‹ Les ruines de l'Abbaye de VillersChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Eglise abbatiale

considérées-dans son ensemble.

SOMMAIRE. — 1 . Aspect général : Aspect de l'église abbatiale avant et après le dernier écroulement des nefs, causes de celui-ci, physionomie spéciale imprimée aux Ruines par les travaux de déblaiement et de soutènement, réminiscences artistiques 2. Dispositions et dimensions générales : Disposition ou distribution des parties principales conformément aux traditions cisterciennes, chapelles ajoutées après coup, vastes dimensions de l'église abbatiale, raison d'être de cette amplitude spéciale au Xllk siècle, un mot sur les « frères convers » et le travail monastique. — 3. Caractère architectural et ornementation : Pénurie de descriptions contemporaines des splendeurs intérieures de l'édifice, notes originales extraites du carnet d'un moine voyageur du milieu de XVllh' siècle, description architectonique de l'ensemble de l'œuvre, ornementation intérieure très sobre, règlements sévères et usages de Cîteaux à cet égard.

i . Aspect général. — Lorsque bien jeune encore, nous visitions pour la première fois ces ruines grandioses, il y a passé quarante ans, leur aspect était beaucoup plus imposant qu'à l'heure actuelle, du moins en ce qui concerne la nef de l'église. Non seulement toutes les colonnes de cette dernière étaient debout et presque intactes, mais la plus grande partie des voûtes ellesmêmes subsistait encore, du moins dans les bas côtés, et l'œil se plaisait à en sonder les profondeurs mystérieuses.

Il suffit, pour s'en convaincre, de mettre en regard de ce qui existe encore aujourd'hui une vue publiée à l'époque dont nous parlons et reproduite en tête de notre Plan-Guide. On y constatera aisément qu'alors, par exemple, le visiteur pouvait parcourir entièrement sous voûte le bas côté méridional de la nef, depuis le transept jusqu'au porche, dont on aperçoit, dans le lointain, une des portes latérales. (Fig. 16.)

Aussi, qu'elle ne fut pas notre déception, lorsque vingt ans plus tard, brûlant du désir de revoir ces lieux, témoins de nos

premiers enthousiasmes pour les œuvres admirables du moyen âge, nous y remettions les' pieds à la tête d'un groupe d'élèves, héritiers de nos juvéniles ardeurs archéologiques !

Hélas! des belles nefs sous les voûtes desquelles, nous avions naguère promené nos rêves monastiques, un écroulement plus effroyable que tous les précédents, avait fait un amas informe de gigantesques débris, un entassement affreux d'énormes pans de

Fia. 16. — AB3AYE DE VILLERS. INTERIEUR DE L'ÉGLISE AVANT L'ÉCROULEMENT DE 1876.

murs, écrasant des tronçons de colonnes dont les chapitaux mutilés, émergeant de ci de là, faisaient peine à voir. Seules, quelques travées, les plus rapprochées des transepts, avaient résisté victorieusement à cet éboulement formidable. (Fig. 17.)

La vue de la superbe structure de ces colonnes encore debout et des remarquables voûtes d'arête qu'elles supportent ne sert qu'à faire regretter plus vivement la disparition du reste.

Quant à la cause véritable de ce désastre archéologique, les opinions sont partagées.

D'après un éminent architecte, qui a fait de ces ruines le principal théâtre de ses études, et de la bouche duquel nous avons recueilli plus d'un précieux renseignement, cet effondrement déplorable aurait été occasionné par la poussée des énormes

ÉGLISE ABBATIALE

contreforts de l'extérieur, que ne contrebalançait plus la voûte de la grande nef, disparue déjà en partie, à la suite de l'enlèvement stupidement intéressé des plombs des toitures et autres matériaux de quelque valeur, opéré par les rapaces successeurs des moines.

D'autre part un artiste, aussi modeste que capable, feu M. Puttaert, amant passionné de ces ruines poétiques, nous en indiquait une autre cause, très vraisemblable, dans la manie

FIG. 17. — ASPECT DE L'INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE ABBATIALE APRÈS LE GRAND ÉCROULEMENT

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