V. PL XLI
«En 664 — 1215, par la volonté du Christ miséricordieux, sous le commandement du chef des adjudants et amir - spasalar Zakaré- Chahanchah, fils de Sargis - Chahanchah, moi Sargis, fils de Samouel et serviteur du Christ, j’ai construit cette tour du fruit de mes travaux légitimes, en souvenir de moi, de mes parents et fils. Vous qui lisez ceci, souvenez-vous de moi auprès du Christ. Souvenez-vous de Sargis.»
1) Y. 1er Rapp. p. 93; 3e Rapp. p. 96, E.
M. B R OS S ET
— C’est cette inscription, datée de même dans nos deux copies, combinée avec plusieurs autres et coïncidant avec une de celles de l’église Grecque, sup. N. VI, qui fait douter si le généralissime Zakaré mourut réellement en 1212 et même en 1214'); les témoignages à sujet sont si divers que je n’ose point résoudre la question, d’où dépend intimement celle de la mort de la reine Tliamar, après son généralissime.
Je remarquerai ici: 1° la singulière orthographe du titre d’emploi de Zakaré, en géorgien (hGssiQcn.mo) «le chef des mandators ou adjudants royaux,» que les Arméniens
transcrivent, comme s’ils pouvaient en ignorer le sens, Mandat or- Thakhontzès , au lieu de Mandatortha khoutzési, ou oukhoutzési. 2° Quant au père de Zakaré, nulle autre part, que je sache, il ne lui est donné le titre de Chahanchali, conquis par son fils, au prix de grands exploits. Au reste, j’ai déjà eu bien des fois l’occasion de signaler de telles inexactitudes, rétroactives ou anticipées, dans les inscriptions de cette époque: c’était toujours une flatterie, s’adressant aux vivants ou aux morts.
Le P. Sargis donne, p. 14, une inscription tracée, suivant lui, sur l’arcade de la porte principale d’Ani, malheureusement sans date, et dont nous n’avons pas d’autre copie. Probablement elle occupe le centre du cadre qui se voit au-dessus de la porte, sur notre PI. XXVII. En voici la traduction, qu’il ne reste aucun moyen de contrôler:
«Par la miséricorde du Verbe divin, immortel et aimant les hommes, et pour la longévité du roi des rois, Padichah-Edats1 2), désigné de Dieu, intelligent prince des princes, faisant prospérer le pays; sous la royauté en Géorgie de celui qui fut Khasindchou (?) de la métropole d’Ani; sous l’autorité des pieux seigneurs Grigor-Agha et Hohannôs-Agha; sous l’évêque Ter Hohannès;
«Le Dieu miséricordieux nous délivre des calamités de cette ville! Elles ont fait naître dans le coeur de nos seigneurs. . . .3), la bonne pensée de rebâtir et restaurer notre ville, et de supprimer tous les impôts d’araba, de mulet, de fardeau, de . . . ., de . . .4), de ghaphtchioun et d’akhar-thamar.
Le titre Edats serait-il en quelque rapport avec celui de Edout ou Idiqout, que portait le roi des Ouïgours, d’après Rachid-eddin? v. Hist. de Gé. p. 489. Si au contraire Edats signifie «des Ed,» au génitif pluriel, ce serait donc un nom des Mongols j sur quoi je remarque que généralement les auteurs arméniens nomment les mongols Thathane, pourtant dans une des inscriptions d’Ani on trouve le mot Jhuqujiui^L, qui paraît bien signifier Mongol , et sur des monnaies d’Alouch-Bek, publiées par M. Bartholomaeï , dans les H3b. apxeoJior. oôin,. t. II, p. 237, on lit les mots ^JJ, qui semblent avoir le sens de «Grand- Mongol.»
1) V. Bull, de l’Acad. t. I, p. 408; Add. et éclairciss. p. 275 et 276.
3) La lacune est indiquée par le P. Sargis.
4) |().h>y/iu . . . . . d’enterrement, de lamentation?
Les Ruines d’Ani. — Description.
Je n’ai pas la prétention de tout expliquer ici, mais je conjecture que cette restauration de la ville par les deux seigneurs ici nommés pourrait bien faire allusion aux calamités causées par le tremblement de terre de 1319, sous Abou-Saïd Béhadour- Khan, au temps de Giorgi Y, le Brillant, roi de Géorgie. Trois autres inscriptions, du palais des Pahlavides (Sargis, t. II, p. 10 et 11), et qui seront traduites ici plus tard, me paraissent se rapporter aux mêmes évènements, notamment celle qui est de l’an 769 — 1320.
A droite de la précédente inscription, le P. Sargis en mentionne une autre, commençant ainsi: «En 669 — 1220, par la grâce du Christ et sous le commandement du chef des adjudants. . Bien de plus. Ce texte paraît être absolument le même, que celui que j’ai donné plus haut, mais complet, sous la date 664 — 1215, p. 17.
PI. XIX. Église de S. -Pierre ou église Ronde, N. 6 de M. Abich «Église en Icosagone,» nommée dans les inscriptions et chez le P. Sargis «Sourb- Arhakial, le Saint- Apôtre.» Les fausses arcades à gauche de la porte d’entrée sont couvertes d’inscriptions.
— L’église est extérieurement à deux étages et paraît de loin circulaire; mais en réalité l’étage inférieur présente huit fausses arcades et autant d’angles et se réunit par une demi- voûte au supérieur, offrant dix arcades, ce qui fait voir que cette partie est en effet icosagone, comme la qualifie M. Abich. Quant au nom de S. -Pierre, il correspond à celui de Sourb -Arhakial «le Saint- Apôtre,» que lui donne le P. Sargis, qui croit en rapporter les inscriptions, t. II, p. 9 — 12, au nombre de 9. V. notre PI. YII.
C’est par suite d’une confusion qui sera expliquée plus bas, que le P. Sargis attribue ces 9 inscriptions à Sourb- Arhakial, tandis qu’elles sont tracées sur les murs du Palais aux croix. Celles qui appartiennent réellement à Sourb-Arhakial sont désignées justement dans les copies de M. Kâstner comme se trouvant sur l’église de S. -Pierre ou tour ronde (eine Peters-Kirche oder die runden Thiirme), v. mon 3e Rapp. p. 141; cette église, suivant le témoignage de M. Khanykof, est située au voisinage de la grande muraille , ainsi que le fait voir suffisamment notre PI. V.
Les inscriptions que M. Kâstner a recueillies sur l’église Ronde sont les suivantes:
Sur le mur du N.
’fi *) Pm-ml^uthfiu bu ^ijui p [i uj Jui pijiifui’Lu puui
^ ji n ijin ji ’/, ||i/puju)ui ^ ui^h l - uin. l^utjubpL I^nLÎllU^U y» J 3) ’t M nuintuir^^iint-u^n ^lutn p mïifiL, illràiuà uiju JiuuL upp/i ^uujjJju 4 j L blfb
2) Jïupiiujuiïj U ; le mot qui finit cette première ligne est très douteux; la phrase réclame un verbe actif, comme «j’ai reçu.»
3) S. cette leçon est juste historiquement, mais non conforme à notre copie. D’autre part ’ft
n’est pas tout-à-fait régulier.
4) S. up.y
M. Brossrt,
tu p Ijujuuu pb ijfi tjinutliuj pu ij tu ju t ijlipiuiih jnuun tjui
ïujïibijfi 'fi ujuiulj ^ ujpufiïi 'j*^i h brj^fi jnt-fi uujtuuuu^n puirj bljbrp
Irijn ju ijljfic. puiljlfb uu-nLplj ijfi pb piuujuj pinuiuL uin hb p Jfihpb
’fi 1j.1ujnL.uifi fi . h. <pLU‘} uilj'uj np Jh-rLiubfi 'fi up p ^ ^UJ L
ijbîi jbljbijbijfi^tij ®). h bp 1} np> ’fi jtiu'^iuhiyfiij bljbijbijnju Ll
jf"T uujiuunL-ij IjuuP 'fi ijpbljmj Jj ui ifi pmiuljt^ IjutiP àiufubjnif^
IjujiP ^ t"J^ ujiuinÜitu ptuLtuL. ^ b Ijuuf' I pu rj uj n L. P b tuli
ip) bm bpftbiy U. ijbljbijbijnju ifni-ui ^ funpbh b. up ,f' ujbuiu np uj
li jnLtjiiiïib <Çiy piuujbiniuij îupiifbiup bijfiijfi 1 2 3 4 S), Il np ^ct
ijnc. npijfijju jbljbijbiutjujiubnLpb'blf ^i uhlç Ijpljfi'b tuïifiàfuj ujuj puiuiljiuL j fujfi
fiulj Ijujuiiupfippj n pfiu 6) uj^pÇLbujp pfijjf, . l^npi >J pf> pu jf>pbu£Jip, ’fl $p LU
«En 483 — 1034, moi le marzpan Apelgharip, étant allé 'à C.-P. suivant rescrit de Sembat-Chahanchah pour l’empereur des Grecs , avec beaucoup d’efforts et de grandes dépenses, j’ai obtenu une parcelle de la sainte croix. A mon retour, j’ai achevé cette église et dressé le signe de lumière, comme la couronne de la fiancée du Christ. J’ai aussi imposé aux clercs l’obligation de faire le service de nuit, le dimanche, jusqu’à la venue du Christ. Si un prêtre de Sourb-Phrkitch (l’église du Sauveur) vient à mourir, on fera pour lui une quarantaine de prières dans l’église.
«Si quelqu’un des prêtres enlève les vases ou livres de ma donation , s’il dépense ou, pour quelque raison que ce soit, ou se laissant aller à l’avarice , diminue les revenus de l’église ou les détourne au préjudice de Sourb-Phrkitch, qu’il soit maudit par les 318 pontifes. Celui qui privera les fils du prêtre Grigor de la garde de l’église, qu’il soit doublement anathématisé; mais ceux qui accomplissent cet écrit soient bénis! Souvenez vous auprès de Dieu de l’écrivain de ceci, Géorg. Amen.»
Je dois remarquer ici 1° que la date 414 — 965, donnée par le P. Sargis, II, 7, est impossible, d’abord parce qu’elle ne concorde pas avec le nom de l’empereur grec Mikhaïl, qu’il a inséré à la 3e ligne, par suite d’une lecture fausse dans ce cas, et tout au moins douteuse après rectification de la date; ensuite parce que la famille Pahlavide, à laquelle appartenait Apelgharib marzpan, ne fournit pas de personnage de ce nom en 965, mais bien dans les années de la date rectifiée; v. le Tableau général des Pahlavides, et les preuves à l’appui. Enfin en 965 il n’y avait pas de roi Sembat à Ani. Tout cela prouve que la date 414 — 965 est le résultat d’une confusion typographique des lettres numérales 10,
1) S. IjljflL piulj^fi’b,
2) S. qjï^'ipjf'^.
3) S. tjpb'bnju •
4) S. . . . bO'p.
6) s. Jp3fi.
6) S. ijpfi.
Les Ruines d’Ani. — Description.
à 80, qui est très fréquente dans l’ouvrage du P. Sargis, ainsi que le prouvent les pièces justificatives de la Généalogie des Pahlavides.
2° Le P. Sargis donne la présente inscription comme appartenant à l’église de Sourb- Phrkhitch, ou du «Saint-Sauveur,» N° 2 du Plan de M. Abich, et la mention deux fois répétée de ce nom, dans notre texte, peut en effet faire craindre que l’indication de M. Kàstner «sur le mur de l’église Ronde ou de St.-Pierre,» ne soit inexacte. Je n’ai aucun moyen de trancher cette question; je puis seulement dire que pareille mention d’une certaine église, dans les inscriptions tracées sur le mur d’une autre, se retrouvera plusieurs fois dans le cours de notre travail, notamment à Sourb - Grigor , PI. XVIII, et dans le «Palais aux croix,» PL XIX — XXL On comprend bien qu’un personnage prenant une disposition quelconque, dans ;un lieu, sur sa propriété, puisse y faire mention, si bon lui semble, d’un autre monument.
3° Quant aux règlements relatifs au clergé du St. -Sauveur, la suite nous fournira plusieurs exemples analogues à celui-ci.
Sur le mur méridional de la même église , M. Kastner a copié ce commencement d’inscription, qui manque chez le P. Sargis:
j" [|)> Y» P b uifj m'b ui pnuji k lup^ui lP~
h. y» P tuf^iun pni-p trtuh ||iipuji/ifii nprf.i~n ^ tu<^
fjguj <:t lr u btnrLUJj j uui^uiL plilrui J
*-& Up *l 'ckt-fr ^ ‘nnt - • • • • rien de plus.
«En 499 — 1050, sous le pontificat de Ter Pétros, cathalicos1) d’Arménie, et sous le règne de Gagic-Chahanchah, fils de Sembat, moi Christaphor, serviteur de Dieu, m’étant réfugié dans l’assistance de Sourb - Phrkitch , j’ai donné mon patrimoine, acheté de mes deniers .... » ,
— Les trois lettres numérales de la date ne laissant aucune doute sur l’exactitude de la copie, cette inscription est très remarquable, en ce qu’elle mentionne, comme la précédente, une autre église que celle où elle a été recueillie, et le règne de Gagic, alors prisonnier à C.-P., ce qui prouve que l’autorité grecque n’était pas encore bien affermie dans Ani. Je dois ajouter qu’il serait possible, sans que cela eût toutefois une grande influence sur le sens, de lire VI Pt • . ; «En 490 — 1041 ... » seulement cette variante sauverait l’étrangeté de l’induction tirée de la mention du règne de Gagic. Du reste, aucun détail sur l’état de la pierre.
Enfin , sur le mur occidental de l’église Ronde , M. Kastner a encore copié une inscription, extrêmement fruste, en 6 longues lignes, qui paraît commencer ainsi: ’f> pm. 0]u Ira nfuj-f, XJt • • • • (<En 740 — 1291, moi Mkhithar, fils de Chir . »
1) Cette orthographe, au lieu de catholicos, se retrouvera deux fois dans une inscription de la Cathédrale ; c’est aussi la forme donnée à ce titre dans tous les anciens documents géorgiens.
M. Brosset,
Je dis parait , car le copiste a écrit en réalité , qui ne peut rien signifier comme nombre. Mkhithar donc offre une clochette et obtient une messe pour son âme. V. PI. Vil.
PI. XXIII. La Cathédrale, vue par les faces méridionale et occidentale. A droite on aperçoit une petite ruine, que M. Texier, p. 98, croit être celle d’un baptistère '), et entre les deux l’église de la Ste. -Vierge, Plan de M. Abicli, N° 1 , 3. Le savant professeur, dans une lettre insérée au Bull. Hist.-Philol. t. II, p. 371 , dit que la parfaite régularité de la distribution intérieure du vaisseau de la Cathédrale l'engage à la nommer «Eglise de la croix ou plutôt «en croix,» et que l’on trouve dans son portail, orné de mosaïque, le pleincintre byzantin, qu’on y voit aussi des traces du goût arabe et des colonnes gothiques, le tout formant un ensemble harmonieux.
M. Texier, PI. 17, donne une vue restaurée, prise du chevet et embrassant les façades E. et S. Les PI. 18 — 20 de son 1er vol. sont consacrées aux détails. Dans l’explication des Planches, p. 148, il ajoute que le style byzantin, par la coupole et par la disposition de l’abside, avec ses deux sacristies latérales, et le gothique, par les colonnettes et les ogives, s’y réunissent comme dans une époque de transition. Si l’on prend la peine de comparer le Plan donné par M. Texier, PI. 17, avec ceux des églises géorgiennes disséminées dans l’Atlas de mon Voyage, on verra qu’ils ont la plus grande analogie réciproque, notamment en ce qui concerne les deux petites sacristies, auprès du sanctuaire, qui ne sont pas nécessaires pour le ritg arménien, et les colonnes accouplées. Au reste, la plupart de ces églises géorgiennes sont contemporaines de celle d’Ani, et datent du XIe s.
Encore d’après M. Texier, la longueur de la Cathédrale est de 32 mètres et la largeur de 20, soit 97 pieds anglais sur G5V2, à-peine les dimensions d’une église de village en France: ce qui ne l’empêche pas d’en admirer l’élégance, la solidité et les belles proportions; v. le texte, p. 111 — 115. A la p. 114, il dit que l’édifice fut construit en 469 de l’ère arménienne: c’est une légère erreur, pour 459 — 1010 de J.-C. Les inscriptions nous fourniront des renseignements plus précis.
A l’égard du vocable sous lequel cette église était consacrée, je n’ai pas trouvé d’autre indication que celle donnée par M. Khanykof, qu’elle était dédiée à la Sainte- Vierge, et que pour cette raison, suivant l’auteur du Nigaristan, Ahmed ben- Mohammed el-Gassari, le nom d’Ani était «Résidence de Marie, Qalah-Miriam;» v. IIIe Rapp. p. 149. Il est étonnant de ne rien rencontrer à ce sujet chez les auteurs arméniens. V. 1*1. VIII.
PI. XXIV. Intérieur de la cathédrale, sanctuaire. V. notre PI. IX.
PI. XXV. A gauche d’un cadran solaire, tracé sur le mur méridional de la cathédrale, où se lisent les nombres — ,)>('» ou 1 — 12, se trouve l’inscription que le P. Sargis a publiée p. 5, et que j’ai déjà traduite et discutée dans le Bulletin de l’Académie, t.
1) Le peu qui reste de cet édifice, qui parait pourtant avoir eu de grandes proportions, ne laisse guère deviner quelle en était la destination. Toutefois, ne serait-ce pas un clocher, du genre de celui que l’on voit auprès de l’église géorgienne de Zarzma, IIe Rapp. p. 132, et en avant de la jolie église byzantine de Zougdid, Vil* 1' Rapp. p. 24? C’est l’opinion de M. Texier, p. 148, et il croit que ce clocher a été détruit par les Turks.
Les Ruines d’Ani. — Description.
I, p. 400. J’en ai une bonne copie, faite par M. Kâstner, en 21 grandes lignes, et de plus, ici même les 8 premières lignes de cette inscription, mises au net en très beaux caractères. En outre, après l’impression de ma note sur quelques inscriptions d’Ani, le R. P. Alichan, de Saint - Lazare , Venise, a bien voulu me communiquer une excellente copie et ses réflexions sur le contenu de ce texte.
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