‹ Les Ruines libérales [microforme]Chapitre 56 sur 72 · AGRICULTURE, COLONISATION · texte numérisé non relu

AGRICULTURE, COLONISATION

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Les chiffres de trois années nous manquent, mais il est certain que des montants à peu près semblables à ceux que nous voyons dans les années précédentes ont été dépensés dans le mème but, ce qui porterait à pius de deux millions les sommes votées pour l’agriculture et la colonisation.

Grâce à ces dépenses intelligentes, la colonie du Saguenay s'est accrue et développée. Les magnifiques chemins construits par le gouvernement l’ont mise en rapport avec le reste du pays, et poussée sur la voie du progrès, de telle façon qu'elle sera avant longtemps une des parties les plus prospères de notre pays.

On vit s'ériger d’autres colonies à Ditton, à Piopolis et ailleurs, colonies en train de devenir aussi populeuses et aussi prospères que les plus anciens établissements de la province.

Le pays s'intéressait vivement aux Canadiens que des malheurs avaient forcés de passer aux Etats-Unis. Il désirait voir revenir au milieu de nous ces membres de la famille canadienne, et dans ce but le gouvernement fit adopter une législation des plus libérales, contenue dans les résolutions suivante, adoptées à la session de 1874:

Résolu—"'o. Qu'à même les revenus de cette province il soit créé un fonds spécial de cinquante mille piastres appelé “ Fonds de Colonisation, * et que ca fonds soit employé, en la manière ci après mentionnée, à encourager les canadiens émigrés aux Etats-Unis, à venir se fixer sur nos terre publiques, et à attirer en cette jrevince une plus forte proportion d’immigrants agriculteures européens disposés à se faire colons.

Résolu—?0. Qu'à même cette somme le Commissaire de l'Agriculture et des Travaux Publics, soit autorisé à faire ébaucher dans les localités qui pourront être chosies par le Lieutenant Gouverneur en Conseil, un certain nombre de lots de cent acres destinés à être offerts au canadiens des Etats-Unis et aux immigrants européens qui désireront se faire colons, et qui lui paruîtront en état de réussir comme tels,

Résolu—30! Que celte ébauche de lots consistera en un défrichement

de quatre acres prêtes à être ensemensées et en une maison (l'habitation de pas moins de seize pieds eur vingt. Le coût de ces travaux joint au prix du fonds ne devra en aucun cas excéder la somme de dleux cents piastres et le Commissaire de l'Agriculture et des Travæux Publics autorisera sur ordre du Lieutenant-Gouverneur en Conseil le paiement des dits travaux à même le “ Fonds de Colonisation, ” créé par les présentes.

Résolu.—40. Quele prix des Ints ainsi ébauchés sera payable en la ma. nière ordinaire, à l’agents des Terre de la Couronne, dans la juridiction des quels ils se trouveront compris, et la balance en quatre versements annuels consécutifs avec intérêt du jour de l'émission du permis d’occupation, et le coût des améliorations sera payable en cinq autres versements annuels consécutifs, qui deviendront exigibles successivement après que le paix du fonds s:ra dû sins intérêt jusqu'à l’échéance de chaque paiement.

Que faisait le gouvernement fédéral penäant que les conservateurs se montraient si généreux à l'égard des nôtres ? Il nous préférait des étrangers. I faisait d'immenses sacrifices pour attirer des Mennonites. Nous allons en fournir la preuve.

A la session du parlement fédéral 1875 à la séance du 11 février, M. Masson se levait pour protester contre une grande injustice qui nous était faite. Le gouveruement venait de demander à la Chambre de prêter, sans intérèt, 8100,000 aux Ménonites, pendant dix ans et de voter 870,000 pour payer leurs frais de transport à Manitoba. M. Masson, prenant en

main la cause des Canadiens émigrés aux Etats-Unis qui désirent revenir au Canada, réclama pour eux les mêmes avantages. M. MacKenzie ne voulut pas accéder à cette demande. Il prétendit que les Canadiens pourraient passer aux Etats- Unis pour obtenir un empr 1ut et des frais de voyages. C'était uue objection insolente et des plus futiles, car il est facile de prévenir ces fraudes. Jl suffirait de n’accorder ces secours qu'à ceux qui prouveraient une résidence aux Etats-Unis avant la passation de l'acte. Poussé au pied du mur, M. Mac- Kenzie déclara qu'il aviserait. Cette manière évasive de répondre ne devait point satisfaire M. Masson, et il revint à la charge quelques jours plus tard pour savoir si M. MacKenzie avait avisé. Il reçu une réponse aussi embarrassée. Il deveait évident que le gouvernement était bien décidé de ne pas accorder un seul sou aux Canadiens. M. Masson voulut cependant donner au premier ministre le temps d'aviser, de se concerter avec ses collègues. On avait lien d'espérer que À M. Letellier, alors ministre de l'émigration, notez cela, celui qu'on doit tenir responsable d’avoir accordé près de 8200,000 aux Ménonites et pas un sou aux Canadiens, — on avait lieu d'espérer, disons-nous, que MM. Letellier, Geoffrion, Fournier, et Les députés Laflamme, Jetté, Laurier, exerceraient une pression sur leurs collègues pour les faire consentir à nous rendre justice.

Le ?6 février, M. Masson reprit de nouveau la défense des intérêts du Bas Canada. Mais il ne put rien obtenir de M. MacKenzie, et il se décida à demander à la Chambre, de partager également entre les Mennonites et les Canadiens qui voulaient, s'établir à Manitoba, la somme destinée aux premiers. A la demande de M. MacKenzie, cet amendement fut déclarée hors d'ordre. M. Masson proposa un nouvel amendement par lequel il demandait de réduire cette somme de 850,000 et M. Holton, voulant éviter un vote surcette proposition fit t accepter un amendement par lequel, la Chambre ver-

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rait avec plaisir une mesure destinée à repatrier les Cana diens.” (Voir rapports officiels 26 février, 1875 pages 10 et suivantes.

Cet amendement n'était qu’un leurre, destiné à tromper la Chambre et le pays. Le peuple attendit les estimés supplémentaires ; on disait qu'ils contiendraient un crédit atfecté au repatriement des Canadieüs. Un mois plus tard, les estimations supplémentaires s’élevant à $1,700,000 étaient soumises à la Chambre, et dans cette somme, ne figurait pas un seul sou destiné à dégager la promesse faite par M. Holton au nom du gouvernement. Il devint alors évident que lentremetteur M. Holton, n'avait voulu qu'une chose; tirer le gouvernement d'embarras. Il a réussi en Chambre? Réussira-t-il dans le pays. C'est ce que uous verrons plus tard.

M. Masson avait mis toute la question sous son vrai jour. Il avait placé le gouvernement daus l'impossibilité de refuser, si M. Holton n'était pas venu l'aider à tromper la Chambre. M. Masson avait fermé toutes les issues et c'est ziors que M. Holton a fait passer les ministres par la porte de cave. “Je sais, avait dit M. Masson que des Canadiens ont demandé au gouvernement, des secours et qu'ils n’ont pas eu de réponse. Je sais que des townships ont été réservés à Manitoba pour des colonies d'immigrés, et que lorsque les Canadiens ont réclamé les mêmes avantages, on les a pas même honorés d’une réponse. L'été dernier, pendant que j'étais à Manitoba, M. Monty vint dans cette province pour s'assurer s’il ne serait pas possible de diriger de ce côté, un courant d'immigration canadienne, des Etats-Unis. A son retour à Fall River, il fit son rapport. La société de colonisation de Manitoba demandait pour les Canadiens de Fall River, qui voulaient émigrer, un township et comme je viens de le dire, elle ne l’a pas obtenu. Au mois d'octobre dernier, on demanda de plus au gouvernement de venir au secours de ces immigrés, et à l'heure qu’il est, on n’a reçu aucune réponse satisfaisante.” {Voir document cité plus haut).

Ces faits relatés par M. Masson, ne démontrent-ils pas que le gouvernement était décidé à préférer les Mennonites aux Canadiens ?

Où étiez-vous M. Letellier, ministre de l’agriculiure et de l'immigration ; ou étiez-vous MM. Geoffrion et Fournier, pendant que M. MacKeuzie accordait des towships à la colonie Rolestan, à la colonie Emerson, à M. Shaw et refusait toute concession à la société de colonisation de Manitoba! Où étiez-vous ? Mais vous étiez présents; vous donniez la main à M. KacKenzie et c’est M. Letellier qui signait tout comme ministre de l'immigration. Est-il possible de voir autre chose

dans ce ministère de contrebande qu’un instrument entre les mains de M. MacKenzie? S'il y avait du cœur, de l'énergie, du sentiment national chez ces hommes, est-ce qu'ils se seraient prêté à un pareil rôle? C’est à n’y plus rien comprendre ; plus nous étudions nos ministres, plus nous sommes persuadés qu'ils sont des traitres, ou des gens incapables de comprendre nos intérêts.

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