FOREST
le blessé a uriné du sang et a ressenti des douleurs très violentes dans la région atteinte. A son entrée, on est frappé de sa pâleur. Il souffre vivement dans le flanc gauche et cette souffrance augmente par ia pression. Il n’y a pas d’ecchymose. La face n’est point altérée malgré sa pâleur. Le pouls est fréquent, peu développé, et s'accélère légèrement le soir. La respiration est également fréquente et pénible et on distingue difficilement le murmure vésiculaire. Il y a de la toux et des crachats muqueux. On constate au microscope qu’il existe de l’hématurie. Du 12 au 14 mars, l’état reste à peu près le même; la douleur persiste avec une légère diminution. Les jours suivants, le malade semble se trouver un peu mieux, mais il se rend mal compte de son état. I} a un peu de diarrhée. Le 19 mars, les urines sont redevenues claires et l’hématurie a complètement disparu. Le malade se iève, mange et parle de son projet de départ. Le 22, il prétend se sentir assez bien pour sortir. Il achèvera, dit-il, sa guérison chez lui. On lui accorde son exéat il se lève, s’habille et descend, mais à peine a-t-il franchi le seuil de la porte. qu’il s’affaisse sur lui-même et meurt au milieu d’une syncope.
Autopsie : on pratique une grande incision qui va jusqu’au pubis. On aperçoit dans l’hypocondre gauche un caillot considérable de sang noir qui masque la rate tout entière. En décollant le péritoine de la partie postérieure de l'abdomen, après avoir coupé les insertions du diaphragme et détaché la masse intestinale, nous trouvons dans leurs rapports normaux la rate, l’estomac, le foie, les reins. La rate a le double de son volume normal ; son tissu est extrêmement friable et ce n’est qu'avec beaucoup de précautions que nous avons pu l’arracher sans la déchirer : on sent que le tissu est broyé dans son enveloppe. Vers le sommet, c’est-à-dire vers cette portion qui est en rapport avec le diaphragme, on voit une déch:-
RDA —
rure de 4 centimètres de diamètre par laquelle s'échappe le tissu de la rate et en communication avec le caillot dont nous avons déjà parlé. Ce caillot est infiltré dans l’épiploon gastro-splénique. Il présente quelques-uns des caractères des caillots anciens et il est en partie fibrineux, Dans les points qui sont en rapport avec l’extrémité supérieure de la rate, on trouve le péritoine épaissi et recouvert de fausses membranes. Les vaisseaux de la rate et du foie sont parfaitement sains. À la face infcrieure du diaphragme sont de fausses membranes épaisses interposées entre le péritoine de cette portion du diaphgrame et l’extrêmité supérieure de la rate. On retrouve dans le parenchyme splénique la disposition signalée par M. Vigla. Il semble que ce tissu soit composé par deux couches superposées, la superficielle réduite en bouillie semblable à un caiïllot mou et diffluent, l’autre profonde et moins altérée. Cette lésion, dit M. Vigla, paraît être une apoplexie interstitielle sans déchirure de tissu.
OBSERVATION IX PÉrripis, Bull. Soc. Anat., 1921)
H.., 50 ans, matelot, entre à l’hôpital pour contusion du rachis à la suite d’une chute d’une petite hauteur. On trouve un faciès exprimant la souffrance, les muqueuses un peu pâle, un souffle et de la matité à la base de l’hémi-thorax gauche. Aucun soupçon de lésion splénique. Le sixième jour, l’amélioration s’est sensiblement accusée.
Le lendemain, le malade demande à se lever et à marcher. Le dixième jour, à la visite du soir, il dit : « Docteur, je me sens bien ; donnez-moi à manger, mais enle-
vez-moi cette douleur » ; et il montre la base de l’hémithorax gauche le long de la région axillaire. Dans la nuit, il est pris de douleurs de plus en plus intenses ; elles deviennent si fortes qu’il s’évanouit. Quelques injections cardiotoniques le raniment. Mais, vers le matin, on trouve le malade sans connaissance, le visage cvanosé.
Autopsie : À l’ouverture de l’abdomen, sang en abondance ; l’arrière cavité des épiploons est remplie de sang fluide. On parvient à isoler la rate, très volumineuse et profondément altérée. La pulpe est très friable et se Jaisse déchirer sous le doigt sans difficulté.
OBSERVATION K (DEMOULIN) (Bull. et Mém. de la Soc. de Chir. de Paris, 1901)
Le 15 septembre 1895, je fus appelé comme chirurgien de garde dans le service de Tillaux, pour un homme de 51 ans, entré dans la salle le 10 septembre, et chez lequel on avait constaté à cette date, à la suite d’un coup de pied de cheval ayant porté sur la région latérale gauche du thorax, une fracture de la dixième côte. Le malade, en entrant à l’hôpital, était dans un état de choc assez prononcé dont il se releva d’ailleurs assez rapidement.
Cinq jours après, sans cause appréciable, il présenta tous les signes de l’hémorragie interne. C’est alors que je fus appelé. Je fis la laparotomie et tombai,sur une rupture de la rate. Le tiers inférieur de l’organe, séparé des deux tiers supérieurs, flottait au milieu des anses intestinales. Les deux tiers supérieurs du viscère étaient en connexion avec le pédicule de l’organe qui ne présentait aucune lésion appréciable.
Leg
La capsule splénique était trop grande pour la partie supérieure du viscère ; elle formait, au niveau du plan de rupture une sorte de sac cachant complètement ce plan et contenant des caillots noirâtres adhérents au tissu splénique.
OBSERVATION XI (CoviLLE, Bull. et Mém. de la Soc. de Chir. de Paris, 1901)
F.., 65 ans. Chute sur la fesse droite. Lendemain, douleur à l’hypocondre gauche, puis le malade va à ses occupation pendant quinze jours. Vient ensuite à l’hôpital avec une grosse masse fluctuante et une voussure à la partie inférieure du thorax.
Opération trois semaines après l’accident : gros hématome périsplénique enkysté. Rate rompue le long de son bord postérieur. Splénectomie. Guérison.
OBSERVATION XII (BARDENHAUER, Deutsch Medical Vioch, 1897)
__ H... Chute d’uñe hauteur de 4 mètres. Pas de choc mar-. qué. Amélioration progressive ; fracture des sixième et septième côtes gauche. Le onzième jour, aggravation subite, fièvre et irritation péritonéale. Opération le même jour ; vaste hématome encapsulé en train de suppurer. La rate, qui avait pris le double de son volume normal, portait plusieurs déchirures autour du hile et des lésions des vaisseaux.
Splénectomie. Guérison deux mois plus tard. Légères adénopathies.
OBSERVATION XIII (FRANCK, Munch und Voch, 1906)
H.. Chute de 2 mètres de haut. Peu de troubles ; plus de 48 heures après l’accident, apparition de signes d’hémorragie interne et de phénomènes péritonéaux. Opération immédiate. Rate rompue avec un gros caïllot sous la capsule ; hémorragie considérable dans l’abdomen. Splénectomie. Guérison après abcès pleurétique gauche qui nécessita la résection de plusieurs côtes.
OBSERVATION XIV (BAUDET, Le Médecin praticien, 1907)
H.., 23 ans, fait une chute de 4 mètres et tombe sur le flanc gauche. Douleur, puis signes de choc traumatique grave. Pendant deux jours, aucun phénomène grave. Le troisième jour, douleur, contracture, pouls faible. Opération dans le courant du troisième jour. La rate est divisée en deux morceaux. Splénectomie : guérison.
OBSERVATION XV (MATHIEU, Ambulance N)
Tirailleur algérien, reçoit un coup de pied de cheval dans le flanc gauche, le 13 juin 1915. Douleur et vomissements. Vu le quatrième jour après l'accident. Legère contracture. Laparotomie : du sang en abondance ; déchirure sous-capsulaire de la rate avec hémorragie par la fissure. Splénectomie, drain. Guérison après dilatation aiguë de l’estomar
AE
OBSERVATION XVT (BRAINE, Hôpital des ménages)
Homme de 48 ans. Chute le 15 novembre 1924. S’est relevé, a marché, a continué son travail. Le quatrième jour, au cours de son travail, douleur violente dans lhypocondre gauche. Transporté aussitôt à l’hôpital : température, 37°5 ; pouls ; 100 ; douleur irradiée à Vépaule gauche, légère tension à l’hypocondre gauche. Laparotomie sous-ombilicale : sang en grande abondance avec caillots ; rupture rétro-hilaire. Splénectomie : guérison au bout de deux mois. |
OBSERVATION XVIT (OuDpaRD, Arch. de Méd. et Pharm. navales)
Dans une chute de 5 mètres de hauteur, un ouvrier de 30 ans heurte violemment de l’hypocondre gauche un madrier. [Il continue encore à travailler pendant deux heures, puis reste chez lui pendant six jours avant de se faire admettre à l’hôpital. À son entrée, on constate que le ventre est légèrement ballonné, mais souple et peu sensible à la pression ; il y a de la contracture de défense et de la matité sous le rebord costal gauche. Le pouls est à 109, plutôt petit ; température 38°6. Un pense à une hémorragie intra-péritonéale d’origine splénique probable.
Incision oblique suivant les fibres du grand oblique, et allant de l’extrémité antérieure du huitième espase intercostal gauche jusqu’au bord interne du grand druit. Par l’ouverture du péritoine, il sort du sang pur et quetques caillots provenant de la loge splénique. Mais celle-