‹ Les ruines de l'Abbaye de VillersChapitre 14 sur 45 · Dans le Petit Cloître ou Cour des Novices. — A · texte numérisé non relu

Dans le Petit Cloître ou Cour des Novices. — A

présent que nous voilà bien renseignés sur la cour d'honneur et tout ce qui l'entoure, abandonnons la porte qui nous a servi, pour cette étude, d'observatoire improvisé.

Continuant à longer le grand corridor (J), nous arrivons ainsi jusqu'aux débris assez remarquables du Grand escalier de la Bibliothèque, qui s'étalent à notre droite (v. Plan T) et au delà desquels nous apercevons l'emplacement du jardin de Y Ancienne Infirmerie (en dernier lieu : Nouveau Noviciat). Notre corridor,

(1) La dizaine de pièces auxquelles ce corridor donnait d'abord accès et dont les tristes soubassements se montrent à notre droite en une longue et lamentable enfilade des plus monotones, entrecoupée par des traces d'escaliers, ne méritent guère d'arrêter l'attention du visiteur. La plupart d'entre-elles étaient des salles de réception, des salles à manger ou simplement des parloirs, de construction moderne. L'intérêt ne commence qu'à l'escalier de la Bibliothèque.

VERS LE CLOITRE

en se prolongeant, dessert les cinq salles du rez-de-chaussée, de ce dernier bâtiment, les seules encore debouts (v. Plan S) et dans les murs extérieurs desquelles sont percées de jolies baies du xme siècle.

Tournant alors le dos à l'escalier fastueux de la bibliothèque nous nous trouvons dans la baie du porche de l'antique chapelle de la première infirmerie.

Du seuil, où nous nous arrêtons, ainsi que nous l'avons fait pour la cour d'honneur, l'œil embrasse toute la Cour des Novices ou Petit Cloître. Celui-ci est limité à notre gauche par le Quartier du dernier abbé (v. Plan U) déjà mentionné, dont les belles pierres de taille s'élèvent encore à hauteur d'homme; derrière nous par le grand corridor que nous venons de parcourir; à notre droite par le vaste bâtiment moderne des Nouvelles Sacristies (v. Plan R) surmontées de dortoirs et dont les affreuses murailles en briques, toujours en majeure partie debouts, grâce à leur épaisseur, nous cachent les curieuses fenêtres du transept méridional de l'église abbatiale; enfin, devant nous se dresse la partie la plus intéressante du petit cloître, qui est la muraille orientale de la Salle Capitidaire et à l'étage, celle du Dortoir des Moines, percée de ci, de là, de fenêtres assez curieuses, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.

Remarquons enfin les soubassements des deux galeries, ou plutôt des deux corridors du petit cloître, se rejoignant à angle droit, juste où nous sommes arrêtés.

Outre le cloître proprement dit, certaines grandes abbayes cisterciennes, telles que celles de Cîteaux, de Clairvaux, des Dunes, etc., en possédaient un second, moins vaste et situé plus à l'est, près du chevet du chœur de l'église. On le nommait communément le petit cloître, pour le distinguer de l'autre qu'on appelait alors le grand cloître. Le petit cloître était ordinairement réservé aux dignitaires, aux anciens, aux infirmes et aux copistes.

Il se trouvait dans le voisinage de la bibliothèque, et la plus grande tranquillité y régnait quoique l'observation du silence n'y fût pas aussi rigoureusement exigée que dans le grand cloître.

La cour des novices de l'abbaye de Villers serait le préau d'un ancien cloître de ce genre, si l'on s'en rapportait au plan-type inséré par M. le chanoine Reusens, dans le tome II de ses Eléments

d'archéologie chrétienne, où du reste, il lui conserve le caractère d'une simple supposition On y voit la partie orientale du quartier abbatial renseignée comme formant le quartier des anciens, les nouvelles sacristies comme étant l'ancien scriptorium ou quartier des copistes et enfin le bâtiment du fond, à l'est de la cour, que nous considérons comme le dernier noviciat, y est ramené à sa destination première à' infirmerie, tout à fait, en définitive, comme aux petits cloîtres de Clairvaux et de l'abbaye d'Aulne.

La certitude de l'existence à Villers, de ce second cloître et surtout du scriptorium, est cependant ébranlée par ce fait, bien connu, que dans la célèbre abbaye brabançonne, les lettres et les sciences furent beaucoup moins en honneur que l'agriculture. Même au commencement du xvme siècle, Dom Martène, de passage à Villers, constate que la bibliothèque est assez pauvre

D'autre part, cependant, il faut bien reconnaître que la chronique du monastère fait mention à plusieurs reprises d'un scriptorium et même, en i3i5, de 5 ou 6 scriptoria, sans donner toutefois, aucun détail pouvant en faire apprécier l'importance.

Mais les derniers déblaiements effectués dans le préau supposé, n'ayant mis au jour que les fondations de deux murs de cloître très simples, sans aucun vestige des piliers et des contreforts des galeries ayant dû faire le tour de ce préau, on est en droit, semble-t-il, de douter de l'existence d'un véritable petit cloître à l'abbaye de Villers, et on peut considérer la cour dite des novices ou des quatre jardins comme dénuée de caractère claustral, dans le sens strict de l'expression.

4. Dans le Cimetière des Moines. — Achevant ensuite de parcourir le reste du grand corridor, nous aboutissons dans le Cimetière des Moines, formant un carré presque régulier, dont l'angle oriental est coupé par la voie ferrée de Charleroi à Louvain.

Un étroit passage, d'environ deux mètres de large, fait communiquer la cour des novices et le cimetière dans lequel on remarque les restes d'une galerie qui permettait de passer directement du transept méridional de l'église dans chacune des diverses sacristies. De grands arbres ombragent ce cimetière.

VERS LE CLOITRE

C'est en vain que l'on y chercherait la moindre pierre tombale.

FIQ. 7. — ANCIEN CIMETIÈRE DESMOINES DE VILLERS ET CHEVET DE L'ÉGLISE ABBATIALE.

On n'y aperçoit qu'un marbre, placé contre la muraille extérieure du chevet de l'église et sur lequel on lit :

Vere non est garandia alind nisi Mons sanctus quia locus sepulturae Multorum sanctorum est.

Teste Henrico 2io duce Brabantiae (i).

Après un coup d'œil admiratif accordé aux belles fenêtres du

(i) Cette pierre ornait la partie supérieure de la porte monumentale donnant accès aux jardins en étages et elle était surmontée elle-même d'une statue de saint Michel terrassant le démon.

Voici la traduction française de cette inscription : « Le Mont de Garenne est vraiment une montagne sainte, parce qu'il est le lieu de sépulture d'un grand nombre de saints, au témoignage de Henri II, duc de Brabant ». C'est une allusion au fait suivant : Le pieux duc Henri, l'ami dévoué de Villers, étant dans une de ses visites, pressé par son entourage d'aller voir les précieuses reliques du monastère, aurait répondu : « Il me suffit de considérer les tombes des frères ensevelis sur la montagne. Là se trouvent des reliques d'un grand prix ». Ce « Mons sanctus » ou Robermont, fut appelé Garenne au xvie siècle seulement, lorsque l'abbé Van Zeverdonck y entretenait quelques daims (damulas sylvestres, dit la chronique de Villers, mal traduite par Wauters, qui en fait « mules sauvages » à la page 97 de sa brochure).

FIG. 8. — CHEVET DU SANCTAIRE (ON APERÇOIT AU PIED DE LA TRAVÉE CENTRALE L'INSCRIPTION LAPIDAIRE RELATIVE A HENRI II AVANT LE REVOUTEMENT).

VERS LE CLOITRE

chevet du sanctuaire ou chœur de l'église et aux énormes contreforts qui les séparent, nous pénétrons enfin dans Y Église abbatiale par le transept méridional'à gauche.

5. Dans l'Église. — Nous voici enfin dans la partie la plus grandiose, la plus importante, la plus attractive des ruines de Villers, celle dans laquelle, comme malgré nous, nous reviendrons toujours, durant nos pérégrinations au sein de ces gigantesques débris. C'est assez dire que nous aurons tout le loisir de l'étudier en détail, d'en sonder les mystérieuses profondeurs et d'en goûter les ineffables charmes poétiques.

Pour le moment, bornons-nous donc à une première prise de possession, par un long regard admirateur donné aux fenêtres incomparables des transepts, à la hardiesse et à la beauté sévère de l'architecture générale de cet admirable édifice et sortons-en par la première porte de la nef, s'ouvrant à notre gauche, sur le cloître, objet primordial de la présente étude.

Page 1