LE BILL DU CHEMIN DE FER Q. M. & OO
La politique des chemins de fer des conservateurs, si large et favorableau pays, ne devait pas s’exécuter sans nous entrainer dans de grandes dépenses, sanctionnées d'avance par l’opinion publique, car de tous côtés l’on s’adressait au gouvernement pour obtenir de l’aide aux chemins de fer. Le gouvernement, pour faire face à tous les besoins, ne devait négliger aucune de ses ressources. Or, parmi ces dernières, se trouvaient les souscriptions des villes de Québec, Trois-Rivières et Montréal, et autres municipalités intéressées comme ces villes à la construction du chemin. À mesure que l’entreprise avançaïit, le cabinet De Boucherville s’aperçut que les chercheurs de popularité poussaient les municipalités à se soustraire À leurs obligations à l'heure où le chemin était presque un fait accompli. Il fallait prévenir par une législation énergique ces tentatives de malhonnèteté. C’est pourquoi le gouvernement crut devoir faire passer une loi en vertu de laquelle il donnait au shérif le pouvoir de vendre les biens des municipalités quand lui, le gouvernement, aurait rempli ses obligations. Voilà cette loi si sévère contre laquelle les libéraux se sont élevés avec tant de faux zèle pour les intérêts populaires à la dernière session. On a toujours feint de n’en pas voir le but, qui était d'éviter des frais inutiles aux municipalités, et de couper court à tout retard. On a toujours feint aussi de voir que cette loi ne devait être mise en force que lorsque le gouvernement aurait rempli ses obligations, c’est-à-dire, construit ce chemin, donné à ces municipalités ce qu’elles avaient demandé en s’engageant à payer.
Le gouvernement, qui doit donner l’exemple de Ia bonne foi, ne pouvait pas prendre une autre attitude. S'il n'avait
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pas forcé les municipalités qui s’étaient engagées à payer, il aurait du s'adresser aux autres municipalités pour obtenir d'elles une partie de l'argent que les premières lui refusaient,. Il n’y avait pas d’autres ressources. Sans doute ceux qui ont combattu le projet de loi du gouvernement comme trop sévère, trouvaient très doux de faire payer par des contribuables qui n’en profiteront pas, un chemin que d’autres qui en profiteront directement refusaient d'aider après s’y être engagés.
Il y avait une autre injustice dans la demande de M. Joly et de ses amis. Qui profitent le plus des chemins de fer, les villes ou les campagnes? Les villes évidemment. Ellestirent leur bénéfice de tout ce que la campagne leur expédie pour l'exportation à l'étranger. Elles tirent également un bénéfice de ce que leur envoient les autres pays pour être expédié par chemin de fer aux campagnes.