FAÇADE DE L'ÉGLISE ABBATIALE EN 1833, AVANT LES TRAVAUX DE DÉGAGEMENT
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Si
tribune, puis, au-dessus de chacune de celles-ci, trois autres, mais romanes, beaucoup plus petites, et placées de front, surmontées à leur tour, d'une dernière tout à fait isolée et de même forme, éclairant, à elle seule, une sorte de troisième étage.
Au-dessus de la porte de l'église, s'ouvrait une très grande fenêtre romane, atteignant jusqu'à la naissance de la toiture et surmontée elle-même de trois autres, percées dans le pignon central, de forme identique à celles placées au-dessus des deuxgrandes fenêtres ogivales de la tribune.
Sur la gravure représentant l'abbaye après sa reconstruction moderne, publiée vers 1750 par Le Roy, dans son Grand Théâtre sacré du duché de Brabant, dont nous avons déjà parlé, le style du portai] est complètement changé.
La belle façade de transition, que nous venons d'esquisser, y est remplacée par un affreux revêtement de pierres de taille en style rococo, construit à grands frais, au XVIIIe siècle, et dont un des premiers acquéreurs des ruines, a fait inconsciemment justice en l'arrachant jusqu'à la dernière pierre pour en fabriquer de la chaux ! ! Il est très probable que ce vandale d'un genre tout spécial n'aurait pas épargné davantage ce qui reste des constructions du xmB siècle, s'il n'en avait été détourné par le peu de valeur intrinsèque des matériaux.
La reproduction que nous donnons dans notre Plan-Guide de cette seconde vue de l'abbaye, nous dispense de faire la description du portail moderne, disparu comme on vient de le dire et qui ne présentait d'ailleurs aucun intérêt archéologique. On n'en aperçoit plus aujourd'hui que les arrachements informes (hg. 24). Une énorme brèche, qui permet de distinguer du dehors l'intérieur de l'église, remplace la grande fenêtre du milieu.
Autrefois, dit M. le chanoine Vos, le frontispice était orné à l'extérieur de quatre belles statues représentant les vertus cardinales. Au-dessus de la fenêtre principale et surmontant un pseudoclocher, on apercevait étincelante aux rayons du soleil sous une belle croix métallique une boule dorée entourée d'un serpent.
Le véritable clocher se trouvait placé, selon les usages cisterciens au centre de la croisée, c'est-à-dire, dans l'angle formé par l'intersection du chœur et des transepts U). Il était en bois et
(1) M. le chanoine Reusens fait remarquer que cette disposition permettait au religieux chargé de sonner la cloche à certains moments de l'office de s'acquitter de
peu élevé, conformément aux statuts de l'ordre. Ceux-ci réglaient même le poids des cloches, lequel ne devait pas dépasser cinq cents livres ou du moins être tel, en tout cas, que jamais il ne fallût plus d'un homme pour les mettre en branle. Ces cloches étaient ordinairement au nombre de deux, une grosse et une petite.
La disproportion entre les dimensions véritablement grandioses de l'église abbatiale de Villers et celles si mesquines de son clocher telles que nous les montrent les anciennes gravures, frappèrent tellement M. Schayes qu'il crut devoir en manifester sa stupéfaction dans une note spéciale. (Schayes, Histoire de l'Architecture en -Belgique, tome III, p. 46.)
8. Chapelles du Porche ou Nartex. Se trouvait-il réellement des chapelles à l'intérieur du porche ou nartex de l'église abbatiale de Villers?
— Oui, affirment certains auteurs, estimés pour leur profonde érudition archéologique W, le porche de l'église abbatiale de Villers possédait au moins une chapelle, laquelle (d'après eux) devait se trouver à gauche de l'entrée principale.
— Non, répondait, d'abord presqu'aussi catégoriquement, un auteur non moins estimé alors en son genre (surtout pour l'exactitude et l'élégance de ses traductions hagiographiques), il ne s'y trouvait pas de chapelle, du moins à gauche de l'entrée de l'église (2). — C'est tout au plus s'il consentait à reconnaître l'existence d'un simple autel à droite, adossé au trumeau qui sépare l'entrée principale de celle percée au xvme siècle, contre l'ancien bâtiment
son service sans s'éloigner du chœur. Cette assertion est confirmée par un dessin à la plume tout à fait inédit, représentant l'intérieur de l'église abbatiale d'Aulne au xvue siècle, au sujet duquel nous donnerons de plus amples détails en décrivant ce dernier sanctuaire. On y aperçoit, en effet, le moine chargé de la sonnerie, tirer la corde sans même quitter sa stalle, où il est en train de psalmodier en compagnie de ses confrères.
(1) H. Schuermans. Les Reliques de la Bienheureuse Julienne de Cornillon (1899. Annales de la Société archéologique de Nivelles VII), pp. 20-26; — Edgard de Prelle de la Nieppe. Église de l'abbaye de Villers (Bull, des Com. roy. d'art et d'archèol., 38e année 1899), pp. 3o, 43 à 48 ; — Schuermans. Lettre à M. de Prelle de la Nieppe (Ann, Soc. arch. Nivelles, 1904, t. VIII), p. 73-79; — Id. Eglise de l'abbaye de Villers (Bull. com. roy. d'art et d'arch. 42e année 1904), pp. 8, 16, et 21 à 44.
(2) H. Nimal. Autour de Villers, La B. Julienne. Ses reliques et son culte (Écho, religieux de Belgique, 26 novembre 1902), p. 10 et 11.
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des convers et dont on voit encore les assises. En cela, il ne faisait du reste que se rallier à l'opinion bien connue de feu M. l'architecte Licot, qui était encore plus catégorique, car il niait l'existence de toute chapelle sous le porche (T). Il est vrai qu'après la mort de ce dernier, l'auteur en question, à la suite de la découverte de nouveaux documents (manuscrits Houtart et Laenen), devient de moins en moins absolu à cet égard. Ainsi, dans une première étude sur l'église de Villers (2), il reproduit in extenso, sans commentaire, un passage important de la Chronique du monastère, consistant en l'énumération de 9 chapelles du nord, omission signalée précédemment par M. Schuermans (3) chez son contradicteur et où il est question d'une nona capella in porticu subtils. Puis, au cours d'une nouvelle étude, il s'applique à justifier, en ces termes, en l'amplifiant singulièrement, l'opinion primitive de Licot, qu'il avait tout d'abord fait sienne : lorsque M. Licot s'exprime ainsi : « Il ne se trouve pas, sous le porche, de chapelle proprement dite, mais seulement un autel », ces paroles s'expliquent aisément. Il veut dire : On n'a pas construit, sous le porche, de chapelle en hors d'oeuvre, comme à la nef septentrionale, mais on y a mis un autel, transformant ainsi une partie du porche en une sorte de chapelle U).
. Enfin, au moment même où nous ébauchions les lignes qui précèdent, nous recevions gracieusement en hommage du même auteur (avec lequel, du reste, nous sommes en rapports amicaux de vieille date), une petite plaquette (5>, où l'adhésion complète à l'existence d'au moins une chapelle sous le porche ne laisse plus rien à désirer. Nous y lisons en effet à la page 10, à propos de la 9e chapelle septentrionale :
« IX. C'est la chapelle d'en bas, sous le portique, fondée par Gobert de Bioul et Mathieu Piétoul de Nivelles. Nous trouvons
(1) Dans une lettre de M. Licot on lit en effet : " Il ne se trouvait pas sous le porche de chapelle proprement dite, mais seulement un autel. »(/!««. Soc. archéol. Nivelles VIII, pp. 5j et 79).
(a) H. Nimal. L'Eglise de Villers. Etude historique et archéologique (Amt. arch. de Nivelles VIII, 1904, p. 35) : « nonam quae est in porticu subtûs ».
(3) Schuermans. Église de Villers, p. 3a.
(4) H. Nimal, Op. cit. p. 39.
(5) Ibid. Chapelles et Sépultures dans l'Êgltse de Villers. (Ann. Soc. arch. de Nivelles, t. VIII, 1907).
la consécration de X autel de Saint-Genèse- au-Parvis (c'est le nom que porte cette chapelle dans le manuscrit Laenen) à la date du 25 août 1285 u)
Cette fois la question de la présence de chapelles au porche, pouvait donc être considérée comme résolue dans le sens affirmatif, au moins pour la partie droite du nartex.
Néanmoins, suivant une habitude dont nous nous sommes toujours très bien trouvé jusqu'ici, nous résolûmes de demander une solution plus complète encore, si possible, de ce problème, à l'abbaye d'Aulne, cette sœur presque jumelle de celle de Villers, et avec laquelle elle possédait tant de traits de ressemblance, ayant eu les mêmes architectes, reçu les mêmes règles, adopté les mêmes usages, etc.
Or, bien nous en prit, car, en ouvrant les notes de D. Guyton sur Aulne, nous y trouvons ce qui suit :
« Le portail de l'église est petit (ceci était écrit en 1749, c.-à-d. plus de 10 années avant la restauration si déplorable de l'église abbatiale d'Aulne). Il y a une chapelle où M. l'abbé reçoit à profession les religieuses dont il a la direction; lorsque sa santé ou ses affaires ne lui permettent pas de sortir, il les appelle à Aulne et les admet à faire leurs vœux dans ladite chapelle. » (2)
Puis, sur un béquet ajouté après coup, on lit cette longue note : « Le 2 septembre, « 4" nonas septembris. In Menologio ordinis Cisterciensis (Lovanii) : Passio B. Margaritae Virginis, quae cum Villarium suscipiendi habitûs causa pergeret, a prasdonibus in itinere vim passa et crudeliter occisa, et in fluvium projecta, contra undarum fluxum, angelorum ministerio, in eamdem urbem relata est, et cum gloria miraculorum in sacello proprio sepulta. » (3)
(1) I. Laenen. Les Consécrations des autels de l'église de l'abbaye de Villers. Notices extraites d'un ancien manuscrit. (Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, tome XXVII, 1898 p. io3).
(2) Comme on peut le voir dans nos Fastes de l'abbaye d'Aulne, celle-ci. de même que Villers, avait la direction ou paternité spirituelle de plusieurs monastères cisterciens de filles, tels que ceux de Soleilmont, d'Aywières, etc.
(3) Sainte Marguerite, vierge et martyre de la chasteté était grandement honorée à Villers où la 6e chapelle du nord lui était même dédiée, ainsi qu'on l'a vu. Comme on vient de le lire, cette sainte fille fut mise cruellement à mort, par d'affreux brigands, tandis qu'elle cheminait vers l'abbaye de Villers, pour y prendre le voile
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C'est apparemment (fait remarquer ensuite D. Guyton) à cet exemple et autres semblables qu'il faut rapporter l'usage où est l'abbaye d'Aulne, d'appeler les religieuses qui en dépendent, pour les recevoir ou à la profession ou au voile, dans une chapelle destinée à ces cérémonies, qui est sous le parvis du vestibule de l'église d'Aulne, à droite en y entrant. U) »
Cette chapelle d'Aulne affectée spécialement aux vêtures et professions de religieuses (lesquelles auraient évidemment été tout à fait déplacées dans l'église des moines), correspond donc parfaitement à celle de Saint-Genèse-au-Parvis de l'église de Villers. Celle-ci, sans nulle doute, devait être affectée spécialement au même usage, l'abbaye de Villers, se trouvant comme celle d'Aulne, chargée de la paternité spirituelle de plusieurs monastères de filles, tels que ceux de Valduc et de Binderen.
Au dire de certains écrivains du xvne siècle, Villers aurait même eu alors jusqu'à une vingtaine de ses membres occupés à diriger ainsi des maisons religieuses de femmes t2>.
Si D. Guyton garde le silence relativement aux chapelles du porche de Villers, on doit l'attribuer uniquement à son désir de ne pas se répéter ; le laconisme excessif de ses notes trahit d'ailleurs assez visiblement cette préoccupation du visiteur cistercien.
Voilà tout ce que nous pouvons faire connaître d'intéressant sur la chapelle de Saint-Genèse-au-Parvis.
Quant à la chapelle de Saint- Bernard, qui lui aurait fait pendant, à gauche de l'entrée, d'après MM. Schuermans, de Prelle de la Nieppe, etc., la question de son existence a pris une telle
et s'y vouer au service de Dieu. Césaire a écrit sa vie, dit Sanderus, dans Brabantia Illitstrata I, p. 439. C'est donc la plus grande célébrité hagiographique féminine de Villers, après la B. Julienne de Cornillon. Voir à ce sujet Fisen. Flores Ecclesia Ltodiensis du 2 septembre
(1) Schuermans. Les abbayes d' Aulne, de Lobbes et de Soleilmont au XVIII1' siècle, par D. Guyton, bibliothécaire de l'abbaye de Clairvaux, page 5 (Atm. du Cercle archiol. de Mous, t. XXIX.) Ces chapelles sous le porche, sont caractéristiques pour les églises cisteriennes. S'-Bernard, comme le fait remarquer Viollet-Le Duc dans son Dictionnaire raisonné d'Architecture, avait voulu revenir aux dispositions des églises primitives et retrouver le nartex des basiliques des premiers temps, affecté spécialement aux pénitences publiques. Mais celles-ci étant alors tombées en désuétude, on appliqua le dit nartex à d'autres usages, tels que celui adopté à Anime et sans aucun doute à Villers.
(2) A. Wauters. L'ancienne Abbaye de Villers. p. 27-28.
ampleur dans les discussions auxquelles elle a donné lieu en ces dernières années, que le résumé succint de celles-ci nous ferait déjà dépasser notablement, sans profit réel pour nos lecteurs, le cadre que nous nous sommes assigné en la présente publication. Force nous est donc de renvoyer la chose à nos Fastes de l'Abbaye de Villers, où l'histoire des constructions abbatiales a sa place toute marquée.
FIG. 25. — COUPE TRANSVERSALE DES NEFS DE L'ÉGLISE ET DE LA GALERIE PRIMITIVE