LE TEMPLE
En poursuivant de Test à l'ouest, nous arrivons, à travers les terres labourées et une haie épaisse, au deuxième pâté de ruines, distant des thermes de loo à i5o mètres et que le P. de La Croix considère comme les ruines d'un temple, contre Tavis de M. Lisch, qui veut y voir les ruines d'un château d'eau.
La question fournira évidemment matière à de nombreuses dissertations entre archéologues. Nous voyons le P. de La Croix fort résolu et de taille à défendre énergiquement son opinion ; M. Lisch n'est point non plus un ignorant ni un indifférent en ces matières. On discutera vivement. Tout cela ne peut être que fort profitable à la science, d'autant plus que la courtoisie et la bonne foi ne feront point défaut de part et d'autre.
La façade, qui mesure yS mètres 12 de développement, s'ouvre du côté des Thermes, en plein orient. On y accédait par trois escaliers, dont quelques marches très usées existent encore ; celui du milieu mesure 7 mètres 45 de long, et les autres 3 mètres environ. Sur le devant du préau, élevé de près de deux mètres, on aperçoit les dés de dix-huit fûts d'une colonnade qui devait être splendide. Des fragments de chapiteaux, de tores et de fûts ont été trouvés dans les ruines ; ils sont forts beaux et d'une variété de décoration extraordinaire. Ces rares fragments ont échappé à la rapacité d'industriels du v« siècle, qui avaient installé là des fours à chaux, dans lesquels on a retrouvé des chapiteaux entiers à
demi calcinés. La colonnade franchie, on entre dans un vestibule, dont le toit était supporté par un triple rang de vingt-deux colonnes imbriquées chacun. Au milieu d'un vaste déambulatoire, où la foule devait se placer pendant les sacrifices, sont les ruines d'une construction octogonale, flanquée de quatre vestibules, formant croix grecque. D'après le P. de La Croix, ces murs sont ceux de la Cella, où se trouvait la statue du dieu, et, d'après M. Lisch, c'est là le château d'eau. Subjudice lis est: ces ruines seront-elles dieu, table ou cuvette ?
Le plan de la Cella présente des particularités singulières qui défrayeront les commentaires des archéologues. L'extérieur a la forme octogonale et l'intérieur la forme décagonale. A la base des substructions du mur d'enceinte, on remarque le^ amorces de colonnes géminées. Dans le mur extérieur de la croix et des vestibules, des amorces correspondantes à celles-là sont visibles. Il est donc à supposer que ce couloir d'enceinte formait tout autour de la Cella* une espèce de portique couvert, un cloître. Le P. de La Croix estime que ces murs devaient être
percés d'ouvertures très larges, de manière à permettre au public des déambulatoires d'apercevoir la Cella et sans doute la statue du dieu qui s'y trouvait placée. Dans les ruines de la Ce//a, il a été trouvé un certain nombre d'ex-poto et une statuette en bronze doré fort maltraitée. Ce type de temple présente une grande analogie de construction avec celui de Chassenon (Charente), dont l'abbé Michon nous donne la description dans la statistique de la Charente : « Le plan de ce curieux édifice est un octogone formant une vaste galerie à laquelle on parvient par quatre rampes placées aux quatre points cardinaux et dont on voit la coupe. Cet octogone est un massif de ciment et de moellons placé irrégulièrement, qui s'élève de 2 m. 94 au-dessus du tuf volcanique sur lequel il repose, et de 2 mètres seulement au-dessus des terres végétales qui l'entourent. Il était revêtu de larges assises de pierre qui ont été enlevées avec soin, excepté un certain nombre des premières qui touchent le sol. Au centre de l'octogone est la Cella^ ou sanctuaire, dont le mur est circulaire au dedans et octogone au dehors. » M. Michon signale ensuite la présence d'une double colonnade entourant le temple de Chassenon,
dans le genre de celle du temple de Sanxay. Le déambulatoire, du côte de l'entrée, est flanqué, aux angles, d*édicules que le P. de La Croix considère comme des constructions accessoires pour le service du temple, contenant les autels où étaient reçues les offrandes propitiatoires et déposés les instruments de sacrifices. A Textrémité du premier vestibule, du côté de l'entrée, sont également les substructions d'un édicule qui, suivant l'inventeur des ruines de Sanxay, serait l'autel des sacrifices.
En avant de la Ce//a, au milieu du déambulatoire de face, sont encore les ruines d'une petite rotonde, dans le genre de celle du temple de Vesta, à Rome. Les archéologues auront également fort à discuter à ce propos. Au-dessous de la Cella est un égout très bien conservé, dans lequel nous nous sommes promené fort aisément. Il mesure plus de deux mètres de haut et un de large ; son état de conservation est parfait (i).
Hors de l'enceinte du temple, adossées au mur de l'ouest et du sud, sont les substructions de bâtiments qui doivent être considérées comme les annexes du temple, ergastules d'esclaves, dépôts, etc., un bassin d'épuration d'eau pour le service du temple.
Sur cette partie des ruines, les fouilles sont moins avancées et complètes que dans les Thermes ; il y a encore à déblayer deux ou trois cents mètres cubes de terre et de gravats. On pourra juger de l'importance des travaux de terrassement qui ont déjà été exécutés par ce détail : le cubage des déblais donne le chiffre de 12,000 mètres cubes.
Le P. de La Croix a trouvé là des monnaies et des médailles qui. lui permettent de classer ce monument à la fin du premier siècle ou au commencement du second, et de fixer la date de sa destruction vers l'an 436.
(i) L'abbé Michon^ dans la description du temple de Chassenon, signale Texistence d'excavations et galeries analogues :
« Au sud du sanctuaire se trouve une excavation longitudinale qui passe sous le mur et va sortir, en se prolongeant de 2 m. 40, dans une galerie extérieure ; on pourrait, sans être aperçu, se cacher dans le corridor souterrain et sortir tour à tour par la galerie extérieure ou par le sanctuaire. Mentionnons aussi un puits aujourd'hui desséché, mais dans lequel les eaux étaient probablement conduites par un petit cours qui suivait les premières assises du temple, p
Il a été trouvé également une stèle portant un fragment d'inscription
En outre, le P. de La Croix a eu la bonne fortune de découvrir dans le mur d'une ferme voisine un fragment d'entablement provenant de ce temple et qui contient les trois lettres suivantes en beau caractère : . . POL. . . . fragment d'une inscription relative à Apollon, auquel était sans aucun doute dédié le sanctuaire.