PLANCHE VII
Les anciens avaient peuplé le ciel, la terre et les eaux de divinités si nombreuses, qu’il y avait dans une ville plus de lieux consacrés à ces dieux de toute espèce que d’habitations (i). Cette assertion n’a rien d’exagéré, car chaque maison possédait au moins un autel aux dieux Lares, sans compter les chapelles domestiques et celles qu’on élevait dans les endroits publics. Mais ces dieux, grands et petits (2), n’étaient pas difficiles à honorer, et ils se contentaient, dans l’occasion, d’autels et d’offrandes les plus simples. Josèphe raconte qu’un Alexandrin, ayant voulu sacrifier en présence des Juifs, fit un autel avec un pot de terre renversé sur lequel il immola un petit oiseau. Ce sacrifice bizarre, loin de paraître ridicule, suffit pour causer une sédition; ce qui prouve que le culte, dépouillé de sa magnificence, n’en conservait pas moins son caractère sacré aux yeux des peuples. On ne doit donc pas être étonné de rencontrer dans Pompéi tant de petits monuments religieux dont quelques-uns sont de la plus grande simplicité et même quelquefois grossièrement ornés. Mais, lorsque l’imagination se refuse à reconnaître dans un petit piédestal de briques et de plâtre l’autel du maître du tonnerre ou celui de ce roi des mers qui en trois pas franchissait l’espace qui sépare l’Egypte de l’Olympe, il faut oublier un moment les sublimités d’IIomère, et jeter les yeux sur ces calvaires, ces madones qui remplissent les carrefours de Naples, à côté des temples magnifiques de cette vaste cité; partout, en tout temps, l’homme a voulu avoir à sa portée, et représenter, suivant ses facultés, ces choses du ciel avec lesquelles il correspond par la pensée à toute heure, et dans toutes les positions de la vie. Voilà ce qui a multiplié chez les anciens et chez les modernes les lieux consa« rés et les simulacres religieux.
L’autel que l’on voit pl. VII est surmonté d’un petit bas-relief malheureusement fort détérioré, représentant un sacrifice, comme tous les tableaux du même genre. Le fronton qui termine la partie supérieure de l’encadrement renferme un aigle. Cet oiseau indique-t-il que le monument fut consacré à Jupiter et non aux Lares compitales? ou bien n’est-il qu’un ornement insignifiant, placé, par tradition, dans cette partie de la décoration qui avait pris chez les Grecs le nom de l’aigle , àsTô; ? Les tuiles qui recouvrent le mur ont été posées depuis les fouilles pour préserver les stucs.
Cette planche offre encore, au-dessous de la vue que je viens de décrire, un morceau en plastique d’un dessin charmant, qui peut nous donner une leçon de bon goût et d’adresse. Ce fragment appartient à un chenau ou gouttière: c’est ainsi que les anciens savaient déguiser, avec un art admirable, des objets que nous laissons apparaître dans toute leur nudité, et qui défigurent nos édifices modernes L’économie même ne serait point froissée par une décoration pareille, puisqu’elle se fait au moule avec une matière commune, et que, par le moyen de la presse hydraulique ou d’une machine à vapeur on pourrait fabriquer en grand , à bon compte et fort vite , des ornements de ce genre pour toutes les parties des bâtiments où elles pourraient être applicables. La coupe de ce fragment de plastique montre la manière dont l’enroulement supérieur est enté sur le morceau inférieur.
(1) Pétrone fait dire à une femme: Sachez qu'il y a dans celle ville tant de divinités, qu'il est plus facile d'y trouver un Dieu qu’un homme. Satyric. cap. y. *
(») DU mugai : c’étaient les douce grandes divinités mythologiques. DU mimi: cette classe se composait de tontes les autres divinités quon appelait anss, Dii pateUarii , parce qne leur culte n’exigeait qu'une simpl z paulla. Pitiscus compte jusqu’* soixante et une espèces de’ divinités renfermant chacune plusieurs dieux ou déesses, et cette nomenclature n’est même pas complété.