ÉCOLE PUBLIQUE
Parmi tant de monuments municipaux, où sont gravées, en caractères ineffaçables, les mœurs, les coutumes et la haute civilisation de l’antiquité, il en est un, sans doute, qu’on serait étonné de ne pas voir figurer dans nos descriptions. L’instruction publique était un besoin trop grand , à cette époque, pour qu’on pût craindre de ne pas trouver des traces d’un édifice qui y fût consacré. Je pense donc que l’enceinte marquée L, d’une forme carrée, entièrement entourée de murs, et ayant au fond un renfoncement non encore déblayé, a pu être destinée à cet usage. Ce qui me porte à le croire, c’est la ressemblance de cette disposition avec celle de plusieurs écoles publiques modernes que j’ai eu occasion de dessiner en Orient. Personne ne conteste l’analogie de disposition de la plupart des édifices publics de ces pays avec ceux des anciens : nous n’avons pas de commentaires plus sûrs pour les expliquer.
Ces écoles se composent d’enceintes entourées de murs, dans lesquels est pratiquée , comme dans le spoliatorium des bains publics , une grande quantité de petites niches où les élèves déposent ceux de leurs vêtements qui leur deviennent inutiles, et leurs petites provisions de la journée. Les portes d’entrée sont toujours sur les côtés, pour ne pas se trouver vis-à-vis du renfoncement qui occupe le milieu du mur du fond, et où se tient le maître de l’école. Eh bien! cette disposition moderne n’est-elle pas parfaitement semblable à celle que nous retrouvons dans les ruines qui nous occupent? Les niches, la position des entrées, le renfoncement du fond, l’enceiute, tout y est; et cette ressemblance ne laissera plus de doute, je le pense, sur la destination que nous avons indiquée lorsque le monument sera entièrement déblayé. Nous la trouvons d’ailleurs encore confirmée par M. Bonnucci qui, en s’appuyant sur. une inscription qu’il rapporte , nomme cette enceinte ï École de Vernus.
« C. Capellam. D. F , J D. O. V. F. Éerna cum discentibus. »
Cette inscription, où le maître de l’école se recommande, lui et ses élèves, aux magistrats de la ville, se trouve écrite à la sortie de cette école. Nous avons rapporté, page 44, une autre inscription, placée sur l’album en face de cette enceinte, dans laquelle, également, un Valentinus
EXPLICATION DES PLANCHES. 5g
et ses élèves se recommandent aux édiles de la république. Il est probable que Valentinus et Vernus ont été successivement maîtres de cette école, et que l’une de ces inscriptions n’a pas été effacée lorsque l’on a tracé la seconde.
L’intérieur d’une école antique est représenté, avec tous ses détails, dans une des peintures gravées de l’ouvrage sur Herculanum. On y voit des enfants, assis sous des portiques, ayant une tablette sur les genoux et occupes a lire ou a écrire. L’habitude d’écrire de la sorte sur les genoux était généralement en usage chez les Grecs, et s’est encore conservée, jusqu’à nos jours, dans tous les pays de l’Orient. Un autre usage dont la tradition y est encore également vivante, mais dont les progrès de la civilisation ont fait depuis peu justice chez nous, se trouve encore retracé sur ce tableau antique : c’est un enfant, tenu par deux de ses camarades, et battu, avec des verges, par le maître d’école.
Dans la restauration, plusieurs fois citée, de ce forum par M. Callet, cette enceinte qui forme 1 emplacement de l’école, est désignée pour être la curie. Cet architecte transforme l’intérieur en une cour entourée de portiques, et destine le renfoncement du milieu à un œdicula. Il est inutile de remarquer que ni la description de Yitruve, ni l’importance et la richesse d’un tel édifice ne conviennent à cette localité. Les ruines qui nous en restent n’offrent rien, d’ailleurs, qui puisse motiver une telle disposition.
Pour terminer la description des monuments que nous avons appelés municipes, il nous reste encore à faire mention de l’édifice marqué H sur le plan général; il est désigné communément sous le nom de Panthéon.