CHAPITRE VII
Autres Constructions.
SOMMAIRE — 1. Ancien logement des Convers et Celliers : Curiosités archéologiques de la partie méridionale, distributions générale du Domus conversorum, celliers et celleriers. — 2. Infirmerie et Pharmacie du XVIII" siècle : Emplacement de l'infirmerie, de sa chapelle, de la pharmacie et de son jardin spécial, etc. — 3. Ancien Palais abbatial : Ses vestiges, son aspect au xvik siècle, description détaillée des substructions du XII» siècle et du XVII'' siècle, importance croissante du quartier abbatial, etc. — 4. Ancien Noviciat (Nouvelles Sacristies) : Description primitive, remarques architectoniques, description des nouvelles sacristies. — 5. Nouveau Noviciat (Ancienne Infirmerie) : Description du rez-de-chaussée (XIV1' siècle), l'ancienne chapelle de l'infirmerie, etc. — 6. Bibliothèque : Son catalogue en 1309, son peu d'importance au XVIII'' siècle, sa destinée. — 7. Nouveau palais de l'abbé et des hôtes: Sa grande entrée, sa maigre importance architecturale, ses raisons d'être, surtout au moyen-âge ; le mode de réception, jardins-étages et promenades ombragées, etc. — 8. Bourserie et Prisons : Local primitif, puis au xviii'- siècle, fontaine, prisons et légendes terribles, etc. — 9. Logement des pauvres et des pèlerins : Son origine, hospitalité exercée, méprise de plusieurs sur sa vraie destination .
i. Ancien logement des Convers et Celliers. — Si de la
cuisine nous passons dans « la cour des poules », ainsi nommée de temps immémorial, nous rencontrons bientôt au midi les fondations d'un vieux mur du xme siècle partant de l'angle sud-ouest du réfectoire. Il forme, avec le côté occidental de celui-ci, un angle d'environ 70 degrés, tandis que le mur actuel de clôture, construit au xvme siècle et partant du même angle, présente, avec le même côté du réfectoire, un écartement de plus de 90 degrés. (Voir notre Plan-guide central.)
Ces fondations, mises récemment au jour, ont pour nous un assez grand intérêt archéologique, car leur partie occidentale détermine, d'une façon précise, la limite méridionale de Y ancien logement des convers (plan N, 0, P, Q). Elles se trouvent, en effet, en parfait accord avec la vue de l'abbaye primitive de Villers, parue dans la ire édition de Chorographia sacra Brabantiœ, sur laquelle vue il est aisé de constater que l'ancien logement
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des convers a été allongé du côté sud, au xvme siècle, d'au moins deux travées.
La partie méridionale, ainsi agrandie (plan N), devint au rez-de-chaussée le réfectoire des gens de service. Il y a toute apparence que la partie primitive de ce réfectoire, réunie au garde-manger (plan O), qui en est séparé par un mur moderne, constituait tout d'abord le réfectoire des convers, et que la petite place (plan M\) qui se trouve entre le garde manger et la cuisine tenait lieu de chauffoir aux mêmes convers et plus tard aux gens de service.
Quoi qu'il en soit de la destination primitive des diverses salles des bâtiments occidentaux, il n'en est pas moins certain que ceux-ci furent spécialement édifiés, à la fin du XIIe siècle, pour le logement des convers.
En effet, au XIIe et au XIIIe siècle, il y avait à Villers, comme dans toutes les grandes abbayes cisterciennes, un nombre considérable de frères convers (on a vu qu'ils étaient plus de 3oo en 1275). Ils n'entraient pas dans les ordres sacrés, mais émettaient les vœux de religion et ils se consacraient, sous la direction des moines, aux travaux des champs et à l'exercice des différents métiers.
Ces frères convers habitaient l'aile occidentale des bâtiments claustraux, appelée pour cette raison maison des convers, domus conversorinn, et s'étendant souvent depuis le porche de l'église jusque bien au delà du grand réfectoire, comme on le voit sur le plan de l'abbaye de Clairvaux au XIIe siècle. A Villers, par contre, le réfectoire la dépassait d'au moins une travée vers le sud.
Le logement des frères convers se composait régulièrement au rez-de-chaussée d'une vaste salle voûtée, partagée en deux nefs par une épine de colonnes, et à l'étage, d'une salle de même grandeur, couverte le plus souvent, d'un simple toit avec charpente apparente à l'intérieur. Cette dernière salle était le dortoir; quant au rez-de-chaussce, il servait durant le jour, en dehors des heures de travail, aux repas et autres exercices de communauté.
Au centre de la façade occidentale du logement des frères convers, à proximité de l'entrée régulière (plan P), se trouvait l'appartement du « maître des convers 0 magyster conversorum, religieux prêtre, chargé de leur direction.
Cette construction se composait de deux petites pièces, une
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au rez-de-chaussée et une à l'étage, et renfermait l'escalier conduisant au dortoir des convers qui occupait tout l'étage de la domus conversorum.
Dans la plupart des abbayes, les frères convers pouvaient, de même que les moines, descendre directement de leur dortoir dans l'église, au moyen d'un escalier aboutissant dans le porche ou à proximité.
A l'abbaye de Villers, la porte par où les convers descendaient dans le bas côté méridional de l'église, se voit encore à une certaine hauteur (plan e).
Une autre, s'ouvrant sur la tribune du porche, d'où les malades pouvaient assister aux offices, paraît avoir été percée à une époque postérieure, probablement lors de la transformation en infirmerie de l'étage du bâtiment des convers.
Au xvme siècle, les reconstructeurs de l'abbaye de Villers reculèrent devant la démolition complète des massives constructions romanes qui nous occupent, et dont l'aspect moyenâgeux offusquait les admirateurs du style rococu, affublé du nom prétentieux de « style renaissance ». Ils tournèrent la difficulté en leur adossant une façade au goût de l'époque, en briques et pierres de taille, percée, du côté de la grande cour d'entrée, de fausses fenêtres cachant les jolies petites ouvertures romanes, que nous montre la gravure de Sanderus citée plus haut
La partie la mieux conservée de l'ancien logement des convers de Villers est celle qui servait de celliers (plan Q). On sait qu'on donne le nom de celliers, aux caves et aux magasins dans lesquels se conservent les provisions de tous genres.
Sur le plan de l'abbaye de Saint-Gall, dressé, comme on l'a vu, au ixe siècle, les celliers sont marqués dans l'aile occidentale du monastère, à l'endroit où nous trouvons plus tard le logement des frères convers.
Lorsque, par suite des inconvénients multiples, résultant de la présence de trop nombreux frères convers, dans les monastères cisterciens, leur institution eut été supprimée (les abbayes n'en
(1) Quelques-unes de ces baies romanes, les plus rapprochées du milieu de l'édifice, ont été récemment restaurées, de façon heureuse, par les soins de M. l'architecte Pepermans. Peu à peu la restauration sera complétée pour la partie voisine du porche
AËBAYE DE VILLERS.
conservant que le nombre absolument nécessaire pour le service intérieur de la communauté), l'aile occidentale des bâtiments claustraux fut affectée à d'autres usages.
Le plus souvent, selon la coutume déjà reçue au vu Ie siècle, on la convertit en cellier. Il en fut ainsi à l'abbaye de Villers U).
Dès le xive siècle, et peut-être même depuis la construction du monastère, la partie septentrionale du rez-de-chaussée du dit logement y servait de cellier, comme semble l'indiquer le mode de construction des nombreux petits murs qui la divisent intérieurement, et le style des portes de communication entre les différentes salles ainsi formées.
Cette partie de l'ancien domus conversorum est encore presque entièrement voûtée. Malheureusement, les travaux entrepris pour sa conservation en ont tellement ébranlé la muraille du côté du cloître, qu'on a été obligé, pour ne pas voir disparaître ce précieux vestige de l'architecture du XIIe siècle, d'y appuyer extérieurement d'énormes madriers qui en détruisent la poésie et en gênent quelque peu l'étude archéologique. L'aspect en était beaucoup plus pittoresque avant les travaux de soutènement. (Fig. 3o.)