L ETAT ANCIEN
changé de face, et qu'il a toujours été tel que nous l'avons vu , ce qui n'est pas improbable, puisqu'il y a peu d'endroits au monde qui paraissent moins sujets au changement que les déserts. Il ne semble pas non plus déraisonnable de conclure que Palmyre a toujours été pourvue d'eau comme elle Test, et que son voisinage en a toujours eu le même besoin. Josèphe (i) dit que c'est pour cette raison que Salomon fit bâtir dajas cet endroit-là. Les Perses, après s être rendus maîtres de l'Asie, entreprirent en quelque sorte de fournir deau le désert (a), en accordant des terres en propriété pendant cinq générations à ceux qui y feraient venir de l'eau ; mais les aquéducs souterrains qu'on fit pour cela, depuis le mont Taurus, étaient si exposés à être détruits qu'ils ne répondirent pas long-temps à la fin pour laquelle on les avait faits. On voit que , dans la guerre entre Arsace et Antiocbus-le-Grand (3) , chacun faisait son soin principal de s'assurer de l'eau du désert, sans quoi une armée ne pouvait pas le traverser, duesau 11 est évident par l'histoire que le commerce des S dindes. Indes orientales (4) a extrêmement enrichi tous les pays
(1) Antiq. Jud. lib. 8.
(2) A la vérité le désert dont Polybe fait ici mention, lib. 10, est plus au nord que celui de Palmyre; mais il-est plus facile de fournir d eau la partie septentrionale du désert que la méridionale.
(3) Polyb. ib.
(4) Prideaux connect.
DE PALMYRE. 5o,
par où ces marchandises ont passé depuis Salomon jusqu a-présent. Il a été la source des richesses de ce prince, des Ptolomées, et certainement dé Palmyre; on n'en saurait rendre raison autrement.
Les Phéniciens apprirent de bonne heure des Juifs, h est proba-
1 1 ble que les
avec qui ils commerçaient, l'avantage du commerce Phéniciens
* îii "i r commet cè-
des Indes. 11 est très - probable quils ne lurent pas rent à
, i i • » *. i r • î Palmyre.
long-temps a découvrir quon pouvait le iaire plus avantageusement par Palmyre, située plus commodément pour eux, et moins éloignée de leur capitale que de celle des Juifs.
Il est certain qu'avant que les Portugais découvrissent le cap de Bonne-Espérance, les marchandises des Indes passaient par l'Egypte et par la Mer-Rouge. Les villes d'Ezion-geber, de Khinocolure et d Alexandrie, étaient les foires différentes où l'on en faisait la vente, selon qu'elles passaient par les mains des Juifs , des Phéniciens et des Grecs; mais il y avait autrefois d'autres voies moins considérables par où elles venaient, comme il y en a encore aujourd'hui.
Il est vrai que le commerce des Indes est à-présent Le commerce ii iv •• i V -i c'es 'n<^es
bien bas dans ces pays-là, ce qui vient de la décou- est bas en
, , , i ii t-i ' Turquie, niais
verte de 1 Amérique et du cap de bonne - Espérance ; il n'est pas mais sur tout du mauvais gouvernement des Turcs , diamétralement opposé au véritable esprit du commerce. Cependant il en reste encore assez pour montrer ce qu'il pourrait être, si les affaires étaient administrées comme il faut; et en outre le commerce qui se fait au Caire et à Suez , les caravanes qui vont
tout-à-fait
Tentative pour
60 l'état ancien
d'Alep et de Damas à Bassora , entretiennent encore de la correspondance entre ces villes; de sorte que je ne fais nul doute que si ce pays redevenait un jour le théâtre d'une société civile bien réglée, Palmyre ne redevint aussi considérable par le commerce des Indes, quoique l'Egypte continuât toujours d'en être le grand canal.
Quand nous étions en Egypte, le présent empereur le rétablir. d'Allemagne envoya au grand Caire une personne qui avait séjourné long-temps aux Indes, et qui était au fait du commerce de ce pays-là, pour voir quel commerce on pourrait faire entre la Toscane et la mer Rouge; ce commissionnaire nous dit qu'il n'irait pas alors à Suez, selon son plan , pour s'y embarquer pour la Mecque, à cause du présent gouvernement peu stable d'Egypte; mais que si la tranquillité y était une fois rétablie, et qu'il y eût de la sûreté pour les commerçants, on pourrait y faire un commerce considérable.
Mais quel que soit le temps auquel on conjecture que Palmyre est devenue un des canaux par où passaient les marchandises des Indes , il semble très-raisonnable d'attribuer l'opulence de cette ville à ce commerce , qui doit avoir considérablement fleuri avant la naissance de Jésus-Christ, comme l'on trouve par les inscriptions qu environ ce temps-là les Palmyréniens étaient riches et donnaient dans le luxe; et comme Appian les appelle expressément commerçants en marchandises des Indes , du temps de Marc-
DE PALM Y RE. 6l
Antoine (i), il parait qu'on n'en saurait plus clouter. Je crois que c'est faute de faire attention à cette circonstance du commerce de Palmyre, et des richesses qu'il a pu produire, que les écrivains en ont jusqu'ici attribué les édifices aux successeurs d'Alexandre, ou aux empereurs romains, et qu'ils ont avancé cela comme quelque chose d'assez certain, plutôt que de supposer que les Palmyréniens en aient pu faire la dépense.
Comme les anciens auteurs gardent un silence entier sur ce période opulent et tranquille de l'histoire des Palmyréniens, on en peut conclure que , tout -à - fait appliqués au commerce, ils se mêlaient peu des querelles de leurs voisins, et qu'ils étaient assez sages pour ne point négliger les deux avantages évidents de la situation de leur ville, le commerce et la sûreté. Un pays où Ion mène une vie si paisible fournit peu de ces événements frappants que les historiens prennent plaisir à raconter (2). Le désert était à beaucoup
(1) De bel. civil, lib. 5.
(2) Les Agaréniens , peuple de l'Arabie heureuse, dont la capitale était située, comme celle des Palmyréniens, dans un désert stérile tout brûlé du soleil , se moquèrent des forces de deux empereurs romains victorieux, de Trajan et de Sévère, qui , après de vigoureux , mais inutiles efforts pour ajouter ce pays à leurs autres conquêtes en Orient, furent obligés de laisser les habitants en possession de leurs droits. Cette défense glorieuse de leur liberté comprend toute l'histoire des Agaréniens ; et si ce n'eût été four l'injustice et l'ambition de leurs ennemis, on ne saurait pas même qu'un peuple si brave et si puissant eût jamais existé. Vide Dion, cass. in vit. Trajan.
l'état ancien
d'égards à Palmyre ce qu'est la mer à la Grande- Bretagne: il Taisait ses richesses et sa défense. La négligence de ce double avantage rendit les habitants plus remarquables et moins heureux.
Quelles liai- On ne saurait guère déterminer d une manière sa-
sons les Pal- . , ,. . . .
mvréniens tisiaisante les liaisons particulières quils eurent avec
eurent avec , „ 1 1,/^v , , î 11
les Romains, les Romains avant le temps dOdenat, quand elles commencèrent , ni combien de fois elles furent interrompues. On a vu dans l'histoire précédente (pie la marque la plus ancienne de leur dépendance est qu'ils étaient une colonie romaine du temps de Caracalla. Le secours quils donnèrent à Alexandre Sévère contre Artaxerxes prouve seulement quils étaient ses alliés. On trouve des prénoms et même quelques noms romains dans les inscriptions; on y remarque qu'ils ont rasé eu un endroit le nom d'une personne odieuse aux Romains, et qu'en d'autres endroits* ils semblaient avoir acquiescé à la déification romaine, en donnant à deux de leurs empereurs, après leur mort, le titre de dieux. C'est au lecteur à juger si ce fut purement par courtoisie et par égard pour leurs amis et alliés qu'ils se conduisirent ainsi, ou si cela prouve qu'ils s intéressèrent en effet à la religion et à la politique romaine.
On a vu qu'avant le temps de Justinien Palmyre était réduite à un état aussi bas que celui où nous l'avons trouvée, et qu'elle avait perdu sa liberté, son commerce, son bien et ses habitants, dans cet ordre naturel dans lequel les malheurs publies ont coutume de se suivre l'un l'autre.
Si la succession de ces calamités fut plus prompte Pourquoi k
i 11 ruine de
qu a 1 ordinaire, on en peut trouver la raison dans la Paimyreaété situation particulière de cette ville. Un pays sans terre, slPromPtepour ainsi dire, ne pouvait subsister que par le commerce (i); l'industrie des habitants ne pouvait opérer que par cette voie, et la perte de leur liberté ayant entraîné celle du commerce, ils fuient réduits à vivre sans rien faire du peu de leur capital qu'Aurélien avait épargné; quand cela fut dépensé, la nécessité les obligea à abandonner la ville.
Quoi qu'il en soit , Justinien ne laissa pas d'être persuadé de l'utilité de cette ville, en qualité de place forte; utilité à jamais inséparable de sa situation, à moins qu'elle ne devienne le centre d'un grand empire, ce qu'il ne paraît pas qu'il y ait lieu d'espérer ^ puisque la nature lui a donné le désert pour limites, et qu'il continuera probablement à séparer différents états avec aussi peu d'interruption qu'il a fait depuis les temps les plus anciens qu'on en ait connaissance.
Si les Turcs semblent ne pas regarder cette ville Tomciu°} e}le
A O est négligée,
dans ce point de vue, et par conséquent n'en pas quoif^eplace connaître le prix et la négliger, il n'y a que la faiblesse des Perses qui en est cause , outre que les Arabes les
(t) Le peu d'exceptions qu'on peut alléguer contre cette opinion sont d une nature si singulière qu'elles n'empêchent pas qu'elle ne soit vraie en général : si Jérusalem, ville capitale passablement bien habitée, subsiste sans commerce et sans agriculture, elle en est redevable à la dévotion singulière des Chrétiens, des Juifs et des Turcs.
64 l'état ancien
incommoderaient un peu, s'ils voulaient y entretenir une garnison : mais il y a tout lieu de croire que, s'ils Tenaient à perdre Bagdad, la frontière la plus reculée qu'ils aient à-présent, ils fortifieraient Palmyre.
11 est difficile de deviner le siècle des édifices dont on voit les ruines par monceaux : mais il est évident qu'ils étaient d'une plus grande antiquité que ceux dont les ruines sont encore élevées en partie. Si l'on peut en juger en comparant l'état de dépérissement de ces édifices avec celui du monument de Jamblichus, on ne saurait s'empêcher de conclure qu'ils étaient extrêmement anciens; car cet édifice, qu'il y a iy5o ans qui est bâti, est le morceau d'antiquité le plus complet que j'aie jamais vu; les planchers et les escaliers en étant encore tout entiers, quoiqu'il consiste en cinq étages. Par qui Mais il semble que les édifices que nous avons vus et
les édifices , . loi
ont été mesures ne sont ni 1 ouvrage de Salomon , comme ont cru quelques-uns , ni celui des Séleucides, selon d'autres, et qu'il n'y en a que peu qui sont l'ouvrage de quelques empereurs romains : mais on peut conclure des inscriptions, qui sont en ce cas-ci la meilleure autorité qu'on ait, qu'ils ont presque tous été bâtis par les Et quand. Palmyréniens mêmes. Le monument élevé par Jamblichus semble être le plus ancien, et l'ouvrage de Dioclétien le moins : l'espace qu il y a entre les deux est d'environ trois cents ans.
Les autres bâtiments riches et coiiteux ont sans doute été élevés avant ce dernier, et probablement depuis le premier; peut-être environ le temps qu'Elabélus fit bâtir son monument.
Il est raisonnable de supposer que, quand des particuliers ont pu élever des monuments d'une si grande magnificence, simplement pour l'usage de leur famille, la ville, dans ce temps d'opulence, a été en état défaire la dépense immense de ses édifices publics.
On ne sait que croire des réparations d'Adrien ; celles que fit Aurélien sont considérables, et ont dû coûter beaucoup. C'est au lecteur à décider si les singularités du Temple du Soleil sont l'ouvrage de cet empereur : elles n'ont guère pu entrer dans le plan original de cet édifice.
Ce qui reste du mur ressemble assez à l'ouvrage de Justinien , et pourrait bien être les réparations dont parle Procope : il n'y a rien d'ailleurs dont 1 antiquité remonte plus haut que le temps des Mamelus.
Si les ruines de Palmyre sont les restes les plus considérables et les plus complets de l'antiquité que nous connaissions, cela vient sans doute de ce qu'il y a peu d'habitants dans le pays pour les gâter, de ce que le climat est sec , et de ce qu'étant éloignés des autres villes , on n'a pu en employer les matériaux à d'autres
Pourquoi ils se sont
si bien conservés.
usages.
On sait que la Religion des Palmyréniens était la payenne , et il paraît par la magnificence extraordinaire du Temple du Soleil, qu'ils rendaient un grand honneur à cette divinité : cela leur était commun avec les peuples de la Syrie, dont ils étaient les plus voisins.
On voit , tant par lhistoire que par les inscriptions , que leur Gouvernement était républicain ; mais il ne
Reli;;;on
des Palmyréniens.
Lenr
Gouvernement.
Les belles-lettres
et roui iniips.
60 l'état ancien
reste rien du tout de leurs lois, de leur police, etc. Les inscriptions nous apprennent seulement les noms de quelques magistrats.
Quant à l'état où était chez eux la Littérature, nous avons grande raison d'en juger favorablement : ils ne pouvaient laisser un exemple plus heureux de leur habileté en fait de littérature, que Tunique ouvrage qui nous reste d'eux, le Traité du Sublime de Longin (i).
On ne sait pas grand' chose de leurs Manières ni de leurs Coutumes. On voit dans Pollio que Zénobie, nonobstant ses vertus militaires , donnait un peu dans le luxe des Perses. Le même auteur rapporte qu'Hérodes, fils d'Odénat, était Homo omnium delicatissimus cl prorsus Oricntalis et Grœcœ luxuriœ.
On a vu , dans la première partie de ces recherches (page n), que l'art de monter h cheval était tenu en grande estime dans ce pays, comme il lest encore par les Arabes ; et Appian nous assure que les Palmyréniens étaient experts à manier l'arc (i).
L'agriculture ]1 paraît évidemment par leur situation qu'ils ne
nécessaire- . » 1 i \ -îi • -i ,
mentignorée pouvaient pas s employer beaucoup a 1 agriculture , ni àPaimyre. prendre plaisir à améliorer leurs terres. Aussi est-ce pour cela qu'il est plus aisé de rendre raison de la ma-
A'iressp ii monter
à cheval t-t à manier l'arc.
(1) 11 n'est pas certain que Longin fût Paliuyrénien , quoiqu'il soit très-probable qu'il était de Syrie. Mais qu'est-ce qui prouve davantage l'état florissant des lettres dans un pays, ou d'avoir produit un grand génie* ou de lavoir protégé, maintenu et honoré?
(2) « Appian de Bell, Civil, lib. 5. »
DE PALMYRE. 6j
gnificence extraordinaire de leur ville, puisqu'il fallait sans doute qu'elle fût le centre de leurs plaisirs, de même que de leurs affaires.
On n'est pas peu surpris de ne point trouver de
r r l a de fesîes
restes de théâtre, de cirque, ni d'aucune place pour des déplace
1 1 r pour des jeux
jeux et des exercices, chez un peuple si confine par sa ou exercices, situation dans ses récréations , quand on considère que les Grecs et les Romains aimaient ces divertissements à l'excès. De tous les anciens édifices ce sont ceux-là qui résistent davantage aux injures du temps Nous avons vu dans l'Asie - Mineure seule plus de vingt théâtres de marbre , la plupart encore presque entiers.
Néanmoins, comme on trouve la fonction de ÀyopavojAoç, u est
' ,,, , i • •• c néanmoins
ou d Edile, dans les inscriptions , on peut en înlerer probable qu'il y avait des jeux publics à Palmyre. Le soin de ces qUavaït.en jeux était du ressort de ce magistrat , qui n'avait originairement que la direction du marché. Il est d'autant plus probable que cette fonction renfermait ces deux emplois , qu il semble que Zénobius a été complimenté pour s'en être acquitté avec libéralité (i) : vertu populaire, et qu'on attendait de celui qui avait soin des jeux, quoiqu'on ne voie pas comment il pouvait la pratiquer dans la direction du marché.
Il parait que les Palmyréniens tenaient de l'Egypte sépulcres, la magnificence extraordinaire des monuments pour leurs morts : il n'y a point de peuple qui ait approché davantage des Egyptiens dans cette sorte de dépense.
(i) « Inscrip. IX. »
6H LETA.T ANCIEN
Zcnobie était originairement d'Egypte; elle en parlait la langue à merveille, et elle affectait fort d'imiter en plusieurs choses Cléopâtre, uije de ses ancêtres : mais il est manifeste qu'avant le temps de cette reine ils avaient emprunté plusieurs coutumes de ce pays. Nous fûmes fort surpris de découvrir des momies dans leurs Art monuments funèbres. Nous avions été en Egypte queliiaumer. crues mois auparavant; et en comparant le linge et le baume des momies de ce pays , la manière de les emmaillotter, et tout ce qui les concerne, avec celles de Palmyre, nous trouvâmes la méthode d embaumer les corps exactement la même (i).
Les Arabes nous contèrent qu'il y avait autrefois quantité de ces momies dans tous les sépulcres; mais qu'ils les avaient cassées dans l'espérance d'y trouver quelque chose de précieux. Nous leur offrîmes de les récompenser de leurs peines, s'ils voulaient en chercher une entière. Nous espérions voir quelque chose de curieux dans le cercueil , ou y trouver peut-être des hiéroglyphes ; mais ils l'entreprirent en vain , et nous fûmes frustrés dans notre attente. Entre autres fragments que nous avons emportés, est une chevelure de femme, tressée exactement de la même manière que les femmes arabes d'aujourd'hui ont coutume de porter leurs cheveux.
Le peu que nous venons de rapporter suffit pour
(j) Témoins les morceaux que nous avons emportes, dont M. Dawkins est possesseur.
DE PALMYRE. DQ
faire voir que les Palmyréniens imitaient de grands modèles dans leurs manières, dans leurs vices et dans leurs vertus. Les coutumes qu'ils observaient dans leurs funérailles venaient d'Egypte ; leur luxe , de Perse ; leurs lettres et leurs arts, de Grèce. Comme ils étaient situés au milieu de ces trois grandes nations, on peut raisonnablement supposer qu'ils en avaient adopté plusieurs autres coutumes et manières. Mais ce serait trop s'abandonner à de simples conjectures que d'en dire davantage sur ce sujet avec si peu de matériaux: ce privilège semble plutôt appartenir au lecteur.
Qu'il est fâcbeux de n'en pas savoir davantage d'un pays qui a laissé de tels monuments de sa magnificence, qui a eu pour reine Zénobie, et Longin pour premier ministre !
Les anciennes inscriptions que nous avons trouvées à Palmyre sont toutes grecques ou palmyréniennes , hormis une qui est latine. La plupart des inscriptions grecques ont été publiées par des négociants anglais d'Alep, avec quelques erreurs à la vérité, mais telles que le sens n'en souffre pas visiblement, et qu'elles ne l'embrouillent point. Le docteur Halley a fait quelques remarques sur ces inscriptions , et M. Seller un commentaire, dans lequel il prend la liberté de corrompre la vraie manière de lire, pour favoriser ses conjectures.
C est plutôt pour corriger les erreurs des commentateurs que celles de la première copie, que nous publions ces inscriptions. Nous les accompagnerons de quelques remarques qui nous ont frappé dans notre voyage, dans la vue de les préparer pour un examen plus critique ; et , en commençant par celles qui ont des dates , nous les arrangerons ici suivant leur antiquité.
I. Sur l'architrave de la porte du mausolée le plus Voy.pi.H, entier, qui est dans la vallée * par où nous arrivâmes ffre 4x' à Palmyre : cette inscription est répétée plus haut, et en plus gros caractère, sur la façade du même bâtiment. Les lettres c. w. c. sont employées pour 2. n. E., tant
dans cette inscription que dans toutes les autres qu'il
y a à Palmyre. Comme cela contredit une règle établie
par les antiquaires , qui ont décidé qu'on ne trouve
point ces lettres dans cette forme sur aucune monnaie
ni sur aucun marbre avant le temps de Domitien, nous
avons examiné avec grand soin la date aï Y, qui est
très-lisible dans les inscriptions ; et en la lisant de
droite à gauche ( l'unique manière que les dates de
Palmyre sont intelligibles), on trouve la 3i4'"e année
de 1ère * de Séleucus, ce qui répond à la 3mc de J.-C. Instr^>Cix.
Nous avons pris sur les marbres, aussi exactement qu'il nous a été possible , la forme du caractère , qui est mauvais, et nous avons gardé le même nombre de lignes. On ne sait si c'est aux méprises du graveur, ou à l'ignorance de la langue grecque où Ion était à Palmyre , qu'il faut attribuer la mauvaise orthographe , et les différentes manières d'écrire le même mot , qu'on remarque si fréquemment dans ces inscriptions. Longin se plaint qu'il avait de la peine à y trouver quelqu'un pour copier le grec.
II. Sur la façade du mausolée * dont nous avons * voye* donné le plan, l'élévation et les ornements. Outre que LvT lvii.' nous n'avons point eu de peine à la lire, la grammaire
et le sens autorisent si évidemment la différence de cette copie d'avec celle qui a déjà été publiée, que nous n'entreprendrons pas de la défendre.
III. Sur le fût de la grande colonne marquée F dans la planche XLIII. Si nous ne nous trompons fort, il est plus difficile d'entendre cette inscription que de la
J;1 IXSCRIPTIONS.
traduire ; c'est ce qui parait eu la rendant à la lettre, ce qu'on peut faire plus aisément en latin ainsi : Senatus populusque Alialamenem , Parti filium , Mocimi nepotem, AErams pronepotem , Mathœ abnepotem et jEranem patrem ejus9 viros pios et Patrice amicos et omnimodo plaposutrunt. centes patriœ patriisque diis y honoris gratia * anno l\So mense Aprili.
La difficulté vient de ce qu'^ranes est appelé père d'Alialamèncs 9 lequel est appelé fils de Panus.
IV. Sur un piédestal bien proportionné, sur lequel il y a une base attique , taillée du même morceau de marbre : ce piédestal est dans l'endroit où les Arabes enterrent leurs morts. L'inscription semble marquer des honneurs rendus à quelqu'un par le sénat ; mais ils n'ont pas été aussi durables que nous souhaiterions. Nous lui donnons ici une place, parce que le fragment qui en reste confirme une partie de l'inscription que Gruter a publiée. Il n'y a point de doute que le mot ilepiTiw ne soit le mois macédonien qui répondait à notre mois de février.
V. Dans la cour du temple du Soleil, sur un des piédestaux saillants du fût des colonnes , et où il y avait des statues.
Quoiqu'il y ait dans cette inscription des mots qui ne paraissent pas fort intelligibles, cependant nous ne doutons point que ceux qui ont le temps de la considérer ne trouvent qu'elle a rapport à l'ancien commerce et aux coutumes de Palmyre. L'histoire nous apprend qu'il y avait autrefois dans ce pays, comme il y en a
* Voyoz Planche XIV.
encore aujourd'hui, de petits princes qui vivaient de rapines (1); ce qui faisait qu'il était dangereux pour les commerçants de voyager, à moins qu'ils ne le fissent en compagnie, et escortés comme le sont à-présent les caravanes. Nous conjecturons que la personne dont il est fait mention dans cette inscription, était directeur ou commandant d'une telle caravane i-jv^apy^ , et que les négociants qui commerçaient à Vologésias sur l'Euphrate, à dix-huit milles au-dessous de Babylone (2), lui firent élever une statue en considération des services qu'il leur avait rendus en protégeant leurs caravanes. L inscription XVIII, qui rapporte la raison pourquoi un particulier reçut cet honneur du sénat , remarque, entre autres services qu'il avait rendus au public, celui d'avoir protégé les caravanes (cuvera?) à ses propres dépens, et que les principaux ou présidents des commerçants lui en avaient donné un témoignage. On trouve quelque chose dans le même genre dans
( 1 ) Ce que Strabon rapporte à ce sujet représente si exactement ce qui se passe aujourd'hui dans ce pays , qu'on ne nous saura peut-être pas mauvais gré de l'insérer ici. Tà <Îe -rrpôç [/.ecYiu.ëptav xexXi|/.e'voi tyîç MeooiroTa(j.!ac xai à-TWTs'pto twv ôpwv , àvuàNpa jeat Xinrpà ôvra é'j(GU<jtv 01 SxvivÎTat Apaëeç, Xviçpixoï tiveç icai ivotj/.evt)«t , y.ffiiça^evoi pa<5"uoç et; déXXou; tvttouç ,
ô'rav èmXêiTttoatv ai vojj.at, xa't at XenXaoiai Aià cïi tûv Sktivitwv ûttô twv MaXi&iv
vuvl XsyofjiÉvuv , xai rvç e'kevwv Èpviu.!a; , ■» dc^o; roi; ix. tyî; 2upta; eîç 2cX=0>cEtav , *ai BaêuXwva
s[xitopEuou.e'vot; Èçîv naps'jrcuoi S" aùroï; ci 2/Cïivtrai niv te eipuivinv , xai riiv (j.sTpur/iTa.
tyi; tûv teXûv irpâi;eto<; , viç X*Plv ÇEÛyovTEÇ tyiv TrapaTt(!Tajj.tav , «J'tà twî èpi|i|*'OU •jrapaêâXXovTou , xaT-aXiTTOvre; Èv tnÇià rôv 7T0Taj/.ôv ■ «u.8pâv <jyj.£ov ti rptûv d^o'v. Ot yàp irapcixoivTsç IxaripoiSiv tov aoTap-ov <J>ûXapj(oi, ycopav où» £U7ropov é')(ovte<; , iottgv <Îe àîropov vefJ.o'|ASvot , (Juvaçeixv É'ttïço; t^'a 77a.pap6ëXïip.évoç , îiî'iov xai teXwvigv é'x,ei, kou tout' où [AÉTpiov. XoiXetïÔv yàp Èv tgï; tog-oùtgiç , xai tcîç aù9â<ho-t y.otvbv àçopiû-ô-iivai </.ETpov tô tû ÈfATripto Xuo-iteXé;. Strah. lib. XVI.
(a) Les tables de Peutinger.
IO
l'inscription XIII; si l'on y ajoute l'inscription X, elle contribuera à éclaircir le sens de celle-ci. VI. Sur un autel dédié à Jupiter.
Nous l'avons trouvé tout près de la grande fontaine *, qui est sans doute la même appelée Eplica dans l'inscription, et dont Bolanus fut choisi lieutenant. Cette fonction doit avoir été importante à Palmyre, où une telle fontaine était si nécessaire à la subsistance et aux plaisirs des habitants. M. Seller a changé la vraie manière de lire Ephca en Aphaca , pour soutenir une opinion fort singulière, savoir, qu'on veut ici parler de cette fontaine fameuse par les oracles qui s'y rendaient , qui était près du temple de Vénus , entre Héliopolis et Byblus , où se dévouèrent long-temps les femmes du mont Liban , célèbres pour leur beauté et pour se prostituer. Jusqu'ici on a supposé que les dernières lettres du mot Bwjaov, de la troisième ligne , appartenaient à la seconde, et on les a expliquées en conséquence de cette supposition. Presque par-tout où le commentateur a pris la liberté de changer la manière de lire ces inscriptions, ou d'en remplir quelque lacune, il en a perverti le sens. Nous ne parlons ici en général de ces bévues , que pour faire voir qu'on doit se défier des soins que prennent les gens de lettres pour rétablir le sens imparfait des marbres et des manuscrits; car il est facile à une imagination vive de trouver des raisons plausibles pour corriger ou pour suppléer; mais on est en ce cas la dupe de son esprit.
VIT. L'unique inscription déjà publiée que nous n'avons pas pu trouver.
On l'a copiée de l'un de ces piédestaux * saillants du *v0ye* fût des colonnes dont nous avons déjà parlé. Ce n'est PIancbeXU" point une inscription de sépulcre , comme l'on s'est imaginé; mais elle signifie que Sora3chus fit ériger une statue à sa femme Marthe.