposée à Dzarhakar; v. Indjidj, Arm. anc. p. 512, 515 ; S.-Martin, Mém. t. II, p. 438.

1) On a vu plus haut que ces princes conquirent le Chirac en 1191 : peut-être leur expédition fut-elle causée par les excès dont parle ici l’auteur arménien.

2) Sur ce personnage, v. sup. p. 113.

3) Arm. anc. p. 502.

4) Alicher , émir de Dovin , fut si affligé de cet événement , qu’il s'arracha la barbe et se couvrit de vêtements noirs : d’où l’on peut conclure que le poste de Dzarhakar n’était pas sans importance.

5) Sur ce concile , v. Addit. et écl. p. 288. Pour la mort de Zakaré , elle n’est pas encore fixée certainement, mais elle doit avoir eu lieu au plus tôt en 1212, et peut-être deux ans plus tard : v. ibid, et sup. lre Partie, p. 18.

6) Le lieu de sa sépulture est indiqué trop vaguement, par Tchamitch, t. III, p. 185 , devant la porte de la chapelle de l’église ; par le P. Indjidj , Arm. anc. , p. 347 , « devant la porte de la chapelle de la grande église, à l’intérieur , du cô'té gauche.» Cette phrase est tirée textuellement de Kiracos, p. 108, éd. de Moscou, sauf l’addition du mot souligné. Enfin, d’après le P. Sargis Dchalal, Voy. dans la Gr. Arm. t. I, p. 14, Sargis et Zakaré, son fils, sont enterrés dans une des églises sépulcrales situées entre celles de N.-D. et du Sauveur. Seulement cet auteur nomme Sargis Vahramian ou fils de Vahram, ce qui n’est pas exact; car Vahram, auteur de la branche collatérale des Mkhargrdzels, était peut-être le frère, mais non, à coup sûr, le père de Sargis, qui était fils de Khosro,

M. Br o ss et,

102. En 1239, des masses innombrables de Thathars fondirent sur l’Arménie et exercèrent de grandes dévastations. Tcharmaghan, leur principal chef, marcha contre Ani avec une multitude de Thathars-Mongols , mais avant d’y arriver, il expédia un courrier, demandant la reddition de la place. «Cette ville , répondit -on, appartient à Chahanchah, fils de Zakaré , et nous ne pouvons la rendre sans son ordre. » Les messagers partis , les imprudents habitants coururent après eux et les tuèrent. A cette nouvelle , Tcharmaghan furieux accourut incontinent et assiégea la ville L’attaque fut si vigoureuse que la faim se fit sentir, et les vivres manquèrent. Pressés par le besoin, plusieurs princes sortirent et se livrèrent aux Thathars ; Tcharmaghan, usant de ruse, prescrivit de les nourrir et bien traiter, ce que voyant les habitants, ils sortirent peu-à-peu de la ville et se rendirent chez les Thathars. Ces scélérats les distribuèrent entre eux, comme pour en prendre soin, puis ils en firent un massacre général, à l’exception des femmes, des enfants et artisans, qu’ils emmenèrent en captivité. La ville prise, ils y entrèrent, pillèrent les maisons, boutiques et églises, et désolèrent et polluèrent Ani au point de le rdndre méconnaissable. De la même manière ils ruinèrent tous les lieux de ces contrées où leur pied se posa et massacrèrent tous les seigneurs. N’ayant laissé au milieu des ruines que des êtres sans valeur , ils opérèrent leur retraite.

103. En ce temps -là les Arméniens fugitifs, sortant des vallées et descendant des montagnes , furent pris de chagrin et pleurèrent , en voyant leur patrie ainsi profanée et surtout la ville d’Ani dévastée entièrement, sans habitations ni habitants, les églises démolies , les palais et maisons mis au pillage , la ville entière sous le coup d’une déplorable destinée. Tous se lamentaient et maudissaient amèrement leurs discordes intestines, causes du renversement de la royauté d’Ani. Ils maudissaient les Grecs, perfides usurpateurs de cette magnifique cité, qu’ils n’avaient pas défendue, et voyant qu’il n’y avait plus d’espoir de la relever , ils gémissaient avec découragement , suivant ce que dit l’historien Kiracos, témoin oculaire.

104. Aussitôt que les peuples montagnards eurent mis le pied en Arménie, qu’ils en eurent vu les beautés et accaparé pour eux les merveilles , dès - lors il ne reculèrent plus et, dans des incursions incessantes, ils ravagèrent la contrée. Comme il n’y avait personne pour leur faire tourner le dos , en défendant la nation , ils exécutaient tout ce qu’ils voulaient ; tout tombait aux mains des ennemis , qui réduisirent la contrée aux dernières extrémités.

105. Petit fut le nombre des fugitifs qui purent avec peine se sauver dans les terres lointaines, tels que ceux de Cafa, de Trébisonde et autres, sans compter ceux qui, lors de la seconde prise d’Ani, étaient passés dans la Pologne et dans la Tartarie, ainsi que nous

comme l’attestent l’histoire et les inscriptions. Quoi qu’il en soit, on trouve l’épitaphe de ce Surgis, loc. cit. p. 28, mais non celle du généralissime Zakaré. Celle-ci se lit dans un cahier d’inscriptions que m’a donné autrefois le baron Schilling, N. 53 de Sànahin : « Moi Zakaré, le chef des adjudants , je me consume dans ce tombeau. Souvenez-vous de moi. «

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Histoire.

aurons à le raconter. Le plus grand nombre de ceux qui échappèrent à Tcharmaghan allèrent à Astrakhan et à Akh-Séraï, comme le constatent les mémoires d’anciens Aïsmavourks ou Ménologes de Cafa. ')

106. Etant tombé malade, Tcharmaghan, khan des Thathars, prit un médecin juif, qui lui donna le conseil de faire venir des enfants blonds, et de plonger ses pieds dans leur ventre tout chaud ouvert, «Seul moyen pour vous, disait-il, de recouvrer la santé.» Quand les serviteurs eurent rassemblé ces jeunes enfants, arrachés du giron de leurs mères, et les eurent amenés au khan, les malheureuses mères se précipitaient éplorées sur leurs pas , mais les Thathars les repoussaient sans pitié et en percèrent plusieurs de leurs flèches. Ce fut un spectacle lamentable , quand on commença à ouvrir les entrailles de ces enfants. On n’entendait que des cris déchirants, mais le prince impie avait endurci son coeur et ne sourcillait pas. Trente enfants furent ainsi déchirés, et ses pieds se plongèrent dans leurs entrailles. N’ayant éprouvé aucun soulagement et voyant que c’était un artifice du Juif, il lui fit ouvrir le ventre sous ses propres yeux et jeter son cadavre aux chiens. Quant à lui, la maladie amena son trépas.1 2)

§ XI. Dernière catastrophe d’Ani.3)

107. Avec l’extinction des braves et intrépides princes de l’Arménie, la puissance des Grecs dans ce pays déclina elle-même , et ils s’éloignèrent la honte sur le front. Dèslors les Thathars , trouvant la porte ouverte , se précipitèrent sur toute l’Arménie , saccagèrent les villes, emmenèrent les populations en captivité. Dans ce temps - là subsistait le royaume des Arméniens de Cilicie, que le roi Ochin4) avait bien de la peine à défendre contre ses ennemis, chaque jour grandissants, tandis que les Grecs s’affaiblissaient. Sans les princes d’Arménie et leur roi de Cilicie , c’en était fait à jamais de la puissance grecque, qui s’écroula en effet après la chute de la dynastie arménienne. L’envie et la discorde entre les chrétiens excitèrent le juste courroux du ciel, qui non - seulement les châtia en les forçant de se courber sous un peuple indigne de ce nom , mais encore engloutit des cités entières dans les abîmes ouverts par d’affreux tremblements , et fit périr des myriades d’êtres humains.

108. En 1319 il y eut au pays d’Ararat un pareil tremblement, qui fit disparaître dans la terre plusieurs villes et détruisit quantité de villages. Au même temps la magni-

1) Le P. Minas a en effet publié p. 335 — 344 de son Histoire d’Ani, une très intéressante relation abrégée de la venue des Arméniens d’Ani à Cafifa ou Théodosie, rédigée au XVIIe s. par un certain vartabied Vrthanes. Cette relation commence à l’année 1042, époque de la première émigration, lors de l’occupation d’Ani par les Grecs.

2) Tcharmaghan, ayant perdu l’usage de la parole, fut remplacé dans son commandement, en 1241, par Batchou-Noïn, et mourut l’année suivante.

3) Pour l’intervalle de temps écoulé depuis la prise d’Ani par les Mongols, il n’existe , à ma connaissance, de sources pour l’histoire de cette ville , que les inscriptions publiées par le P. Sargis et dans le 3e Rapp. sur mon voyage , et en outre les monnaies frappées par Houséin le Djélaïride , jusqu’en 1375 ou 77 , qui prouvent du moins que la ville ne fut point abandonnée, ainsi qu’il va être dit, en 1319.

4) Ce prince régna en Cilicie 1308—1320.

M. Brosset.

fique capitale d’Ani fut ébranlée et s’écroula entièrement : ce qui arriva, suivant l’historien Ghazar de Dchahouc , par suite surtout des malédictions du prêtre Hovhan d’Ezenga : telle est la tradition que nous ont racontée ceux d’Ani. Comme l’on ne s’était pas mis d’accord pour sauver la belle capitale de l’Arménie, la chaux et les pierres, se désagrégeant, tombèrent et se précipitèrent comme matériaux sans liaison, entraînant l’oeuvre grandiose où s’était complue une génération amie du beau et de la concorde , et que la mésintelligence ne minait pas sourdement. ’)

§ XII. Ce qui reste d’Ani et de la province de Chirac.

109. La ruine d’Ani est encore sur pied: ce qui reste de ses merveilleux remparts, de ses splendides édifices , les débris des églises remarquables et des palais , témoignent jusqu’à- présent de sa magnificence. La majeure partie du mur est saine et apparaît avec ses blocs immenses , avec ses tours et bastions ; mais au milieu de la ville on ne voit que monceaux de pierres, de colonnes, provenant de grands bâtiments, et que souvent on emporte au voisinage , pour d’autres constructions. Plusieurs palais et églises sont debout, comme , P. Ex. la vaste église construite par Gagic Ier, en quartiers de marbre rouge, qui se trouve le long de l’Akhourian1 2). Le nom de ce prince est écrit sur une pierre, des croix y sont disséminées , avec l’inscription : « Sauvegarde des rois. » Des voyageurs curieux, qui y ont pénétré, ont compté jusqu’à 40 églises, seulement de celles à coupole et en marbre , sans mentionner les grands palais et autres églises à moitié ruinées. Plusieurs des portes du rempart ont leurs montants et leurs tours en marbre ; dans une de celles - ci se trouve un conduit souterrain, passant sous l’Akhourian. 3)

110. En-dehors du mur est une église de jolie architecture, que l’on dit avoir été construite par un seigneur déguisé en berger, qui l’a fait bâtir à ses frais, pour témoigner

1) Tchamitch , t. III, p. 317, mentionne en effet, d’après des sources qu’il avait à sa disposition , de grands tremblements de terre qui , en cette année , se firent sentir dans les provinces d’Ararat et d’Outik. Le couvent de Makou , renfermant le tombeau de S. Thaddée, dans le canton d’Artaz, du Vaspouracan, s’écroula aussi. Enfin Ani éprouva les effets désastreux de pareilles secousses ; mais aucun historien de quelque valeur n’a rien écrit à ce sujet , et l’on peut voir dans le 3e Rapp. sur mon voyage , p. 69 , les puérilités de la tradition concernant ce fait. Ce qu’il y a de sûr, c’est que la ville d’Ani, éprouvée fortement, et par les convulsions de la nature, et par l’abominable administration des Mongols, et plus tard aussi sans doute par le contrecoup des agitations de l’Asie, sous les premiers Osmanlis, sous Timour et sous ses successeurs, se dépeupla peu-à-peu, sans que nul témoignage certifie l’époque de l’abandon final. Toutefois dans l’Arm, anc. du P. Indjidj , p. 317 , on trouve la mention d’un auteur, Ghazar de Dchahouc, que je crois être le catholicos de ce nom, élu en 1737, qui, dans un grand ouvrage, inconnu de moi , parle aussi de la chute d’Ani.

2) N’y aurait-il pas confusion ? Au bord de la rivière se trouve l’église grecque, dont le fondateur n’est pas connu , mais qui parait être de l’époque géorgienne. Quant à la cathédrale, oeuvre connue du roi Gagic, suivant M. Texier , Voyages , t. I, p. 149 , les pierres Ue la façade sont eu lave jaune et noire , placées sans ordre. La toiture est aussi en morceaux de lave , taillés comme les tuiles de marbre de certains temples grecs. P. 112 , il dit encore que les piliers soutenant la coupole étaient en tuf volcanique tendre , mais se durcissant à Pair, employé par assises, alternativement jaunes et noires.

3) V. Arm. anc. p. 422. M. Mouravief, Tpy3. h ApM. t. II, p. 276, dit aussi que non loin du petit couvent de S. -Grégoire , se voit une ruine d’église masquant l’entrée d’une caverne sans issue.

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de sa générosité , et en abandonna les revenus aux prêtres. Tout cela est prouvé par les inscriptions relevées grâce aux recherches personnelles de deux prêtres instruits, Ter Khatchatour et Ter Hovhan d’Edchmiadzin. Quoique à -présent, au voisinage immédiat d’Ani , il n’y ait plus ni habitants ni constructions , toutefois , à une certaine distance , on trouve des bourgs, et, en plusieurs lieux, de belles églises, ainsi que de grands couvents.

111. Dans la même zone se trouve Khochavank '), ou «le couvent réuni,» d’une solide et grande architecture, possédant une église du saint Illuminateur, que certains disent avoir été construite par le roi d’Arménie Hovhannès-Chahanchah , en 1030, ainsi que le prouve l’inscription d’un pilier 1 2). Il y a ici une superbe salle de conseil , tout en grandes pierres, couvertes de sculptures, ornée de trois coupoles, et dont l’intérieur est divisé en trois parties : la dernière est le lieu du serment , car sous les rois Bagratides c’est ici que les grands se réunissaient pour délibérer. Un peu plus loin s’élève un haut édifice , semblable à un clocher , d’où le son des cloches appelait les conseillers à la réunion. On y voit encore les tombes royales, en forme de berceau, construites en pierres rouges et avec arcades figurées.

112. Hohannavank, à Carbi, fut construit, dit -on, par notre Illuminateur et par Trdat, et renferme quelques reliques de S. Jean-Baptiste. C’était, dit-on, un lieu de plaisance pour l’été. L’église a quatre portes : près de celle de l’O. est une croix, dite de l’Illuminateur , et , suivant la tradition , taillée à sa mesure. On voyait ici un manuscrit du livre des Paralipomènes royaux , avec un mémento , sans date. Au temps des Bagratides, ce couvent était extrêmement florissant. Plus tard Chahanchah et d’autres illustres princes et pontifes y firent beaucoup de constructions et lui assignèrent de riches revenus , ce dont font foi les inscriptions gravées partout sur les murailles3). Outre les inscriptions anciennes , on voit encore ici beaucoup de mémentos des bienfaiteurs , gravés sans date et rapportés par l’historien Zakaria4), qui donne les noms des supérieurs depuis saint Grégoire jusqu’à Sargis, vartabied de son époque, au nombre de quarante.

1) Ce couvent et le poste des Cosaques auquel il donne son nom se trouvent sur l’Arpa-Tchaï, à environ 15 verstes au N.E. d’Ani. C’est l’ancien monastère d’Horhomosivank « couvent du Grec ; » v. Arm. anc. p. 429, et Sargis Dchal. t II, p. 19.

2) La plus ancienne inscription connue de ce couvent est de l’an 487 — 1038 ; Sargis , t. II , p. 19. Elle contient une donation faite par le roi Ilovhannès - Chahanchah , mais non l’indication qu’il en fût fondateur. Au contraire Asolic, 1. III, ch. VII, dit que le couvent fut fondé au Xe s., sous le roi Abas, 929—951 , par dés religieux arméniens émigrés de Grèce, sous l’empereur Romain- le -Jeune. Il fut brûlé en 982 par l’émir arabe Ab-el-Hadj, appelé par Mouchegh, frère du roi Achot-le-Miséricordieux ; v. quelques inscriptions de ce couvent dans mon 3e Rapp- p. 96 et suiv., et chez le P. Sargis, t. II, p. 19 sqq. Rien n’empêche toutefois que Horhomosivank, quoique remontant au Xe s., n’ait été restauré, organisé définitivement sous le roi nommé ici dans notre texte.

3) Comme ceci ne se rapporte pas directement à Ani , je me contente de dire que l’auteur cite trois inscriptions d’Hohannavank, à Carbi, des années 1216, 1217, 1243 et 1248, et de renvoyer le lecteiÿ à la description du P. Chahkhathounof , Descr. d’Edchm., t. II, p. 95 — 116, ainsi qu’à mon 3e Raf>p. p. 71 sqq. Les principales inscriptions de ce lieu sont de la famille Mkhargrdzel, maîtresse de la contrée au commencement du XIIIe s., et des Vatchoutants, gouvernant sous ses ordres; ibid. p. 100.

4) Y. 3e Rapp. p. 71 le cartulaire d’Hohannavank, par le diacre Zakaria.

M. B ROSS ET

A quelque distance, à l’E. est Pech-Kilisa, ou les « cinq églises, » grand couvent construit sur une montagne isolée et absolument imprenable. La cathédrale est tout au faite et possède un chemin couvert, pour s’enfuir dans la montagne, qui n’oifre d’issue d’aucun côté. Il y avait ici de grands édifices, bâtis avec les matériaux d’Ani. On rencontre de tous côtés des ruines sans nombre , couvertes d’inscriptions et de mémentos , qui ont été lus et mis en ordre par les prêtres ci-dessus mentionnés; § 110.1)

§ XIII. Dispersion des habitants d’Ani.

130. Après qu’Ani et le roi Gagic eurent été livrés aux Grecs, les habitants commencèrent à émigrer d’Arménie et à se disperser dans les contrées lointaines, pour ne pas assister à la décadence de leur belle capitale. En 1060, quand la ville fut passée aux mains des étrangers , quantité de citoyens et de gens du voisinage s’entendirent pour aller en Pologne et en Moldavie; puis en 1064, lorsque la ville fut prise et saccagée par les Persans , une grande partie de la population suivit les traces de ceux qui s’étaient rendus en Moldavie et delà en Pologne; enfin au temps de la 6e occupation, en 1239, les principaux parmi ceux qui restaient passèrent dans la Tartarie et se fixèrent aux environs d’Astrakhan et d’Akh-Séraï; d’autres se dispersèrent à Sis, à Djoulpha, à Van et ailleurs.

131. Ceux qui étaient allés à Akh-Séraï eurent beaucoup à souffrir de la part des Thathars , qui les vexaient sans relâche et les chassaient ; ayant donc appris que les Génois étaient maîtres de Cafa , ils envoyèrent un exprès au commandant , qui leur permit de venir en Crimée et de demeurer dans la ville , comme le raconte un ancien mémento d’Haïsmavourk , en ces termes : « Ceux qui étaient allés à Akh-Séraï y demeurèrent , non longtemps toutefois, par la permission du khan. C’était en 748 — 1299. En effet, étant maltraités par les Thathars, ils envoyèrent un messager au commandant génois de Crimée, résidant au château franc de Théodosie; après arrangement avec ce personnage, princes, nobles et petit-peuple sortirent d’Akh-Séraï; tous armés et livrant combat aux Thathars, ils se firent jour et arrivèrent en Crimée, où ils demeurèrent à Théodosie.»2)

132. Lors de la dernière catastrophe d’Ani, une partie de la population se rendit dans le Yaspouracan, delà en Perse et à Astrakhan; d’autres, tout droit en Chaldée, à Hamchen3) et à Trébisonde, dont l’empereur Alexis leur assigna un lieu de résidence, des églises et des couvents; v. Hist. du Pont par le même P. Minas, § 127 , 144. Déjà précédemment beaucoup d’Arméniens y demeuraient et, vu leur nombre, avaient leur propre évêque. En 1342 Stéfannos, évêque de Trébisonde, se rendit au concile de Sis. Pour ceux

1) Sur le couvent de Pech-Kilisa, v. Sargis Dchalal, t. II, p. 18 ; les inscriptions publiées là sont des années 1033 (celle où est nommé Sargis Vest), et 1239, au temps de la domination des Mkkargrdzels.

Ici notre $uteur donne aussi le texte de 28 inscriptions , dont la traduction a été publiée sous le nom de Klaproth, dans le t. I de ses Mém. relat. à l’Asie, p. 272 — 293, qui n’ont aucun rapport direct à Ani.

2) V. le § 502 de l’ouvrage du P. Minas , où l’histoire de cette migration est racontée dans tous ses détails.

3) Ou Hamamachen , village avec citadelle , dans le mont Parkhar , non loin d’Athina et d’Eski-Trapizon ; Minas, Hist. du Pont, § 144.

Les Ruines d’Ani. — Histoire.

de Hamchen, les uns, réduits à une extrême indigence, passèrent auprès des anciens émigrés d’Ani , à Trébisonde , et se dispersèrent dans les villages ; les autres , à Sourméné et à Khourchounli ; le reste se lit musulman. Nous avons vu dans le Pont divers édifices construits par ceux d’Ani, lorsque en 1817 nous parcourions et visitions cette contrée avec le titre de vicaire et une commission apostolique, par ordre suprême du Saint-Synode.

133. Or la plus grande partie de ceux d’Ani se concentra en Pologne; car les émigrés arrivaient incessamment par mer en Moldavie et sur le Danube, et delà se portaient en Gallicie , en Podolie et dans les autres provinces de cette contrée. Ils y trouvaient, outre la tranquillité , une terre fertile comme l’Arménie et des moeurs non étrangères aux leurs. Nous avons rencontré là des gens hospitaliers, au coeur chaud et d’une bonne moralité.

134. En 1060 le grand-duc Dimitri , de la Russie-Rouge, possédait la Gallicie en toute indépendance. Son fils Théodore, informé de la bravoure déployée par les Arméniens contre les Grecs et les Persans , voulut les avoir comme auxiliaires et les fit amener dans son pays, afin de se faire aider d’eux dans ses guerres contre le roi de Pologne. En 1062 il les invita par un rescrit à venir lui prêter assistance , sous promesse de beaucoup de privilèges. Telles sont les paroles du rescrit, traduit alors du russe en arménien :

«Voilà ce que dit le grand-duc Théodore Dimitriévitch , aux Arméniens de Nachokhateh qui veulent se rendre ici. Qu’ils viennent me prêter assistance; je vous donnerai franchise pour trois ans, et, quand vous serez chez moi, chacun de vous habitera librement où il voudra. En 1062.» ’)

135. Ceci fut confirmé par Vladislas IV, roi de Pologne, dans un long rescrit donné aux Arméniens de Lvof, en 1641; d’où il résulte que les Arméniens étaient entrés en Pologne déjà en 1062, sur l’invitation du grand-duc Dimitri, et s’étaient fixés à Kief, résidence du grand-duc1 2). Il s’y trouve encore une église arménienne, en pierres, mais pas un seul Arménien. Plus tard, à mesure que l’Arménie et la province de Chirac souffraient davantage, l’émigration arménienne en Pologne devint plus considérable et se monta, suivant l’historien de Dchahouc3), à 40,Ç)00 familles. Une tradition, qu’on nous a redite, raconte que ceux d’Ani devinrent si puissants , que les Polonais effrayés en firent périr perfidement un bon nombre dans les batailles, de peur qu’il ne leur prît fantaisie de s’emparer de leurs villes.

136. Les premiers venus d’Ani allèrent à la guerre avec le grand-duc Dimitri, et méritèrent d’etre loués de lui pour leur bravoure dans les combats. Ils ne revinrent plus en Arménie; plusieurs restèrent armés, obtinrent la noblesse par leurs exploits et jouirent de grandes propriétés , occupées aujourd’hui par leurs descendants. C’est surtout dans la grande Lithuanie , aujourdhui polonaise , qu’ils conservent leurs noms de famille , tels que

1) V. la note A, à la fin de cette Histoire.

2) § 214, les Arméniens, invités en 1062 par Théodore, s’établirent à Kaménets, en Podolie.

3) Ainsi que je l’ai dit précédemment, je n’ai point réussi à me procurer l’ouvrage de cet auteur, et ne le connais que par les citations du P. Minas.

M. Brosset,

Grigorovitch , Malkhazofski , Nouridjan et autres. Un Malkhazofski se distingua tellement qu’il devint le second en Pologne après le roi.

137. Toutefois le plus grand nombre se livrèrent au commerce, suivant l’impulsion de leur nature , et firent fleurir des villes entières par leur négoce. Partout ils développèrent la prospérité et furent souvent honorés de lettres de grâce royales, ainsi qu’on l’a vu. Par-là ils devinrent plus puissants et accaparèrent tout le commerce de la Pologne. Leur opulence s’accrut au point que Yladislas ’) ayant désiré emprunter 100,000 florins à Bernardovitch, commerçant arménien, celui-ci lui demanda en quelle monnaie, d’or, d’argent ou de cuivre? Le roi, pour l’éprouver, demanda des trois métaux, qui lui furent expédiés incontinent, ce dont il fut tellement frappé, qu’il tint dès-lors notre peuple en grande considération , à cause du profit qu’il procurait au royaume,

Ceux de Lvof , comme ceux de Trébisonde , possédaient , au dire des vieillards , un livre de chronologie , écrit à Ani. Un vieillard de Stanislav m’a raconté que la maison Thodorovitch avait une lettre écrite à Ani, qui fut prise par son gendre Dzatourovitch, et que j’ai cherchée dans plusieurs villes de la Pologne , sans pouvoir la trouver.

138. En 1183 ceux d’Ani répandus en Pologne construisirent différentes églises, à Lvof, en Lithuanie , à Kaménets , à Loutsk et autres lieux. Ils reçurent par rescrits plusieurs franchises et prérogatives, établirent un tribunal et se nommèrent un chef, sous le titre de Voïtli, ainsi que 12 juges chargés de décider au souverain entre Arméniens, et 40 frères administrateurs. Telles étaient leurs franchises dans toutes les villes , ainsi que nous le raconterons.1 2)

Cette organisation fut confirmée à Kaménets, en 1344, à Lvof en 1356, par un rescrit du roi Casimir, ainsi que nous l’avons vu, on y faisait usage des lois du roi Bagratide Hohannès, qui furent plus tard traduites en latin et subsistent jusqu’à ce jour.

139. Ainsi les émigrés d’Ani furent très puissants et considérés; le gouvernement polonais leur témoignait beaucoup d’égards et les traitait comme nobles de premier rang. Par suite, les Arméniens restés dans la Tartarie , se trouvant pressurés par les Tartares, se formèrent en une masse et marchèrent vers la Pologne. Ils résidèrent d’abord dans la vaste plaine encore nommée Orméani3). Cette transmigration s’accomplit après l’an 1500, comme en font foi leurs papiers , écrits en une langue fort altérée , devenue tatare. Comme donc cette multitude compacte ne savait pas d’autre langue , les Arméniens de Pologne, suivant leur exemple , se mirent à parler et à écrire en tatar , idiome devenu celui des émigrés d’Ani. On en fit usage et dans tous les papiers des tribunaux , et à l’église , car c’est le propre de notre nation, de dédaigner le sien et de préférer l’étranger. Ils devraient, au contraire, imiter l’administration, la sagesse, le patriotisme, la piété des autres peuples, et non leurs langues et usages.

1) Ce prince régnait en Pologne en 1408.

2) Les §§ 162—193 de l'ouvrage du P. Minas sont en effet consacrés à l’organisation des Arméniens de Lvof.

3) Il y a aussi à Lvof la rue dite Orméantski oulitsa ; § 164.

Les Ruines d’Ani. — Histoire.

140. Nous avons trouvé des livres de mémoires judiciaires , écrits en lettres rondes, commençant au 22 février 912 — 1453, et se continuant en arménien jusqu’au 12 mars 970 — 1521, après quoi ils se poursuivent en tatar jusqu’en 1013 — 1564. A Kaménets, les recueils d’actes judiciaires et de conciliation se tenaient autrefois en tatar (§ 247); à Lvof les mémoires commencent en tatar, en 1642, puis en un mélange de latin et de polonais.

142. Par suite de ces altérations successives, la langue des gens d’Ani a fait généralement place au polonais, et très peu comprennent leur idiome national. Le clergé lit, il est vrai , en arménien , mais il accomplit la liturgie sans comprendre le sens des paroles. *)

144. Tel était, il y a deux ou trois siècles, le sort des émigrés d’Ani; quoique ayant changé de langage , ils vivaient dans l’opulence , et avaient diverses lettres de grâce au sujet du commerce, qu’ils ont fait fleurir dans toutes les villes de Pologne, comme on le verra en son lieu. Avec le temps plusieurs des restants du peuple d’Ani se sont rendus successivement, de Perse et d’autres lieux, en Pologne, où, habitant avec des compatriotes, ils se sont mis à parler arménien; jusqu’à ce jour ils ont conservé leur langue en différents lieux , comme à Stanislav , à Disminets , à Snéiadin , à Gouder , à Horodenko , à Soutchof, à Mohilof et ailleurs.1 2)

145. De même aussi ceux de Karla ou Arménopol (Haïkaghak), de Pachpalof ou Elisabethpol, de Djordjof3), parlent purement l’arménien; ils ont en pleine Hongrie leurs tribunaux et juges spéciaux , par lettres octroyées , où ils sont réputés avant toutes les nations, comme princes par succession non interrompue et comme marchands. Leur prononciation et la forme de leur langage ne diffèrent pas essentiellement d’avec ceux des Trébisondins , restes de leur communauté (§ 324); mais l’émission des sons et le langage usités en Hongrie sont pénibles à entendre.

146. Presque dans toutes les villes de Pologne il se trouve des conseillers royaux tirés des émigrés d’Ani, ainsi que des ecclésiastiques de grand nom et considération, dont la plupart ont pris les habitudes polonaises. Sans le siège épiscopal arménien de Lvof, ces émigrés se seraient complètement transformés ; car là où se trouve un chef arménien , les usages et traditions arméniennes se conservent, et les prêtres polonais ne sont pas en état de diriger le troupeau arménien.

147. L’archevêché arménien de Lvof, fondé en 1364 (§ 176), était autrefois très étendu et s’avançait jusqu’à la Hongrie , à la Moldavie et à la Tartarie , comme le prouve une bulle sur parchemin, de l’archevêque Hovhan. Maintenant il se borne aux ouailles de la Pologne dépendant de l’Allemagne, et se divise en 16 districts, dont tous les chefs sont nommés à Lvof, par l’archevêque, et gouvernent leur pays sous sa direction.

1) L’auteur cite ici plusieurs actes en caractères arméniens, mais en langue tatare.

2) V. § 200—204, 249, 319 de l’Histoire d’Ani, du P. Minas.

3) V. § 324 — 345. Ces localités sont en Hongrie.

M. Brosset,

148. Lorsqu’en 1606 Chah-Abas, roi de Perse, emmena dans ses états la population de l’Arménie, des masses d’Arméniens s’enfuirent en Tartarie et en Pologne, et se renforcèrent des anciens émigrés. Ils construisirent de belles églises et de remarquables édifices, comme on le verra plus bas.

Mais comme dans le principe la mésintelligence les avait privés de leur douce patrie, ils eurent beau se multiplier dans les pays étrangers et chez les nations lointaines , ils ne surent pourtant jouir paisiblement des franchises qu’ils tenaient des rois de Pologne.

Ainsi, en 1795 , lors de la chute de ce royaume, Ceux d’Ani perdirent partout leurs franchises , tombèrent en décadence et s’appauvrirent notablement. C’est ce qu’exprime avec douleur l’historien Arakial : «Opprimés, exilés au loin dans une terre étrangère, chez un peuple^d’autre origine et d’autre langage, ils s’y éteignent jour par jour, peu-à-peu, par la mort et l’anéantissement. »

Note A pour la p. 139, communiquée par M. Kunik.

Wiadomosc o Ormianach w Polszcze. Lwôw 1842. (Notice sur les Arméniens en Pologne. Lemberg 1842), 85 p. in-8°. La Préface est signée: X. Z. = X. Zachariasiéwicz.

La principauté de Gallicie faisait partie autrefois du grand - duché de Kief. Après la mort du dernier prince TeopriH, de la maison de Rourik, qui eut lieu environ en 1337, la Gallicie fut séparée de la Russie et enfin unie à la Pologne par le roi Casimir-le-Grand.

Voici ce que M. Zachariasiéwicz dit (p. 9 et 10):

L’époque la plus ancienne de l’arrivée des Arméniens doit être celle indiquée par le document renfermant le privilège donné par Téodor Dmytrowicz , à ce qu’ils disent, en 1062. J’ai vu l’original, en langue russe, avec une copie de la traduction latine. C’est plutôt un lambeau de papier qu’un document , et il ne se compose que de quelques lignes. L’original n’avait ni date ni signature, mais dans la traduction était indiquée l’année 1062. A l’original était attaché un morceau de cire, devenue dure, mais on n’y pouvait reconnaître aucune marque.

Ce privilège s’est quelque part perdu après la mort de l’archevêque Szymonowicz et était conçu, autant que je m’en souviens, en ces termes: «Oto Kniazia Teodora Dmytrowicza Kosochackim Armenom: «Prejdili na moju ruku, dam wam wilnost na try lita ; » je ne me souviens plus des autres mots. La traduction latine se rencontre en différents lieux. « Ecce magni ducis Theodori Dmytrowicz Cosachensibus Armenis : qui hue volunt venire, venite in auxilium meum, et ego dabo vobis libertatem ad très annos, et cum fueritis apud me, ubi quis voluerit, ibit libéré. »’)

1) Le morceau de parchemin sur lequel ce privilège était écrit était plié de telle sorte que dans le pli les lettres étaient effacées. Le prêtre Garbaczewski croyait que la lettre effacée dans le pli était un N et lisait en

Les Ruines d’Ani. — Histoire.

Le jésuite Krusinski ') cite ce privilège, tout en appellant le prince Téodor Zub Dymytrowicz, et les Arméniens Chuschasenses. Le prêtre Zohrab Antonianin, dans son ouvrage publié à Venise, nomme aussi ce prince Zub, et les Arméniens Nosochacenses.

Iziaslaf , un des fils de Iaroslaf Vladimirovitch , monta en 1054 sur le trône de Kief et fut vaincu en 1067 par les Polovtses. Ne voulant pas continuer la guerre, il fut chassé par les habitants de Kief. En 1068 il revint de Pologne, aidé par le roi Boleslav IL Après cela: «H3acjiaBT,» npoma BcecjiaBa H3T> IIojiOTbCKa, nocaAu Cbma CBoero MbCTH-

CJiaBa no-iOTCKt; oht> ace BCKopt yiupt Ty , h nocaAn bt> Hero mLcto ôpaTa ero Cba-

Tonojina.

En 1060 Iziaslaf marcha avec ses frères contre les Turks (TopKbi). En 1073 Iziaslaf fut obligé de s’en-aller pour la seconde fois. Il envoya un de ses fils chez le pape Grégoire VII, qui lui adressa une lettre dont voici le commencement et la fin :

« Gregorius episcopus , servus servorum Dei , Demetrio régi Ruscorum - Data Ro-

mae, quintodecimo kalendas maii, indictione tertia-decima (1075).»

C’est par cette lettre que nous apprenons que le grand-duc Iziaslaf portait le nom chrétien ou ecclésiastique de Démétrius.

Son troisième fils, Iaropolk, est nommé pour la première fois par Nestor en 1071.

On doit supposer que ses fils avaient également des noms mondains et ecclésiastiques, bien que Nestor ne mentionne que les premiers. *

Si la date du document en question était exacte , ce qui ne peut pas être démontré, faute de sources , on pourrait supposer que Téodor , comme prince apanagé , appela les Arméniens pour combattre avec leur aide les Polovtses turks. Voici un passage de la chronique de Nestor: «Bt jiLto 6569 (1061, 62) iipnAoma üojiOBnii nepBoe Ha PycbKym 3eMJiio BoeBaTb. Bc.eBOJioA'b æe (prince de Péréiaslaf du sud) H3HAe, npoTimy hivit, mtcmia <ï>eBpajia bt> 2 Aem>; h ônBuiHM'bca iiM-b, noôtAmua BceBOAOAa , n BoeBaBine OT^îiAorna. » Le 2 février de l’année 6569 — 2 févr. de l’année 1062 de l’ère chrétienne.

conséquence: «Nosochaczkim Armenom,» tout en interprétant ce nom «que les Arméniens apportèrent des croix,» et que la croix se nommant en arménien Chacz, c’est à cause de cela qu’ils furent nommés Nosochaczy.» Probablement aussi le prêtre Zohrab Antonianin, à Venise, voulait exprimer la même chose, en disant que les Arméniens dans ce pays-là furent nommés Chaczy.

Michalski , «provincial» de l’ordre des Pères de St. Basile, démontra, en s’appuyant sur les règles de la grammaire slavonne , que dans cet endroit -là il ne pouvait pas être écrit la lettre Nun ou Kaph ; il lisait la préposition ko, à, et ainsi Kosochackim ad Sochaczenses.

M. Tadeusz Czacki se procura, par l’entremise de l’archevêque Szymonowicz, un fac-similé de ce document. «J’ai appris, dit M. Zachariasiéwicz, que Czacki vit, pendant son séjour à Lemberg, l’original, mais il ne le reconnut pas pour authentique. »

1) Prodromus ad tragicam vertentis belli persici historiam, seu relatio turcico-persicae legationis, et ex turcico latine facta, opéra P. Judae Thaddaei Krusinski; secunda impressio, Leopoli, 1740.

Il est permis de remarquer ici, sans toutefois en tirer aucune conclusion, qu’il existe au S. de Varsovie, sur la Bzoura , une petite ville, dite Sochatchef.

Additions.

Pendant l’impression de ce travail j’ai reçu du P. Barnaba d’Isaïa, bibliothécaire du couvent de S. -Lazare, à Venise, l’obligeante communication de plusieurs renseignements et de matériaux que je me fais un devoir de consigner ici.

1° Le religieux mékhithariste qui a visité les ruines d’Ani en 1846 , 7, se nomme Nersès Sarkisian , et non Nersésian , comme je l’ai imprimé par mégarde , p. 5 , tandis que dans le 3e Rapp. sur mon voyage, p. 121, on trouve son véritable nom de famille.

2° Dans l’inscription près de la porte d’Erivan, p. 11, n. 4, j’ai discuté l’orthographe d’un mot arménien , que le P. Nersès assure devoir être lu «impôt sur les

bestiaux,» prélevé autrefois par les princes d’Arménie, au profit des églises: cette orthographe me paraît aussi bonne que celle que j’ai proposée.

3° Le mot ^n-u.uniJL quarantaine , m’a souvent embarrassé dans l’explication des inscriptions. Le P. Barnabe m’apprend «qu’en Arménie tout fidèle se rendant en pèlerinage à un couvent offrait e^ présent au prêtre quelques pièces de monnaie ou piastres et lui disait : memento mei, à la sainte messe. Ce don s’appelait quarantaine. Nous ignorons exactement la cause de cette dénomination; mais il paraît qu’on avait eu d’abord l’habitude de donner aux prêtres quarante piastres pour des messes , et en mourant on ordonnait de célébrer autant de messes avec cette somme, pour le soulagement du défunt.»

Or, dans les nombreuses inscriptions publiées par le P. Sargis Dchalaliants, j’ai noté toutes les sommes d’argent offertes aux églises d’Arménie pour des messes , mais je n’ai jamais rencontré le chiffre normal de quarante ; ce qui ne détruit pas l’exactitude du renseignement, mais du moins ne le confirme pas.

4° A la p. 18 de ma Description d’Ani, j’ai donné la traduction d’une inscription connue par le seul texte du P. Sargis Dchalaliants, t. II, p. 14, de son Voyage dans la Grande-Arménie, où se trouve le titre singulier de Padichah- Eclats. Le P. Nersès a copié cette inscription sur la porte du milieu de la grande muraille d’Ani. La voici, telle que le P. Barnaba me la communique.

... B manque le commencement. ^pm-Pp tïtu prjiuufs ppb Ll tuLtfiu ^ piulj^ib |' j L

ipu trplpnp failli m~p Lr tu p ^pmjpj tup iu& ujrj-jt p ijnuut^iu^ ' jtü t. lu&fiiftuum pp tub lu ij

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piuupbtyni-y ^ t ^ uil^pnL-lr ^puiAjtu^pjtu tu&iuul^p upum pnhuiLjh UJrjJl<LJ La. mjntJ^tuïi'b^u

^turjjiïi^ li j/rujfiuljnLLjnunL. b tuVL fi u fi nrjnpJiu&b JM ^ ujjItijiul. ^ rj.dnL.iu p nt- P

^turpu^pfiu l±. pnp^nuprj. ptupfi àujrjlçij ^ ujipinïi ujiuin pnimrjit 'pt* La. ~^ni£y np ij ^piurjiu tpu

dk p <bnpntj.lrp pjtbktjpb La. rpûiP ^iu pljiuujiu^iub pnt^P ft kptup\pb iji/\ • • • Ll rjjp lurpun. , ^

Les Ruines d’Ani. — Histoire.

tjiufu n Ji P ui ifuj jili II tjij.nSjuiij.fipi ’fi pu«/) ^ ^ ’fi P tu rjifii II ’fi i/nt-Uiulifiui ’J( tlUJ[‘ XnLijfiïi ^uijtljSi nji jbinn ’fi t tu put tj tj-jiuièfbji ^ tjljuittjujjb jbujfiuljnujnulç'L jLuijiXfi’b II juinuj

IP U LU <itT. .... il manque ainsi la fin de l’inscription.

— On voit que le mot Edats, si embarrassant à expliquer, manque totalement à cette copie; que j’y ai ajouté deux mots entre parenthèses, et qu’à la fin le P. Nersès donne plusieurs impôts omis par le P. Sargis , outre une ligne à la fin , qui indique des restitutions faites à l’évêque d’Ani, par Grigor et Hovhannès agha. Il me paraît, du reste, inutile de donner une nouvelle traduction, qui ne ferait point disparaître toutes les obscurités de ce texte.

5° Le P. Barnaba me fait savoir que les deux inscriptions de l’église Grecque, p. 13 de ma Description , n’en forment qu’une seule. — Comme M. Kàstner les a copiées suides feuilles à-part, il semble que, sur le mur méridional, elles soient en effet séparées par quelque obstacle architectonique, car les 25 lignes dont elles se composent sont réellement trop longues pour avoir pu tenir dans le même compartiment de la façade. En outre, la copie de M. Kastner est incomplète dans toutes les fins de lignes de la partie de gauche. Le P. Nersès a pu la lire et la copier en entier, sauf quelques mots douteux, qu’il a transcrits en lettres capitales : je vais la donner, avec ses indications, suivies d’un ?

m, nvr

1. |Jijn^i/nLP|îï jnpchuiT wfipbujg (?) ^ . 2j t. utftbijlrpiijljujj^

LU jf,j, UUJU1UUJ I Ul I’ lt tftl/ll/J lltill

2. rtLpPttLpnt-ijl^u II njitjfi ’bnjtui ui^tub^ui^ bu Qfujjiuiïi àuiniy |

njirjfi JJi^iuiuiiuL^Zy ||nL^/ri/ui

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LL LU ï> (?J Ijn^fiL. ji nji ^jt x^Lupuufjïj Il ^ JlufjiurL tnbrjji ujlçui 3J ‘J/1 j1 pT

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5. ^ ^.ujbXnij^ LLjujfi uu^/ry ji £ni-p puiïmilffi ijbljbrjbijjiu jutbnL.'h upnjL *| 'kptttfnpfl ^

ijui pijui pb ijjt piu

6. ijnL.iT* rpupr^lIL- ip* plpijj/h £iuhuiL.^j> up puj^fiL. nu kb-g L ui jià ui P fi ^jj II ujiuuiljb jiuitjn jià fuuunb [inif tjuj jitjui pbui nuljntf^ b uj jià ui P n if~

7. b uj k uji/p ^ Il ifuM ptj.ut puiuiL. b. Ipub P h rjUM l. ^ nuljfi II lu p&tupfi II i^Juujpuji-^p upmj UM-Ui^pb jnij ifiu piu^n p nuujtj II ifiuuujifp ^ |* d j/Lljiu p Il m b pni- ^

8. ïitijlpuîj puj^pb II îûiF u ujtuu ^ jnuljn II tujiàuiP nj b jtuitjnL.iT tjuijnjujL^ji ^ fSjbiifi

tjujtT tjbrj~ tjpjuiljuj jtu/L ifuiliujIjiuLujij II fi ^Juuihujtj b Ijuijujb

1) Les quatre dernières lettres de ce mot sont douteuses, et suppléées par le copiste, ainsi que les premières du mot suivant, qui sont indiquées comme dégradées.

2) Ici le P. Nersès propose ^ubc , qui ne donne pas de sens.

3) Mot inintelligible.

M. Brosset,

9. ;jf> y. uiTlaj ^tu ujit ijjj uj ui un uip uujnrpp iPupiFLnj II ui pbiuhtt 'l?A n p ifiuuh ujuunw

p uirj. i lui ut iffu uuplipujurTni-p b~ tnuilirj julnij ^ /i nprjnrj

l 0. jiLpmj II iju fpnrjnt-fpb ifbrpuij pfrtij II IruinL pliXujju ’fi ijinh tpu up

H# vc t^L bb rj.ujliXn if Il iflbrLuiifp ^ ujj p bh buif puiij II p

{ 1 . bu 9ft pjilib p rpujunuftj ^\uiLn.npnhbij rjbtjJtli l^L~ub ^pmpljiri fli b rj-Uililjli ifpui

IjnLlibuirj Ifl^uli \^uiuj^nL.ijli Ij^uli ijuului ^ àntjli pnjfn^i ||fr?i

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