PLANCHES VII , VIII, IX, X ET XI
Au nord du grand théâtre, dans l’endroit marqué F au plan général (i),se trouve un petit édifice qui fut découvert en 1^65 et dans lequel on a reconnu un Ædes consacré à Isis. Cette découverte offrait un intérêt d’autant plus vif que l’on n’avait encore en Europe aucun modèle bien conservé de temple à péribole (2). Depuis cette époque, la ville de Pompéi en a fourni un autre exemple dans celui de Vénus dont nous parlerons plus loin, et l’on peut dire que le grand temple grec enveloppé dans i’hécatonstylon avait lui-même un péribole magnifique.
En suivant la rue du théâtre qui se dirige de G en D vers la porte de Sarno, après avoir laissé à droite le portique ou propylée octostyle G qui conduit au temple grec et aux gradins du grand théâtre, la deuxième porte qui se trouve du même côté donne accès sous le péribole du temple d’Isis. Cette porte est marquée A au plan de la planche VIII : c’est celle que l’on aperçoit à droite dans la vue générale qui se trouve au haut de la même planche.
Dans la vue de l’entrée du temple, à la planche VII, le spectateur est censé debout, au milieu de la rue, et à peu près en face de la porte : il voit à ses pieds le trottoir et les deux marches du seuil; son œil parcourt toute la partie du portique qui fait face à la cella. Près de cette entrée on a trouvé un tronc destiné à recevoir les offrandes, et un peu plus loin deux vasques élégantes qui contenaient l’eau lustrale. L’une d’elles, qui se trouve maintenant au musée royal (3), portait cette inscription :
LONGINUS II VIR.
Sur la gauche, à quelques pieds au-dessus du sol, est une niche marquée L au plan et qui faisait face au sanctuaire. On y avait peint une figure d’Harpocrate, un doigt sur la bouche, figure qui se retrouve dans tous les temples d’Isis : le fils en face de la mère. Mais il est bon de se rappeler la différence qui existait entre le dogme égyptien et celui des Romains et des Grecs. Dans le premier, Harpocrate était le symbole du soleil, du printemps (4) ou de l’enfance; dans le second, ce n’était que le dieu du silence (5). Au pied de cette image était un banc de bois presque réduit en poussière : on l’a rétabli pour la commodité des visiteurs de ces ruines qui veulent y rêver un moment sur les vicissitudes des croyances humaines. Au fond est une petite porte cintrée qui conduisait au logement des prêtres. A droite, les six colonnes doriques qui soutenaient le toit
(1) Voyez la Ire partie, Notice historique, pl. II.
(2) On conçoit difficilement que l’abbé Romanelli, à la page 220 de son Voyage à Pompéi déjà cité, et M. Gaspare Vinci , page 122 de sa description également citée plus haut, aient appliqué à ce temple la dénomination d’hypæthre ( ipetro en italien). La cella elle-même était -voûtée, et rien n’indique qu’il y ait eu une ouverture à la voûte : ce qui est découvert dans ce temple comme dans l’autre n’est que l'areà, ou la cour; et comme elle est entourée d’un portique couvert et à colonnes , le temple, qui a quatre colonnes de face seulement, sans en avoir au posticum ni sur les côtés, est un prostyle tétrastyle à péribole, mais nullement un hypæthre (voyez l’Essai sur les Temples en tête de ce volume p. i4). A la vérité, Pausanias, en parlant d’un grand nombre de temples de la Grèce, dit quils sont i v ûiratôpw; mais cette locution signifie seulement qu’ils sont construits dans un endroit découvert, au milieu d’une aréa : on la traduirait fort mal en disant que ces temples sont des hypæthres.
(3) Real museo borbonico, Vol. VII, frontisp.
(4) Plutarch. de Is. et Osir. op II, page 358.
(5) Varro, de L. L., lib IV.
de cette partie du péribole. On remarque au milieu un entre-colonnement double, ou plutôt la suppression d’une colonne, puisque la face de l’aréa opposée à celle-ci en a sept au lieu de six. En outre, la troisième colonne et la quatrième n’étaient que des demi-colonnes, le reste étant engagé dans deux pilastres plus gros et plus élevés que les colonnes. Ces pilastres, placés dans l’intérieur de l’entre-colonnement (i), devaient soutenir un entablement ou un fronton dominant le toit du portique. Cette disposition avait pour avantage de découvrir d’une manière plus grandiose la façade du temple en regard de l’image d’Harpocrate.
Au-dessus de cette porte d’entrée, on a trouvé l’inscription suivante, qui a été enlevée depuis et déposée au musée royal :
N . POPIDIVS . N . F . CELSINVS AEDEM . ISIDIS . TERRAE . MOTV . CONLAPSAM A . FVNDAMENTO . P . SVA . RESTITVIT HVNC . DECVRIONES . OB . LIBERALITATEM CVM . ESSET . ANNORUM . SEXS.
ORDINI . SYO . GRATIS . ADLEGERVNT.
inscription que l’on peut traduire : Numerius Popidius Celsinus, fils de Numerius, a reconstruit à ses frais, à partir des fondements, le temple d’Isis qui avait été renversé par un tremblement de terre. Les décurions, en récompense de sa libéralité, l’agrégèrent à leur ordre sans exiger aucune rétribution : il était âgé de soixante ans (2).
Le tremblement de terre dont il s’agit ici est celui de 63. Ce qu’il y a de remarquable dans cette restauration, c’est que les colonnes n’ont pas été rétablies à leurs places primitives, et que des fragments de pierre ont été employés tout autrement qu’ils ne l’avaient été d’abord. Ainsi, la corniche de la chambre du fond ( M . au plan) a été retournée : or, sur la partie qui était enfouie dans la maçonnerie et qui est tombée, on lit cette inscription :
M . LVCRETIVS . RVFVS . LEGAVIT.
Il paraît que la famille Popidius, en restaurant le temple d’Isis, tenait à effacer par tous les moyens possibles le souvenir des anciens bienfaiteurs de cet établissement.
C’est ainsi que les plinthes des bases des colonnes qui forment le prostyle du temple ont été enterrées pour placer la mosaïque du pronaon, de sorte que ces colonnes ne reposent que sur le dernier tore. «En général, dit Mazois, dans une de ses notes trop rares, tout ce travail a été « exécuté fort rapidement; et quoique fait avec beaucoup d’esprit en quelques endroits, il porte « le caractère d’une véritable ébauche. La plupart des ornements en stuc ne sont pas modelés; « ils sont simplement découpés comme du carton, et les côtes sont faites d’un coup d’ébauchoir. « Le stuc très-épais qui recouvre les profils est appliqué d’une manière très-négligée , et souvent « les profils de pierre qui sont au-dessous sont beaucoup plus agréables. L’architecte a cherché « à rappeler quelquefois les choses égyptiennes. »
(1) On remarque une légère différence entre les vues et le plan, quanta la position des pilastres qui sembleraient, selon ce dernier, se trouver à l’extérieur des deux demi-colonnes. C’est aux vues qu’il faut s’en rapporter, et le simple bon sens indique que la faute vient de la gravure du plan.
(2) L’abréviation SEXS. a donné lieu à de longues discussions entre les antiquaires. Les uns l’interprètent, comme nous, Sexaginta, et les autres Sex. Parmi ces derniers, se trouve le docteur Gaetano Carcani, dont la dissertation fait partie du premier volume des Actes de l’Académie d’Herculanum , et dont l’opinion a été adoptée par M Finati (Real museo borbonico, vol. IX, tav. XI). M Carcani nous paraît avoir démontré en effet par d’autres inscriptions (Marin, frat. arv. p. 94; ibid. p. 89) que des enfants de cinq ou six ans étaient admis par faveur au nombre des décurions, abus que les lois défendaient ( Callistrat. Dig. L, 2, 11), et que d’autres lois réprimèrent ensuite (Cod. Theod. XII, 1 , ig). Mais il n’en est pas moins évident que c’était là l'exception et non la règle; que les vieillards, au contraire, étaient souvent nommés décurions honoraires (Ulp. Dig. L, 2,2§ 8),
Parcourons maintenant par ordre tous les détails du plan de 1 édifice, et de ses dépendances (pl. VIII).
A. L’entrée déjà décrite.
B. Le portique ou péribole à quatre côtés, ayant à l’une des extrémités six colonnes, à 1 autre sept, et sur chaque côté huit, en comptant deux fois celles des coins. Ces colonnes sont d ordre dorique sans base -.elles sont construites en briques revêtues de stuc avec des cannelures rudentées jusqu’au tiers environ de leur hauteur. Le long de ce portique règne une rigole qui recevait les eaux pluviales et les déversait dans des canaux souterrains qui les portaient à la citerne K.
C. La cella, à laquelle on monte par sept degrés, nombre impair de rigueur. Un prostylon à quatre colonnes corinthiennes de face, plus une en arrière de chaque côté et un pilastre à chaque ante, forme le pronaon. On remarque sur les côtés deux espèces d’ailes avec des niches destinées à recevoir des statues : derrière celle de gauche, on trouve un petit escalier à sept marches, et une porte par où les prêtres entraient dans le temple.
D. Petite chapelle placée au-dessus du puits sacré auquel on descendait par l’escalier du fond. Ce lieu était sans doute destiné aux ablutions et purifications. Mazois dans ses notes l’appelle Purificatoire (i).
E. Le seul autel sur lequel des sacrifices paraissent avoir été offerts : la partie supérieure était attaquée par le feu; on y voyait encore quelques os calcinés, et le mur voisin était tout noirci par la fumée. Devant cet autel, se trouve un petit marchepied, et derrière, ainsi que de l’autre côté de la porte de l’édicule, un piédestal qui supportait sans doute une statue.
F. Piédestal sur lequel on trouva la table isiaque de basalte couverte d’hiéroglyphes que l’on a déposée depuis au musée royal. De l’autre côté des degrés , on voit un piédestal à peu près semblable qui supportait la deuxième table isiaque ; mais celle-ci est tombée en débris (2).
GG. Deux autels qui, sans doute, n’étaient destinés qu’aux offrandes adressées aux dieux dont les statues occupaient les niches. Derrière le temple, se trouve encore une autre niche où était un Bacchus isiaque en marbre grec qui est déposé maintenant au musée royal (3). Cette statue est haute d’un mètre vingt et un centimètres : la main droite du dieu, élevée et à la hauteur de sa tête, semble presser une grappe qu’il contemple avec amour. Une petite panthère est à ses pieds. Cette statue offre une nouvelle preuve de l’identité du culte d’Osiris avec celui de Bacchus. Sur la plinthe de la statue on lit cette inscription :
N . POPIDIVS . AMPLIATVS PATER . P . S.
Numerius Popidius Ampliatus père a érigé cette statue à ses frais.
H. Enclos carré où l’on déposait les cendres des victimes.
et qu enfin, surtout dans urt pays où les mineurs étaient, moins que partout ailleurs, aptes à posséder et à disposer, un enfant de six ans ne pouvait avoir entrepris à ses frais une construction très-dispendieuse.
(1) De pareils endroits ne devaient pas être communs dans les temples anciens; car il n’existe aucune dénomination grecque ou latine qui soit propre à les désigner. Le mot grec XouTpûv signifie une salle de bain en général.
(2) M. Champollion le jeune, ayant examiné ces fragments d’inscriptions, a déclaré qu’ils n’appartenaient point originairement au temple de Pompéi.
Sous les figures de i4 personnages qui adorent le dieu Noum 0 Chnoubis (le Jupiter égyptien), on voit des hiéroglyphes disposés en 20 lignes, et qui signifient : a Ceci est une commémoration publique des prêtres d’Orus, et des autres divinités « des différentes contrées de l’Égypte. Ils supplient le dieu Noum comme Souverain des régions supérieures et inférieures « Modérateur de la lumière, Illuminateur du monde, Auguste, Gracieux, etc., etc. »
Dans tome cette inscription, il n’est nullement fait mention d'Isis, mais bien d’Osiris, sous le nom du roi Sermaafra, c’est-à-dire ouvreur.
(3) Real rnuseo borbonico, vol. IX, tav. XI.
I. Piédestal sur lequel était une belle statue d’Isis (i), d’environ deux pieds de hauteur, avec cette inscription :