‹ Les ruines de Pompéi (volume 3)Chapitre 5 sur 24 · SUR LA VILLE DE POMPEL · texte numérisé non relu

SUR LA VILLE DE POMPEL

« vant la foule de ceux qui marchent sur nos pas ne nous étouffe dans les « ténèbres. A peine nous étions-nous écartés, qu'elles augmentèrent de telle ' sorte qu'on eiit cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, « mais dans une chambre où toutes les lumières auroient été éteintes. Vous « n'eussiez entendu que plaintes de femmes, que gémissements d'enfants, que « cris d'hommes: l'un appeloit son père, l'autre son fils, l'autre sa femme; « ils ne se reconnoissoientqu'àlavoix. celui-làdéploroitsonmalheur,celui-ci « le sort de ses proches; il s'en trouvoit à qui la crainte de la mort faisoit « invoquer la mort même: plusieurs imploroient le secours des dieux; plu- « sieurs croyoient qu'il n'y en avoit plus, et comptoient que cette nuit étoit « la dernière, et l'éternelle nuit dans laquelle le monde devoit être enseveli ;

• on ne manquoit pas même de gens qui augmentoient la crainte raison- « nable et juste, par des terreurs imaginaires et chimériques: ils disoient « qu'à Misène ceci étoit tombé, que cela brùloit, et la frayeur donnoit du « poids à leurs mensonges. Il parut une lueur qui nous annonçoit, non le « retour du jour, mais l'approche du feu qui nous menaçoit; il s'arrêta pour-

■ tant loin de nous. L'obscurité revient, et la pluie de cendres recommence et ' plus forte et plus épaisse.Nous étions réduits à nous lever de temps en temps « pourj^ecouer nos habits, et sans cela elle nous eût accablés et engloutis...

« Enfin cette épaisse et noire vapeur se dissipa peu à peu, et se perdit « tout à fait comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après parut le « jour, et le soleil même, jaunâtre pourtant, et tel qu'il a coutume de luire « dans une éclipse. Tout se montroit chargé à nos yeux troublés encore, et 0 nous ne trouvions rien qui ne fût caché sous des monceaux de cendre, « comme sous de la neige. On retourne à Misène, chacun s'y rétablit de son

• mieux, et nous y passons une nuit entre la crainte et l'espérance, mais

■ où la crainte eut la meilleure part, car le tremblement de terre continuoit. "

Cette narration, pleine de simplicité, a encore un autre mérite aux yeux de ceux qui ont été témoins de quelque éruption; c'est la vérité du tableau. Jeme suis trouvé comme Pline, dans une ville antique, spectateur du même phénomène pendant cinq jours consécutifs; comme lui, j'ai passé une nuit au milieu des champs, non pour fuir ce fléau, mais pour en admirer les effets, et, comme lui, nous étions obligés de nous lever pour secouer la cendre dont nos vêtements étoient couverts. Je n'essaierai point de décrire ce que je vis dans cette terrible éruption; il n'appartient qu'à la peinture et à la poésie de donner quelque idée de cette sublime horreur.

La ville de Pompei ne fut point détruite par la lave , sa position élevée la mi t à l'abri d'un pareil événement, elle fut ensevelie sous cette pluie de cendres

,8 NOTICE HISTORIQUE SUR LA VILLE DE POMPEI. et de pierres dont parle Pline, et qui a formé des couches alternatives jusqu'à la hauteur de i5 à i8 pieds. Il y a des endroits où l'on trouve de petits sphéroïdes cristallisés, parfaitement réguliers. Cette pluie de matières volcaniques n'excéda nulle part la hauteur du premier étage des édifices, mais le poids des pierres et de la cendre accumulées sur les toits et les terrasses les fit écrouler, et entraîna la ruine des parties supérieures. On a trouvé des indices qui portent à croire qu'après la destruction de la ville quelques particuliers riches revinrent fouiller dans leurs habitations pour en retirer leurs effets précieux; mais riches et pauvres, tous furent obligés d'abandonner une ville en ruine, et un territoire voué à la stérilité pour plu-

sieurs siècles.

Pendant 1676 années la ville de Pompei resta ensevelie sous la cendre. On eut les premiers indices de ses ruines en i689;maisron ne commença à y fouiller qu'en 1 ySS: il est cependant étonnant qu'on ne l'ait pas découverte plus tôt; car Dominique Fontana ayant été chargé, en iSqs, de conduire les eaux du Sarno à Tonc fleIT Jnnunziatajw passer un canal souterrain qui traverse la ville, et rencontre souvent les substructions de ses édificeis.

Ces fouilles, sur lesquelles l'attention de l'Europe est constamment fixée, ont procuré d'immenses résultats. Chaque jour de nouvelles découvertes en annoncent de plus intéressantes encore; mais aussi chaque jour amène la destruction de quelqu'un de ces restes précieux, qui, déjà à demi-ruinés par les cendres brûlantes , ébranlés par les tremblements de terre, n'opposent qu'une foible résistance à l'action dé l'air, de l'humidité et des gelées: peutêtre ne trouvera-t-on plus bientôt que dans cet ouvrage une grande partie des monuments qui en sont le sujet. Je m'estimerai du moins heureux d'en avoir conservé le souvenir, et d'avoir ainsi épargne quelques regrets à la postérité.

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