PLANCHES IV, V ET VI
Dans un massif de bâtiments qui se trouve à l’orient des théâtres, et qui en est séparé par une petite ruelle, on a découvert, en 1766, un petit temple dont l’état actuel est représenté à la planche IV , et dont le plan se trouve au bas de la planche V.
Un petit portique, dont le toit était soutenu par deux colonnettes, conduisait dans une cour ou aréa dont tout le fond était occupé par un soubassement assez élevé. On y montait par neuf degrés, nombre impair, qui s’accorde avec la coutume constante des anciens (3).
Sur ce podium, s’élevait un prostyle à quatre colonnes de face, plus deux autres sur les côtés, en avant des pilastres des antes. Alors, venait la cella, isolée des murs de l’enclos par une ruelle continue. Elle était pavée d’une mosaïque et revêtue de peintures murales dont il reste à peine quelques fragments. Mais d’autres débris précieux avaient échappé jusqu’ici aux recherches des antiquaires, ou ne leur avaient pas semblé dignes de leur examen; ce sont les chapiteaux des pilastres qui formaient les antes de la cella. La figure 2 de la planche VI offre, à gauche, la moitié de la face de ces chapiteaux, à droite, la moitié de leur côté, et au centre, le profil du milieu de ce côté. L’étude de ces débris et de quelques fragments de l’épistyle a permis à l’auteur de cet ouvrage de restituer l’élévation et la coupe comme.-on le voit aux figures qui occupent le haut de la planche V. Avec ces chapiteaux de fantaisie, mais d’une fantaisie pleine de goût et d’élégance, le style de l’édifice devait être corinthien: les proportions étaient connues.
Mais un autre fragment, trouvé dans la même enceinte, était encore plus curieux par les idées qu’il a fait naître sur la destination de l’édifice. C’est le chapiteau dont le dessin se trouve à la figure ire de la planche V.
(1) Voyez tome III, page 20, l’élégante description, tracée par Mazois lui-même, de la vue dont on jouit de ce point.
(2) Voyez tome III, pl. IX.
(3) Voyez notre Essai sur les Temples, p. 12; et Vitruve, De Archit. lib. III, cap. 4 (vulgo 3). L’abbé Romanelli, dans son voyage déjà cité, donne le même nombre.
Presque tous les voyageurs et les antiquaires ont cru que le petit temple dont il s’agit avait été consacré à Esculape (i). D’autres y ont vu un temple de Jupiter et de Junon (2). Ces opinions sont fondées sur l’examen plus ou moins attentif de trois statues de terre cuite qui ont été trouvées dans les ruines de cet édifice. Ces monuments de la plastique des anciens peuvent appartenir, non pas aux premiers temps de l’art, mais à une époque assez avancée de la période romaine, et ce sont au moins des copies fort estimables de chefs-d’œuvre d’artistes grecs. Winckelmann, qui les a examinés le premier, a cru y voir Esculape avec une Hygie. Il ne nomme pas la troisième figure. Selon Gaspard Vinci (3), ce sei’ait un Esculape, un Jupiter, et une Junon. D’un autre côté, M. Giovan-Batista Finati, dans sa première description du musée royal Bourbonien, combat l’opinion de Winckelmann; et où celui-ci a vu un Esculape, il trouve un Jupiter. 11 est vrai que dans l’explication des planches du Real. Museo Borbonico { 4), M. Finati revient à la pensée qu’il avait d’abord rejetée. Dans le chaos de ces opinions diverses, le chapiteau dont nous parlons apporte une lumière nouvelle. La tête dont il est orné au lieu de rosace n’a-t-elle pas le caractère bien connu de celle de Neptune? N’est-ce point là le placidum caput du poète latin (5)? En outre, les feuilles qui remplacent l’acanthe, l’olivier ou le laurier, n’ont-elles pas quelques-uns des caractères d’une plante marine? Si enfin nous nous reportons aux statues, le caractère de la parenté n’explique-t-il pas comment le dieu des mers a été pris pour son frère le dieu du ciel, ou pour le petit-fils de celui-ci? Tels sont en partie les motifs qui, sans doute, ont porté feu Mazois à se conformer à l’opinion vulgaire, à l’espèce de tradition qui sur les lieux mêmes désigne comme un Temple de Neptune l’édifice que nous décrivons. Peut-être en avait-il de plus solides encore, dont il ne reste pas de traces dans ses notes. Pour nous, il y aurait une raison puissante de ne pas douter, quand nous n’aurions pour tout argument que l’autorité de l’illustre défunt, consignée dans une inscription de sa main au bas de la figure.
Il y a du reste une cause générale qui rend assez difficile la tâche de l’antiquaire et de l’artiste, quand il s’agit de rétablir chaque débris de cette espèce à sa place primitive. Lors des premières découvertes, on s’est empressé de fermer les lieux qui étaient encore enclos, et d’y mettre sous clef tout ce que l’on rencontrait de précieux, sans prendre note de l’endroit où chaque objet avait été trouvé. C’est donc par une simple conjecture que nous pouvons assigner la place du petit autel circulaire représenté à la figure 5. Il était dans le sanctuaire de Neptune; et c’est de là qu’il provient peut-être. Le chapiteau dorique, figure 4? qui se trouve dans l’aréa près de l’entrée, appartenait sans doute à l’une des deux colonnes du petit porche.
Ce que l’enceinte de ce temple offre aujourd’hui de plus remarquable et de mieux conservé, c’est l’autel placé au milieu de l’aréa et au pied des degrés. On en voit le dessin à la figure 3 de la planche VI. Rien de plus correct que la frise ionique dont le profil est répété en grand à la droite du premier dessin. Rien de plus élégant que le soubassement dont le développement occupe la gauche. Grâce à un heureux alliage de richesse et de simplicité, ce morceau d’architecture l’emporte de beaucoup, quant à l’effet général, sur le tombeau tant vanté des Scipions,
(1) Voyage à Naples, déjà cité, p. 282.
(2) Carlo Bonducci , Pompei descritta , p. 186.
(3) Descrizione delle ruine di Pompei, 2* ed. Napoli, i83o, p. 128.
(4) Vol. VIII. tav. XXIX, p. 5.
(5) Virg., Æn., lib. I, 127.
TEMPLE DTSIS.