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aussi un petit dessin de la mosquée, sur la PI. XXIV de l’Atlas de mon voyage. V. notre PI. XI.
PI. XXXII. Les cinq inscriptions de la mosquée du N° précédent, tracées du côté de l’O. C’est M. Khanykof qui, le premier, les a fait connaître, à la suite du IIP Rapp. sur mon voyage, p. 137. Celle qui occupe la place la plus haute, le yarlikh d’ Abou-Saïd, y a été publiée d’abord, d’après une copie incomplète, puis mentionnée de nouveau et analysée, en 1849, dans le Bull. Hist.-Philol. t. VI, p. 195, enfin le texte complet et la traduction, ibid. t. X, p. 83. Maintenant notre savant correspondant m’annonce qu’ayant eu l’occasion, en 1856, de se trouver à Ani en compagnie d’Osman-Agha, Turk lettré, membre de la commission de délimitation entre la Russie et la Turquie, ce personnage lui a communiqué quelques variantes, plus correctes, mais qui, hors une seule, ne modifient pas gravement le sens. Ceux qui ont copié et déchiffré de pareilles pièces applaudiront à la persévérance apportée par M. Khanykof au perfectionnement de son travail. ')
«Dieu, qui embrasse dans son immensité ses esclaves!
Abou-Saïd Béhadour-Khan,
«Dans ce temps, où est l’ornement de la capitale de la souveraineté de la surface terrestre, le Sultan de l'univers2) . . . , la grandeur du monde et de la religion; que son règne soit éternel !
«Yarligh.
«Comme depuis l’orient jusqu’à l’occident des mondes tout se trouve à l’ombre de sa clémence et de sa justice, que le Dieu tout-puissant exalte son pouvoir et ses commandements ! Son autre ordre à nous est: les peuples qui se trouvent sous ses ordres ou se groupent autour du tribunal de son nom victorieux, ne peuvent faire ni peu ni beaucoup à aucun des êtres créés; ne peuvent percevoir aucun droit, en sus des tamghas et des impôts de douane; ne peuvent exiger d’aucun des êtres créés aucune autre chose, sous forme de qalân ou de pot-de-vin. Comme jadis, dans cette ville d’Ani et dans d’autres provinces du Gourdjistan, sous prétexte de qalân, de pots-de-vin et d’autres perceptions illoyales, ou commettait de grandes violences, elle commença à se ruiner, et les habitants se dispersèrent; de même les commandants 3) de la ville et de la province, à cause du qalân et*du . . . . lig, abandonnèrent leurs biens meubles et immeubles et leurs maisons, et m’écrivirent tous: que le Dieu tout-puissant n’ôte pas l’ombre élev*ée de dessus nos têtes »
Cette pièce, postérieure à l’année 1319, puisque Abou-Saïd y prend le titre de Béhadour «héros,» fait voir que la ville s’était dépeuplée précédemment, par suite des vexations de la part des chefs mongols, et est destinée à réparer les effets d’une mauvaise ad-
1) Trad. du yarligh. Bull. Ilist.-Philol. t. IX, p. 83 avec les variantes.
2) Ici un léger changement.
3) Klietkhoudas. Il y a ici une correction essentielle il la sixième ligne, au lieu de les congrégations, mot qui avait été mal lu. Je laisse à mon collègue, M. Véliaminof-Zernof , qui s’est chargé du travail complet de la révision de ce texte, le soin d’en rendre un compte plus détaillé.
Les Ruines d’Ani. — Description.
ministration. Quoiqu’elle occupe 10 lignes, elle n’est pas complète, l’espace ayant manqué pour l’entier développement de la pensée souveraine.
Au-dessous est tracé un fragment d’inscription coufique, plus ancienne, v. IIIe Rapp. p. 138, qui faisait autrefois le tour de la mosquée, et où se lit le nom de Manoutchar, fils de Chaour, premier émir d’Ani, en 1072; on ignore quel en était le contenu.
Enfin, plus bas et près de l’entrée, se voit une inscription persane, en relief, géorgienne et arménienne. La première, fruste: «En l’année 635 Hég. (comm. 23 août 1237), le pécheur Zikéria, fils du défunt...» La seconde, en géorgien, à droite, sur deux lignes: «En l’année pascale 458, moi l’atabek Zakaria, j’ai confirmé ceci; v. IIIe Rapp. p. 139; Bull. Hist.-Philol. t. VI, p. 197, et la lecture définitive du texte géorgien, d’après une meilleure copie, Bull. Hist.-Philol. t. X, p. 82. Suivant mon opinion, comme l’année ecclésiastique géorgienne commence au 1er septembre, l’inscription trilingue pourrait être de la fin de l’an 1237. Quant à l’atabek Zakaria, c’est évidemment Zakaria III, petit-fils du grand Zakaria Mkhargrdzel , mais je dois dire qu’aucun passage des Annales ne lui attribue le titre d’atabek. La dernière, en arménien: «Ceux qui observent ceci fidèlement sont bénis de Dieu.»
PL XXXIII. Minaret octogone, isolé, au NE. de la mosquée précédente et, à ce qu’il semble, à une très faible distance; Abich, N. 15. Entre les deux minarets on a la vue du Burg ou Château et des édifices qui couronnent le sommet de la colline où il est construit, ainsi que de l’église située au bas, et dont la PL XXXV de l’Album offrira le dessin. M. Mouravief, Tpy3. h Apw. II, 280, pense que ce minaret a été construit sur l’emplacement d’un palais du roi Gagic 1er, le fondateur de la Cathédrale, et explique ainsi la position solitaire de ce monument: lors de la première occupation de la ville par les musulmans et par l’émir Manoutché ou Manoutchar, la croix avait disparu de la coupole de la Cathédrale, changée elle-même en mosquée. Quand David II, roi de Géorgie, prit Ani, en 1124, il rétablit l’église en son premier état et fit replacer la croix au pic de la coupole. Mais à l’époque de la seconde rentrée des musulmans, en 1126, sous Phadloun, fils de Chaour et petit-fils de Manoutché, il fut convenu que l’église resterait désormais au culte chrétien. Le minaret ne fut pas détruit, et l’autre partie de la convention fut respectée. Cette supposition n’a rien d’invraisemblable.
Sur une des faces du minaret, à une faible élévation au-dessus du sol, se lit l’inscription persane, signalée par M. Khanykof, à la suite de mon IIIe Rapp. p. 136, et mentionnée de nouveau dans le Bull. Hist.-Phil., t. VI p. 193. Elle est intéressante, et par le contenu, et par cette circonstance, qu’elle ajoute à la généalogie des Beni-Cheddad, possesseurs d’Ani, un nouveau personnage, Keï-Soultan, fils de Mahmoud, fils de Chaour, fils de Manoutchar. Elle défend de tenir marché de bestiaux devant ladite mosquée d’Abou- ’l-Maamran ’), en 595 de l’Hég. — 1188, 9 de J.-C. Plus bas, une inscription arménienne
1) Est- ce la Cathédrale qni avait été ainsi nommée par les musulmans? Cela contredirait l’assertion, qu’a-
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promet la bénédiction divine à ceux qui observeront la défense. Cette pièce nous fait donc connaître, qu’à la fin du XIIe s. Ani subissait encore l’autorité d’un prince musulman, du moins en ce qui concernait les questions religieuses, et, comme plus tard l’inscription trilingue de 1237, déjà signalée, montre que le possesseur chrétien de la ville s’associait, par une bonne politique, à la mesure prescrite. V. PI. XII.
PI. XXX Y. Eglise près du Château. Cette ruine est composée de deux parties, dont la première, sorte de narthex, est surmontée d’une coupole hémisphérique; l’autre, l’arrière, se termine par la coupole conique ordinaire des églises arméniennes, et est décorée à gauche, sans doute au N., d’une sorte de porche, qui doit avoir son répondant de l’autre côté, pour former la croix. Elle semblerait, par la position que lui assigne la légende du dessinateur, et par la direction où il s’avance, vers l’O., devoir être le N. 8 du Plan de M. Abich «Eglise magnifique, n’offrant qu’une masse de ruines.» En effet le dessin présente une belle ruine auprès de l’édifice même.
Je ne sais donc si c’est à ce monument que se rapportent ces paroles de M. Texier, p. 94, 95; «Au pied de la citadelle, sur une avance formée par des rochers, et dans une situation presque inabordable, s’élève un élégant édifice, d’une conservation parfaite, d’une forme originale et légère, et qui ressemble, par sa construction, en laves fines et d’un jaune doré, à ces poteries antiques, conservées dans les grottes, à l’abri des injures du temps.» Y. PI. XIII.
PI. XXXYI. Salle dans le Château, avec vue du côté de l’O.
— Ici encore règne le plein-cintre byzantin, pour toutes les arcades de la porte et des niches; les pilastres sont formés d’une boule, supportant une colonne fine, engagée'). Deux belles colonnes torses se voient à droite et à gauche; deux des colonnes, à gauche de la salle, sont surmontées de têtes de diables2), à longues oreilles, les autres portent de simples rosaces.
La butte ornée de cette ruine est celle qui se voit à l’O. de la ville, sans nom particulier, sur le plan de M. Abich. M. Texier place ici le Château et, dans son texte, p. X, 95, le palais de Nouchirwan, suivant la tradition; c’est le Burg de M. Kàstner. D’après M. Mouravief, t. II, p. 261, 281, il y avait sur ce plateau un palais des rois et des émirs, dont il ne reste que trois arcades, l’une desquelles est à deux étages. M. Khanykof partage la même opinion sur les ruines dont il s’agit.
M. Texier discute sérieusement, p. 100, la possibilité du fait que Nouchirwan, qui vivait au VIe s., ait résidé à Ani, et conclut avec justesse en disant que cette ville n’a
près 1126 cet édifice resta chrétien. Ne serait- ce pas plutôt l’autre mosquée, construite tout au voisinage, déjà sous le premier émir d’Aui?
1) Ce genre de colonnes se rencontre fréquemment dans les églises de l’ancien Samtzkhé, dessinées dans l’Atlas de mon voyage.
2) Le cloître de S.-Trophime, à Arles, ouvrage du XII* 1 s., présente des piliers formés de figures humaines, et sans doute cet usage architectonique s’était propagé en occident comme en orient .V. E. Chartou, Hist. de France .... d’après les documents «t les monuments, 1859, t. 1er, p. 296.
commencé à être florissante qu’au IXe s., après la destruction des Sassanides, qu’ainsi Nouchirwan n’est pour rien dans ce palais.
Il faut, du reste, qu’il y ait eu une forte méprise dans les renseignements qui lui ont été fournis, lors qu’il dit, p. IX, X et 95, qu’Ani a été pris et saccagé au XIVe s., et précisément en 1386 ou 1387, par Timour. C’est en 1236 que la ville a été prise par les Mongols de Dcharmaghan; à la fin du XIVe et à plus forte raison au XVe s., Ani n& subsistait plus comme ville qui pût être assiégée et prise, et par conséquent la population n’en a pu être exterminée par le farouche Tartare, comme il est dit là, p. 86. Le même auteur, p. 108, place la mort d’Houlagou en 1274, on sait cependant que ce prince régna 1256 — 1265.
La citadelle, dit M. Mouravief, s’élève sur une colline, au pied de laquelle l’Alaza et l’Arpa-Tchaï confondent leurs eaux et en défendent l’accès, protégé d’ailleurs par de doubles mqrailles. Bien que cette expression soit un peu poétique, cependant le Plan de M. Abich montre en effet, et le ravin de l’Aladja-Tchaï, garni d’une muraille solide, avec portes et bastions, se prolongeant jusqu’au Palais des Pahlavides, et au S. et à l’E. des • rangées de murs embrassant les contours du ravin; enfin, au bas de la butte, entre l’Aladja et le mur d’enceinte, une porte fortifiée, N° 21 et 25. V. PI. XIV.
PL XXXVII. Bas-relief sculpté sur une pierre rouge, dans une petite chambre, voisine de la salle précédente. V. notre Pl. XXXVII.
— Au milieu, une espèce d’arbre, en pierre, étendant ses rameaux dans deux directions. A droite, un cavalier coiffé d’une calotte, allant à gauche et perçant de sa lance un serpent à vigourenx replis. A gauche , un cavalier coiffé de même et allant à droite, frappe de sa lance un objet indistinct. Evidemment c’est une représentation de St. George et peut-être aussi de St. Théodore ou de St. -Démétrius. St. Démétrius, de Thessalonique, occupa le poste de proconsul en Grèce au temps de l’empereur Maximien, et convertit beaucoup de païens au christianisme. L’empereur étant venu célébrer des jeux publics à Thessalonique, un lutteur célèbre, qu’il avait amené avec lui, fut battu et tué par Nestor, un des auditeurs assidus de St. -Démétrius, après s’être entendu avec lui sur ce sujet, et Maximien, pour se venger, fit mettre le saint à mort, en 290 de J.-C. V. Universal lexicon (éd. 1734), t. VII, p. 497. Là le lutteur est nommé Libeus ; mais dans la vie de St. -Nestor, ibid. , t. XXIII, p. 1968, il est nommé Lyaeus , d’après le Ménologe grec, 26 octobre; cf. Mimeu ueTbix't, à cette date. Suivant une autre respectable autorité St. Démétrius souffrit le martyre en 305, dans la persécution et par les ordres de Maximien-Galère; HxeHifl bt> M. oôm. apobh. pocc. rojvb Ill-in 1840, N° 6. p. 4, 5, suiv. art. signé Philarète.
De là il résulte que l’objet indistinct, frappé par le saint cavalier, doit être le géant Libée ou plutôt Lyée. Mon savant collègue M. Kunik m’assure que c’est toujours St. Démétrius que la légende grecque associe à St. George; j’en puis donner une nouvelle preuve, la réunion de ces deux saints sur un ouvrage d’origine géorgienne, décrit par moi dans le
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VIe Rapp. sur mon Voyage, p. 73, dont on verra l’esquisse sur une des PI. du présent Atlas. Cf. un bas-relief semblable, Mém. de l’Acad. VIe sér. t. IV, PI. IV, N. 12.
Nous n’essaierons pas de fixer plus exactement que le dessinateur l’emplacement où se trouve ce bas-relief, si intéressant pour l’archéologie byzantine; quant à l’époque où il a pu être tracé, rien non plus ne nous aide à la préciser. On sait seulement que les représentations de St. George à cheval se rapportent toutes à des temps postérieurs , probablement à ceux voisins des croisades1). Il me semble que celle-ci doit avoir été exécutée sous les Bagratides et ne peut guère dépasser la limite qui a précédé la domination musulmane, i. e. l’année 1072.
PI. XXXIX. La ville d’Ani, vue du château, en regardant vers le N. E. V. PI. XV.
— Tout au bas, un ravin, contenant des habitations particulières et des demeures troglodytiques; au bord du ravin, une église ronde, — il me semble, celle en dodécagone N° 5 du Plan de M. Abich; sur la droite, la mosquée et les deux minarets. Plus loin la Cathédrale et Sourb-Arhakial, ou le St.-Pierre, l’église Ronde de M. Kastner. Dans le fond à l’E., une église; plus au N., celle dite du Berger. Entre ces deux églises et la ville, la ceinture des doubles murailles, se terminant au N. O. par le Palais des Pahlavides.
PI. XL. Monastère, vu du fort.
— S’élevant sur un rocher solitaire, qui se détache vigoureusement sur les flancs de la profonde vallée où il est encaissé et baigné par un cours d’eau, l’Arpa-Tchaï, cet édifice est désigné sur le Plan de M. Abich, N° 9, comme «Eglise à moitié ruinée.» L’accès en était rendu difficile par quatre terrasses de roc vif et, à ce qu’il semble, par de grosses tours carrées et par un mur bastionné, fermant la gorge du sentier qui conduit au sommet ; un bel escalier, taillé dans le roc, descendait jusqu’à la rivière.
Sur la porte du Monastère, situé près du château, M. Kastner a copié l’inscription, très fruste, en 15 courtes lignes, d’une croix, datée 673 — 1224, et qui fait foi que la croix a été érigée, ou plutôt sculptée sur les tombes d’un certain Kalakh .... et de sa femme Tikin2), tous deux complètement inconnus. V. PI. XVI.
PL XLII. Porte fortifiée vers l’O., non loin de la «Vallée-Fleurie.»
— C’est, je crois, la porte et la fortification dont j’ai parlé plus haut, N° XXXVI de l’Album, au bas du château. «Vallée-Fleurie» est la traduction de l’arménien Dzaghcotsatzor, remplacé sur le Plan de M. Abich, ainsi que dans le texte de MM. Mouravief et Khanykof, par l’Alaza et l’Aladja-Tchaï. M. Kastner dit tenir d’un prêtre, venu pour visiter les antiquités d’Aui, que ce nom a été donné à la vallée par les habitants, depuis un temps immémorial. Ce qu’il y a de sûr, c’est que le nom de la Porte de Dzaghcots
1) V. Kunik, O PyccKO-BimHT. MOHeTaxi> flpoc.iaiia I. . . . Cn6. 1860, p. 122, n. 3; 126, 127, n. 20, 21.
2) Je sais bien que Tikin, en arménien, signifie seulement «la dame;» mais nous avons vu déjà précédemment, p. 26, un certain Zouhal parler de sa «compagne Tikin.» Là, évidemment ce mot est devenu nom propre: il peut en être de même ici.
Les Ruines d’Ani. — Description.
ou du jardin fleuriste, à Ani, est en effet mentionné chez Math. d’Edesse, p. 69 de la traduction de M. Dulaurier, mais au voisinage de l’Akhourian. Y. PI. XVII.
PI. XLIII. Inscription de la porte du fort, ou, comme s’exprime le P. Sargis, p. 13, «sur la porte du mur de la ville,» du côté de l’O., à gauche d’une belle croix sculptée. Une troisième indication porte: «Inscription de la porte occidentale du château d’Ani.» C’est, je pense, sur la fortification mentionnée au N. précédent, que se trouve cette courte et insignifiante inscription.
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«En 671 — 1222, par la volonté de Dieu, moi Sargis Gérantsi, j’ai construit cette tour, du fruit de mes travaux légitimes. Vous qui lisez ceci, souvenez -vous de moi dans vos prières.»
— Il est bien entendu que la construction a été faite aux frais de notre Sargis, dont le surnom ethnique provient d’une racine inconnue.
PI. XLIV. Ruine de chapelle, non loin de la Vallée-Fleurie, sur le bord de la rivière. M. Mouravief compte jusqu’à trois églises dans les environs de la citadelle, et d’ailleurs les N. 10 et 11 du Plan de M. Abich indiquent ici plusieurs ruines et substructions de petites chapelles. Celle-ci pourrait bien être au voisinage du Monastère, N. XL; en tout cas la position en est très pittoresque, et montre sur le bord de la rivière un édifice à coupole conique, d’un bel effet.
PI. XL VI. Autre ruine d’église, plus considérable, avec vue de la rivière. On y voit une colonne surmontée d’un beau chapiteau, orné d’élégants enroulements; à droite, la Mosquée, avec son minaret; à gauche plusieurs édifices, qui me semblent être le Palais des Pahlavides et l’église de Sourb-Grigor.
PI. XLVII. Saint guerrier à cheval, tourné à droite et décochant une flèche. Le dessinateur a trouvé cette peinture dans la Vallée-Fleurie, dans un creux de muraille couvert de plâtre poli. Elle a 3 archines de long et autant de large, et est accompagnée de l’inscription :
p s. niiu 661 — 1212.
M. Brosset,
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n/ij tu rj ui ju'li n
«Christ divin, aie pitié de Chouchan, ta servante.»
— Je conjecture que c’est un saint, parce que sa tête est ornée de l’auréole. Quant à Chouchan, ce pourrait être la princesse épouse de Grigor le Pahlavide, mentionnée dans plusieurs des inscriptions d’Ani ; v. IIIe Rapp. p. 91. Précisément on va voir plus bas, église de Sourb- Grigor, une courte inscription où Grigor, époux de Chouchan, est ;nentionné avec la même simplicité. V. PI. XXXV, N. 6.
PI. XLVIII. Eglise sur la place où devait être le marché. On aperçoit à gauche, dans le lointain, le village turk d’Ani, celui qui est signalé au NO. du Plan de M. Texier, sous le nom d’Ani-le-Nouveau.» Y. la PI. XVIII.
— Par la place qu’occupe cette église, au bord d’un ravin, par les dix arcades visibles de la coupole, terminée en cône, on reconnaît «l’Eglise en Dodécagone, N. 5 du Plan de M. Abich; quant à la partie inférieure, sans angles indiqués, elle se réunit à la coupole par un toît à pente plate.
C’est-ici l’église de Sourb-Grigor, du P. Sargis, p. 12 et 13, signalée comme «Eglise du bazar,» dans les copies de M. Kâstner, annotées de la main de M. Khanykof. C’est à cet édifice, achevé en l’an 1000 ’), que s’applique un beau passage de l’historien Asolic qui sera cité en entier dans l’Histoire d’Ani, sous le roi Gagic 1er, qui en fut le fondateur; v. aussi L. Indjidj., Arm. anc. p. 422.
Quant aux inscriptions, le P. Sargis donne d’abord une partie de celle qui est double, et que j’ai signalée dans mon IIIe Rapp. p. 91, d’après un estampage obtenu par M. Abich, où les traces des deux textes sont faciles à suivre. Elle est gravée sur la porte occidentale. à) La dame des dames Chouchan, épouse de Grigor Pahlavide, y fait don à Sourb- Grigor de la boutique de Mrovan. Elle a payé 80 dram ou pièces d’or à Sédaï et 50 à Mrovan. On lui doit 16 jours de messes, b) Même donation, sans les détails relatifs au prix payé.
Dans une autre inscription, dont le texte ne se prête pas à une restitution bazardée, Sargis ibid. , le prince des princes Vahram donne à Sourb-Grigor, pour le rachat, mot-àmot «pour la douane» de l’âme de son fils Apoughamr, deux boutiques qu’il a achetées, et obtient trois quarantaines de messes annuelles, à son intention1 2).
Quoique cette pièce ne soit pas datée, le Tableau généalogique des Pahlavides nous fait, voir que Vahram est l’illustre général, l’adversaire du traître Sargis-Vest, qui mourut
1) V. plus bas l’Histoire d’Ani, § 26.
2) J’ai déjà publié ee texte dans mon IIIe Rapp. p. 91, d’après un estampage imparfait, que je désespère de mieux déchiffrer aujourd’hui.
Les Ruines d’A ni. — Description.
en 1047; son fils Apoughamr, dont les historiens ne parlent pas, est le même dont le nom reparaît dans une inscription de l’an 480 — 1031, Sargis, p. 10, bien que la localité ne soit pas indiquée exactement. Au-dessus d’une fenêtre, de côté de l’E., un fragment d’inscription, copié par M. Kâstner, contient simplement le nom de «Grigor, serviteur du christ.» Celle-ci a été copiée sur le mur:
*|)fi J'd jn^idiuiTj ^(uu ifnnn np |
’ji hn pnrj.hi | nrjnpJIruM n |
P ni vitt nuf •) *
«Christ divin, quand tu viendras dans la gloire de ton Père, pour renouveler la terre, aie pitié de Grigor cathoughicos.»
Le P. Sargis, p. 8, mentionne encore une inscription assez longue, sur la face méridionale de Sourb-Arhakial, mais qui appartient à Sourb-Grigor. Elle est sans date et en très mauvais état, et serait très intéressante par les détails techniques qu’elle contient, mais, faute d’un texte plus correct, il est tout au plus permis d’essager de l’analyser. Un certain Sembat paraît faire présent de plusieurs domaines, entre autres la moitié de Caghghouts, la vallée de Dzrvigli- Tzor et la vigne d’Ochacan, à l’intention de la famille de Chahanchah, et prononce des imprécations contre le supérieur du couvent de Sourb-Grigor qui annullerait ses donations.
Je termine ce qui concerne Sourb-Grigor, par une belle inscription tracée sur le mur du N., et publiée par le P. Sargis, p. 13. M. Kâstner n’a pu en copier que les quatre premières lignes, le reste étant caché par des décombres.
Y» P n t-W Ijuiîi fi u tru jtjuj p fi uj Jitt pijupifh nprj.fi ^\pfnjn pn
Pnn’L y^m-rpijJfifi ^ujjnrj f.pfuuj'hujg P (çu^l^tn Ll u/buihu ht ’t V tu i Ch
jturjuji^u l 2j Ijpulr jwi~P Iriui UU[ çiljtrguL ^ ^^nijtul^tuL u^ipnjL II.
î. * • • f Jn u h~ rj-tu ji II. ^fiîitry fi ubUriul ^ p ^J| m h lJi tuh b n u fi II. r^up ....
«En 489 — 1040, Moi Apelgharib, marzpan d’Arménie, fils de Grigor et petit-fils d’ Apoughamr, princes d’Arménie, quoique négligé par mon père, comme fils cadet, cependant, mû par la piété filiale, j’ai construit ce lieu de repos pour mon père Grigor, pour
mon frère Hamzé et pour Hrhimosédaï, et deux cellules, de S. Etienne et de S. Grégoire (lacune).
«Les prêtres sont obligés, en entrant chaque vendredi dans le saint des saints, de célébrer une messe pour ma mère Chouchan, le samedi pour mon frère Grigor; chaque vendredi, lors de la Saint-Christophe, pour mon oncle maternel Sadoï, le samedi pour mon
1) Ce mot, lu par le P. Sargis, est remplacé dans la copie par neuf lettres qui font supposer tout autre chose, mais que je n’ai pas déchiffrées.
2) S. /. rjpiut^p fiifn Il ^\fiifiuuu/rrj.mfi.
M. Brosset,
frère Hamzé; mais au lieu du vendredi, du jeûne préliminaire1) ou du carême, on célébrera la messe, jour .pour jour, à des jours libres.
«Maintenant, si quelque prêtre s’oppose à cette messe, ou, par négligence, laisse passer les jours, qu’il soit maudit du Père, du Fils et du S. -Esprit et des 318 pontifes; que sa part soit avec Judas et Satan; celui qui accomplira cet écrit soit béni de Dieu!»
Ce texte important me suggère les remarques suivantes. D’abord, quant aux personnages , le Pahlavide Apelgharib , fils de Grigor et de Chouchan , son oncle maternel Sagoï ou Sadoï, ses frères Hamzé et Hrhimosédaï (?) ne sont connus que par les inscriptions d’Ani et de Marmachen. Apelgharib reparaîtra encore, plus bas, dans une inscription de Sourb-Phrkitch, en 486 — 1036. Cf. svprà, p. 20.
C’est aussi le cas d’expliquer la multiplicité des petites églises, en Arménie comme en Géorgie, construites ou entretenues par des particuliers; elle provient en grande partie du désir des personnes riches, de s’assurer, et à leurs familles, une sépulture convenable, en toute propriété 2). J’ai retrouvé ce sentiment exposé devant moi , dans une pauvre bourgade de l’Aphkhazie, par de très modestes propriétaires de terres. Chacun a horreur du cimetière commun, exposé aux inclémences de l’air. L’église, aujourd’hui détruite, des SS. -Archanges, touchant au S. la cathédrale de Mtzkhétha, avait été construite par le roi Alexandré, pour sa sépulture, et chaque grande famille géorgienne recevait du monarque ou élevait à ses frais une église sépulcrale, signe visible de sa position sociale: comme, à Rouïs, les princes Davydof-Bagration ; à Cliio-Mghwimé, les Amilakhors ; à Samthawis, une autre branche de la même famille. Y. PI. XVIII.
Enfin il n’est pas possible de passer sous silence un monument épigraphique des plus singuliers, une figure contenant, en huit groupes, 24 lettres, d’une écriture secrète, tracée avec beaucoup d’art sur une des fenêtres de l’église de Sourb-Grigor, et qui a été trouvée en 1847 par le vartabied Carapiet, chef spirituel de la ville de Cars. Celui-ci l’a publiée et expliquée, à grand renfort de divination, dans le N° 146 du journal Haïastan «l’Arménie» à Constantinople; un autre Arménien, Nicolas Hovovian-Agha, l’a retravaillée en 1849, et fait imprimer, avec une dissertation de neuf pages, dans le t. VIII du Bazmavep ou «Polyhistor,» périodique pittoresque des PP. Mékhitharistes de Venise, en 1850, p. 21 — 28. Comme c’est le travail d’hommes sérieux, qui doivent avoir sur les choses de leur patrie des notions qui nous manquent, l’étrangeté des faits qui s’y révèlent ne saurait empêcher d’accorder quelque confiance aux mystères de l’alphabet secret arménien.
Voici d’abord la figure, j’en abrégerai l’explication autant que faire se pourra sans nuire au sens.
1) Ce sont cinq jours de jeûne, précédant le grand carême, sur la fondation desquels v. Dulaurier, Hist. de l’égl. arm. or. 1855, p. 84, avec indication de sources.
2) Une ou plusieurs forteresses, une église sépulcrale et des terres plus ou moins considérables, tels étaient en Géorgie, comme en Arménie, les objets dont la possession désignait et classait les princes et les nobles.
Les Ruines d’Ani. — Description.
Fig. 1. 12 3
Ici les dix lettres (|>, f‘, (i)>, G> G> {J, . G» pour être comprises,
sont des initiales, dont sept forment le nom ‘M'KMM'h Grigori; trois, Tx* G, IJ\ le millénaire de l’ère chrétienne (T, 500, 6 300, IC 200 = 1000); GOIIO sont une addition.
lre EXPLICATION.
«Gagic 1er, Bagratide, roi d’Arménie, a exécuté cect au nom du saint pontife Grigor, en l’an 1000.»
Ici l’interprète cite textuellement les passages d’Asolic , 1. III, ch. 47, de Samouel d’Ani et du P. Tchamitch, Hist. d’Arm. t. II, p. 872, relatifs à la construction de Sourb- Grigor, en l’an 1000; cf. Arm. anc. p. 421, 422.
Reste maintenant l’addition, formée des lettres onnn ’)• Pour y arriver, il faut savoir que dans l’écriture secrète il y a deux manières de former un sens: d’abord en employant des initiales, ainsi qu’il vient d’être dit, puis en changeant les lettres en chiffres. Or on sait que nos lettres arméniennes ont une valeur numérale, que nos ancêtres faisaient servir de deux manières: comme nous le faisons aujourd’hui, du haut en bas de l’alphabet, de a |(L unîtes, de a dixaines, de a centaines, de n- 5 1! mille; puis, horizontalement, de gauche à droite, on compte «J», 7^, R», comme un , b UN U>
1) Les 7 lettres du nom propre, les 3 du millénaire et les’4 de l’addition, donnent seulement l’emploi de 14 lettres sur 24.
M. Brosset,
comme deux] <1-., | , {>, i] , comme trois] Jo, comme quatre] |,s Yj\ P*
.comme cinq] ,(\, l|, fl, l\, comme six] |%, O, ]>, comme sept] |‘, £>, ‘l|, <|», comme huit] («V, ‘\, A, comme neuf] ainsi que le montre le Tableau ci-joint:
Fig. 2.
Rangées.
CD'
co centaines.
^ mille.
1er rang: 4 lettres
UJ
et
valent un.
tT
» deux.
» trois.
tn
» quatre.
» cinq.
» six.
» sept.
» huit.
» neuf.
» » » unité » »
» » » dixaine » »
» » une centaine à chacune.
on ajoute nn mille à chacune.
Maintenant, en additionnant les quatre lettres mentionnées, on trouve 21, en cette sorte:
gaaa
et en réunissant les 24 lettres employées dans la figure 1, on trouve 97:
Uo/> vVv)
«ht • rm* • *\m
gag