FIG. 31 - GALERIE ORIENTALE DU CLOITRE VUE DES ABORDS DU CHAUFFOIR
ii4
Dans ce cas, puisque les substructions septentrionales ne reproduisent pas la figure de l'autre partie du palais, n'est-on pas en droit de les considérer comme bien antérieures à celles que nous cherchons en vain sur le terrain?
Nous laissons à d'autres plus compétents en la matière, le soin de trancher ces questions.
A l'origine, le logement du père abbé consistait dans une simple cellule. Bientôt cependant il devint une construction importante, et l'on ne voit que rarement, au moyen-âge, les abbés se contenter du dortoir commun ou d'une modeste cellule.
A partir du xive siècle, et surtout à l'époque de la Renaissance, les maisons abbatiales devinrent souvent de véritables palais, renfermant une chapelle privée, de vastes salles, des écuries, des cours, des jardins, etc. U)
4. Ancien Noviciat (Nouvelles Sacristies). — Rentrons dans le cloître, et, après un dernier coup d'oeil jeté sur la galerie orientale (Fig. 3i), achevons la visite des ruines, en prenant pour point de départ le corridor (plan H), mettant en communication la galerie méridionale du cloître avec la cour des novices. Celleci est nommée aussi cour des quatre jardins.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons fait observer, touchant la destination primitive de cette cour, dans laquelle certains archéologues éminents,ont voulu voir le préau d'un ancien
(1) La plupart des abbés se conduisaient en grands seigneurs, et ne sortaient de leur abbaye qu'en équipage attelé au moins de quatre chevaux. En Belgique, ils jouissaient aussi d'une grande importance comme hommes politiques; beaucoup et notamment ceux de Villers étaient, en leur qualité d'abbé, membres des États du pays.
On sait que l'abbé était élu à vie par les moines. Voici quelles étaient les principales attributions de l'abbé cistercien. Il nommait les fonctionnaires, infligeait les punitions, accordait les dispenses, avait la direction suprême du personnel comme du matériel; mais quelque haute que fût sa position, il était soumis à la règle comme les autres moines : - C'est la règle qui est la maîtresse du monastère et tous lui doivent obéissance. » (Règle de St-Benoît, chap. III.)
L'abbé était vêtu du même costume que ses moines. Quoiqu'il eût une cuisine distincte de celle de la communauté et deux frères pour en faire le service, il n'était pas mieux nourri que le reste des moines : comme eux, du moins au xme siècle, il ne mangeait que des légumes, et la principale raison qui lui faisait faire table à part était la nécessité de recevoir honorablement les hôtes, sans que leur présence au milieu des moines vint distraire la communauté de ses pieux exercices. (Voir plus amples détails dans les Fastes de l'Abbaye d'Aulne, pp. 216-218.)
AUTRES CONSTRUCTIONS
petit cloître. Nous rappellerons seulement que, jusqu'à présent, on n'a pu y découvrir de vestiges de galeries proprement dites.
En effet, nous n'y apercevons qu'un passage, qui était évidemment à ciel ouvert, puisqu'il est encore pavé de grès ordinaires. Il continue le corridor dont nous sortons, se dirigeant à l'est vers la nouvelle bibliothèque, puis, de là, au cimetière. Un mur, peu élevé, le sépare encore de la cour proprement dite.
A notre gauche, le long de la muraille orientale de la salle capitulaire, nous remarquons les fondations d'anciens contreforts. Plus au nord, sont d'autres substructions, ayant appartenu à la face méridionale de l'ancienne sacristie. A l'est, elles se continuent sous le pavement moderne des nouvelles sacristies, dans lesquelles nous pénétrons en ce moment.
Celles-ci, élevées sur l'emplacement de Y ancien noviciat, mais avec une largeur d'environ 2 mètres en plus, ne présentent rien de bien remarquable. Le rez-de-chaussée se compose de quatre pièces, se succédant de l'ouest à l'est. La première (plan R\) et la plus vaste (10 mètres de long sur 7 mètres de large), affecte une forme rectangulaire. Sa voûte reposait sur deux colonnes centrales, dont on voit encore les fondations. C'était au XVIIIe siècle la grande sacristie.
La deuxième (plan R) et la troisième (plan R2) se présentent sous la forme d'un carré de sept mètres de côté, au centre duquel était un pilier soutenant la voûte. L'une était la petite sacristie et l'autre servait aux enfants de chœur. Enfin, la loge du sacristain (plan i?3), mesurant à peine cinq mètres de long et trois mètres de large, clôture la série de ce côté de la cour.
Les étages des sacristies étaient occupés par des cellules supplémentaires de moines (*), probablement à l'usage spécial des plus anciens.
5. Nouveau Noviciat (Ancienne Infirmerie). — En continuant vers Test nous pénétrons dans le nouveau noviciat, composé au rez-de-chaussée de quatres cellules presque carrées d'environ 6 m. de long sur 5 m. de large, pourvues de foyers dont l'une
(1) En 1749, l'abbaye de Villers renfermait 25 moines, ce qui correspond à peu près au nombre des cellules des dortoirs proprement dits. On devait donc y être très à l'aise à cette époque.
(plan S*) était apparemment celle du vieux maître des novices et les trois autres (plan SSS) celles de ses élèves, lesquels, en 1746, n'étaient justement qu'au nombre de trois, d'après Dom Guyton. Une autre place dépourvue de cheminée et plus petite encore (plan S') de moitié, par suite d'une sorte de couloir étroit pris sur sa largeur primitive, servait probablement de lieu de réunion aux novices
Les portes de ces pièces s'ouvraient sur un large corridor (plan Ss), se continuant au midi vers le quartier des hôtes de distinction, tandis qu'à l'Orient, une cour large tout au plus de 3 mètres, longeait le mur du noviciat. Cette petite cour ou plutôt cette ruelle, ne s'ouvrait qu'aux deux extrémités. La porte du nord a été bouchée tout récemment en vue de renforcer le remblai du chemin de fer. A l'orient se trouvait le jardin des novices, traversé la voie ferrée.
Les seules parties vraiment intéressantes du noviciat, sont les murs de l'Est et de l'Ouest, de construction primitive et remontant tout au moins au xive siècle. Il en est de même d'un mur intérieur, séparant la 3e et la 4e cellule, et paraissant correspondre au prolongement de la muraille méridionale de l'ancien noviciat. Ces vieux murs, percés de fenêtres ogivales, sont ceux de Y ancienne infirmerie, bâtie au XIVe siècle, par l'abbé Robert de Blocquery, laquelle au xvme siècle, fut, comme nous l'avons dit, transférée dans l'ancien dortoir des convers.
Dans l'angle Sud-Est de la cour des novices, se voient encore les vestiges de la belle porte gothique de X ancienne chapelle de l'infirmerie (plan T). Au xvme siècle, cette chapelle fut changée à l'Est en un jardin, encore bien clos aujourd'hui, et sa partie ouest devint la cage du grand escalier en marbre de la Nouvelle Bibliothèque. Sous les débris de cet escalier, on distingue encore à présent de petits caveaux, disposés d'une façon ingénieuse et très pratique. Ils évitaient aux serviteurs des hôtes la peine de descendre souvent à la cave.
6. Bibliothèque. — En i3ocj, époque du fameux siège de Thuin, où une poignée de braves tint en échec toute la chevalerie des Pays-Bas, les moines de Villers, prévoyant sans doute de graves perturbations intérieures, crurent prudent de dresser le catalogue général êe leurs deux bibliothèques. L'une, la plus
AUTRES CONSTRUCTIONS
grande (tnagno armario), renfermait environ trois cents ouvrages et la petite (parvo armario), une bonne centaine. Ces ouvrages étaient de nature très variée pour l'époque, et dénotaient des goûts littéraires fort avancés, surtout pour des Cisterciens, chez qui, primitivement, on ne tolérait guère que des livres de piété ou de science sacrée. M. Schuermans en a publié le détail très curieux dans le t. VI des Annales de la Soc. arch. de Nivelles.
En 1716, lors de la visite de Dom Martène et de Dom Durand, la bibliothèque de l'abbaye se réduisait à très peu de chose, paraît-il, mais en 1749, ^ n en ét£Ut Pms tout a ^a'1 ^e même, grâce aux encouragements et aux instances pressantes du comte de Cobentzel, gouverneur des Pays-Bas. Voici, du reste, ce que nous en apprend Dom Guyton : « La bibliothèque est admirable pour (i son bâtiment (sic!), ses ornements en boiserie, sculpture, dorure « et le choix des livres. Au fond, ils (les religieux) ont placé « au-dessus de la sainte Bible une grande et haute statue de saint « Bernard. Au devant des livres prohibés, le châssis de menuiserie « est garni d'un grillage de fer, travaillé délicatement et doré. Le « reste à découvert avec pupitre aux fenêtres de chaque côté, « couverts de serge rouge pendant jusqu'à terre, au moyen de « quoi il n'y a pas de table. Autre bibliothèque moins impor- « tante (>).
D'après l'inventaire fait lors de la fermeture de l'abbaye en 1 7C)6, cette bibliothèque comptait encore, malgré les dévastations précédentes, plus de 3, 000 volumes. C'était bien peu, il est vrai, si on compare ce nombre à celui des 5o,ooo volumes de la bibliothèqtîe d'Aulne, brûlés par les révolutionnaires français en 1 7< >4 ; mais n'oublions pas que l'abbaye de Villers était, depuis son origine, essentiellement agricole.
7. Nouveau palais de l'abbé et des hôtes. — L'entrée de la vaste cour d'honneur du nouveau palais abbatial était formée par deux bâtiments (plan V, V), renfermant des parloirs, dont il ne reste que les fondations, et qui étaient situés de chaque côté de
(1) Plus loin D. Guyton raconte ce qui suit : « Le père abbé était absent; mais allant par Bruxelles à S'-Bernard-sur-l'Escaut, je le rencontrai retournant à son abbaye. Il me marqua son mécontentement de l'impression de nos livres d'église, mauvaise encre, mauvais papier et grand prix ; qu'ils prenaient des mesures pour n'en point tirer de Paris, que l'Ordre ne faisait point de cas de leurs remontrances... »
la porte cochère (plan F1), large elle-même de plus de six mètres.
Une magnifique grille en fer, longue d'une quinzaine de mètres, reliant les deux énormes piliers situés à droite et à gauche de la route, servait d'entrée extérieure. Le principal ornement du nouveau palais abbatial, édifié par l'abbé Hache, était sans contredit le nouveau quartier des hôtes de distinction. Mais comme son architecture n'offre aucun intérêt, nous n'avons que peu de chose à en dire.
Dom Guyton l'appelle « le second cloître. » Il ajoute qu'il est garni de grands portraits d'abbés et qu'on y retire en hiver de grosses caisses d'orangers. Voici du reste le texte de ses notes à ce sujet :
« Second cloître au quartier des hôtes ; le long couvroir des hôtes est garni des grands portraits d'abbés ; on y retire, dans la saison, de grosses caisses d'orangers. Le logis d'hôtes en l'étage d'en haut et le logis de M. l'abbé est beau et bien meublé. Infirmerie commode. Belle pharmacie, laboratoire, distillation. Grand jardin botanique. Beaux jardins, allées, terrasses, parterre, magnifique amphithéâtre au-dessus; appartement du Prieur, haut et et bas; j'y ai vu les religieux s'y rendre avant Vespres et n'y oubliant pas les Biberes de bonne bierre. Le cimetière des convers n'est pas loin. (Schuermans, Op. cit., p. i5.)
On sait que dès le principe de leur existence, toutes les abbayes avaient une habitation particulière ou une partie de bâtiment pour héberger les étrangers qui visitaient les religieux, laquelle, le plus souvent, comme à Villers, dépendait du quartier de l'abbé. Jusqu'au XVIIIe siècle, cette habitation se trouvait, à l'abbaye de Villers, ainsi qu'on l'a vu plus haut, à peu de distance de la porte principale dite « Porte de Bruxelles, » afin de ne pas devenir une cause de distraction pour les religieux de l'intérieur.
Lorsqu'un étranger arrivait, le frère portier le conduisait tout d'abord dans une petite chapelle située dans le voisinage de la porte d'entrée, sacellum portœ et qui est malheureusement disparue aujourd'hui (0. Il l'invitait à y réciter une courte prière. On se
(i) Sur la petite gravure à gauche de notre plan, des ruines de l'abbaye de Villers déjà mentionnée, on distingue parfaitement la chapelle en question formant étage au-dessus de la partie intérieure de la porte susdite, servant alors de bourserie et nommée Porte de Bruxelles.
AUTRES CONSTRUCTIONS
rendait ensuite au logement des hôtes, où chacun était traité selon son rang. Dans les dépendances de cette demeure, il y avait des appartements pour les serviteurs et des écuries pour les chevaux des personnages de distinction.
Un magnifique jardin en amphithéâtre s'étalait à l'orient du nouveau quartier des hôtes. La partie inférieure de ce jardin, quoique veuve de ses pièces d'eau, est encore en assez bon état à présent, et ne manque pas de caractère. Quant aux terrasses et au double escalier qui y conduit, on a travaillé à leur rendre en partie leur ancien aspect. Les contemporains parlent de ces jardins avec admiration.
Dom Martène nous apprend, de plus, qu'on « a ménagé sur la montagne des allées d'arbres qui font un agrément admirable » f1). Ces allées sont malheureusement disparues depuis l'exploitation cupide des ruines par les premiers acquéreurs. Nous le regrettons sincèrement pour les touristes.
Jusqu'à l'avènement de l'abbé Hache en 1716, les hôtes de qualité continuèrent à être reçus dans le vieux palais abbatial, quoique celui-ci paraisse avoir été abandonné, dès le XVIe siècle, comme demeure privée, par les abbés, qui préfèrent depuis lors le séjour de l'appartement spécial construit à l'orient du cloître par Van Zeverdonck. Cette construction était adjacente aux délicieux jardins dont nous venons de parler et qui datent, du moins en partie, de la même époque.
8. Bourserie et prisons. — La boioserie (plan X) qui, constitue en partie l'aile méridionale du nouveau palais abbatial, se trouva très longtemps à la porte de Bruxelles, au-dessus de la petite chapelle des étrangers. Elle y était encore au x\ 11e siècle, d'après la gravure de Sanderus.
Dans l'institution primitive, le cellerier ou boursier, étant chargé de toutes les affaires temporelles de l'abbaye, avait en sa garde les clefs de la caisse du monastère.
La constitution de Benoit XII, pour la réforme de l'ordre de
(1) Ces allées existaient déjà au milieu du xvne siècle, lorsque Sanderus publia la vue de l'abbaye, dont nous avons fait mention précédemment. On y aperçoit entre autres, parfaitement figurée, une promenade ombragée, reliant la chapelle de St-Bernard à celle de N.-D. de Montaigu.
Cîteaux, de 1 335, ordonna d'établir dans chaque monastère deux caissiers, un principal et un adjoint, qui devaient recevoir tous les fonds de l'abbaye et ne s'en dessaisir que sur mandement de l'abbé. Cette prescription fut confirmée par les nouvelles définitions de l'ordre de Cîteaux.
A l'extérieur dans l'angle formé par le corridor de la bourserie (plan jy) on aperçoit une ci-devant fontaine où on lit : Post tenebras spero lucem 1720, devise de l'abbé Hache.
Les fameuses prisons ou prétendues oubliettes de Villers, situées sous la nouvelle bourserie (plan X), sont en parfait état de conservation. On y descend par un escalier (plan x) de six marches M.
Ces prisons sont partagées en quatre compartiments baignés par la Thyle et ne reçoivent le jour que par une étroite ouverture <2'. A droite, en face du vestibule d'honneur (plan v), étaient les prisons primitives, dont il ne reste que peu de vestiges. On enfermait dans les prisons de Villers les manants qui avaient été arrêtés pour délit par les gardes de l'abbaye.
Des témoins oculaires ont déclaré que durant plus de cinq ans de séjour au monastère, ils n'y avaient vu jeter personne. Quant aux religieux coupables de quelques fautes, ils étaient enfermés dans leur cellule et condamnés au pain et à l'eau.
Viollet-le Duc, dans le tome iv de son Dictionnaire d'architecture, fait à ce sujet les remarques suivantes : <i On a voulu voir « dans un grand nombre de fosses d'aisances, des culs de basse- « fosse et il n'est pas un château dans lequel le cicérone de « l'endroit ne vous montre des latrines élevées au rang d'oubliettes. « Les prisons, les cachots existent dans presque tous les couvents,
(1) Certains écrivains, dit M. Vos, ont raconté des choses étranges sur ces prisons. Us se sont plu à nous représenter les moines captifs retenus par des chaînes de fer scellées dans la muraille, jetant des cris étouffés par les vagues (sic!) de la Thyle qui fait à peine entendre un léger murmure, et reparaissant comme des squelettes, lorsque par hasard on les trouvait encore vivants à l'expiration de leur peine. Ils insinuent en outre que tel fut le système cellulaire de Villers pendant des siècles. (Vos, L'Abbaye de Villers, p. 228 )
(2) Outre ces quatre prisons, les fouilles on amené la découverte d'autres cellules évidemment contemporaines des précédentes, dont elles furent séparées plus tard par un gros mur servant de fondement à la face septentrionale de la nouvelle bourserie et coupant les vieilles voûtes par leur milieu. La petite porte d'entrée (plan x) a été percée dans cette muraille moderne.
AUTRES CONSTRUCTIONS
« les châteaux et les officialités ; mais ces prisons sont parfaitement (i disposées pour l'usage auquel on les destinait; elles sont peu « plaisantes, mais ce ne sont que des salles plus ou moins éclairéés « ou tout à fait obscures; ce ne sont pas des culs de basse « fosse. Ceux qui les ont construites ont paru vouloir les rendre « sûres, mais saines, autant que peuvent l'être des cachots. ».
En relisant ces observations du grand archéologue français, nous nous rappelions, non sans étouffer un accès de folle gaieté, l'aplomb imperturbable avec lequel, il y a peu de temps, un brave homme de Villers nous montrait comme oubliette une fosse d'aisance que les fouilles venaient de mettre à découvert sous le grand corridor des hôtes (plan Wi) à proximité des prisons susdites.
Terminons cet article, déjà trop long, par ces quelques mots de M. le chanoine Reusens : « En qualité de seigneurs, les abbayes, les universités et les chapitres jouissaient, dans les terres qui leur appartenaient, des droits de haute, movenne et basse justice, et avaient des prisons pour y renfermer leurs sujets laïques délinquants. Les prisons des abbayes se trouvaient à une certaine distance des bâtiments claustraux. »
9. Logement des pauvres et des pèlerins. — Le logement des pauvres et des pèlerins (plan Y) termine l'enfilade des bâtiments bordant au midi la grande cour d'honneur.
Les abbayes qui furent de tout temps des maisons de charité, possédaient aussi leurs aumôneries, destinées à loger et à nourrir les pauvres et les pèlerins. Elles étaient généralement situées dans le voisinage de l'entrée du monastère. L'aumônerie de l'abbaye de Villers se trouvait d'abord à la porte de Bruxelles. Plus tard, on la transféra en face du vieux moulin, en même temps que la bourserie.
Les pauvres voyageurs pouvaient séjourner trois jours au monastère, et à leur départ, on leur donnait quelques secours pour terminer leur voyage
(1) Ci sait qu'au moyen-âge, il existait peu d'auberges hors des villes. D'un autre côté, la misère était dans les campagnes bien plus grande que de nos jours, en sorte qu'un nombre considérable de malades ne pouvaient y recevoir à domicile les soins que réclamait leur état Aussi la charité multiplia-t-elle les Maisons-Ditu, hôpitaux et auberges gratuites à la fois, dans les localités où ces établissements seraient au-
Ce bâtiment a été pris par plusieurs auteurs pour la boucherie; mais MM. Licot et Lefèvre ont démontré péremptoirement que cela était tout simplement absurde.
to. Mémorial Licot. — De là, transportons-nous une dernière fois dans le cloître, à travers la Cour d'Honneur et le Chaufffoir. Nous voici de nouveau à l'entrée de la belle galerie ogivale du xive siècle. A notre gauche, la curieuse dalle tumulaire du chevalier Walter de Houtain se dresse fièrement contre la paroi méridionale, reposant sur un lit verdoyant et protégée discrètement par un minimum de barrière contre un vandalisme toujours à craindre.
Pénétrons de là dans le préau et jetons les yeux à droite, où nous distinguons, enchâssée dans le mur extérieur de la galerie orientale, une très belle plaque dite « Mémorial Licot » , joli monument commémoratif inauguré en avril 1907 en l'honneur de feu M. l'architecte Licot, l'amant le plus passionné des Ruines de Villers, à l'étude et à la restauration desquelles il a consacré toute son existence.
jourd'hui presque toujours inoccupés. C'est dans le même but que les abbayes avaient leur hôtellerie, cella hosfitum, hospitale, hnspitium, où l'on recevait les voyageurs et les malades
« Que l'on mette tous ses soins à bien recevoir les pauvres et les pèlerins, » dit <• la règle de Saint-Benoît, car c'est surtout en eux qu'on reçoit Jésus-Christ. Nous " ne recommandons pas d'honorer les riches, cette recommandation serait inutile, la « crainte que l'on a d'eux les fera bien traiter. »
« L'abbé donnera aux hôtes de l'eau pour se laver les mains. L'abbé et tous les « moines leur laveront les pieds. »
« Leur nourriture sera fournie par la cuisine de l'abbé. >■
" Qu'un frère, craignant Dieu, soit chargé de l'hôtellerie. Qu'il s'y trouve en » quantité suffisante des lits garnis de matelas. C'est la maison de Dieu, qu'elle soit « administrée sagement et par des sages. »
Ces principes furent ceux de l'ordre de Cîteaux. A l'époque où cet ordre s'établit, il s'était introduit un abus qui détournait l'hôtellerie de sa destination charitable. Les barons s'y réunissaient pour célébrer les grandes fêtes, et c'était là qu'à la suite de ces solennités religieuses, les hauts barons tenaient leur cour de justice. Ainsi nous voyons le comte de Champagne Hugues tenir sa cour à Molène en 1079. Cet abus fut interdit dans l'ordre de Citeaux et l'hôtellerie rendue à sa véritable destination.
Le moine hôtelier devait s'occuper de procurer aux hôtes la nourriture et le coucher. Il les servait à table. Il pouvait s'entretenir avec eux dans l'hôtellerie, avec le convers hôtelier.
C'était lui qui préparait ce qui était nécessaire pour laver les pieds des hôtes. C'était lui qui, le moment venu de procéder à cet acte pieux, appelait l'abbé ou les moines chargés de cet office; car on désignait toutes les semaines un certain nombre de moines qui devaient, pendant la semaine suivante, laver les pieds des hôtes.
AUTRES CONSTRUCTIONS. 123