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On peut lire, en caractères romains:
EKSVK . AMEIANVD . EITVNS ANER . TIV RRI XII INI . CEI
SAR INV . PVcp . OAAMAT MR . AADIRIIS . C.
Les académiciens d’Herculanum l’ont interprétée ainsi : Ex hinc viator iens ante turn XII , inibi Sarinus Publii cauponatur. Ut adirés. Fate. C’est-à-dire : «Voyageur, en allant d’ici jusqu’à la douzième tour, là Sarinus, fils (ou affranchi) de Publius, tient auberge. Ceci est pour t’avertir d’y entrer. Porte-toi bien. »
Cette interprétation nous semble bien conjecturale, et paraît quelquefois faire violence au texte même de l’inscription, en donnant, par exemple, comme un seul mot ce qui est séparé en deux par un point ou un blanc, en ajoutant une lettre dans aner, et en prenant dans le deuxième mot un D, marque probable de l’ablatif en ud, pour un R, marque du nominatif en ur.
M. l’abbé Cataldo Janelli pense, avec plus de raison, que cette inscription fut destinée à rappeler qu’un des magistrats de Pompéi fit venir dans cette ville les eaux du Sarno. En effet, les premiers mots pourraient signifier : Ex hoc amne, de ce fleuve ; les premières lettres de la troisième ligne forment sarino ; phaamat pourrait s’interpréter par dixit, jussit, il ordonna; et la fin indique assez clairement, magistratus romanus Adirius Caïus, peut-être le même que cet Adiranus dont il était question tout à l’heure. Mais le sens des autres mots ne paraît pas assez facile à conjecturer, pour que l’inscription soit interprétée en son entier : il est même probable quelle n’est que fragmentaire. Au reste, c’est par la comparaison d’un assez grand nombre de monuments de cette espèce, que l’on pourra déterminer les radicaux et les formes grammaticales de la langue osque, et la reconstituer enfin tout entière. Le moment où l’on parviendra à ce résultat sera celui d’un beau triomphe pour l’esprit humain. Les philologues seuls peuvent comprendre à la fois la véritable difficulté et les moyens de solution d’un problème ainsi posé : Étant données quelques lignes écrites dans une langue totalement oubliée, refaire la grammaire et le dictionnaire de cette langue.
Passons aux élévations et aux coupes.
La partie supérieure de la planche VIII représente une vue générale de l’enceinte du temple, prise d’un point imaginaire, en arrière de la muraille du portique opposé à la façade du Naos, entre la colonne du coin du péribole et la colonne suivante. Cette position permet d’envisager tout l’ensemble de l’édifice, et l’imagination parvient aisément à le reconstruire dans toute son élégance et sa richesse primitives, tel surtout qu’il était avant le tremblement de terre, et la restauration de Popidius (i). Chez les anciens comme chez les modernes, le ciel nous préserve des arrangeurs!
(i) Mazois, dans une de ses notes, s’excuse ainsi de ne pas avoir complété la restauration de cet édifice :
« Je nai pas fait les chapiteaux du portique du temple, parce que les deux mauvais chapiteaux corinthiens en piperne qui sont dans un coin de la cour , ne sont pas ceux du portique. La carcasse du chapiteau qui existe encore en par-
Recouvrez par la pensée tout le circuit du portique et de l’édicule qui s’élève sur la gauche; sur les quatre colonnes corinthiennes du prostyle, toutes quatre sveltes et gracieuses comme celle qui est encore debout à droite, rétablissez architrave, frise, corniche et fronton. Et l’édifice, avec ses deux ailes en retraite, avec les deux petits frontons qui couronnent les deux niches , avec son podium et son escalier qui se projettent eu avant, formera un ensemble un peu compliqué, mais plein d’élégance. Les ornements sont chargés, mais largement dessinés, profondément refouillés et entaillés avec une grande hardiesse, aussi bien ceux qui doivent être les plus exposés au grand jour que ceux qui resteront dans l’ombre, et loin de la portée de la vue. Ces derniers même le sont peut-être davantage, et c’est là un soin fort bien entendu de la part des artistes anciens; car ceux-là surtout avaient besoin qu’on les fît ressortir : on peut conseiller aux modernes d’imiter l’antique en ce point. La cour était un peu obstruée de choses gracieuses, telles que l’édicule, espèce de bijou enchâssé dans un autre bijou. En un mot, il y avait là-dedans plus d’élégance que de grandiose, plus de joli que de beau; et si cet édifice est précieux, c’est parce qu’on y voit une miniature bien conservée des grands temples complets à péribole que le temps a détruits.
Maintenant rendez leurs dieux absents à toutes ces niches, à tous ces piédestaux, à tous ces autels; qu’un peuple de divinités anime cette enceinte!... Voyez! avec Isis reviennent ses adorateurs: l’encens fume sur les autels; des guirlandes de lotus les décorent; une longue théorie de jeunes patriciens et de vierges pudiques défile lentement autour du Naos : les prêtres descendent les degrés du temple, couverts de longs habits de lin et chaussés de brodequins d’une toile transparente, en mémoire du bienfait que la déesse apporta jadis à l’Égypte (i). Tenant à la main les rameaux verts de l’absinthe de Seriphos (2), ils entourent le lit où ils ont couché leur divinité, revêtue elle-même d’une robe richement brodée, pour la placer devant une table somptueusement servie : telle est la cérémonie du lectisternium. Là brillent les métaux et les pierreries : partout des couleurs éclatantes comme le ciel d’or et d’azur qui sourit à ces pompes saintes. L’hymne sacré commence sur un mode asiatique, accompagné des sons efféminés de la flûte et des cithares. Puis, dans l’intervalle des strophes, on. entend les éclats du clairon, le retentissement argentin des crotales et des sistres, le mugissement des victimes, les murmures et les pas de la •foule : tous ces bruits divers composent une harmonie large, confuse, indéfinissable. Oh! que ce culte, plein de mouvement, et de bruit, et de luxe, convenait bien aux villes de l’Italie, au sein desquelles la somptueuse Alexandrie l’avait infiltré par son commerce ! Ces pompes bruyantes se célébraient devant le temple, en public et à la face des cieux. Puis, derrière le sanctuaire, dans un secret asile, se cachaient les mystères ténébreux, image de la société nouvelle qui, encore ensevelie dans l’ombre, minait de toutes parts le paganisme expirant. C’était à la fois la matière et l’esprit, l’orgie et l’initiation, un reflet du passé et l’aurore de l’avenir.
Les deux coupes de la planche IX éclaircissent ce qui pourrait encore paraître obscur après l’examen et l’explication des planches précédentes. Les lettres sont placées de même qu’au plan. On peut remarquer, dans la figure première qui représente la coupe transversale, les différentes inclinaisons du terrain, combinées pour réunir les eaux dans le petit canal. Les chapiteaux des pilastres et des niches latérales, ainsi que les ornements des petits frontons, y sont convenablement détaillés. On y voit même un des chapiteaux doriques des colonnes du portique : il a,
« tie sur une des colonnes, est un vieux chapiteau corinthien dont on a abattu les feuilles et les volutes pour y appliquer & un stuc d un autre dessin. Le chapiteau du pilastre était comme je l’ai fait. Reste à savoir s’il s’accordait avec ceux des « colonnes. Celui du pilastre de derrière est différent. C’est tout simplement un très-mauvais chapiteau corinthien. »
(ï) Appui. Apol. — Leur respect pour le lin allait jusqu’à prendre en horreur toute autre matière propre à faire des étoffes; et, comme nous l’avons vu à la page 28, ils ne mangeaient point de mouton, parce que cet animal produit la laine.
(2) Plin. XXVII , 7, 29.
explication des planches.
au lieu des trois entailles ou astragales, un enjolivement que cet ordre ne comporte pas d’ordinaire, mais qui ne figure pas mal dans une construction fort ornée, et qui déguise assez heureusement la maigreur du chapiteau dorique altéré par les Romains, c’est-à-dire, dépourvu de son échine en biseau et réduit, quant à son tailloir, à des proportions exiguës et mesquines. On peut remarquer enfin le profil heureux, quoique simple, de la corniche du podium qui supporte le temple.
Dans la coupe longitudinale, figure deuxième, on remarque la disposition de la niche dHarpocrate, la construction élégante du purificatoire , et l’arrangement intérieur de la cella. Le fond de celle-ci est occupé par une élévation de quatre mètres de hauteur, sur laquelle se trouvait un piédestal, et où l’on a trouvé, dit-on, des débris d’une idole. C’était sans doute une espèce de tribune, du haut de laquelle l’hiérophante parlait aux fidèles : elle devait être aperçue de tous ceux qui étaient dans l’aréa en face du temple, vu la grande élévation de la porte de la cella et de l’entrée correspondante du portique. L’intérieur de cette construction était creux et voûté. On a supposé que les prêtres profitaient de cette disposition pour faire parler à leur gré leurs dieux de pierre et de métal. La fraude aurait été un peu grossière, et rien ne justifie d’ailleurs cette supposition : nous devons croire que les sciences de l’Egypte fournissaient aux ministres d’Isis des moyens plus adroits d’en imposer au vulgaire.
Au posticum, on voit une niche décorée de peintures, où se trouvait la statue du Bacchus Isiaque. On remarquera que de ce côté la corniche du podium n’est point profilée comme sur les trois autres faces. Cela provient de ce que ce temple a été restauré longtemps après sa construction primitive, comme nous verrons qu’on l’a fait ailleurs pour le temple de Vénus. Tous les ornements et profils, d’abord taillés dans le tuf et fort simples, ont été recouverts d’un stuc auquel on a donné des formes beaucoup plus compliquées et d’un goût moins pur. Sur la face postérieure du temple, on voit l’ancien profil, soit que le stuc ait été enlevé, soit plutôt que la restauration de cette partie n’ait jamais été achevée. On s’étonnera peut-être aussi de trouver en cet endroit, entre le mur et les colonnes du portique, le sol plus bas d’environ quatre décimètres qu’il ne l’est dans le reste de l’enceinte. Une note de notre illustre guide vient nous éclairer à cet égard : « Le sol de la partie de derrière de la cour n est pas achevé, dit Mazois : il était d’un <c stuc composé de pouzzolane, de chaux et de ciment. » Dans la salle dite des Ministres, on verra avec plaisir quelques traces des peintures murales qui la décoraient : elles représentaient des colonnes corinthiennes entre lesquelles étaient disposés les tableaux et les allégories mythologiques.
Les planches X et XI contiennent des détails qui appartiennent spécialement à l’édicule. Les figures i et 2 de la planche X sont les esquisses des élégantes décorations qui ornent les murs extérieurs de ce petit édifice. La première, qui appartient au mur latéral tourné vers l’entrée de l’enceinte, représente Mars et Vénus, avec deux amours, dont l’un porte les armes du dieu , l’autre le flambeau de la déesse. La seconde, qui fait face au grand temple, se compose de la figure de Mercure, et peut-être de la nymphe Lara, dont ce dieu devint amoureux pendant qu’il la conduisait aux enfers (1) : ce groupe est escorté de deux génies dont l’un porte une cassette sacrée, et dont l’autre semble faire un geste de commandement. Le dessin de ces figures est lourd daus quelques parties : mais le second groupe, et deux au moins des génies, celui qui tient le flambeau et celui qui porte la cassette, ne manquent pas de mouvement et de grâce.
La figure troisième représente un enroulement de feuillages très-délicats qui formait une espèce de frise sur les murs extérieurs latéraux.
(i) Ovid. Fast. 11, 5gg.
La doucine en terre euite représentée en partie à la figure 4% avec ses palmettes et ses mascarons, couronnait également une décoration. Les quatre masques de terre cuite, marqués 5, étaient des antéfixes placées au-dessus des corniches et sur les bords des toits pour dégorger les eaux pluviales. On ne peut assez admirer la correction de leur dessin, leur variété, leur appropriation à la destination générale de l’édifice, qualités que les artistes anciens recherchaient jusque dans les plus petits détails de leurs compositions, et que l’on trouve rarement chez les modernes, même dans les parties capitales.
La figure irc de la planche XI offre le dessin de la moitié du frontispice du purificatoire : des figures de suppliants en ornent la frise qui est peinte en bleu. Dans le fronton, qui est supporté par quatre pilastres semi-corinthiens, ou plutôt de fantaisie, on remarque deux de ces figures allongées que les anciens plaçaient fort souvent ainsi dans l’attitude de Renommées : celles-ci portent une espèce de bannière. Du reste, dans cette jolie composition, partout des sistres, des sceaux, des léopards, des génies frappant des cymbales, des dauphins, emblèmes du culte d’Isis : on retrouve encore ces deux derniers attributs à la figure 4, dessin d’une autre partie de la frise.
Les figures marquées 2 sont placées sous les deux arcades des côtés de l’édicule visibles à la planche VIII.
Les dessins 3,5,6 représentent des décorations de quelques autres parties de l’édifice : c’est, d un coté, un sacrifice pareil à ceux que l’on voit si fréquemment sur les murs de Pompéi; au milieu, une petite décoration dans laquelle une couronne de lotus rappelle encore le culte de la déesse; cest enfin, de 1 autre coté, une petite composition sans doute allégorique, un cerf, un laurier, une colonne à laquelle est attachée une palme, et au pied de laquelle on voit une épée. Derrière 1 édicule se trouve une niche dont la décoration , que nous n’avons pu faire entrer dans nos planches, se compose d’une immense oreille : cet emblème, réuni à celui du doigt sur la bouche, s’explique par ces mots Attention et silence!