‹ Les ruines de Pompéi (volume 2)Chapitre 12 sur 36 · PLANCHE XIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XIII

Presque toutes les rues principales et les grands édifices de Pompéi possédaient quelque fontaine publique alimentée par des aquéducs. Des conduits en maçonnerie et des tuyaux de plomb distribuaient les eaux dans chaque quartier et même dans des maisons particulières, comme le prouvent plusieurs découvertes nouvellement faites dans cette ville ( i ).

Nous savons quelle importance les anciens mettaient dans ces sortes de constructions, destinées à pourvoir à l’un des premiers besoins de la vie; quels soins minutieux on apportait à leur exécution, et avec quel zèle les premiers magistrats rivalisaient d’honneur pour enrichir leur pays de monuments de cette espèce. Cette émulation si noble devait nécessairement trouver des imitateurs dans notre patrie, et grâce au zèle ardent de M. de Chabrol, Paris doit bientôt jouir d’un bienfait dont les plus petites villes de l’Italie étaient pourvues avec prodigalité (2).

La gravure figure 4 représente la vue du carrefour à l’angle du portique du Propylée, dont nous avons donné la description page 17. Une de ces fontaines publiques est placée au devant du portique, à la rencontre de trois rues, et se trouve ainsi dans une situation commode pour l’usage des habitants des maisons environnantes. Le bassin de cette fontaine est formé, comme à l’ordinaire , de dalles liées entre elles par des agrafes de fer scellées en plomb. Un cippe, qui surmonte le bassin, est orné d’une tête en bas-relief, ou d’un mascaron de la bouche duquel l’eau jaillissait. (Voy. fig. I.) Feu M. Mazois croyait reconnaître dans cet ornement une tête de Faune , à cause de ses singulières oreilles et de ses cheveux courts et hérissés ; je pense au contraire qu’on a voulu représenter un masque comique, par rapport au voisinage du théâtre? où se trouve placée la fontaine. Du moins il était souvent d’usage chez les anciens de désigner leurs fontaines par un nom analogue à l’endroit où elles étaient situées.

Les figures 2 et 3, et celle qui orne la tête de cette page, représentent des parties de chéneau ou gouttières, trouvées dans diverses ruines de Pompéi. Le derrière de la corniche qui couronnait l’édifice formait le chéneau pour conduire les eaux du comble, et les mascarôns appliqués sur le devant de cette corniche servaient à rejeter ces eaux au dehors.

(1) Entre autres la découverte d’une fontaine dans une maison de la grande rue derrière le Forum. Cette fontaine, qu’on pourrait plutôt appeler bizarre que belle, par rapport à son décors, se trouve au fond du portique de la cour. Elle a la forme d’une grande niche, ornée de coquillages, de verres coloriés et de deux grands masques en marbre. L’eau sortant du milieu de la niche ruisselait sur des gradins de marbre en retombant dans un bassin circulaire. Des arbres , des oiseaux et d’autres animaux sont peints à l’entour de cette fontaine qui , par son goût , nous donne le plus ancien exemple de ce genre de fontaines appelées rustiques.

(a) C’est la distribution des eaux de plusieurs canaux dans toutes les maisons de la Capitale.

28 explication des planches.

C’est ainsi que les anciens cachaient sous des formes agréables des parties que nous laissons apparaître dans toute leur nudité, et qui, le plus souvent, défigurent nos édifices. Ce décors, si joli et en même temps si utile, n’exigeait cependant pas de grandes dépenses; ces profils si gracieux et ces têtes d’un dessin de si bon goût étaient faits au moule avec une matière commune : c’était de la terre -cuite revêtue de stuc ou couverte de peinture. Pourquoi ne chercherionsnous pas à faire revivre, du moins dans nos constructions particulières, un usage pratiqué dans tous les temps depuis les Grecs jusqu’au XVe siècle, qui réunit l’économie à la solidité, offre aux sculpteurs un moyen facile d’exercer leur imagination, et aux architectes l’avantage d’orner leurs édifices à peu de frais. L’emploi des terres -cuites dans tous les genres de décors est trop connu pour être rappelé ici en détail.

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