CHAPITRE V
Eglise abbatiale
considérée dans ses parties essentielles.
SOMMAIRE. — 1. Sanctuaire (chœur vulgaire). Sa similitude d'origine et de caractère architectural avec les transepts; description spéciale du sanctuaire, ses dimensions, sa voûte, sa décoration intérieure (spécialement le maître-autel) au milieu du xviik siècle.
2. Transepts et chapelles cisterciennes : Description architectonique des transepts, trois observations techniques importantes sur le transept méridional ; — les six chapelles orientales dites: « cisterciennes» et leur identification ; - tombeau de Henri II et de Sophie de Thuringe; — chapelle septentrionale ou de la S''-Trinité et sa conversion en sacristie au XVII<- siècle; — escalier accédant au dortoir des moines; les voûtes et ce qu'il en est resté.
3. Chœur des Moines : Situation réelle, comparaison suggestive avec les chœurs d'églises ordinaires, clôture du Chœur des Moines et sa raison d'être; - comment les choses s'y passaient, chœur supérieur et chœur inférieur, stalles et «miséricordes»; — l'office divin
4. Les cérémonies du culte à Vitlers au milieu du XVIII'- siècle (d'après Dom Guyton) : Description d'une messe ordinaire célébrée le dimanche avec le concours de convers; — cérémonies de l'office de Tierce et de la messe conventuelle.
5. Nefs : Description architectonique des nefs : type belge le plus parfait de l'architecture ogivale primaire, ses colonnades, arcades et triforiums vrais ou simulés, voûtes à ogives, arcsboutants, etc.; — vestiges probants des vicissitudes de sa construction et des interruptions considérables qu'elle a eues à subir; — dimensions principales.
6. Chapelles septentrionales : leur identification rendue enfin possible par la découverte de nouveaux documents, énutnération méthodique, encore un point obscur.
7. Porche, façade, clocher : Les porches cisterciens, celui de Villers, son orgue et sa tribune, sa description architectonique, son aspect extérieur; — le clocher et les cloches.
8. Chapelles du porche ou nartex : Discussion auxquelles leur existence a donné lieu et conclusion.
1. Sanctuaire. — Le sanctuaire et le transept de l'abbaye de Villers ayant été édifiés en même temps et dans le même style si curieux, dit de transition, leur étude simultanée s'impose au point de vue technique. Néanmoins pour la facilité de nos lecteurs nous les considérerons L'un après l'autre, mais sans interruption sensible. Commençons donc par le sanctuaire ou abside. Cette partie extrême de toute église latine, réservée aux ministres des cérémonies sacrées, qui s'avance en saillie à l'est de la croisée et qu'on appelle communément chœur, abside ou chevet, se nommait
à Villers le « sanctuaire, » comme dans la plupart des églises cisterciennes, pour la distinguer du « chœur des moines » dont nous parlerons plus loin. Le grand autel (v. plan k) en occupait le fond.
« Le chœur, dit M. le chanoine Vos, parlant du sanctuaire de Villers, dont il fait du reste une description architectonique très exacte, comprend deux travées et une abside à sept pans. Il est éclairé par une triple rangée de fenêtres. La supérieure et l'inférieure sont en ogive; la rangée moyenne se compose d'œilsde-bœuf placés deux par deux, superposés et encadrés dans une arcade cintrée. De hautes colonnes engagées, à chapiteaux à crochets, s'élèvent entre chacune des divisions des deux premiers étages; au troisième, les fenêtres sont comprises dans de belles arcades, dont la courbe génératrice est ogivale. » (J. Vos. L'abbaye de Villers en Brabant. Notice historique et descriptive. 1867.)
Le sanctuaire de Villers est un peu plus petit que celui de l'ancienne église abbatiale d'Aulne; sa longueur n'atteint pas dix mètres, et en ajoutant à cette dimension la largeur des bas côtés orientaux des transepts, on ne trouve que i4m5o, depuis les gros piliers de la croisée jusqu'au fond du chevet, au lieu des 16 mètres que l'on constate au sanctuaire d'Aulne. Sa largeur ne dépasse pas 6 mètres. Le sanctuaire a été revoûté vers 1604 (').
En 1749 le tabernacle de Villers était de forme ronde, soutenu par des colonnes torses dorées et surmonté d'un grand crucifix, au pied duquel se tenaient deux anges, dont l'un à gauche en adoraton, et celui de droite portant un calice assez volumineux. Une belle assomption dominait le tout, tandis que sur les gradins se voyaient deux grandes statues représentant saint Benoît et saint Bernard, vêtus en blanc et agenouillés (2).
Dom Guyton, dans un style fort libre et décousu (n'oublions pas qu'il ne s'agit ici que de notes prises à la hâte), donne sur l'ornementation du sanctuaire les renseignements supplémentaires
(1) Cette voûte a été habilement rétablie en igo5 par les soins de M. l'architecte Pepermans.
(2) Dom Guyton, auquel nous devons ces détails, ajoute cette remarque : « Le « Saint-Sacrement sur l'autel n'est pas dans ce qui paraît le renfermer, mais « au dessous (faut-il en conclure qu'au milieu du XVIIIe siècle on devait déjà « s'ingénier à dépister les voleurs des vases sacrés?). »
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suivants que nous transcrivons littéralement : « Sur la porte, qui « le ferme il y a en sculpture dorée une tiare entre deux clefs, ce « qui a rapport à une Sainte Vierge représentée dans un grand « tableau d'argent en bosse avec filigramme que leur a donné « Courard, notre abbé de Clairvaux et le leur précédemment.
« Une niche et un pied sur lequel on place à certains jours « l'enfant Jésus.
« Grandes figures d'Aaron et de Moïse, le premier du côté « de l'Épitre tenant l'encensoir et l'autre du côté de l'Evangile « tenant les tables de la Loi.
« En place de crédence, au midi, est un mausolée d'un « squelette tenant la faulx et un sablier dorés; armoiries, ange » avec la trompette.
« En une grande table de marbre blanc : Henrïcus secundus « et .Tommes tertias duces Brabantiœ.
« Vis-à-vis, du côté de l'Evangile, autre mausolée en beau « marbre blanc avec dorure; un ange tenant une faulx, un autre « tenant un écusson surmonté d'une mitre entre deux crosses « avec armoiries, car l'abbé Guillaume de Bruxelles, l'an i2i3, « fonda le monastère de Grandpré au comté de Namur, et en « 1237, celui de Saint Bernard sur l'Escaut, près d'Anvers. « Cette table contient les noms des abbés en deux colonnes. •> (Suit le texte latin de celte énumération.)
2. Transepts et chapelles cisterciennes. Du sanctuaire, passons aux transepts qui, accompagnés de bas côtés, comprennent chacun trois travées et sont terminés par des murs plats, appartenant au style de transition.
Ces murs sont éclairés à leur partie supérieure par des fenêtres d'une forme peu commune.
Au nord, trois arcades à plein cintre, reposant sur des colonnettes pseudo-corinthiennes, que deux cordons partagent chacune, en trois sections superposées, encadrent neuf œils-de bœuf (oculus); plus haut, deux autres œils-de-bœuf U) sont inscrits
(1) Ce système des oeils-de-boeuf que nous constatons ici, tant dans le sanctuaire que dans les transepts, se rapproche singulièrement de celui de certaines églises de l'Ile-de-France, bâties au XII" siècle, comme celles de Poissy (1140) et de Champeau (1 180) et s'écarte du système bourguignon de Citeaux, Clairvaux, etc. (Lnlart. Manuel d'Archéologie française (1902) I. pp. -iio. et ^J.ï)
dans une grande arcade cintrée qui semble couronner cette fenêtre. Au sud, cette dernière partie n'existe pas, et des trois arcades, les latérales sont tronquées de manière à former une ogive.
Dans les autres parties des transepts, on reconnaît facilement' deux styles différents. Vers l'ouest, une architecture absolument analogue à celle de la nef permet de supposer que le même artiste en a dirigé la construction, tandis que vers l'est, un style plus simple révèle la manière d'un autre constructeur.
En guise de triforium, il n'existe dans chaque travée qu'un oculus simulé. Les colonnes sont également différentes. On les a renforcées de trois côtés par des colonnettes à chapiteaux pseudocorinthiens et groupées trois à trois.
Un examen attentif du transept méridional démontre que le style roman devait, dans la pensée du fondateur, dominer dans toute l'église.
Il suffît, pour en convaincre le visiteur, de lui faire remarquer :
i° Que les murs de l'église aussi bien que la voûte viennent buter contre la muraille du dortoir sans y pénétrer;
2° Que les deux pilastres du transept sud n'ont pu être faits que pour une église dont les bas côtés plus larges, moins élevés que ceux de l'église actuelle devaient être voûtés en plein-cintre;
3° Que le dortoir des moines se termine du côté de l'église, par une face d'attente pour le transept d'une église romane, tandis que celui des convers a au nord une façade complète, comme à Cîteaux et à Clairvaux, où le portail de l'église est en retraite sur le pignon du dortoir des convers.
Ce qui frappe surtout dans le bas côté oriental des transepts ce sont six chapelles, trois de chaque côté du sanctuaire, ayant leur entrée sur la même ligne que celui-ci et qui étaient entièrement séparées les unes des autres par des murs. Nous les retrouverons à l'église abbatiale d'Aulne. Cette disposition est spéciale aux églises cisterciennes, qu'elle suffirait à caractériser; aussi désignons-nous sur notre plan ces parties des bas côtés sous le nom de « chapelles cisterciennes ».
L'identification de ces chapelles, impossible lors de la première édition de ces pages, l'est enfin devenue, depuis 1904, grâce à la découverte de documents précieux pour l'histoire de Villers et dout nous reparlerons ailleurs. D'après ces documents voici quels seraient les noms des six chapelles en question.
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AÈBAYE £>E VILLERS.
La première dans laquelle on pénètre, sortant du sanctuaire, en prenant sur sa gauche, est la chapelle de Sl-Michel et des Saints Anges, suivie de la chapelle de Sl-Pierre et Sf-Paul, occupant le milieu du bas-côté méridional du transept. La troisième, formant le coin sud-est, était la chapelle de S1*- Catherine et 5te- Agnès.
Maintenant, revenant sur nos pas, et repassant devant l'entrée du sanctuaire, pénétrons dans la première chapelle qui s'y présente et où nous remarquons une belle pierre tombale neuve et plus élevée que le sol d'un pied environ. Cette chapelle était dédiée aux Saints Evangélistes et à S1- Jean-Baptiste. Quant au tombeau, c'est celui du duc de Brabant, Henri II, et de son épouse Sophie de Thuringe, exhumés et reconnus d'une façon très authentique, lors des fouilles spéciales entreprises à cet effet vers i8g5 (*).
Des deux autres chapelles de ce même bas-côté, l'une, celle du milieu, était la chapelle de S^-Philippe et Sl-Jacques, et l'autre la chapelle de Sl-Benoit et Sl-Bemard, d'après les Analectes (t. xxvn, p. 92).
A l'angle nord-ouest du transept septentrional, contre l'escalier à vis (plan h) conduisant aux combles de l'église, se trouve une chapelle du xive siècle (plan B*), assez bien conservée, faisant saillie extérieurement et rappelant, par sa position, celle des scholastiques d'Aulne. Elle attire l'attention du visiteur par ses belles et grandes fenêtres ogivales, formant un contraste très frappant avec celles du transept, dont nous avons donné plus haut la description. C'est l'antique chapelle de la Ste-Trinité, mentionnée dès le XIIIe siècle et qui fut convertie en Sacristie S1- Charles (fig. 20) au XVIIe siècle, par l'abbé Henrion, ainsi que le prouve un document reposant aux Archives de l'Archevêché de Malines (2).
Dans l'angle sud-est du transept méridional, se voit l'emplacement de Vescalier donnant accès de l'église au dortoir et occupant la moitié longitudinale de deux travées du bas-côté adjacent au cloître. Sa démolition a mis au jour un échantillon
(1) Par suite d'une erreur répandue inconsciemment par l'illustre Montalembert au chap. XXXIII de l'Histoire de Sainte-Elisabeth, mère de Sophie, on croyait celle-ci enterrée à Marbourg avec son fils. Une lettre de l'archiviste local à M. Schuermans, a anéanti pour toujours en 1902 cette erreur historique regrettable que Namèche luimême avait contribué à accréditer (Namèche, Hist. Nat. t. IV, p. 56o).
(2) H. Ximal. L'Église de Villas, n. é. p. 27
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parfaitement conservé de la peinture primitive des murs du temple, dont nous avons donné la description précédemment.
C'est par là que les moines descendaient à minuit pour venir psalmodier les matines. Dans le principe cet escalier devait se trouver vers le centre du même transept (v. plan B1'), comme l'indique clairement une ancienne porte bouchée se montrant un peu à l'est de l'autre, dans le mur séparant le dortoir de l'église.
La majeure partie des voûtes des bas-côtés des transepts a résisté victorieusement jusqu'aujourd'hui à toutes les causes de destruction. 11 n'en est malheureusement pas de même de la voûte centrale, dont il ne subsiste que la partie abritant la croisée, au centre de laquelle on aperçoit l'ouverture circulaire qui livrait passages aux cordes, faisant mouvoir les cloches suspendues au-dessus dans une simple flèche de bois, comme le prouve l'inspection des anciennes gravures déjà mentionnées. La croisée servait, surtout les jours de grande fête, de prolongement au sanctuaire.
3. Chœur des Moines. — Le chœur des moines, à l'église de Villers, comprenait l'espace central s'étendant depuis la croisée jusqu'à la troisième travée de la nef, ce qui donne une longueur d'environ seize mètres, non compris la largeur du massif jubé (plan B') qui le fermait à l'ouest.
Dans les églises ordinaires, le sanctuaire et le chœur forment d'habitude une seule et même chose. 11 n'en était pas ainsi dans les églises collégiales et surtout abbatiales, édifiées vers le milieu du moyen-âge, comme celle qui nous occupe : Au sanctuaire, consacré tout spécialement à la célébration solennelle des saints mystères, succédait (en allant de l'est à l'ouest dans les églises orientées) le chœur, réservé uniquement à la psalmodie de l'office divin.
A cette époque, les moines étaient nombreux et leurs églises faites pour eux. L'assistance des fidèles n'y était qu'accessoire, et les religieux, enfermés dans le chœur, n'étaient pas et ne devaient pas être vus de la nef. Les fidèles entendaient leurs chants, voyaient les clercs montés sur le jubé, pour lire L'épître ou l'évangile, et ne pouvaient apercevoir l'autel qu'au travers de la porte du jubé, lorsque le voile était tiré.
Ce chœur était le plus souvent isolé du reste du temple, par
une clôture reliant les colonnes du pourtour et fermant plus ou moins hermétiquement. D'après Viollet-le Duc, cette séparation était amplement justifiée en ces temps de droit d'asile, où il y avait toujours un concours nombreux d'étrangers, de pèlerins, de réfugiés, auquel la nef de l'église était réservée, qui y passaient une grande partie de leur temps et y demeuraient même parfois jour et nuit. Il est de toute évidence, que dans ces conditions, la clôture du chœur s'imposait.
Ainsi qu'on le verra plus loin, à propos des cérémonies du culte, on distinguait à Villers le chœur supérieur (choro superiori) et le chœur inférieur (inferiorem choriim). Ce dernier chœur nous paraît n'être autre chose que les petites stalles du sanctuaire, où les novices se transportaient à certaines messes.
Les moines de Villers se servaient en effet de stalles. Cette coutume était conforme aux anciens usages de Cîteaux, où l'on parle des « miséricordes » sur lesquelles on s'essayait. On sait que le siège mobile, appelé miséricorde, sur lequel on peut se tenir assis, quoique debout, est un des caractères distinctifs de la stalle. L'espace réservé aux stalles des moines embrassait à Villers les trois travées du chœur proprement dit, sans compter celles du sanctuaire.
D'autres stalles destinées aux convers et aux étrangers garnissaient au xme siècle les deux côtés du reste de la grande nef. Ces dernières furent supprimées au xvie siècle par l'abbé van Zeverdonck comme inutiles.
L'inventaire du mobilier de l'église abbatiale de Villers, dressé après la suppression de l'abbaye, en vertu de la loi du i5 fructidor an IV (ier septembre 1796), et résumé par M. Wauters, nous apprend que des quinze grands tableaux décorant alors l'église, huit se trouvaient au-dessus des stalles. De son côté, Dom Guyton nous renseigne sur l'un deux en ces termes : « Entre autres grands tableaux au-dessus des sièges est celui de « saint Bernard, ordonnant au diable de servir de roue à son « chariot, puisqu'il l'avait brisée croyant empêcher ce saint de « faire son voyage pour travailler à la paix. »
Il convient à présent de dire quelques mots de Y office divin, pour la récitation duquel les moines devaient se rendre au chœur à diverses heures du jour et même de la nuit.
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Dans l'office, on distingue deux parties, l'office du jour et l'office de la nuit. L'office de la nuit était connu sous le nom de
FIO. 21. - SANCTUAIRE ET CROISÉE DES TRANSEPTS, VUS DU MILIEU DU CHŒUR, D'APRÈS UNE ANCIENNE ETUDE.
vigiles ou de nocturne. Nous l'appelons ordinairement matines aujourd'hui. L'office du jour comprenait sept parties ou heures : i° matines et laudes, 20 prime, 3° tierce, 40 sexte, 5° none, 6° vêpres, et 70 compiles.
Chacune de ces parties de l'office du jour était chantée à une heure différente; matines à l'aube, prime à la première heure, tierce à la troisième, sexte à la sixième, none à la neuvième, vêpres au coucher du soleil, complies quand il faisait nuit, et immédiatement avant l'entrée au dortoir. Notre habitude, de mesurer le temps par les horloges, fait que notre esprit exige une précision qui manque dans la règle de saint Benoît et dans les premiers règlements cisterciens W.
4. Les Cérémonies du culte à Villers au milieu du XVIIIe siècle. — Voici comment Dom Guyton nous fait avec son laconisme habituel, la description d'une messe ordinaire de dimanche célébrée en sa présence, au maître-autel du sanctuaire de Villers :
« Le dimanche j'ay vu le célébrant et les ministres, diacre et sous-diacre, aller de la sacristie au sanctuaire portant sur leur tête nue et bien rasée, sans chaperon, le bonnet quarré dont ils se couvrent, lorsqu'ils y sont assis pendant Tierce et la grand'messe. Le célébrant en chape, deux acolythes en soutane rouge sous le surplis, sans chandeliers; fait la bénédiction du sel et de l'eau sur le degré du presbytère (c.-à.-d. du sanctuaire); il lit dans le livre que le sous-diacre, tournant le dos à l'autel, tient devant lui.
k Un convers vêtu du surplis, le grand chaperon par dessus (le surplis comme un rochet), fait la fonction de thuriféraire. Les célébrant et ministres arrivés à l'autel, il reçoit leurs bonnets quarrés, les met sur les sièges éloignés de la muraille (le plus près de l'autel est occupé par le célébrant), sans dossier ni bras.
« Le dit convers se met à genoux et s'y tient au bas du degré de l'autel, jusque après l'Epitre qui se chante, non au milieu, mais sur le côté de l'Epitre, au-dessous du degré de l'autel; va à la sacristie, revient sur la fin du Credo, portant la navette et l'encensoir d'argent, met sur les épaules du sous-diacre l'écharpe qui en tient (sic) la patène (?).
« Il présente l'encensoir. Le célébrant encense oblata, la croix, l'autel; il est encensé par le diacre qui encense le sous-
(1) Pour plus amples détails au sujet de l'office divin monacal, voir dans Les Fastes de l'Abbaye à' Aulne, chap. V. (Vie journalière d'un moine) pp. 26 à 33 et chap. VII. (Les moines à matines) pp. 38 à 46.
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diacre et est encensé par le thuriféraire, lequel, sur le côté, encense le très Saint Sacrement, puis se remet à sa place tenant l'encensoir jusqu'à la fin. Il sonne une petite cloche avant et après l'Elévation. Point de paix; point de communion. Quand l'orgue touche le dernier Agnas Dei, le chœur, tête nue depuis le Sanctus, se met à genoux, hors des staulx (stalles) à l'autel jusqu'après la communion du célébrant; chante la Post-communion. »
Après avoir noté avec tant de minutie tout ce qu'il a remarqué de particulier dans le sanctuaire, pendant la messe susdite, Dom Guyton va maintenant porter toute son attention sur le Chœur des Moines, pendant l'office de Tierce et la messe conventuelle.
Après avoir fait observer qu'ils sont environ 26 religieux de chœur, « qu'ils chantent très bien, pausément, qu'au Gloria Patri de l'Introït ils sortent tous ensemble de leur forme, tète nue, se courbant », et fait d'autres remarques encore, il continue ainsi :
« Le célébrant et ses ministres se présentent et se mettent à genoux de front, sur le degré du presbytère, avant l'office de Tierce et la messe conventuelle, demandent la bénédiction, sans salut aucun entre eux. Les novices montent aux hautes formes, quand il faut chanter au cours de la messe; ont un pupitre dans leur bas-chœur devant soy, qu'ils portent à l'autre chœur, lorsqu'ils vont de « choro superiori » ad « inferiorem chorum ». Le chantre entonne « nunc sancle nabis Spiritus » ; le chœur continue la strophe L'orgue touche la seconde, la troisième. Le chœur chante l'antienne après Tierce et celles des psaulmes et de Magnificat à vespres. L'orgue touche la reprise de l'introïte; l'orgue, le Graduel; le chantre et le chœur, le verset; puis l'orgue. Le chœur est assis pendant l'Epitre; finie, il se lève et ne s'assied plus. Le chantre entonne Pleni sunt; le chœur se met et se tient à genoux jusqu'au Pater. Le convers allume les quatre cierges de l'autel et ceux des chandeliers fixes sur le dernier degré de l'autel... » (l)
Franchissons à présent les restes informes du jubé pour passer du chœur des moines dans la grande nef. Autrefois on y accédait par une belle porte grillée. De chaque côté de celle-ci se trouvait un autel adossé au jubé, savoir : au côté de l'Evangile, Y Autel des Convers et au côté de l'Epitre, V Autel des Défunts.
(1) H. Schuerm ans : L'Abbaye de Villcrs en 1749, l)ages9 I1-
5. Nefs. — Un archéologue belge des plus distingués de la première moitié du XIXe siècle, qui visita les ruines de l'abbaye de Villers longtemps avant l'écroulement dont nous parlions plus haut, donne de l'aspect architectural de la nef la description suivante, dont il est encore assez facile de contrôler l'exactitude sur ce qui est resté debout : « Si l'on en excepte le chœur de l'église de Pamele à Audenarde, aucun édifice religieux de la Belgique n'offre un type aussi parfait de l'architecture ogivale primaire la plus ancienne que les trois nefs de l'église de Villers.
« Elles sont formées de deux rangs de colonnes cylindriques, au nombre de dix, dont les bases posent sur une plinthe circulaire, et les chapiteaux sont de forme octogone et du style le plus simple. De leur tailloir s'élancent des arcades ogivales, au dessus desquelles le mur de la nef centrale est décoré, en guise de triforium, d'une suite de grandes arcades simulées, géminées et en ogive obtuse ou romane, dont les archivoltes, composés d'un simple tore, retombent sur des colonnettes cylindriques avec chapiteaux à crochets. Ces arcades sont elles-mêmes surmontées à chaque travée d'une grande fenêtre ogivale comprise sous un arc ogival majeur.
« Les voûtes sont à ogives en tiers point et à nervures croisées, mais dont les sculptures des clefs paraissent accuser une époque postérieure à celle du reste des nefs. Les bas côtés étaient primitivement sans chapelles; celles que l'on remarque au collatéral gauche ne datent que de la fin du xive siècle t1».
« Bien que le style ogival y règne exclusivement, cette partie de l'église ne paraît pas d'une construction postérieure de beaucoup à celle des chœurs et des transepts, si même elle ne leur est contemporaine ; car non seulement les côtés latéraux des transepts ne diffèrent en rien de ceux des nefs, mais les arcs-boutants qui soutiennent extérieurement les murs de la nef centrale, sont absolument semblables, tant à ceux des transepts qu'à ceux du chœur. » (Schayes, Histoire de l'Architecture en Belgique, tome III, pages 44-46.)
(1) Selon MM. de Prelle de la Nieppe et Schuermans, on doit faire remonter la construction de ces chapelles au XIIIe siècle. Nous reviendrons sur cette question en faisant « l'histoire des Ruines » dans les Fastes de Villers. Voir à ce sujet : E. de Prelle de la Nieppe, Église de l'Abbaye de Villers. Bull. Corn. Roy. d'Art et d'Archéol.XXXVllI (1899). — H. Schuermans, Ibid. Ibid. XLII (igo3). — H. Nimal, l'Église de Villers, 1° Ann. Soc. arck. de Nivelles, t. VIII (1904), 2° Ann. Soc. archéol. de Bruxelles, t. XIX (igo5).
L'auteur fait remarquer en outre que la forme de ces arcsboutants est toute primitive et qu'il n'en a observé de semblables dans aucune autre église du pays.
Comme complément de cette description, nous ajouterons que de chaque colonne s'élançait une colonnette dont le chapiteau recevait les arceaux des voûtes supérieures établies suivant la première méthode gothique, c'est-à-dire de façon à ce que les arcs diagonaux en plein cintre embrassent deux travées, disposition qui se remarque également au côté occidental des transepts.
Les bas-côtés, dont il ne reste plus, comme on l'a dit, que trois travées, ont des voûtes à arêtes croisées et à arcs doubleaux.
Un fait assez curieux à noter, c'est que la nef n'a pas été construite d'un seul jet. Cette particularité, quoique très évidente pour un observateur sérieux et confirmée d'ailleurs implicitement par la chronique du monastère, paraît avoir échappé à la perspicacité de M. Schayes, qui semble plutôt préoccupé de prouver précisément le contraire, c'est-à-dire que toutes les parties de la nef et même de l'église sont contemporaines, ce qui ne peut être tout au plus vrai que pour les soubassements.
En tous cas, si réellement la construction de la nef fut commencée dès le xne siècle avec celle des transepts et du sanctuaire (l\ elle ne fut pas d'abord poussée plus loin que la 4e travée. Alors il se produisit un arrêt assez considérable, durant lequel une clôture provisoire a dû être établie entre la troisième et la quatrième travée de la nef, afin de permettre aux moines de vaquer aux offices en toute tranquillité.
Vers i25o, les travaux ayant pu être repris, comme nous l'expliquerons ailleurs, furent poursuivis, cette fois, jusqu'à la façade, inaugurée en 1267, et se trouvèrent enfin terminés vers 1273.
Pour qui voulait prendre la peine d'observer avec attention, avant son écroulement, la partie de la nef construite en dernier lieu, il devenait clair qu'elle différait en plusieurs points de la plus ancienne comprenant les trois travées orientales, les seules précisément qui aient résisté au grand effondrement que nous déplorons
(1) Ici, de même que. pour l'origine des chapelles de Villers, les auteurs se partagent en deux camps bien tranchés, dont nous aurons à résumer les arguments pour et contre, dans notre ■• Histoire des Ruines », en apportant nous-mème dans cette discussion si délicate, certains éléments assez probants.
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plus haut. Les vestiges qui restent des travées postérieures suffisent à le démontrer. En effel, si celles-ci sont de même largeur que les premières, les bases de leurs colonnes sont plus élevées et le niveau des chapiteaux plus bas. Par suite, les arcades en étaient moins élancées. Bien plus, les matériaux qui, dans les trois premières travées, sont faits de pierre blanche et de tuf (du moins en ce qui concerne les colonnettes, les archivoltes du triforium, les encadrements des fenêtres et les formerets des grandes voûtes) se trouvaient dans la partie occidentale, exécutés presque entièrement en pierre schisteuse.
Les premières assises de la nef, comme de toute l'église, ontelles été posées simultanément au début des travaux d'un bout à l'autre de l'édifice, comme l'avancent MM. Lefèvre et Licot?... et d'autre part, le mur du midi, séparant la nef des galeries du cloître fut-il, selon les mêmes, élevé dès lors, au moins, jusqu'à la hauteur des corbeaux, soutenant la voûte primitive en charpente de cette partie du cloître, comme du reste semblerait le prouver l'architecture des deux portes romano-ogivales y donnant accès de l'église? Ce sont là deux questions que nous nous réservons d'examiner dans 0 l'histoire des Ruines » aux Fastes de Villers.
La longueur de la grande nef est d'environ quarante-cinq mètres. Sa largeur entre piliers est de neuf mètres soixante-dix centimètres, tandis que celle des collatéraux est de quatre mètres soixante dix centimètres. La grosseur des colonnes est de quatrevingt-seize centimètres.
6. Chapelles septentrionales. — De même que pour les chapelles des transepts, nous ne possédions que des renseignements fort vagues sur les sept chapelles flanquant le collatéral nord de la nef, lors de la première édition de cette description des Ruines de Villers.
Les auteurs antérieurs au XXe siècle en nomment à peine vaguement une demi-douzaine, telles que celles de la Sainte- Trinité, de Sainte-Ursule et de Saint-Bernard, la plus importante de toutes, sur laquelle on possède un peu plus de détails, comme on l'a vu au chapitre deuxième, à propos de l'abbé R. Henrion. D. Guyton en parle comme suit : « Sa chapelle est au septentrion; autel privilégié, il est au-dessus du tabernacle en grande figure. Au devant, sous une arcade, est un tombeau de marbre noir, élevé de
terre, renfermant les ossements des personnages dont les noms et figures sont représentés et écrits à la voûte, savoir : B. Juliana, B. Guillelmus, B. Leduvigis (pour Helwigis), B. Maria, B. Margareta, B. Abundus, B. Godefridus, B. Bonifacius, B. Arnulfus; B. Henricus, dont les os ont été mis dans le tombeau peslemesle dans la précipitation causée par le trouble des guerres. »
(SCHUERMANS op . cit . p. 8).
Trois documents, récemment mis au jour, ont surtout contribué à rendre possible l'identification des chapelles septen-
FIG. 23. - TRANSEPTS VUS DES ABORDS DU TOMBEAU DU BIENHEUREUX' GOBERT, D'APRÈS UNE ANCIENNE ÉTUDE. A GAUCHE, . FENÊTRE. DE LA CHAPELLE DE St CHARLES DITE « DE SOMBREFFE ».
trionales. L'un, consistant en un recueil de copies d'inscriptions lapidaires et autres de l'église de Villers, la plupart en flamand, est connu sous la rubrique de « Manuscrit Houtart » M du nom de son propriétaire. Les autres sont le « Manuscrit- Laenen » ou consécrations d'autels (2), et le Séries abbatiim Villarsiensium,
(1) H. Nimal. L'Eglise de Villers (1904), pp. 5i à 72.
(2) Laenen. Anal, histor. eccl. Belg. XXV (1898), p, 85.
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mis également au jour par l'abbé Laenen, archiviste de l'archevêché de Malines (*>.
Grâce à ces heureuses découvertes, on peut désormais identifier à coup sûr, à une seule près, toutes les chapelles septentrionales de l'église de Villers, ainsi que nous allons le taire, en commençant par la plus rapprochée du transept et proche de la sacristie S'-Charles :
a) Chapelle dite de Sombreffe (du nom de sa fondatrice Rixa de Sombreffe), dédiée à Stc-Ursule et à S'-Charles (fig. 23) et dont l'autel fut consacré dès 125-2, par le B. Boniface de Lausanne;
b) Chapelle de Malève (du nom de Clémence de Malève, dame de Rixensart), dédiée à S'e-Anne et Sle-Marie-Madeleine ;
c) Chapelle de Cracovie (d'Herman, chanoine de Cracovie), dédiée aux saintes martyres en général ;
d) Chapelle de Mellery (d'Hugues de Mellery), dédiée à la Sainte-Vierge <21 ;
e) Chapelle de Souvret (de Jean de Souvret (3) et de son épouse Marguerite), dédiée à Sl0-Marguerite ;
(1) Ibid. Ann. Acad. roy. d'archéol. de Belgique (1900), pp. 420 et 440.
(2) Les documents semblent être ici en contradiction avec la tradition recueillie par M. Piot et qui plaçait cette chapelle dans le milieu du bas-côté septentrional du transept (H. Nimal. Eglise de Villers, 1904, p. 44, et 1905, pp. 27 et 3oJ. Il parait que c'est entre cette chapelle et la suivante qu'aurait eu lieu le célèbre miracle des pas de J.-C, si on en juge d'après le texte suivant de Dom Guyton :
« Entre la 3e et la 4e chapelle (en partant du porche) au pilier de la nef qui y répond, on voit un grand tableau du Sauveur « Salvator mundi, salva nos » et les vers :
Ce sentier que voyé saint et vénérable, Est sacré par l'apparition du Sauveur ; Si ses traces et vertus vous animent le cœur, Priés qu'il vous soit à jamais favorable.
« Tout auprès, est une balustrade de bois à hauteur d'appuis, de la longueur de 25 pieds environ, posée par respect pour le sentier où la tradition de l'abbaye est que le divin Sauveur a fait quelques pas dans une étendue de terrain, couverte d'une natte que le religieux hôtelier leva pour me faire remarquer les pas de N. S., qu'il ht en faveur d'un religieux nommé Godefroy, qui prosterné devant son image au dit tableau faisoit son humble prière. » (H. Schuermans, Op. cit., pp. 7 et 8. )
(3) Un fragment de la dalle servait naguère encore au jeu de quilles, présidé par le légendaire père Dumont, au moulin de l'abbaye, à la grande colère de feu M. Schuermans, qui signala cette chose scandaleuse à la Commission royale d'art et d'archéologie (XXXVII, p. 224).
ABÈAYE de VILLERS.
f) Chapelle de Namur (de Thomas de Namur, boursier de Villers, de la fin du xme siècle, semble-t-il), dédiée à S'-Clément;
g) Chapelle de Mont-S^-Guibert (de Jean de Mont-S'-Guibert), dont le vocable n'est pas encore bien établi, malgré les flots d'encre que l'on a répandus pour l'attribuer à Sl-Bernard i1). Cette question, la mort de M. Schuermans l'a laissée en suspens, sans permettre à ce savant de l'approfondir à l'aide des documents nombreux qu'il déclarait avoir rassemblés à cette fin (a).
Ce qui lui donnait une certaine importance, c'est que le sort des reliques de la bienheureuse Julienne de Mont-Cornillon, enterrée à Villers, y semblait être en partie attaché. Nous reviendrons ailleurs sur ce sujet.
7. Porche, Façade, Clocher. — Le porche ou vestibule des églises cisterciennes bâties au XIIe et au XIIIe siècle, se bornait généralement à un simple appentis s'avançant en saillie au-dessus de la porte principale. Il en était ainsi à l'église abbatiale d'Aulne avant sa transformation en style renaissance au XVIIIe siècle.
A Villers, par exception, le porche fut dès le xme siècle englobé dans la construction. Il était surmonté d'une tribune en communication avec l'infirmerie et renfermant un bel et grand orgue, lors de la visite de Dom Guyton, en 1749. Cet orgue ne devait pas être fort ancien, car il ne paraît pas que cet instrument luxueux ait été admis beaucoup plus tôt dans les abbayes cisterciennes.
Un fait certain, c'est qu'au XVe siècle, il fallait encore, pour établir un orgue dans une église abbatiale de l'ordre de Cîteaux, l'autorisation expresse du chapitre général, lequel ne l'accordait que très difficilement. Pour les mêmes raisons, les porches des églises cisterciennes, à l'encontre de ceux des clunisiens, très vastes et très ornés, offraient peu d'étendue et une grande sobriété de décoration.
Le porche de Villers est encore recouvert en partie par une voûte d'arête à plein cintre surbaissé avec arcs doubleaux légèrement ogivés. Il était éclairé par de grandes fenêtres romanes sans
(1) H. Nimal, Op. cit. pp. 32 à 40.
(2) Schuermans, Lettre à Monsieur de P relie de la Nieppe [Ami. Soc. arch. de Nivelles, t. VIII, p. 73).
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châssis, partagées en parties égales par une colonnette sur laquelle reposaient deux arcatures plein cintre, dispositions qu'on retrouve dans les vestiges de la fenêtre du nord. Quant à celles qui s'ouvraient de chaque côté de l'entrée principale de l'église (plan Bi) on les a converties au xvme siècle en portes latérales (plan B>).
On aperçoit très visiblement sur les jambages les traces des mutilations qu'on a fait subir aux pierres soutenant les arcatures des fenêtres primitives, afin d'en supprimer les parties saillantes.
C'est donc à tort, que la plupart des auteurs qui ont décrit les ruines de l'abbaye, mentionnent ces deux ouvertures latérales comme étant d'anciennes portes romanes.
Nous renvoyons ceux qui conserveraient quelque doute sur l'existence des deux belles fenêtres romanes dont nous venons de parler à la magnifique gravure représentant la vue de l'abbaye de Villers, telle qu'elle était avant la regrettable transformation de son architecture en style moderne, publiée en 165g, par Sanderus, dans la première édition de son ouvrage intitulé : Chorographia sacra Brabantiœ W.
On constate sur la dite gravure que le portail était construit primitivement en style romano-ogival et se terminait par un triple pignon; celui du centre un peu plus élevé et surmonté d'une simple croix.
Immédiatement au dessus des deux fenêtres romanes susdites, s'en trouvaient deux ogivales géminées assez grandes, éclairant la
(i) Antoine Sanderus ou Sander, historien flamand, dit Michaud dans sa Biographie universelle, naquit en i58() à Anvers, fit ses premières études au gymnase d'Audenarde et les continua sous la direction des Jésuites à Gand, puis à Douai, où il acheva son cours de philosophie et reçut le degré de mailre ès arts. Il se rendit ensuite à Louvain où il suivit les cours des plus célèbres professeurs, puis il revint à Douai prendre le doctorat. Après s*ètre brillamment distingué dans l'état ecclésiastique, il se démit de toutes ses fonctions pour s'adonner entièrement à l'histoire et fut réduit à la misère sur la lin de ses jours par les frais énormes que lui occasionna la publication de sa Flandria illustrata, de sa Chorographia sacra Brabantice, et d'une foule d'autres ouvrages. La première édition de l'ouvrage intitulé Chorographia sacra Brabanti<e, parue en i65<j, est presque introuvable par suite de l'incendie de tous les exemplaires restés en librairie et réunis chez Lrick. à Bruxelles, lors du bombardement de lôçS.
La Belgique communale a reproduit autrefois en lithographie la vue de l'abbaye de Villers avant sa reconstruction, ainsi que celle publiée par Leroy vers 1750, représentant le monastère tel qu'il était après sa transformation en style moderne et qui remplaça la première dans la dernière édition de l'ouvrage de Sanderus, parue en 1776,