‹ Les ruines de ParisChapitre 6 sur 8 · L IMITATION · texte numérisé non relu

L IMITATION

Le neveu ne prit pasmêmela peine de tancer l'oncle. Sombre et amaigri, il semblait que tout lui fût dcTemi indifférent. Il rentra en possession du premier étage, et laissa le comte de Plougastel continuer son exploitation au second.

La même taciturnité, la même mélancolie se remarquaient dans Hortense. On aurait dit que ces deux époux traînaient après eux quinze années de mariage.

Leurs rapports n'offraient d'ailleurs rien d'exceptionnel. Ils sortaient ensemble les jours dî beau temps, et rentrai .nt ensemble après une promenade en voiture.

Dans une de ces courtes excui"sions, une après-midi qu'ils marchaient silencieusement le long d'une contreallée du bois de Boulogne, ils aperçurent un vieillard assis sur un banc.

Hortense comprima le bras de son mari.

. — Le docteur Anselme ! dit-elle à voix basse.

Tous deux s'approchèrent d'un commun mouvement.

C'était bien le docteur Anselme, en effet, mais le

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docteur Anselme caisse, tremblant, ombre chétive et pensive.

11 était seul. Sa canne traçait de vagues figures surle sable ; tout en lui dénotait une déchéance physique et morale : ses vêtements, qui n'avaient plu> l'admirable propreté d'autrefois; sa cravate blanche, mal sen'ée et s'en allant de travers ; son œil devenu atone ; ses rides amoncelées et épaissies.

Pendant un moment, René et sa femme restèrent immobiles devant lui, l'observant avec une surprise triste.

Ce vieillard leur rappelait, à chacun d'eux, un temps et des impressions qu'ils auraient voulu raver de leur mémoire. Pour René, c'étaient des conseils, des exemples d'honneur trop vite oubliés ; pour Ilortense, des remords et le souvenir d'une jeunesse comprimée et mauvaise.

René se décida pourtant : il toucha l'épaule du docteur Anselme.

Celui-ci leva les yeux lentement et le regarda, mais sans le reconnaître ; car le temps, qui avait frappé le vieillard, n'avait pas respecté le jeune homme.

— Que voulez-vous? demanda le docteur.

René soupira et .se rappela combien il était changé, lui aussi.

— J'étais un de vos... clienls. autrefois,, reprit-il.

— Voas ?

— Oui, docteur.

— Excusez-moi ; ma vue s'est bien affaiblie depuis quelques années ; mais votre voix ne m'est pas étrangère. Qui ètes-vous ?

— Je suis... René... René de Verdières, répondit-il d'un ton mal assuré et en étudiant l'effet de ses paroles sur le docteur.

— René ! répéta le docteur Anselme, qui ferma

aussitôt les paupières,, comme sous l'étreinte d'une vive douleur.

Et il voulut se lever pour s'en aller.

— Arrêtez ! lui dit le jeune homme en le retenant.

— Laissez-moi, monsieur ; voici l'heure à laquelle j'ai l'habitude de me retirer.

— Permettez au moins que nous vous accompagnions.

— Nous ? dit le docteur surpris.

— Ma femme et moi, balbutia René.

— Docteur, dit Hortense en s'avançant à son tour, qu'est-ce que nous vous avons donc fait ? pourquoi nous fuyez-vous ainsi ?

Le docteur examina Hortense des pieds à la tête, mais silencieusement, avec une expression indéfinissable.

— Est-ce que vous ne me reconnaissez pas, moi non plus? continua-t-elle, inquiète de cet examen.

— Si, oh si ! dit le docteur, sans cherchera déguiser l'amertume de son accent.

— Eh bien, pourquoi votre voix et votre regard sontils sévères pour moi ? N'étais-je pas votre amie, jadis ? Du moins c'était le nom dont vous vous plaisiez alors à me gratifier.

— Une amie? je n'en avais qu'une...

La même pensée, la même commotion se communiquèrent à René et à sa femme.

— ... Et c'était Claire, acheva le docteur en inclinant la tête.

René devint pâle.

Il se rapprocha du vieillard, et. oubliant tout, oubliant Hortense, oubliant le lieu public où il se trouvait :

— Qu'est-elle devenue ? s'écria-t-il.

Le docteur ne répondit pas.

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