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CHAPITRE VI

Bâtiments claustraux réguliers.

SOMMAIRE. — i. Vieille sacristie : Aspect et dimensions, transformations subies au XVllK siècle, sa richesse à cette époque. — 2. Petite Bibliothèque (Parvum armariunv: Aspect et architecture' erreur archéologique trop longtemps accréditée à son sujet, catalogue de la petite bibliothèque en 1309, son faible contenu au milieu du 18r siècle, sa lampe traditionnelle, son bibliothécaire régulier ou « armorius ». — Chapitre ou Salle capitulaire : La fenêtre romane, son aspect, sa description architectonique, sa correspondante; l'intérieur du chapitre et les traces de son ancienne architecture, généralités; comparaison avec S'-Bavon, sépultures du chapitre. — 4. — Parloir des Moines (Colloquii locus) : Aspect, destination, conditions requises pour en user, comment on suppléait à ce parloir. — 5 Dortoir des Moines : Situation et aspect de l'escalier encore presque intact, ce à quoi il en est redevable; coup d'œil sur le dortoir des moines, sa vaste étendue, sa luxueuse ornementation, ses vestiges du moyen-âge, sa porte d'accès au transept de l'église abbatiale. — 6. Salle des moines i Auditorium) : Ses abords, son aspect actuel, sa description architectonique, sa désaffectation déplorable au XVIII*' siècle, sa situation constante chez les Cisterciens, histoire d'une vieille citerne — 7. Chauffcir Calefactorium) : Méprise plaisante à son sujet, sa description architectonique, sa destination primitive d'après la règle, son affectation spéciale à Villers au XV11K siècle, curiosité archéologique. — 8. Réfectoire régulier : Importance et caractère général, sa comparaison avec Aulne, description architectonique ; ce qu'il y avait à l'étage, vestiges de peinture murale, tribune du lecteur, nourriture, etc. — Cuisine : Histoire de son identification définitive, description de sa vaste cheminée semblable à celle de la brasserie, suppositions étranges auxquelles cette salle a donné lieu, ce qu'on y a trouvé, ce qu'il y avait à l'étage.

i . Vieille sacristie. — Du porche, revenons dans le transept sud en traversant la grande nef dans toute sa longueur, sans avoir à craindre, comme avant 1900, « de piquer une tête » dans la cripte mortuaire, alors horriblement éventrée et souvent pleine d'eau. Du transept méridionnal une assez belle porte donne accès dans la vieille sacristie (plan C), place rectangulaire d'environ quinze mètres de long sur cinq de large. Il n'y existe plus grand chose de la construction primitive : elle a été désaffectée au xvme siècle de sa première destination et transformée en partie en chapelle particulière à l'usage de l'abbé. L'autel occupait un renfoncement (plan C) faisant face à la porte de l'église et paraissant être l'emplacement d'une ancienne porte de communication

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avec le chapitre. Cet autel était éclairé à l'orient par une petite fenêtre à laquelle une fausse ouverture faisait pendant à l'ouest.

La partie occidentale de l'ancienne sacristie a été convertie en dernier lieu en plusieurs petits réduits servant probablement à enfermer divers objets précieux destinés aux cérémonies du culte.

Il paraît du reste d'après D. Guyton que, en 1749, la sacristie de l'église abbatiale de Villers était s riche en argenterie et en ornements ».

2. Petite Bibliothèque (Parvum armarium). — De la vieille sacristie on pénètre dans une petite place (plan D) d'égale largeur mais carrée, construite de même que tous les bâtiments claustraux de l'est qui lui font suite (chapitre, parloir, etc.), en style roman pur de la fin du xne siècle. Elle a conservé sa voûte d'arête, supportée par des culs-de-lampe dont la sculpture est admirable, et, chose digne de remarque, elle n'est éclairée que par une assez large porte, à arc surbaissé, donnant sur le cloître.

Lors d'une excursion archéologique faite à l'abbaye de Villers en 1877, sous la présidence du baron de Béthune, le célèbre architecte de l'abbaye de Maredsous, la destination de cette salle a été vivement discutée et l'honorable assemblée a fini, bien à tort cependant, ainsi qu'on va le voir, par se ranger à l'opinion de ceux qui la considéraient comme la « salle des morts » des religieux de Villers.

En effet, un simple coup d'œil jeté sur le plan de Clairvaux au XIIe siècle (si fidèlement reproduit dans les dispositions générales des bâtiments claustraux de Villers, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer) suffit à nous renseigner d une façon péremptoire sur l'usage auquel cette petite place était affectée et nous montre clairement que ce ne pouvait être que Y Armarium ou armoire aux livres, à l'instar de l'abbaye-mère, c'est-à-dire l'endroit où les anciens moines déposaient primitivement leurs livres de chœur en sortant de l'église.

Si, du reste, nous pouvions encore malgré cela conserver quelques doutes à cet égard, ils seraient entièrement dissipés par la lecture du passage suivant des notes de D. Guyton :

« Dans une « armoire » entre le tombeau (celui du bien- « heureux Gobert, dont il venait de terminer la description) et le « chapitre, il y a quelques livres; on y voit un manuscrit sur

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« velin, des lettres de Saint-Bernard; il y en a trois cent dix : « celle à son neveu Robert y est la première, la lettre de Guillaume, « abbé de Signy, etc. »

Il est de toute évidence que l'armoire désignée ci-dessus ne pouvait être placée que dans la salle qui nous occupe et de plus devait être cette salle elle-même.

Enfin, la lecture des auteurs qui ont écrit sur les anciens usages des Cisterciens ne fait que confirmer ce que nous avançons.

Dans les premiers textes cisterciens, la bibliothèque porte ordinairement le nom d' armarium et on y voit même que cette « armoire aux livres » constituait, dans le principe, toute la bibliothèque et les archives du monastère.

Toutefois, à Villers, dès i3og, il y avait déjà le grand et le petit armarium. Le catalogue renseigne environ quatre cents ouvrages comme faisant partie de la grande bibliothèque et une bonne centaine comme se trouvant dans la petite bibliothèque, tels que : « Questiones supernaturalia Aristotelis, Naturalia Aristotelis, Liber Aristotelis de anima. Summa Romoldi de Casibus cum apparatu, etc. (Schuermans, Bibl. de l'Abbaye de Villers, p. 17.)

Plus tard, surtout au xvme siècle, lors de la fondation de grandes bibliothèques abbatiales dans les Pays-Bas, il semble, à en juger par le peu de livres que renfermait alors celle de Villers, que cette armoire perdit de son importance et ne fût plus guère conservée que par respect pour la tradition. Elle resta néanmoins la « petite bibliothèque n par opposition à la nouvelle ou bibliothèque proprement dite, dont nous parlerons plus loin.

On voit aussi dans les anciens textes susdits, qu'à certains jours et à certaines heures, on allumait une lampe « devant » la bibliothèque ou armarium, afin qu'on pût en consulter les livres plus facilement, ce qui indique que la lecture s'y faisait à porte ouverte, en passant et par intermittence.

L'infirmier devait rapporter dans X armarium avant complies les livres qui se trouvaient à l'infirmerie.

Herbert, dans son livre Ier des « Miracles des moines cisterciens », parle d'un moine de Clairvaux qui se fit chasser de l'abbaye sous l'administration de Saint-Bernard, pour s'être rapproché la nuit de la porte de Y armarium et avoir essayé d'en forcer la serrure.

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Dans les premiers temps, les bibliothèques monastiques se composant principalement de livres de chant, le moine dirigeant la partie vocale du culte était naturellement chargé du soin de l'armoire aux livres et, par suite, il était qualifié tout à la fois, comme par exemple à Cluny, des noms de cantor et armarius. C'était un des premiers dignitaires de l'abbaye. Il prenait soin des livres, écrivait les rouleaux des morts et les lisait au chapitre avant de les envoyer.

Les bibliothécaires modernes achètent des livres; Varmarius, lui, en faisait écrire par les moines-écrivains placés sous ses ordres dans le scriptorhnn . Les archives étaient aussi confiées à sa garde et les titres qui les composaient étaient rédigés sous sa haute direction.

3. Chapitre ou salle capitulaire. — A peine le visiteur a-t-il franchi le seuil de Y armarium pour s'engager dans la galerie orientale, que ses regards s'arrêtent à gauche avec admiration sur une large et magnifique fenêtre romane à plein cintre, en parfait état de conservation (plan n) et à peu près semblable à celles dont le porche de l'église n'offre plus malheureusement que des vestiges (Fig. 26).

Une gracieuse colonnette centrale, à laquelle correspondent deux autres de même structure, à demi engagées à droite et à gauche, lui donnent l'aspect d'une grande baie géminée, s'ouvrant d'une vaste salle carrée (plan E) de douze mètres de côté, sur la galerie orientale du cloître où nous nous trouvons en ce moment.

Cet intéressant spécimen de l'architecture romane du xi Ie siècle n'a échappé au vandalisme qui s'est acharné avec tant de fureur sur ses congénères, que grâce à la double circonstance de sa conservation dans l'épaisseur de la maçonnerie lors des transformations en style moderne, et de la très grande quantité de décombres provenant de l'effondrement du dortoir, laquelle empêchait depuis près d'un siècle l'accès du mur qui le recelait religieusement dans son sein. C'est aux recherches intelligentes et persévérantes de MM. Lefèvre et Licot que nous sommes redevables de sa découverte, ainsi qu'on l'a vu plus haut (Chap. III).

Une fenêtre tout à fait identique, mais dont il n'existe plus que les traces de la baie (plan o), se trouvait de l'autre côté de la

porte à plein cintre (plan m), par où nous allons pénétrer à présent dans la salle en question, qui n'est autre que le « chapitre » ou salle capitulaire de l'abbaye de Villers.

Les deux gros piliers de forme polygonale, que nous apercevons au milieu et qui soutenaient la voûte, complètement écroulée, sont modernes et très disgracieux. Autour d'eux, on

FIG. 25. - FENÊTRE ROMANE DE LA SALLE CAPITULAIRE, ÉCHAPPÉE AUX MUTILATIONS

aperçoit sur le sol (plan p, p, p, p) les fondements des quatre colonnes romanes, qu'ils ont si pitoyablement remplacées au commencement du xvme siècle.

Les traces des retombées des voûtes primitives sont encore, d'ailleurs, très visibles sur les murs, sauf sur celui du nord, masqué par une doublure moderne assez épaisse, en briques,

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destinée, semble-t-il, à changer en carré parfait la forme légèrement parallélogrammique du local.

La muraille orientale du chapitre était consolidée extérieurement par un certain nombre de contreforts en rapport avec celui des travées. On en a mis récemment les fondements à découvert.

La salle du chapitre, où les moines s'assemblaient, sous la présidence de l'abbé, pour délibérer sur les affaires spirituelles et temporelles du monastère, était ordinairement établie dans la partie orientale du cloître.

Le plan du monastère de Saint-Gall offre une disposition particulière, qui ferait croire qu'au commencement du IXe siècle, on ne construisait pas encore une salle uniquement réservée aux réunions du chapitre ; en effet, selon la légende de ce plan, les assemblées se tenaient dans la galerie du cloître, située latéralement à l'église, et dans ce but on lui avait donné plus de largeur qu'aux trois autres galeries.

Dès le xe siècle (966) nous voyons Ménard, abbé de Fontenelle, achever la construction d'une salle capitulaire.

Soit que cette salle occupât le milieu de la galerie, ce qui était le plus ordinaire, soit qu'elle s'élevât auprès de l'abside ou au transept, la partie de la galerie orientale située devant le chapitre se nommait ante capituliun.

Le plan du chapitre était ordinairement carré ou en parallélogramme peu allongé, afin que de toutes les places on pût facilement se faire entendre de l'assemblée Des bancs en pierre régnaient tout autour des murs.

Dans le commencement la salle du chapitre communiquait avec la galerie voisine du cloître au moyen de trois baies cintrées, entièrement ouvertes. Celle du milieu plus grande que les autres, servait de porte d'entrée; les deux autres, subdivisées par une colonnette présentaient l'aspect de fenêtres géminées Cette triple ouverture ajourée entre le cloître et la salle capitulaire, retrouvée, comme on vient de le voir, dans les ruines de Villers, existe encore intacte à l'abbaye de Saint-Bavon â Gand, où on la désigne abusivement sous le nom de porte d'entrée de la crypte de la Vierge. Cette prétendue crypte n'est autre chose que la salle capitulaire de l'abbaye, et les tombeaux qu'on y a découverts sous l'ancien pavement sont ceux des abbés du monastère; car la salle du

chapitre servait primitivement de lieu de sépulture aux abbés. Les simples religieux étaient enterrés dans le cimetière; dans l'église on n'admettait que les corps des rois, des princes, des évêques et autres bienfaiteurs notables de l'abbaye (0.

4. Parloir des moines. — En sortant de la salle capitulaire pour continuer à parcourir la galerie orientale du cloître dans la direction du sud, on aperçoit à sa gauche une sorte de couloir (plan F) étroit, sans issue et contigu au côté méridional du chapitre, dont la largeur n'excède guère celle de la porte qui y donne accès. C'est le parloir des moines ou colloqaii locus, dont nous avons déjà parlé, seul endroit des lieux réguliers où les religieux cisterciens de la primitive observance eussent la faculté de s'entretenir quelques instants.

Il fallait pour y entrer la permission du prieur ou de l'abbé, et, à moins de nécessité absolue, on ne devait pas y être plus de deux, outre le prieur qui assistait à la conversation.

Dans les monastères où un parloir de ce genre faisait défaut, comme par exemple à l'abbaye d'Aulne, l'embrasure de la première fenêtre venue des galeries claustrales pouvait en tenir lieu, pourvu que l'entretien fût fait à voix basse et de façon à ne pas troubler le silence général. Dans ce cas le prieur n'y assistait que très rarement, la surveillance se faisait tout naturellement par le passage continu des autres moines à proximité des deux causeurs, lesquels d'ailleurs ne pouvaient prolonger leur conversation au delà de certaines bornes, sans s'exposer pour le moins à des réprimandes au prochain chapitre des coulpes.

5. Dortoir des moines. — Un second couloir contigu au précédent et encore un peu plus étroit renferme l'escalier du dortoir des moines.

Les belles pierres de taille presque neuves composant les marches de cet escalier sont encore à peu près toutes intactes. Ce n'est évidemment qu'à l'énorme quantité de décombres sous laquelle elles se trouvaient ensevelies jusqu'à présent qu'elles ont dû d'échapper à la rapacité des premiers acquéreurs des ruines.

(1) Pour tous détails sur ce que faisaient les moines au Chapitre, voir Les Fastes de i'Abbave d'Aulne, chap. VIII : Les Moines au Chapitre, pp. 47-53.

AUTRES CONSTRUCTIONS

Parvenus à l'étage, nous constatons d'un coup d'œil que le dortoir des derniers moines de Villers comprenait un large corridor central richement décoré à l'aide de pilastres modernes encore très visibles qui le font ressembler plutôt à un salon de réception qu'à un lieu de passage.

Peut-être est-ce cette ornementation luxueuse qui a induit certains auteurs à considérer ce corridor comme ayant servi de salle capitulaire au xvme siècle, ce qui, d'ailleurs, n'aurait rien d'invraisemblable. A droite et à gauche s'ouvraient les cellules des moines dont les fenêtres (une par cellule) donnaient les unes sur le préau du cloître, les autres sur la cour des novices.

Ce dortoir s'étendait sur tout l'étage des bâtiments claustraux de l'est et même au delà.

Sa reconstruction complète au xvme siècle lui a enlevé tout intérêt archéologique. Cependant la muraille donnant sur la cour des novices a conservé quelques vestiges intéressants des fenêtres du dortoir primitif, surtout à proximité de l'escalier.

A l'extrémité septentrionale du grand corridor, à présent inaccessible, on aperçoit dans la muraille du transept méridional la porte par où les moines descendaient directement à l'église pour le chant des matines

6. Salle des moines. — Redescendant l'escalier du dortoir et tournant ensuite brusquement à gauche, on se trouve dans un petit corridor (plan H) à voûte romane assez bien conservée, lequel n'est que le prolongement de la galerie méridionale du cloître vers la cour des novices. Laissant sur notre droite une porte à tympan monolithe demi-circuiaire, et sur notre gauche l'entrée d'un réduit situé sous l'escalier du dortoir, nous pénétrons par une seconde porte à notre droite semblable à la première, dans une place (plan J) dont l'intérieur a été entièrement déformé au xvme siècle par des constructions minuscules en briques. Leurs fondements se croisent en tous sens sous les yeux du visiteur plus ou moins désorienté et assez intrigué par cet enchevêtrement de petits murs.

Cependant, l'attention ne tarde pas à se porter sur quatre colonnes alternativement cylindriques ou octogones, à chapiteaux

(i) Voir Les Fastes de l'Abbaye d'Aulne, chap. VI ; Les Moines aie Dortoir, p. 34.

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octogones et dont deux se trouvent engagées dans cette maçonnerie insolite.

Elles soutiennent la belle voûte d'arête surbaissée (présentant des arcs doubleaux légèrement ogivés), d'une salle formant primitivement un carré parfait de douze mètres de côté, tout comme le chapitre, mais que partage aujourd'hui en deux compartiments principaux un gros mur élevé au XVIIIe siècle.

C'est l'antique auditorium ou la « salle commune » des moines. Celle-ci fut désaffectée de sa destination première par le dernier abbé de Villers, Dom Bruno Cloquette, qui la convertit en plusieurs petits offices à son usage particulier, par suite de la proximité de cette construction à celle du nouveau quartier abbatial, bâti à l'est par ses ordres, après 1788, date de son élection. Il en résulte que les subdivisions établies alors dans ce local ne peuvent être considérées comme ayant servi de relaverie et de garde-manger du monastère, ainsi que l'affirment en général presque tous les auteurs de descriptions des ruines de Villers, amenés naturellement à cette supposition par une erreur plus grave, commise sur l'emplacement réel de la cuisine, comme nous allons bientôt le voir.

Cette salle commune, où les religieux prêtres se tenaient durant les heures réservées aux travaux intellectuels, salle que les anciens appelaient domus fratrum et que les Anglais désignent encore si bien sous le nom de Fratry, c'est-à-dire lieu où vivent les frères, occupait toujours le re/. de chaussée à l'extrémité sud de l'aile orientale. Il en est encore ainsi à l'abbaye de Maredsous.

Dans les abbayes cisterciennes, comme on le voit sur le plan de Clairvaux, elle présentait ordinairement, sur les constructions voisines, une saillie à peu près aussi forte que le réfectoire et le logement des frères convers, édifices auxquels elle était d'ailleurs parallèle. A Villers, cependant, ainsi que nous l'avons constaté, le plan généralement suivi a été modifié ; la salle des frères était carrée et ses voûtes reposaient sur quatre piliers, qui la divisaient en trois nefs de peu de longeur.

Dans l'angle sud-ouest se trouve une porte assez étroite qui donnait accès à une citerne. Tous les auteurs qui ont fait de la place où nous sommes en ce moment, la relaverie du monastère, ont naturellement considéré cette citerne comme destinée à en

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alimenter la pompe traditionnelle. Or, il paraît avéré aujourd'hui qu'avant le xvine siècle et l'agrandissement de la pièce où nous allons entrer, cette porte était tout simplement celle d'un lieu d'aisance, dont l'emplacement ne pouvait d'ailleurs être guère mieux choisi. A présent, elle sert de communication entre la salle des moines et une autre, sur la destination de laquelle on ne s'est pas moins mépris. Pénétrons-y.

7. Chauffoir (Calefactorium). — La salle où nous voici à présent, et que les mêmes auteurs qui ont fait de Y auditorium une relaverie, nous présentent comme la cuisine de l'abbaye, est en réalité l'ancien calefactorium ou chauffoir des moines (plan K).

C'est une place de 12 mètres de longueur sur 9 de largeur. Elle est recouverte, sauf à l'extrémité méridionale, par une solide voûte d'arête avec arc-doubleaux en plein cintre, retombant de chaque côté sur les chapiteaux carrés de quatre colonnes cylindriques engagées et inégalement distantes. La partie écroulée de la voûte est justement celle qui fut ajoutée lors de l'agrandissement donné au local vers le sud au xvme siècle, afin de le mettre de front, du côté méridional, avec la salle commune que nous venons de quitter.

La vaste cheminée (plan Q) existe encore, mais son large manteau s'est malheureusement écroulé depuis quelque trente ans.

L'aspect général de la place indique que sa construction est pour le moins postérieure d'un siècle à celle de la précédente et qu'elle ne remonte pas au delà du xvie siècle, comme suffirait d'ailleurs à le prouver la singulière position d'une colonne de l'angle nord-ouest, obstruant en partie une ancienne porte condamnée, s'ouvrant sur la galerie méridionale du cloître. Du reste, la sculpture des gracieuses clefs de voûte, retrouvées par M. Licot ne laisse aucun doute à cet égard.

C'était là, comme le fait remarquer Viollet-le Duc, en parlant du chauffoir de l'abbaye de Clairvaux, qu'après le chant des Laudes, au lever du soleil, les religieux transis de froid pendant les offices de nuit de la saison rigoureuse, allaient se réchauffer et graisser leurs sandales, avant de se rendre aux travaux du matin.

La plupart des anciennes abbayes de nos contrées septentrionales possédaient en effet régulièrement, dans le voisinage

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de la salle commune, une pièce munie d'un foyer, où les moines pouvaient venir se chauffer à l'époque des grands froids.

Dans les derniers temps, et tout au moins au milieu du xviue siècle, le chauffoir était devenu, à l'abbaye de Villers, une sorte de réfectoire extraordinaire où l'on pouvait parler, et même dans lequel, à certains jours de l'année, les novices étaient admis à participer exceptionnellement au repas des moines, en manière de récréation. C'était devenu, en deux mots, un « réfectoire du colloque ». C'est pour cette raison, qu'à l'époque dont nous parlons, il était muni constamment de tables et de bancs comme le réfectoire régulier, dans lequel nous allons pénétrer.

Ce dernier est séparé du chauffoir ou réfectoire du colloque par un étroit intervalle, compris entre deux murs énormes (plan K ) dont l'un renferme des conduits servant d'écoulement aux latrines du dortoir, qui se déchargeaient dans la Thyle, laquelle passe justement sous ce double mur, en se dirigeant vers le réfectoire. Au fond de cet espace vide, mais avant de parvenir à la petite ouverture y donnant un peu de jour, on remarque les vestiges d'une fenêtre gothique du XIVe siècle, ayant appartenu à la muraille qui fermait le chauffoir au sud, avant son agrandissement de ce côté au XVIIIe siècle.

8. Réfectoire régulier. — La partie des ruines de l'abbaye de Villers dans laquelle nous pénétrons en ce moment, est sans nul doute la plus importante après l'église abbatiale et présente en tous cas, un vif intérêt au point de vue archéologique (Fig. 28 et 29).

Le style de transition, qui y domine, indique suffisamment que sa construction est contemporaine de celle des transepts de l'église et antérieure, d'au moins un demi siècle, à l'achèvement des nefs de celle-ci. Ce doit être l'œuvre, sinon de l'abbé Charles de Seyne, au moins de son successeur immédiat.

D'après D. Guyton il y avait à l'abbaye de Villers, au milieu du xvme siècle, deux espèces de réfectoires : i° le réfectoire régulier ou grand réfectoire, dans lequel nous nous trouvons à présent; 20 le réfectoire du colloque ou chauffoir, que nous venons de quitter. On n'y mentionne donc pas, même alors, un 3e réfectoire réservé au gras comme à Aulne.

Le premier, plus grand d'une travée que celui de même genre à l'abbaye d'Aulne, mesure environ trente mètres de

longueur et quatorze mètres et demi en largeur. Il est malheureusement veuf de sa toiture et de ses deux rangées de voûte dont l'énorme poussée, était maintenue extérieurement par de puissants contreforts en retraite, placés entre les fenêtres. En y entrant, on aperçoit la Thvle par un trou situé à proximité de la première colonne (plan i).

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