DUO. TOU
EXPLICATION DES PLANCHES. i3
de l’œil .... me dit : De quelle légion es -tu , camarade, et de quelle centurie? Moi ayant hardiment donné un faux nom de centurion et indiqué une légion. C'est bien, dit-il ; mais dans votre légion vous portez des chaussures bien légères (i) ... . et il m’ordonna de déposer mon arme, si je voulais éviter le châtiment (a). » Il faut remarquer que la scène tracée par Pétrone a lieu en Campanie , dans quelque ville aux environs d’Herculanum (3); ce qui prouve que Pompéi pouvait avoir aussi un camp ou caserne pour les légionaires; et les objets trouvés dans les fouilles de l’édifice que j’offre ici corroborent ces conjectures. En effet , on a recueilli en cet endroit un harnais de cheval de selle, des armes, des casques, des cnémides ou bottines de bronze; et l’on y a trouvé trois squelettes de prisonniers. Ces armes, il est vrai, appartenaient à des gladiateurs et non à des soldats ; mais on a dû les déposer dans un lieu militaire, de préférence à tout autre. Si cette circonstance pouvait porter quelqu’un à regarder le camp de Pompéi comme une école de gladiateurs plutôt que comme une caserne, on pourrait lui faire observer que Pompéi ne pouvait certainement pas avoir une école de ce genre aussi considérable; que l’on n’a retrouvé en cet endroit aucune de ces inscriptions dont les gladiateurs féroces et vaniteux barbouillaient les lieux consacrés à leurs jeux et à leurs combats (4J; enfin que, vu le peu d’importance de la ville , ses spectacles devaient être servis par des troupes ambulantes ou par des gladiateurs soit de Naples soit de Capoue : on a retrouvé, en effet, des annonces qui semblent le prouver (5). Ainsi donc, tout ce que la présence de ces armures et de ces épées de gladiateurs trouvées dans le camp pourrait faire penser, c’est qu’on y logeait ces derniers lorsqu’ils venaient à Pompéi, et qu’on y conservait des armes précieuses pour les jeux de l’arène. Je crois donc qu’en regardant comme un camp ou caserne l’édifice connu à Pompéi sous le nom de camp des soldats, on ne se laisse point aller à une fausse conjecture; aussi, c’est en adoptant cette destination que j’ai essayé l’explication suivante :
i Rue ou impasse venant de la rue de l’Odéon (6) et donnant accès au camp par derrière le postscenium de ce petit théâtre. Cette communication était autrefois pavée; mais un ingénieur, lors des premières fouilles de Pompéi , en fit enlever les pavés de basalte pour les briser et les employer à ferrer la chaussée de la route de Naples à Salerne, qui passe à quelques pas de là. 2 Porte du camp vers la rue de l’Odéon. Le seuil de cette porte, très-bien conservé , laisse voirie trou de scellement des crapaudines qui recevaient les pivots des battants. 3 Autre entrée sur le portique et la petite place , derrière le grand théâtre. 4 Troisième entrée au pied d’un escalier qui monte à la plate-forme sur laquelle est situé le vieux temple et le grand portique de cent colonnes qui longe le théâtre. 5 Entrée pour descendre de la plate-forme au camp. Je dois avertir que l’entrée actuelle, du côté de la route pratiquée dans la cour N° 1 3 , est moderne. 6 Loge pour le gardien ou la sentinelle : cette loge me fait penser que l’entrée véritable et permanente était celle vers la rue de l’Odéon. q et 8 Chambres de soldats. 9 Terre-plein au-dessus duquel il y avait des chambres au premier étage. 10 Chambres de soldats. 11 Dans cette chambre on a trouvé les squelettes de trois prisonniers. Ils avaient les pieds passés dans ce qu’on appelle des ceps:
(r) Cette chaussure, que Pétrone appelle phcecasium, était celle des philosophes et des prêtres, et non celle des soldats, qui portaient la caliga armée de clous.
(2) Petron. Satyric. cap. 18.
(3) Dans le fragment de Pétrone trouvé à Bellegarde et publié par Naudot, il est question des portiques d’Hercule : c’était , selon la dissertation du signor Ignara de Palcestra Neapolitana , cette partie d’Herculanum qui forme aujourd’hui le village de Portici. Cette circonstance est remarquable, parce qu’elle prouve l’authenticité du fragment de Naudot, publié plus de soixante ans avant les premières découvertes d’Herculanum, et qu’elle coïncide bien avec le lieu général de la scène, qui est Naples et ses environs.
(4) Les corridors de l’amphithéâtre, les carrefours, les cabarets fréquentés par cette espèce d’hommes, offrent un grand nombre d’inscriptions et de tableaux relatifs aux combats dans lesquels ils étaient demeurés vainqueurs. J’en donnerai plusieurs en décrivant l’amphithéâtre.
(5) On trouvera ces inscriptions dans la description de l’amphithéâtre.
(6) On trouvera cette impasse et la rue citée , dans le plan général.
C’était une machine en bois ou en fer, percée de trous, au moyen de laquelle on enchaînait par les pieds plusieurs prisonniers à la fois. Ces malheureux, ainsi attachés, ne purent fuir lors du désastre, et périrent dans leur prison. 12 Chambres de soldats. i3 Autres chambres de soldats dont on a fait, depuis les fouilles, une petite cour, avec une porte que je n’ai pas indiquée, et qui sert d’entrée du côté 'de la route de Naples. i4 C’était comme une espèce de tablinum , dont les parois étaient décorées de trophées militaires peints à fresque : un fragment de cette décoration est conservé au Musée de Portici. On peut regarder cette pièce comme un lieu de réunion pour l’état major du camp; sa forme, semblable aux tablinum des habitations, et sa situation, semblent l’indiquer. j5 Portique qui donnait entrée aux magasins, 16, et à la cuisine, 17. Cette cuisine est remarquable, parce qu’on y trouve les foyers encore bien conservés: ils ont la forme de ce qu’on appelle, en termes culinaires, une paillasse, c’est-«à-dire d’une espèce d’âtre relevé , et s’étendent le long d’une grande pièce de manière à permettre de faire la cuisine pour un grand nombre de personnes. 18 Chambre de soldats. 19 Escaliers pour monter au premier étage. 20 Grand escalier pour monter au quartier de l’état major , placé audessus du portique. 21 Puits pour puiser daus les citernes où l’on conservait les eaux pluviales, qui y étaient amenées par une gargouille, ou petit canal en pierre, placée autour delà grande cour: ce canal avait de distance en distance des trous carrés et profonds , destinés à recevoir les saletés que l’eau pouvait entraîner et qu’elle y déposait en passant , s’épurant ainsi d’ellemême avant de tomber dans la citerne. Je crois devoir avertir que la fontaine qui existe aujourd’hui au camp des soldats est très-moderne. Il y en avait une auparavant , composée avec un charmant monument antique, que j’ai donné tome II, planbhe III, fig. I"; mais, comme elle ne fournissait pas assez, on y a substitué un jet d’eau plus abondant. La grande cour carrée qu’environnent les portiques servait de place d’armes. 22 Portique intérieur à l’entrée du camp et donnant entrée au postscenium de l’Odéon. 23 Parties de l’Odéon. 24 Cour ou petite place derrière le postscenium du grand théâtre. 2Ô Citernes ou réservoirs, qui n’existent plus aujourd’hui , mais dont les plans avaient été relevés par feu M. le Chevalier Lavéga.
Le camp fut une des premières découvertes que l’on fit à Pompéi, ou du moins c’est une des premières dont on ait pris soin; car, dans l’origine, on détruisait et l’on recouvrait les ruines dès que l'on en avait enlevé les objets précieux qu’on y trouvait. Lorsque l’on commença à débarrasser cet édifice des cendres sous lesquelles il était enseveli , on eut l’attention d’en rétablir une partie avec un soin particulier, en conservant tous les fragments, pour les replacer, ou les imiter, si l’on ne pouvait les faire servir encore. La charpente et la menuiserie calcinées furent soigneusement restituées dans leur ancien état, d’après ces indications; aussi la coupe que l’on voit, pl. III, peut- elle être regardée comme la restauration la plus authentique qu’il soit possible de faire. Un balcon continu donnait entrée à toutes les pièces du premier étage, où étaient distribuées des chambres pour les soldats et les officiers. J’ai habité pendant plusieurs années l’une de ces petites cellules, et j’y ai appris qu’il ne faut ni un vaste logement, ni ce qu’on nomme les douceurs de la vie, pour être véritablement heureux, toutes les fois que l’on joint au strict nécessaire le charme de l’étude et quelques nobles espérances.
Tout l’intérieur du portique et des chambres était peint d’une manière agréable, quoique un peu négligée dans l’exécution. Les colonnes étaient peintes aussi : comme elles sont en nombre impair, celles du milieu sont vertes , et les autres alternativement jaunes et rouges. Peut-être ces quatre colonnes du milieu, qui indiquent ainsi les deux axes de la place d’armes, servaientelles de jalons pour la manœuvre.
EXPLICATION DES PLANCHES. i5
La pl. III, fig. i1", donne le détail en grand des cellules et de l’ordre dorique. Cet ordre lut dans 1 origine un dorique grec fort simple et assez gracieux, en lave de tuffe ou piperno, lig. 1 1 ; mais plus tard, lors d’une restauration , il fut enveloppé d’un enduit en stuc, qui le défigure, comme ou le voit fig. ni. La fig. iv donne des chapiteaux restaurés de la même manière dans le portique qui conduisait du camp au grand théâtre. Ces exemples, quoiqu’ils ne soient pas dépourvus de quelque grâce, ne sont sans doute pas ceux qu’on cherchera dans Pompéi pour les imiter. Cependant il faut avouer que les artistes qui, même en s’écartant de leurs beaux modèles, faisaient encore des choses aussi agréables, devaient avoir quelque supériorité sur nous, dont les écarts sont toujours bizarres et malheureux.
Les deux vues que l’on trouve pl. Y peuvent donner une idée de l’état actuel de l’édifice. Lune est prise de la porte n° 3, voyez le plan; l’autre auprès de la chambre n° 12, après le n° 11.
La fig. 1 de la pl. VI montre l’état actuel de l’escalier qui montait du camp et de la cour derrière le grand théâtre à la plate-forme où se trouve le vieux temple. Cette vue est prise de la porte postérieure du grand théâtre. La fig. 1 1 représente un candélabre qui faisait partie de l’ancien musée de la Reine.
YASE EH BJROHÆE
CÀitgây*?:
jsutfr