‹ Les ruines de Pompéi (volume 2)Chapitre 6 sur 36 · PLANCHE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

PLANCHE PREMIÈRE

La planche qui sert de frontispice à ce volume offre un monument curieux , qui doit servir à éclaircir plusieurs passages des anciens auteurs sur lesquels on était peu d’accord , et qui révèle un fait intéressant pour la connaissance des usages antiques : cet ajustement, composé de deux pilastres , d’une corniche et d’encadrements d’un goût gracieux , exécuté en stuc, faisait partie d’une longue décoration formée de vingt-trois divisions semblables à celle-ci (i), et appliquée extérieurement au mur d’enceinte du collège des ouvriers en laine. Les panneaux du milieu sont couverts d’inscriptions peintes en rouge et en noir; l’on en voit même de tracées en blanc sur le fond noir du soubassement. C’est là ce que les anciens appelaient X album, sur lequel on écrivait les annonces publiques et particulières. Accurse, dans ses commentaires, avait deviné que 1 ''album était une muraille blanchie destinée à recevoir des annonces et autres inscriptions; mais on n’adopta pas son opinion, qui semblait justifiée par un vers de Plaute (2), et mieux encore par le texte de Suidas : Aeôxofjwc, hoc est. , album , parietem fuisse gypso inunctum ad inscriptionem civilium rerum aptum : Leucoma , c’est-à-dire , album : c’était une muraille enduite de plâtre , propre â recevoir des inscriptions sur les choses civiles.

Tous les album n’étaient pas aussi richement décorés. On en a trouvé plusieurs à Pompéi qui

(1) Les frontons sont alternativement rondéet carrés, comme aux petits autels du Panthéon.

(a) Si id fiat, ne isti faxim usquam adpareant,

Qui hic albo rete aliéna obopugnant bona.

Plaut. in Pers. act. I, sc. II, v. ai.

12 EXPLICATION des planches.

n’étaient que de simples murailles recouvertes en stuc blanc, entre autres celui que Winckelmann vit à la porte de la ville et dont on aperçoit encore quelques traces. Mais celui-ci , érigé aux frais d’une corporation riche (i), devait par sa position près du forum avoir une plus grande importance, soit qu’il fût destiné à recevoir les actes publics, soit qu’il fût plus recherché pour lés annonces particulières, parce qu’il se trouvait dans un des lieux les plus fréquentés de la ville. Ce vaste album est couvert d’inscriptions aujourd’hui illisibles, mais que peut-être quelque investigateur opiniâtre et intelligent aurait pu reconnaître lors de la découverte de ce monument. Qui sait si l’on n’aurait pas retrouvé, parmi ces nombreuses divisions, Ya/bum decunonum, Yalbum prœtoris, Ya/bum judicum, où l’on écrivait le nom et les actes des décurions, des préteurs et des juges?

Les inscriptions qui couvrent l’album étant désormais presque indéchiffrables, j’y ai suppléé en plaçant dans mon dessin d’autres inscriptions trouvées à Pompéi et qui montrent comment les premières étaient disposées sur les parois sans conserver aucun ordre entre elles.

L’inscription supérieure est une affiche de location qui a été expliquée dans le tome précédent, page 101 ; les deux autres au-dessous sont deux annonces de spectacle dont il sera question lorsque je traiterai de l’amphithéâtre; la troisième est une de ces inscriptions acclamatoires si fréquentes à Pompéi; enfin, sur le fond opposé du panneau, j’ai placé une inscription osque publiée et expliquée dans la dissertation isagogique de l’académie de Naples. Sur le devant du tableau, on voit une fontaine qui se trouve dans la rue de l’album, et située par rapport à lui comme elle l’est dans cette planche. Les autres fragments proviennent du forum. Ce tronçon de colonne qu’on remarque au premier plan porte une inscription qui nous apprend que L. Sepunius Sandilianus , fils de Lucius , M. Herennius Epidanus, fils d Aulus , duumvirs , ont fait construire (cette colonne) cl leurs frais (2).

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