‹ Les ruines de Pompéi (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · FORUM · texte numérisé non relu

FORUM

PLANCHES XIIF5, XIV et XIVbU.

Nous voici arrivés à la description d’une des plus belles dispositions que l’antiquité nous ait conservées, celle du Forum civil de Pompéi. Nulle part il n’existe un ensemble aussi complet de monuments de tous les genres, et rien ne saurait nous donner une idée plus avantageuse d e ce que pouvait être la magnificence des anciens que cette place publique d’une des plus petites villes de province et dont le nom est à peine connu dans les annales de l’histoire. Y a-t-il, en effet, une seule ville moderne, même parmi les principales de l’Europe, qui puisse être comparée à celle-ci, tant sous le rapport du nombre des monuments (toute proportion gardée), que sous celui de leurs richesses ?

A peine la sixième partie de la ville est -elle découverte, et déjà nous y trouvons 28 édifices publics, sans compter les arcs de triomphe, les monuments honorifiques élevés aux citoyens illustres, et beaucoup d’autres érigés par des particuliers en mémoire de leurs amis défunts; sans compter une foule de constructions moins fastueuses, moins riches, mais non pas moins utiles à la commodité publique, tels que les réservoirs et les fontaines dont tous les carrefours et les rues sont abondamment pourvus. Certes, la différence de nos mœurs avec celles des anciens a dû nécessairement changer nos besoins, et rien n’autoriserait aujourd’hui une réunion aussi nombreuse d’édifices, telle que nous la voyons dans cette place antique; mais si nous ne pouvons reproduire ces grands ensembles si favorables à l’architecture , pourquoi ne profiterions - nous pas de l’exemple des anciens dans l’art de constituer un tout et de produire à l’aide d’un seul monument un ensemble harmonieux. C’est par des portiques , des murs d’enceintes et autres accessoires dont ils savaient environner, grouper et pyramider leurs édifices, qu’ils produisaient ce mouvement pittoresque qui charme tant nos yeux. Quelle froideur, quelle sécheresse, quel isolement, au contraire, ne voyons -nous pas dans la plupart des édifices, couleur de pierres , érigés de nos jours! ( 1 ). Rien qui les encadre, rien qui lie graduellement le monument public avec l’édifice particulier , et rien non plus qui indique la séparation du profane avec le sacré.

Les recherches archéologiques qui nous occupent n’ont pas seulement pour but de satisfaire une futile curiosité ; elles doivent servir à nous éclairer et à nous guider dans nos propres travaux : on me pardonnera donc si je me suis écarté un moment de mon sujet, et si je m’en écarte encore a 1 avenir, dans la seule intention d’établir des parallèles propres à faire sentir la sagesse et 1 esprit qui présidaient aux ouvrages des anciens.

) Toute réglé a son exception, et nous devons la réclamer ici, surtout en faveur de la chapelle expiatoire érigée en mémoire de Louis XVI.

Le forum, appelé par les Grecs agora (i), était un lieu destiné à la vente des denrées, et en même temps le point de réunion où les habitants venaient débattre les grands intérêts publics et traiter leurs affaires particulières.

C’est près du forum que, selon Vitruve , devaient se trouver les basiliques, Yœrarium, la curie et les prisons. Il nous apprend encore que pour l’emplacement de ce lieu public on choisissait, de préférence, le port, dans une ville maritime, et, dans une ville de l’intérieur, son point le plus central. Plusieurs passages de l’Odyssée confirment ces anciennes dispositions.

La forme du forum était, d’ordinaire, un carré parfait ou un parallélogramme entouré de portiques , de temples et d’autres édifices publics. Dans l’enceinte de ces portiques on prodiguait, avec goût, les monuments qui intéressaient l’honneur et la gloire du pays : c’étaient des peintures représentant des faits mémorables, des inscriptions historiques, des statues élevées en l’honneur des citoyens illustres. Le peuple , sans cesse attiré dans ces lieux par ses habitudes , par les affaires et par l’attrait des cérémonies publiques, avait perpétuellement sous les yeux tout ce qui pouvait l’exciter à la vertu et ranimer en lui l’amour de la patrie.

C’est aussi dans l’espace entouré par ces colonnades, et destiné à servir de marché, que se célébraient, dans les premiers temps, les jeux publics, tels que combats de gladiateurs, courses et jeux scéniques. Les spectateurs étaient placés sous des portiques, souvent doubles ou à plusieurs étages, et qui toujours étaient vastes et aérés.

Plus tard, lorsque le luxe et la grandeur des empires remplacèrent la simplicité des mœurs républicaines, on consacra des édifices particuliers à chacune de ces destinations. Le marché fut séparé du lieu où siégeaient les juges; ies gladiateurs combattaient dans l’arène des amphithéâtres, et ce fut dans de vastes cirques, disposés avec art, que les coursiers se disputèrent .et le pas et le prix de la victoire.

Par l’effet de ces changements, les fora se distinguèrent en fora civilia ou judiciaria, lieux d’assemblées pour les délibérations publiques et les affaires judiciaires; et fora venalia, où les marchands étalaient leurs denrées. Ces derniers lieux prenaient souvent le nom des objets qui y étaient mis en vente; tels étaient 1 e forum boarium , le marché aux bœufs; 1 e forum piscarium , le marché aux poissons, etc., etc. Rome possédait quatorz e fora de cette espèce.

La disposition de ces derniers consistait souvent en une simple place quadrangulaire , entourée de portiques et de boutiques, comme nous en voyons un exemple dans l’édifice représenté planches II , III et IV, édifice autrefois appélé camp des soldats, et dans lequel des auteurs plus judicieux ont cru reconnaître, depuis* le forum nundinanum, destiné aux marchés qui avaient lieu tous les neuf jours.

Quant à la disposition du forum civile, nous la ferons connaître en détail lors de la description de celui de Pompéi, qui paraît appartenir uniquement à cette dernière classe. Mais avant de nous occuper de cette description , nous croyons utile de la faire précéder de quelques notiofis historiques puisées dans les auteurs anciens.

Dans les gouvernements modernes où un trop petit nombre d’individus participent et assistent aux délibérations publiques, peu d’édifices sont nécessaires pour les réunir. D’une autre part, chaque ordre d’affaires étant dévolu à une classe spéciale de fonctionnaires, il n’y a pas d’inconvénient à éloigner, les uns des autres, les divers locaux où ils se rassemblent. Il en était autrement chez les anciens, où chaque membre de la cité avait à exercer des droits de différente nature; où le culte religieux se liait intimement à la politique de l’État; où les lois étaient

(i) Voy. le Dictionnaire d’architecture , par M. Quatremère de Quincy, ouvrage excellent où se trouvent réunis l’érudition, la concision et le goût éclairé dont le savant auteur a donné tant de preuves; ouvrage qui mériterait d’ètr^ plus connu du public, et surtout plus étudié par nos jeunes architectes.

3 o EXPLICATION DES PLANCHES.

faites par tous; les magistrats, nommés par tous; les grands jugements, prononcés par tous; et où la parole du consul, comme celle du tribun, s’adressait, complaisante ou menaçante, au plus obscur de même comme au plus puissant des citoyens. Aussi, chercherions- nous en vain dans nos mœurs et nos usages, la destination des édifices multipliés que nous voyons groupés autour du forum de Pompéi. L’histoire nous ouvre ses archives précieuses pour les expliquer; mais il est difficile d’y puiser des indications certaines lorsqu’il faut les appliquer à des murs qui s’écroulent, à des débris de construction informes, à des enceintes muettes à peine tracées par quelques restes de portique dont les colonnes sont tronquées. Rien ne le prouve mieux que les travaux des savants les plus recommandables, qui jusqu’ici n’ont pu s’accorder, même une seule fois, dans la moindre de leurs conjectures. Sans espérer plus de succès, nous imiterons, du moins, leur persévérance , en essayant, à notre tour, de parvenir à la découverte consciencieuse de la vérité. L’étude des lois et des coutumes romaines, dans leur application à notre sujet, est, à notre avis, la seule voie que l’on puisse suivre sûrement.

Pompéi était ville municipe, et ses habitants, appelés municipes, jouissaient des prérogatives de citoyens romains. Sous Auguste, elle devint tout à fait colonie romaine.

L’administration des villes municipes se réglait d’après leurs propres lois ou coutumes; celle des colonies suivait les lois romaines. Les principaux magistrats étaient appelés duumviri ; les années se comptaient d’après eux , comme, à Rome d’après les consuls. Les sénateurs portaient le titre de decuriones. Les dignités les plus rapprochées d’eux, dans l’ordre hiérarchique, étaient celles du préteur, du censeur, de l’édile, du questeur prépo.sé à la gestion des revenus publics; enfin , des autres magistrats d’un rang inférieur, ayant des attributions secondaires.

A Rome, qui peut seule nous servir de guide, toutes les affaires d’État se traitaient en public, de même que tous les jugements se rendaient en présence du peuple, d’abord en plein air, et plus tard dans des édifices construits pour ce but. Ces réunions, appelées comitia , étaient de trois sortes :

i°Les comices par curies, usitées dans les premiers temps, étaient présidées par le roi ou les consuls, et se tenaient dans une partie du forum appelée comitium. Le peuple, divisé en curies, décidait, par ses suffrages, du sort de toutes les affaires.

2° Les comices par centuries furent établies plus tard par Servius Tullius, sixième roi de Rome. Les citoyens, divisés par classes selon leur fortune, y donnaient leurs votes pour créer des magistrats, faire des lois, ou porter des jugements. Ces assemblées, présidées par les consuls ou les préteurs, se tenaient ordinairement au Champ-de-Mars.

3° Les comices par tribus > où le peuple émettait son vote, divisé par tribus à raison du quartier que chacun habitait. Le lieu de réunion était ordinairement le Champ-de-Mars lorsqu’il s’agissait de la nomination des magistrats supérieurs, mais, dans les autres cas, c’était le plus souvent au forum qu’on se réunissait.

Ces assemblées ne pouvaient avoir lieu ni avant ni après le coucher du soleil; elles se tenaient, comme nous venons de le voir, en plein air, et ce n’est qu’en l’année de Rome 536 , année de 1 invasion d’Anmbal en Italie, que le lieu des comices à Rome fut couvert pour la première fois. On 1 embellit ensuite de colonnes, de statues et de peintures, et on le nomma comitium, ainsi que l’assemblée elle-même. Chaque tribu ou centurie y avait une place distincte, et à mesure que le héraut l’appelait, elle se rendait dans une enceinte rapprochée du tribunal consulaire, et entourée de planches ou de cordes. Là, en passant par un espace étroit et élevé, chaque citoyen déposait son bulletin dans une urne disposée pour le recevoir. Cicéron proposa de bâtir ces clôtures en marbre; mais ce projet ne fut exécuté que plus tard par Agrippa.

EXPLICATION DES PLANCHES. 3i

Le sénat s’assemblait indistinctement dans différents lieux, et même dans les temples principaux, quand il s’agissait de rendre ses délibérations plus solennelles. Les sénateurs y étaient assis, suivant leurs dignités, sur des sièges séparés et distincts. Les chaises curules étaient réservées pour les consuls, et des sièges plus étroits pour les tribuns.

Avant d’entrer dans le lieu de l’assemblée, le magistrat qui la présidait offrait un sacrifice et prenait les auspices; chaque sénateur même, avant de prendre place, avait coutume d’offrir sur l’autel , de l’eneens ou du vin. Aussi , tous ces lieux de réunion étaient-ils consacrés par les augures , et le plus souvent ornés d’une chapelle pour la célébration des rites.

Ces mêmes édifices servaient aussi, pour la plupart, à y rendre la justice. Le préteur, ou le juge, y siégeait sur un tribunal où était placé le siège curule; une épée et une lance étaient dressées devant lui. Ce tribunal était en bois, et transportable pour le cas où les jugements avaient lieu en plein air, soit au forum, soit sous les portiques; son étendue était suffisante pour y placer les assesseurs ou conseillers, et d’autres officiers. L’accusé, couvert de mauvais vêtements, se tenait au pied du tribunal, entouré des témoins et de ses défenseurs.

Le juge prêtait d’abord serment à l’autel, et s’engageait à rendre la justice conformément à la loi. Les plaidoiries achevées , le préteur et les assesseurs se levaient pour conférer entre eux , ou se retiraient dans une salle attenante (i).

En suivant ainsi l’histoire des mœurs et coutumes judiciaires, on voit que dans les premiers temps les rois jugeaient les procès avec l’assistance d’un conseil, et que plus tard ils furent remplacés par le sénat, par les préteurs et par d’autres magistrats nommés à cet effet; mais le droit d’appel au peuple subsistait toujours. Les tribunaux permanents n’eurent lieu qu’après la destruction de la république, lorsque la dégradation toujours croissante du caractère national ayant entièrement effacé les anciennes vertus, exigeait les moyens de répression les plus efficaces. Nous ne prétendons pas que tous ces usages doivent s’appliquer complètement à Pompéi. Dès que cette ville fut réduite à la condition de simple colonie, elle perdit, sans doute, le droit de se donner des lois et de nommer ses plus hauts magistrats. Mais elle conserva toujours, ainsi que l’attestent plusieurs inscriptions, la faculté d’élire à certaines dignités qui n’intéressaient en rien la politique générale , et qui n’en étaient pas moins briguées avec empressement par les principaux citoyens. Il est probable que, devenue sujette de Rome, elle adopta alors son mode d’élection, qui, du reste, est, à peu de chose près, celui qui fut employé dans tous les temps et dans tous les pays.

Guidés par cet exposé préliminaire, il nous deviendra plus facile, après avoir examiné les dispositions générales du forum , de reconnaître la destination primitive de chacun de ses édifices.

Les dispositions particulières aux fora chez les Egyptiens et les autres peuples de la haute antiquité, nous sont, jusqu’ici, restées inconnues. Il serait même difficile de retrouver parmi les ruines qui nous restent de ce temps, presque fabuleux, ce qui aurait pu appartenir à une pareille destination. Cependant, on peut conjecturer, avec quelque raison, que des emplacements consacrés à cet usage faisaient partie des dépendances de l’habitation du souverain. L’usage de rendre la justice sur la place qui précède la demeure du chef, et d’y rassembler le peuple pour la promulgation des lois, permet d’admettre cette supposition; du moins à l’égard des nations soumises à un gouvernement despotique où l’habitation du chef était le sanctuaire autour du-

(i) Pour empêcher les orateurs de prolonger trop long-temps leurs discussions, une loi de Pompéi, imitée des Grecs, n’accordait aux avocats qu’un temps limité; ce temps était indiqué par une espèce d’horloge d’eau, appelée clepsydre. Sous les empereurs, les avocats payaient ordinairement des individus qui les suivaient de tribunaux en tribunaux pour les applaudir pendant qu’ils plaidaient, d’après le signal d’un chef qui se tenait au milieu d’eux. Lorsqu’un client avait gagné sa cause, il avait coutume d’attacher une guirlande de palmes vertes à la porte de son avocat.

32 explication des planches.

quel tout se groupait. Chez les nations Indépendantes, au contraire, c’était le temple, cetait la maison de Dieu qui présidait aux assemblées publiques, qui dominait la place ou se traitaient les intérêts généraux. La diversité des mœurs des peuples a dû nécessairement donner à ces lieux un caractère et des dispositions différentes.

Mais pour sortir de ces hypothèses et nous rattacher seulement aux notions positives, éparses dans les auteurs anciens, il faut se reporter aux temps historiques. Homère, en parlant des positions qu’avaient les marchés , confirme les différentes destinations que leur donne Vitruve. Il dit que le marché de l’ile de Scherie était entouré d’un mur construit en pierres de taille, et qu’on y voyait un temple de Neptune.

Athènes eut deux marchés ou agora principaux; l’ancien était situé dans la Céramique, et le nouveau occupait la partie de la ville appelée Eretria. Dans le premier se rassemblaient les cinq cents citoyens qui formaient le conseil des anciens. Cet édifice était orne d une multitude de statues et de peintures.

Dans Y agora de la ville de Sparte se trouvaient renfermés, outre les bâtiments des assemblées, les principaux temples des divinités de la république.

Rome ne posséda pendant long-temps qu’un seul forum, et Cicéron, dans une lettre à Atticus, nous apprend qu’il fut restauré par Paul Emile (i).

Jules-César en construisit un autre, et y dédia un temple à Vénus. Auguste en fit bâtir un troisième, et Alexandre Sévère orna de statues colossales des empereurs ses prédécesseurs, celui que Domitien avait commencé et que Nerva avait achevé. Le forum Trajani, construit par Trajan et Antonin, fut, de tous ceux de Rome, le plus riche et le plus beau sous le rapport de l’ordonnance architecturale, du goût et de l’exécution. C’était un chef-d’œuvre de formes romaines conçues dans l’esprit et le sentiment de l’art grec. Il nous en reste, comme preuve, la magnifique colonne du même nom, une partie de la disposition de la basilique, et quantité de détails d’architecture et de sculptures d’un goût exquis.

Nous allons maintenant examiner brièvement la forme de ces places d’après les différents restes antiques que le temps nous a conservés. Vitruve nous apprend que les fora grecs étaient carrés ; mais l’ancien usage, en Italie, de donner sur le forum des jeux de gladiateurs, exigeait une forme oblongue, entourée de portiques plus vastes, pourvue de boutiques au rez-de-chaussée, et de loges au premier étage. Ainsi, comme le dit un auteur moderne, à Rome comme en Grèce, le forum , d’abord lieu central et de réunion pour les habitants que les besoins de la vie rassemblaient, devint, avec le développement des arts, du luxe et de la population, un monument plus ou moins spacieux, ou, pour mieux dire, un ensemble de toutes sortes d’édifices qui, par leurs usages ou leur destination, avaient plus ou moins de rapport avec le commcerce, avec les affaires publiques ou privées, et avec les jeux et réjouissances qui y étaient mêlés. Trop peu de notions, et des notions trop incertaines, nous restent des fora grecs, pour reconnaître si ces données leur sont applicables; et quant à ceux de l’Italie, nous sommes forcés de nous contenter de citer quelques ruines presque aussi incomplètes. Parmi les plus anciennes, nous placerons celles de 1 antique ville de Præneste, restaurées par M. Huyot, membre de l’Institut. Le forum de cette

(i) Voie, un extrait de cette lettre, curieuse sous plus d’un rapport : « Emilius Paullus a presque entièrement entouré, avec les

anciennes colonnes, la basilique qui se trouve au milieu du forum : celle qu’il fait ériger à ses propres frais sera un édifice de toute magnificence. Rien de plus populaire que ce monument, et en même temps de plus glorieux. Les amis de César ne peuvent donc regarer que comme une bagaielle les soixante millions de sesterces (12 millions de francs) que coûteront les maisons à démolir pour l’agranissement ( u forum, qui s étendra désormais jusqu’à la colonnade du temple de la Liberté, projet que vous-même approuviez toujours si c au ement. Ce sera un ouvrage on ne peut plus glorieux. Nous ferons aussi dans le Champ-de-Mars , pour les comices par tribus

fpta î°“* de marbre ’ <îul seront entourés d’un portique grandiose d’un mille detendue. Nous adjoindrons à cet édifice une métairie publique (Villa publica). » Lettres de Cic. à Atticus. Liv. 4.

ville était situé dans l’espace qui s’étend entre la voie publique et le pied du temple si célèbre de la Fortune. Sa position occupait deux niveaux différents, par rapport à la pente du sol, et ces portiques étaient ornés de nombreuses statues. On y voyait aussi deux basiliques et plusieurs temples, dont le principal s’élevait au sommet de la ville sur une étendue immense.

L architecture de ce forum se composait de colonnes doriques, cannelées à vive arête et sans base; la frise des entablements était ornée de triglyphes et de rosaces dans le style de ceux que l’on voit au sarcophage de Scipion, et par conséquent dans celui des plus anciens monuments de l’Italie.

On veut reconnaître aussi les restes d’un forum dans les portiques découverts à Priène, et dans les ruines plus considérables de Gabï. Celles-ci forment une place oblongue entourée de portiques doriques sur trois faces. On y a trouvé beaucoup de statues, de bustes et d’inscriptions. Les noms donnés par les savants aux diverses parties de ces ruines ne sont que des conjectures. Un seul édifice, celui qui occupe le milieu du portique du fond, peut être considéré avec assez de vraisemblance, par rapport à sa forme et sa position, pour celui de la Curie.

Les restes des différents fora de Rome ne nous apprennent presque rien de plus sur l’ensemble de leurs dispositions; ils n’offrent que des détails partiels qu’il est même difficile de reconstituer à l’aide des historiens du temps (i).

Les fouilles faites à Herculanum, au commencement du dix-huitième siècle, laissent à peu près les mêmes regrets, par suite de la négligence avec laquelle elles furent dirigées, et de l’oubli impardonnable d’en faire dresser des plans exacts. Un ouvrage, publié en 1754 (2), contient un plan sans mesures, et qui ressemble plutôt à un croquis qu’à un dessin géométrique; c’est le seul document qui nous retrace la forme d’une place, regardée généralement pour être le forum de cette ville antique. Voici à peu près sa disposition d’après la description qu’en a faite Romanelli :

«Ce forum d’un carré long, de 228 pieds d’étendue, avait un portique d’entrée de cinq arcades. Les trois autres côtés étaient décorés d’une galerie de 4 2 colonnes. On y voyait des restes du pavé en dalles de marbre de diverses couleurs. Dans une petite cellule (sacello) de la galerie du fond fut trouvée la statue en marbre de Vespasien et deux autres statues sans têtes. Des statues en bronze d’Auguste, de Germanicus, de Néron-Druse, de Claude, d’Antoine, furent trouvées dans les niches latérales. Une quantité de bustes en bronze et en marbre étaient disposés sous ces portiques et forment maintenant l’ornement du musée de Naples. Contiguë au forum s’étendait une basilique, que d’autres ont prise pour un chalcidique pareillement ornée de colonnes, de marbres et de peintures. L’inscription du frontispice indique que cet édifice fut érigé par M. Nonius.

M. Nonius. M. F. Balbus Basilicam Portas Murum Pecunia sua.

« Aux deux côtés opposés de la place on découvrit deux temples assez vastes. Les murs latéraux de l’un de ces édifices donnaient entrée dans deux salles contenant un grand nombre d’ustensiles de sacrifice. Toutes les deux étaient voûtées et les murs intérieurs pareillement décorés de colonnes et de peintures. »

Cette description, loin de satisfaire notre juste curiosité, est plutôt faite pour augmenter nos regrets de ce que des ruines si précieuses n’aient pas été dessinées, dans le temps , par un architecte expérimenté. Ces ruines, qui furent recouvertes après en avoir enlevé les objets pré-

(1) Voir le beau travail sur le forum romain par A. Caristie, architecte, ancien pensionnaire de l’Académie; et celui de Luigi Canina, Pianta Topografica di Roma antica, i83o.

(a) Observations sur les antiquités d’Herculanujn , par Cochin, peintre, et Bélicard, architecte, 1754.

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34 explication des planches.

deux, étaient dans un état assez complet de conservation lors de leur découverte, pourvues de toitures, d’inscriptions et d’ameublements, toutes choses qui nous manquent dans les monuments de Pompéi.

Chez tous les peuples de l’Orient subsistent encore des traditions de ces fora ou marchés publics, mais ils y sont exclusivement destinés à la vente des marchandises. Les assemblées publiques se tiennent, et la justice se rend dans les cours des chefs du pays ou devant leurs habitations (i). C’est dans l’Italie moderne qu’il faut aller chercher des souvenirs plus fidèles des anciens fora. Plusieurs places publiques y ont conservé une disposition analogue, et, autant que la différence des mœurs peut le permettre, des distinctions semblables. L’église catholique s’élève sur les débris du temple païen, et l’hôtel-de-ville occupe la place plus modeste de la curie ou de la basilique. On y vend également les denrées; et aux jours de fête une foule nombreuse y vient assister à des jeux, à des combats de taureaux et à des courses de chevaux.

Les seuls bâtiments de nos pays septentrionaux qui peuvent nous retracer une faible image de cet ancien usage, sont les bourses de commerce. Celle d’Anvers, quoique construite dans le style gothique, me parait s’approcher le plus par sa disposition et sa physionomie du système antique; sous ce rapport, nous ne parlerons pas ici d’un édifice pareil, plus connu de nos lecteurs français , sur lequel il a fallu mettre une inscription pour le faire reconnaître. Mais les besoins de notre époque different trop de ceux de l’antiquité pour nous permettre des rapprochements plus sensibles.

Revenons maintenant à l’examen du forum de Pompéi dont l’architecture, dans ses parties anciennes, est semblable à celle de tous les autres édifices de cette ville. C’est toujours la nature même des matériaux employés à la construction qui en a décidé la forme. De là cette physionomie vraie, ce type raisonné et juste, cette convenance de style et cette harmonie non-seulement des parties entre elles, mais des parties avec l’ensemble de l’édifice. De nos jours, au contraire, on veut que le même modèle régisse l’architecture de tous les peuples, sans paraître se souvenir qu’elle doit uniquement chercher ces principes dans les ressources des localités et de la nature du sol. C’est moins de la forme que de l’esprit de l’antiquité qu’il faut se pénétrer pour découvrir la source des impressions grandes et simples qui affectent notre ame à la vue de ses monuments. Voyez à Pompéi quel esprit de nationalité a présidé à l’érection de cette place ! Quelle vaste enceinte embrasse le forum! combien les monuments publics y sont nombreux, et comme le temple les domine avec majesté! C’est que ces monuments étaient élevés pour les besoins, les nobles jouissances, la gloire de tous les citoyens. Le plus humble d’entre eux avait le droit de s en dire le maître. L’utilité était aussi consultée, mais on ne l’enfermait pas dans nos bornes mesquines; elle grandissait sous l’influence de l’honneur national qui se reflète avec orgueil dans cette magnificence publique, dans ce luxe digne d’un grand peuple.

Ces vastes portiques à double étage, et dont le large entre-colonnement permettait à la multitude dy assister commodément aux fêtes publiques, ont l’élégance des formes grecques, restaurées postérieurement par des mains moins habiles : travail dont on parait s’être occupé au moment même de 1 éruption; car on voit des chapiteaux et des parties d’entablement, seulement ébauchés, placés de distance en distance dans leur position respective et tout apprêtés pour être élevés sur les fûts.

Les colonnes sont d’ordre dorique, non dans les proportions grecques, mais sveltes et élégantes comme celles des plus anciens monuments de l’Italie. La planche XIV fig. I, en donne 1 élévation, et la hg. II les détails. La fig. III représente l’ensemble des deux étages restaurés

, , ““a“ca Cl uu tenir conseil aux portes des villes, sur la voie publique, coram

a 1 e, s est conserve en Syrie. Cest ainsi qu’en i8ao, j’eus une audience publique du pacha de Saint-Jean-d’Acre.

avec les éléments que nous avons trouvés disposés à cet effet. Les colonnes et l’entablement inférieurs sont en pierre, et la fig. IV fait voir la différence qui existe dans les détails entre les parties anciennes et les nouvelles. Aucune trace n’a été retrouvée de l’entablement de l’ordre supérieur. On remarquera sur cette même planche le soin qu’on avait pris de cacher à la vue les caniveaux disposés autour de la place pour l’écoulement des eaux. Ils sont recouverts de dalles très-larges qui forment en même temps la première marche du portique.

Trois faces du forum sont ainsi entourées de colonnades; la quatrième, où sont placées les entrées principales, est occupée par deux arcs de triomphe flanqués aux deux côtés d’un édifice qui préside, pour ainsi dire, à toute la place. Tous les autres édifices sont rangés, avec plus ou moins de symétrie, à l’entour et en arrière des portiques. En voyant l’espèce de désordre qui règne dans cette disposition, il est facile de reconnaître la construction successive de tous ces monuments et la formation, ou du moins, l’agrandissement du forum aux dépens des quartiers voisins. Cette dernière supposition paraît la plus vraisemblable, à la vue des rues entrecoupées, d’autres totalement interceptées et surtout du manque d’alignement qu’il serait impossible d’expliquer d’une autre manière. Ces défauts prouvent clairement que plusieurs de ces édifices, et entre autres le temple de Vénus, ont existé avant la formation ou avant l’agrandissement du forum. Un autre motif qui nous ferait supposer une origine postérieure, d’une partie de cette place, c’est qu’aucune grande communication, aucune rue principale n’y conduit directement, ni du dehors ni de l’intérieur de la ville, et nous sommes portés à croire que cet agrandissement ne date que de la colonisation romaine qui eut lieu sous Auguste. Le quartier au contraire, où se trouvent les théâtres, nous paraît avoir été le vieux quartier, le noyau principal de l’ancienne cité. En outre, les parties anciennes de l’architecture du temple de Vénus, le temple de Jupiter qui préside la place, et une portion des colonnes du portique, sont grecs et attestent une origine primitive; tous les autres monuments sont d’une construction romaine.

La forme de ce forum est un parallélogramme très-allongé, comme l'exige Vitruve pour les fora romains; il est pavé sur toute la surface en dalles régulières, et entouré, comme nous l'avons dit, d’un portique à deux étages. Des restes de piédestaux, placés dans l’enceinte, et en partie encore revêtus de marbre, portaient anciennement les statues des citoyens élevés au pouvoir ou honorés parleurs vertus; on voit encore seize de ces piédestaux d’une égale dimension , sans compter plusieurs autres destinés à des statues équestres ou à des quadriges.

Six ou sept rues différentes donnent entrée à cette place; une seule y débouche directement en passant sous un arc de triomphe, les autres n’y conduisent qu’à travers les entre-colonnements des portiques. La continuation de la plupart de ces rues est ainsi interceptée pour les voilures et pour les cavaliers. Des traces assez visibles indiquent que toutes ces entrées ont été anciennement fermées par des grilles.

Quatre escaliers, trèsrétroits et très-roides , placés aux différentes extrémités, conduisent aux galeries supérieures qui entourent la place; mais il est à remarquer que tous ces escaliers, à l’exception d’un seul, avaient leur entrée en dehors de l’enceinte, sans communication visible avec la place ni avec le portique du rez-de-chaussée. Cette galerie supérieure était-elle destinée aux femmes? Ne les aurait-on admises qu’à cette galerie pour assister aux jeux et fêtes qui avaient lieu sur le forum? La recommandation que fait Vitruve de disposer des loges dans ce but au premier étage, et de ménager par là, dit-il, un revenu public, nous autorise à cette supposition d’ailleurs tout-à-fait motivée. Au reste, nous laissons à de plus habiles la solution de cette question, en nous contentant de renvoyer le lecteur à la planche XIUbis, où l’un desdits escaliers

est figuré à gauche du premier plan (l). On y voit la rue interceptée par les portiques du forum, et terminée par une de ces nombreuses fontaines dont la ville était si richement pourvue.

COMICE ( COMITIUM ■ ). BASILIQUE (basilica).

PLANCHES XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XX et XXI.

En entrant au forum par le côté que nous venons d’examiner, nous trouvons, à l’extrémité de la galerie, à gauche, l’édifice désigné communément sous le nom de Basilique, et marqué C sur le plan général, planche XIV. Ce qui a donné principalement lieu à cette dénomination, c’est le mot Basilica , tracé, avec une pointe, à plusieurs endroits sur les enduits des murs extérieurs de cet édifice. Mais une si faible indication ne doit pas paraître suffisante à l’architecte, dont le premier soin est d’examiner si les dispositions d’un bâtiment répondent à la destination qu’on veut lui assigner.

Les basiliques, dont l’origine est purement grecque, comme l’indique assez l’étymologie du mot, et qui, selon Tite-Live, ne furent connues à Rome qu’après la première guerre de Macédoine, étaient des salles magnifiques et spacieuses, attenantes au forum et destinées à l’administration des affaires publiques et de la justice (3). Ainsi nous les représentent tous les auteurs anciens et, parmi eux, Vitruve, qui en fait une description détaillée, dont voici à peu près la substance (4)-

« Les basiliques seront contiguës au forum et dans l’exposition la plus chaude, afin que, dans l’hiver , les commerçants qui les fréquentent, y ressentent le moins possible les incommodités de la saison.

« La largeur ne sera ni moindre d’un tiers, ni au-dessus de la moitié de la longueur, à moins que la localité n’exige d’autres dimensions. Si l’espace a une plus grande longueur, on pratiquera aux extrémités des chalcidiques , comme à la basilique Julia Aquiliana.

<i Les colonnes de la basilique auront en hauteur la largeur des portiques ; et ceux-ci auront un tiers de l espace du milieu. Les colonnes du haut doivent être plus petites que celles du bas, comme il a été prescrit auparavant.

r le plan général , il faut recourir aux plai

(i) Le graveur ayant oublié d’indiquer ces escaliers planche 43 , lettre P.

(a) Ayant consulté M. Letronne sur l’application du mot Comitium à un édifice situé hors de Rome réponse suivante :

« Il est bien vrai, monsieur et ami, que les comices « étaient les rosira. Cependant, le mot comitium. a <

« éphores de Sparte s’assemblaient ( est si privatus in comitio

« semblée générale des Athéniens le nom de comitia (;

particuliers, planche i5, n° 10, et , ce savant distingué m’a envoyé la

tenaient qu à Rome, et que le comitium était proprement la partie du forum où ployé par Cornélius Nepos, Vie d’Agésilas, c. 4, pour désigner le lieu où les ■mitio esset Spartæ). Dans un autre endroit (Vie d’Alticus, c. 4), il donne à l’aset ad comitia eorum ventitavit). Ce sont des noms romains appliqués à des choses grecques, par analogie Or ce qu un Romain a pu faire, un Français peut le faire aussi. Vous pouvez donc, à la rigueur, donner le nom « de Commun, a un édifice de Pompé,, s, vous entendez par là le lieu des assemblées pour la nomination des magistrats. »

(3) La première bas, 1, que fut construite, à Rome, par P. Cato, l’an de Rome 5?o. L’édifice de ce nom à Pompéi existait vers l’ar comme ,1 paraît résulter d’une des inscriptions , rapportées par M. Bonnucci , et tracées sur les murs extérieurs. La voici :

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