L . CAECILIVS PHOEBVS . POSVIT L . D D . D
L. Cœcilius Phœbus a placé cette statue dans le lieu assigné par les décurions (2).
La draperie était peinte d’une couleur de pourpre un peu pâle et quelques parties du corps étaient dorées: elle tenait dans sa main droite un sistfè de bronze, et dans la gauche les clefs du Nil. Un certain nombre d’autres petits piédestaux sont placés çà et là contre le mur ou entre les colonnes du portique : ils servaient nécessairement de bases à des statues.
K. Ouverture extérieure de la citerne dont les parois sont marquées par une ligne pointillée : on y parvenait aussi par l’escalier situé à l’extérieur de l’édicule D.
L. La niche d’Harpocrate et le banc ou prie-Dieu que l’on a rétabli à neuf.
M. Grand salon dans lequel on entre par cinq arcades parmi lesquelles celle du milieu est plus large que les autres. Sur le pavé, qui est en mosaïque, on lisait autrefois ces noms maintenant effacés :
N . POPIDI . CELSINI N . POPIDI . AMPLIATI CORNELIA . CELSA.
En donnant à cette inscription le sens le plus naturel : Cornelia Celsa, épouse de Numerius Popidius Celsinus, fils de Numerius Popidius Ampliatus, on y trouve une nouvelle preuve de ce que nous avancions tout à l’heure, à savoir, que Popidius Celsinus, le restaurateur du temple, était âgé de plus de six ans.
Cette salle était probablement le lieu où se célébraient les mystères, et où pénétraient les seuls initiés. Les peintures que l’on y a trouvées représentaient l’apothéose d’Io, l’Isis des Égyptiens, et les figures de divers animaux qui étaient adorés avec cette déesse. On y voyait deux hermès gigantesques et barbus, le front muni de cornes : près d’eux étaient deux nacelles, l’une portant une cage et un oiseau, l’autre conduite par un homme. Plus loin étaient représentés deux serpents enlacés autour d’une baguette: ils soutenaient une guirlande de fleurs, et en dessous était une lionne. D’un côté, une figure assise et un serpent. D’un autre, une Isis couverte d’un manteau et la tiare sur la tête : un seau était suspendu à son bras, sous ses pieds une tête de mort, et près d’elle deux serpents, l’un se dressant, l’autre enlacé autour d’un rameau chargé de fruits. Ces figures avaient sur leur tête la fleur de lotus, et on peut les considérer toutes comme des allégories relatives aux travaux du soleil et aux opérations de la nature (3). Le piédestal que l’on voit en face de la plus grande entrée est sans doute celui sur lequel étaient placées les deux statues égyptiennes de basalte qui, les mains élevées, soutiennent une vaste coupe au-dessus de leur tête, et qui se trouvent aujourd’hui au musée royal de Naples.
(1) Sir William Gell et M. Carlo Bonducci assignent cette place à la statue d’Isis; tandis que M. Romanelli et M. Vinci prétendent qu’elle a été trouvée sur l’élévation qui est au fond du sanctuaire. H est probable que les deux derniers se trompent, à moins qu’il n’y eût deux statues, dont l’une, celle-ci , était entière, et l’autre en morceaux. Voyez Pompe! descritta da Carlo Bonducci. Nap. 1827. p. i83.
(2) Loco decurionibus destinato ou decreto; à moins qu'on ne lise libens decurionum decreto, de son plein gré, d'après un décret des décurions, ce qui offre un sens moins satisfaisant selon nous. Quant à l’interprétation généralement reçue loco decurionum decreto, nous ne saurions l’admettre en aucune manière.
(3) Le serpent appelé Thermutis était le symbole de la vie et de la mort. Voyez, quant au reste, Porphyr. epist. ad Janebonem.
N. Une salle qui parait avoir été une sorte de vestiaire ou de garde-meuble du temple. On y a trouvé un grand nombre de symboles du culte isiaque, des débris de statues, un priape, et une figurine égyptienne.
Dans l’angle à gauche .de la porte se trouve un réservoir d’eau auquel on monte par quelques
Il serait trop long de rappeler ici toutes les pieuses cérémonies et aussi toutes les fraudes pieuses auxquelles cet appartement et la salle voisine devaient servir de théâtre : les épreuves physiques et morales des nouveaux initiés, les prières, les exhortations, les chants et les marches solennelles des initiateurs. Il serait d’ailleurs difficile de décrire exactement ces célèbres mystères d’Isis qui furent apportés par Orphée dans la Grèce, sous le nom de mystères éleusiniens, et auxquels Atticus et Auguste furent admis comme adeptes. Aucun écrivain ancien ou moderne n’a pu encore en pénétrer le secret, et Apulée n’en a parlé lui-même que d’une manière énigmatique (i) (2). Elle n’a donc encore rien perdu- de son antique vérité, cette inscription qui se lisait à Sais sur le piédestal de la triple statue d’Isis, d’Osiris, et d’Orus :
« Je suis ce qui fut, ce qui est, et ce qui sera. Aucun mortel n’a encore osé lever le voile qui me couvre.»
O. Espèce d’étable où l’on gardait les victimes.
P. Chambre qu’habitaient sans doute les prêtres d’Isis, et particulièrement celui qui était chargé de la garde de l’enceinte. On y a trouvé le squelette de l’un d’eux qui, armé d’une hache, avait déjà commencé à s’ouvrir un passage à travers le mur. D autres montaient a 1 étage supérieur par les escaliers que l’on voit dans le plan. La mort les surprit tous également. L’hiérophante fuyait avec les trésors de la déesse : il tomba sur la place du petit théâtre, où, seulement en 1813, on trouva son squelette, avec 36o pièces d’argent, 8 d’or, 42 de bronze et une foule d’objets précieux. S’il avait cru jamais à la puissance de ses dieux, à l’effet de ses prières, le malheureux dut mourir désabusé : Isis n’avait pu sauver ni ses adorateurs, ni son propre trésor!
Q. Une cuisine avec un foyer et des fourneaux tout semblables aux nôtres. On y trouva des arêtes de poisson. En effet, les prêtres d’Isis devaient manger peu de viande : suivant le rapport de Plutarque, la chair de mouton leur était tout à fait interdite (3).
R. Après une petite pièce qui devait servir d’office, se trouve une chambre de bains; on y voit une baignoire ou au moins un bassin servant de réservoir. Plusieurs antiquaires l’ont pris pour un cellier.
S. Le grand théâtre.
T. Chambre d’une maison située de l’autre côté de la ruelle qui conduit au théâtre. Tous ces appartements communiquaient entre eux, et le dernier avait une porte sous le portique du temple de Neptune (4), ce qui peut faire supposer qu’ils étaient destinés au service de ce temple.
(1) « Je me suis approché des confins de la mort; ayant foulé de mes pieds le seuil de Proserpine, je suis revenu à « travers tous les éléments: au milieu de la nuit, le soleil m’a paru briller d’une vive lumière. Je me suis trouvé en pré- « sence des dieux supérieurs et inférieurs, et je les ai adorés de près. » Apulée, Ane d’or, liv. II, p. 97.
(2) M. de Hammer semble néanmoins être parvenu à dérober ce secret à la nuit des âges: il a fait briller un premier rayon de lumière dans le ténébreux sanctuaire d’Isis. D’après l’autorité de Clément d’Alexandrie, il divise les mystères égyptiens en trois degrés : 1° la purification à l’entrée de la tombe; 20 le jugement des morts et la doctrine d’une vie future; 3° la contemplation de la lumière éternelle dans l’essentiel et l’universel. Les initiés subissaient quatre petites épreuves et trois grandes. Voyez la Doctrine de l’Érèbe chez les Égyptiens, et les mystères d’Isis expliqués par les peintures des momies du cabinet impérial d’antiquités à Vienne, par M. Joseph de Hammer.
(3) Plut., de Isid. et Osirid., cap. t\.
(4) Voyez ci-dessus, dans la description de la planche V.
U. Cour entourée d’un portique sur trois côtés, et communiquant avec le temple d’Isis par la petite porte qui donne dans la partie N. Cette localité forme le sujet des planches XI et XII du troisième volume, où l’on trouve sur ce qui la concerne tous les détails désirables.
Nous ajouterons seulement que c’est là, au pied du mur qui sépare cette cour du sanctuaire, qu’a été trouvée la grande inscription osque dont voici une copie exacte :
WRRPW1R3'JITI3-3£MROIflRR-3 NRT^iaT hRHRHRnWVn i-nH3a3D ARUNITI-S -»R2h3 -fl3fl3fl ■fl'JTH3ffl PWVn-aVT«tR3»-affl*H>llHH3-D M38W1V>I '5IR5I3 • WV8I- IOT- *MRt I R mRMMR*PV-flNMIJMRT-*h3IM fl3TTR8VaP-WMflRlfl3H3fl
On peut la lire ainsi:
C . AADIRANS . C . EITIV CAMPAAM CEDEIIAI . POMPAII ANAI . TRISTAA MENTVD . DEDED . EISAK . EITIVCAD C . CIINIKIISMR . KCAISSTYR . POMP AIIANS . TRIIBOM . EKAK . K OMB EN NIEIS . TANLlNVD . OPSANNAM DEDED . ISIDVM . PROPATTED
Suivant le rapport de sir W. Gell, le savant M. Carelli, de l’académie royale de Naples, a interprété cette inscription ; et il en explique ainsi le sens général : «C. Adiranus (1), etc., a dédié ce portique à Isis afin qu’il fût consacré à célébrer ses fêtes. » Mais d’après Bonducci, M. Janelli y trouve de son côté que les architectes municipaux de Pompéi ont examiné les six parties principales de ce local, et que le meddixtucticus et le questeur, après avoir approuvé les travaux, l’ont dédié à Isis.
Pour nous, il nous semble qu’en combinant entre eux certains mots de cette inscription, sur lesquels leur physionomie toute latine ne peut laisser aucun doute, on en tire une explication différente en quelques points des deux sens proposés. Ce serait que « Caïus Adiranus, édile, a donné six maisons pour réparer les malheurs de Pompéi, et que C. Cinicius, magistrat romain, questeur de Pompéi, adonné une tribune et l’emplacement convenable pour un marché, et a dédié le tout à Isis. » Cette interprétation vient à l’appui de ce qui a été affirmé par Mazois touchant ce local, et s’accorde d’ailleurs avec le nombre de parties de cet ensemble de constructions (2).
Pour que l’on puisse comparer ensemble les inscriptions osques les plus importantes de la ville de Pompéi, nous renverrons le lecteur à celle d’une des portes de la ville qui a été donnée par Mazois dans sa première partie (3), puis à celle que nous avons rapportée page 22. Enfin nous en ajouterons une dernière, trouvée près de la maison de C. Cæcilius Capella.
(1) Veüus Adiranus , dit sir William Gell. Nous avouons qu’il nous est impossible de trouver là les lettres nécessaires pour former le nom Velius. Il y a sans doute une faute d’impression (Pompeiana, i832, tome II, p. 200).
> (2) Pour rendre plus sensibles les probabilités de cette interprétation conjecturale, nous nous servirons d’un latin calqué presque lettre à lettre sur l’osque original :
C. Adiranus. C. (Caii filius) cedilis. sedis (urbis). pompeiance. tristamento (in eversione)? dédit, sex. œdes. C. Cinicius. M. R. (Magistratus romanus) qucestor. pompeianus. tribunal, et P conveniens (locum)? tablinoP obsoniorumP dédit. Isidi. consecravit.
Tablinum obsoniorum, les tables du marché. Le premier mot semble, dans l’osque, un datif en ud.
Nous ne pouvons entrer ici dans les détails grammaticaux nécessaires pour justifier ces suppositions; mais le lecteur en trouvera presque toutes les bases dans l’ouvrage de Lanzi intitulé : Saggio di lingua etrusca e di altre antiche d’Italia. Roma, 1789.
(3) Voyez Ire partie, page 53, et pl. XXXVI et XXXVII.
On l’a vue déjà tracée confusément au frontispice du troisième volume de cet ouvrage. La voici rendue un peu plus nettement :
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