‹ Les Russes et les Turcs, histoire complète de leurs différends, de leurs guerres, et notammentChapitre 4 sur 6 · GRANDE VICTOIRE · texte numérisé non relu

GRANDE VICTOIRE

« Ce matin, le ministre de ht guerre a reçu la nouvelle d'une givade victoire remportée par les troupes impériales eor Tannée roase.

« Le 4 novembre, un eorps d'armée nisse^ composé de vingt-quatre bataillons d'infanterie « de trois régim^otsde cavalerie^ i'mx légiment de Cosaques et de trente-deux pièces d'artillerie, en tout plus de 30,000 homsnesy s'avança sur Oltenitsa pour livrer bataille.

4c Les troapes impériales firent aussitôt leurs dispositions peur les bien recevoir. Le centre était commandé par Ahmed-Pecba, l'aile droite par llustapha-Pacha-et l'aile giuidie par Ismaîl-Pacba. N^ia- Pacha commandait l'artillerie à Ottenitza, et Kbalid-Pacba sur l'tle.

« L'action commença à midi et demi i et à sept heures, toute l'armée rvsse était dans une complu dérouta. Elle a laissé sur le «bamp de bataiUe une masse de furih, de fourniments etde iniuntions, qui ont été portés à Oaoer-Paclia, de l'autre câté du fleuve ; elle y a laissé aussi 800 morts. Mais pendaiA le combat, vingt cbarioU avaient été eonsftamment oocupés à emporter les cadavres de ceus qui venaient de succomber sous la valeur des troupes impériales» qui ceissèreat de faire tonner le canon lorsqtte les Rosses enlevèrent leurs morts. Ce noble sentiment n'a pas bâaoin de commentaires.

« Chefs et sddats de l'armée impériale ont déployé un counige et une intrépidité dignes de leurs aneètres et de la |;rande cause qu'ils défendent. Mais nous devoos si^ialer plus particoliènemeiU pucmi tous ees hommes valeureux les généraux que nous venons de nomaier et HusKin-fiey^ lieutenaat<oloBel de la jfarde impériale ; Hussein- Agha, major du régiment des tirailleurs; Mustapha-Aglia, aide de camp d'Omer-^^acfaa, et Arab-A^ha, capitaine d'artillede,

m L'armée impériale a eu 13 morts, 72blessés et un homme qui n'a pas répondu à Tappel fait après la bataille; on ne aaitee qu'il e&t deveocu

« Si l'armée turque n'a pas fait de prisonnier^ c'est probablement parce qu'elle n'avait pas de cavalerie pour poursuivre les fuyarde qui étaient protégés par k cavalerie russe* »

On remarquera la différence qui existe entre ces deux dernières pièces. L'ordre du jtMir d« prince GorUdiakoff est sobre» exemjpi de pkraaes ronifamtes et de fodotnontades. Le générai cite les uuméros d^s brigades, des batteriesi, les noms des régimeuts. U avoue avoir épromrë ^e perte oeasidérable. Le bidleliA turc, au coptcaire, porte reinpmmta de feingénilkm , et l'an ae saumit f«andie au séiieux

cette pertd de 13 hommes , de 72 blessés et d'ua homme égaré. Voici enfin un bulletin écrit heure par heure par un des officiers généraux étrangers qui se trouvaient dans le camp d'Omer-Pacha-:

a Une heure. — ^Les Russes font avancer vingt pièces d*artillerie protégées par trois régiments de cavalerie, afin d'attaquer la redoute qu*Omer-Pacha a établie sur la rive gauche du Danube, pour lui servir de tête de pont, et que défendent trois bataillons et six pièces de canon. Sur la rive gauche se trouvent quatre batteries qui concourent à la défense.

Une heure et demie. — Les Russes forment un demi-cercle avec leurs batteries et ouvrent le feu. Omer-Pacha parcourt les batteries et dirige le pointage. Les Turcs sont pleins d'enthousiasme.

Deux heures. — Les masses d'infanterie, au nombre de vingt bataillons, se placent à la hauteur des batteries, qui avancent à peu près de cent mètres.

Deux heures et demie. — Répétition de la même manœuvre jusqu'à demi-portée de canon.

Trois heures et demie. — L'infanterie russe s'avance en masse, taaibour battant et bannières déployées pour attaquer la redoute. L'infanterie turque reste immobile et attend que l'ennemi soit à portée de pistolet £lle ouvre alors un feu si bien nourri, que les Russes s'ébranlent, s'arrêtent. Cependant ils ne perdent pas de terrain, reforment les rangs et avancent de nouveau sur trois colonnes jusqu à la redoute. A ce moment critique, les Turcs s'élancent sur les retranchements, et la vivacité de leur fi^u est telle, que l'ennemi se retire en désordre, laissant le pied du parapet couvert de morts.

Quatre heures et demie. — L'artillerie et l'infanterie reprennent leur première position. Les compagnies de chasseurs turcs et la cavalerie irrégulière sortent des retranchements et chargent l'ennemi, qui se retire, la plus grande partie en désordre.

Cinq heures un quart. — Omer-Pacha fait sonner la retraite ; le feu cesse des deux côtés, et les deux armées s'occupent d'enlever leurs blessés.

Six heures — Omer-Pacha a déployé une telle activité et si bien pris ses mesures, que toutes les. batteries ont changé les pièces démontées, renouvelé leurs munitions, et sont parfaitement en état de résister à une nouvelle attaque. La perte de Tennemi, autant que l'on peut en juger en ce moment, est au moins de 4-00 morts et 2,000 blessés. Les Turcs ont eu 50 morts et 207 blessés. Il est probable que demain nous serons attaqués de nouveau par des troupes fraîches. Les Russes ont vaillamment attaqué, mais l'aplomb et l'intrépidité calme des soldats turcs sont inexprimables. »

De tout cela, il résulte que les Russes ont réellement éprouvé un ^ 10

écheCi mais quMls se sont retirés en bon ordre, et que la perte des Turcs a été considérable, quoique inférieure à celle de leurs ennemis.

Le plan du général GortschakoiF était , comme nous Tavons dit , d*attirer Tennemi en rase campagne; celui d'Orner, au contraire, de combattre à Tabri des retranchements et d'éviter les batailles rangées. Une particularité assez curieuse, et que nous avons omise dans la biographie du général turc, explique son habileté dans ce genre de guerre. Lorsqu'il n'était encore que colonel, Omer-Pacha fut employé pendant plusieurs années à des travaux topographiques en Bulgarie, en Vatachie et en Moldavie. Il s'acquitta de la mission qui lui avait été confiée à la satisfaction de son gouvernement, et il acquit une connaissance approfondie de ces contrées. Il n'est pas un village, un cours d'eau, un défilé quil ne connaisse à fond, et, comme il a une armée qui lui accorde toute sa confiance, il peut la faire manœuvrer de manière à inquiéter sans cesse les Russes et à les tenir on haleine, sans jamais engager une action générale. Après l'affaire d'Oitenitza , les Russes firent diverses démonstrations à Kalarasch et à Giurgewo. Le prince GortschakoiF resta quelques jours dans l'incertitude de leurs projets ultérieurs; mais la concentration plus grande de leurs forces à la Quarantaine d'Oltenitza le décida à frapper un coup sur ce point. Les Turcs n'en étaient pas sortis de toute une semaine, et ils y étaient bien protégés par leur batterie de Ttle et de l'autre rive. Les troupes russes, réunies en force à Budeschti et munies cette fois d'une artillerie capable de faire taire les batteries ennemies, se mirent en mouvement le lî novembre ; mais, h la nouvelle de leur approche, les Turcs repassèrent le Danube sans coup férir et se concentrèrent à Rustchuck.

Rustchuk, en Bulgarie, est une ville considérable de 30,000 habitants environ, située sur un promontoire qui s'avance dans les eaux du Danube. Des toits de ses maisons on a une vue magnifique des détours de ce beau fleuve , assez profond pour porter des vaisseaux marchands de grande dimension. Un nombre immense de navires est constamment à l'ancre le long des quais. Vue à distancé , la ville présente une superbe apparence; mais les rues sont étroites, sales et affireuses. La partie inférieure des maisons, comme cela a lieu partout en Turquie, est sans fenêtres. Les boutiques sont, en général, assez bien fournies de marchandises. Les voyageurs qui se rendent à Constantinople louent ici des chevaux et se mettent sous la conduite d'un Tartare. De Rustcbuk à Shumia on compte vingt-deux heures de route. La route est pittoresque, et pendant quelque temps, après avoir quitté la ville , on continue à avoir le Danube en vue. Entre Simouscbe et Tomlak , on l'aperçoit pour la dernière fois d'an plateaa très-

él^é. La route pénètre alors dans la vallée du Lom , bordée des deux côtés par des précipices et tapissée de verdure. A mesure qu'on avance, le terrain s'élève et le chemin traverse des collines et des vallées couvertes çà et là de broussailles. Tout ce pays est peu peuplé. De temps en temps on aperçoit au loin des villages bulgares , mais sur la route il n'y a qu'un ou deux khans solitaires. Le voisinage des lieux habités, cachés à la vue, est indiqué par des puits placés au bord de la route, el d'oii des sentiers s'élancent jusqu'au haut des montagnes. Parfois on en voit descendre, portant des cruches sur leurs têtes, des femmes qui vont chercher de l'eau. La première halte se fait d'ordinaire à Razgrad, ville habitée par environ 15,000 musulmans et un petit nombre de familles bulgares.

En général, les chrétiens, qui se livrent presque exclusivement aux travaux de l'agriculture , sont disséminés dans de petits villages dans tout le pays. On éval.ue leur nombre entre quatre et cinq millions. Infiniment moins nombreux, les Turcs sont réunis dans les grandes villes, mais il y a çà et là quelques villages entièrement turcs. Comme ils sont généralement situés dans des positions qui dominent le pays , il est probable qu'ils sont habités par les descendants des anciennes colonies militaires établies autrefois pour tenir le pays en sujétion. Audelà de Razgrad les vallées et les collines continuent à se succéder. Ces dernières s'élèvent graduellement jusqu'à ce que du plateau de Burattara, les hauteurs4e Sbumla et la longue chaîne de Balkans qui s'étendent derrière comme un mur apparaissent à la vue. Un peu plus loin, une échappée s'ouvre tout à coup à gauche, et l'œil, en suivant la magnifique vallée de Paravedis, distingue par un beau temps la baie profonde de Varna sur la mer Noire. Après avoir traversé une suite de collines escarpées par un défilé commandé autrefois par une redoute et actuellement occupé par un grand nombre de fortifications semblables, on arrive en vue de grands ouvrages de défense de Shumla, oii la route ne parvient qu'en décrivant une courbe considérable.

Le sol de la Bulgarie est riche; les villages, quoique clair-semés, sont grands et renferment des ressources considérables. Par suite de la nature argileuse du terrain, les chemins sont impraticables dans la saison pluvieuse. En hiver, la neige tombe en telle abondance qu'il est souvent impossible aux voyageurs de retrouver leur route; ils éprouvent aussi une grande difficulté à passer des hauteurs dans les vallées. A la fin de l'été, il règne une grande sécheresse, bien que, selon leur pieux usage, les musulmans aient construit, pai^lout oii cela était possible, des citernes ou des fontaines. Les Bulgares sont un peuple laborieux; ils sont de race slave et pratiquent le rite grec. Mais, quoique aigris contre les Turcs qui les ont maltraités , ils ne sont pas

taelioii é'ma teul piquai et eavakria, car las TurcSi 4|ui ii*ét%wttt occupés qae d'eu^tnâmes^ ne iongèraii pas i rinquiitor» » Voici maintenant le iMiUeto erté, le 9 novembre» dans les rues 4»

GoQstentinople :

« GRANDE VICTOiREl

« Ce matin, le ministre de la guerre a reçu la nouvelle d'une gnude victoire remportée par les troupes impériales sur Tannée roase.

« Le 4 novembre, un corps d'armée russe* composé de vingt-qua^ tre batiûlioosd'infanterie, de trois régim^otade cavalerie, d'un ségi' ment de Cosaques et de trente-deux pièces d*artiller«e, en tout plus de 30,000 homfliesy s'avança sur Oltenitsa pour livrer bataille.

« Les troupes impériales firent aussit6t leurs disposiiioas poar les bien recevoir. Le oentre était eommandé par Ahmed-P&fiba, l'aila droite par llustapha-Pacba-et Taile gaudie par Ismaîl-Pacha, K^* Paeha «ommandait rariilleriè à Oltenitza, et Klialid-Pacba sur TUe.

€ L'action commença à midi et demi » et à sept heures, toute Tarmée msee était dans une complète déroute. Elle a laissé sur le dmBf de batedUe une masse de fuaib, de fourniments etde inonitionst qui ont été portés à Omer-Pacba, de Tautre cùbk du fleuve ; elle y a laissé aussi 800 morts. Mats pendant le combat, vingt chariots avaient été constamment occupés à emporter les cadavres de ceux qui venaient de succomber sous la valeur des troupes impériales, qui ceissèrent ide faire tonner le canon lorsque les Russes enlevèrent leurs morts* Ce noble sentîmBBt n*a pas bësoîtt de couMuentaires.

« Cheft et soldats de Tarmée impériale ont déployé un courage et une iatréfûdité dignes de leurs ancêtres et de la grande cause qu'ils défendent. Mais nous devons signaler [dus particulièiemeat parmi tous ces hommes valeureux les généraux que nous venons de nommer et Husaein-fiey, lieutenan^«olonel de la garde impériale ; Hussein- Agba^ major du régiment des tirailleurs; Mustapha-Agha» aide de camp d^Omer^Pacba, et Arab-Agha, capitaine d'artilleûe,

« L'armée impériale a eu 13 morts, 72blessés et un hoaime qui n'a pas répondu à Tappel fait après la bataille; on neaaitee qu'il eat devencu

t Si l'armée turque n'a pas fait de prisonnier^ c'est probablement parce queUe n'avait pas de cavalerie pour poursuivre le& fuyards qui étaient protégés par k cavalerie russe. »

On remarquera la différence qui existe entre ces deux dernières pièces. L^ordre dku jour du prâace Gortsdiakoff est sobre, exempt de phrases ronâantes et de fodoinonUides. Le général cite les numéros das brigades, des batteries» les noms des régiments. Il avoue avoir éprouve \me fMrte oansidéinble* La bidlelin turc^ au coiiUcaire, porte l'eoqpnBÎDtn de reti^iéinf km » «t ï^m ne saurait ffênàm au sérieux

cetiA perte de 13 hommoà, de 72 blessés et d*UQ bomme égaré.

Voici eofin aa bulletin écrit h^ire par beure par an des oflSciers généraox étrangers qui se trouvaient dans le camp d'Omer-Pacha-:

«One beure.— Les Russes font avancer vingt pièces d*arlilierie protégées par trois régiments de cavalerie, afin d'attaquer la redoute qa*Omer-Pacha a établie sur la rive gaucbe du Danube, pour lui servir de tête de pont, et que défendent trois bataillons et six pièces de canon. Sur la rive gaucbe se trouvent quatre batteries qui concourent àla défense.

Une beure et demie. — - Les Russes forment un demi-cercle avec knn batteries et ouvrent le feu. Omer-Pacba parcourt les battmes et dirige le pointage. Les Turcs sont pleins d'entbousiasme.

Reux brares. — Les masses d'infimterie, au nombre de vingt bataïUons, se placent à la bauteur des batteries, qui avancent à peu près de cent mètres.

Reux heures et demie. -^Répétition de la même manœuvre jusqu'à doni-portée de canon.

Trois beures et demie. — L*infanterie russe s'avance en masse, tambour battant et bannières déployées pour attaquer la redoute. L*infiuiterie turque reste immobile et attend que Tennemi soit à portée de pistolet £lle ouvre alors un feu si bien nourri, que les Russes s'ébranlent, s'arrêtent. Gq^endant ils ne perdent pas de terrain, reformant les rangs et avancent de nouveau sur trois colonnes jusqu à la rodoute. A ce moment critique, les Turcs s'élancent sur les retrancbements, et la vivacité de leur feu est telle, que Tennemi se retire en desordre, laissant le pied du parapet couvert de morts.

Quatre heures et demie. — L'artillerie et TinCuiterie reprennent leur première position. Les compagnies de chasseurs turcs et la cavalerie irréguli^ sortent des retranchements et chargent Tennemi, qui se retire, la plus grande partie en désordre.

Cinq heures un quart. — Omer-Pacha &ût sonner la retraite ; le feu cesse des deux côtés, et les deux armées s'occupent d'enlever leurs blessés.

Six beures — Omer-Pacha a déployé une telle activité et si bien pris ses mesures, que toutes les.batteries ont changé les pièces démontées, renottvdé leurs munitions, et sont parfaitement en état de résister à une nouvelle attaque. La perle de Tennemi, autant que l'on peut en juger en ce moment , est au moins de 400 morts et 2,000 blessés. Les Turcs ont eu 50 morts et 207 blessés. Il est probable que demain nous serons attaqués de nouveau par des troupes fraîches. Les Russes ont ™ll«nment attaqué, mais l'aplomb et l'intrépidité cabne des soldats ****** «Hit ine^rimables. »

^ tout cda, il résulte que les Russes ont réellement éprouvé un

de Fempire ainsi qae dans celles de la Moldavie et de la Valachie, et au lieu de la prière ordinaire pour le souverain du pays , il y eut ordie de faire une prière pour Textirpation des païens.

Le 2 novembre , les Turcs occupèrent , au nombre de 5,000 hommes , une île située entre Turtukaï et Oltenitza. Le lendemain , 3 , ils franchirent le petit bras et occupèrent la rive gauche. Le passage continuant , ils se trouvèrent au nombre de 12,000 hommes en présence de 9,000 Russes qui occupaient 01 tenitza. Ce village est défendu par un édifice retranché dont les fortifications furent construites anciennement avec les matériaux provenant de Turtukaï , lorsque les Russes détruisirent cette ville dans la guerre de 1810. Le 4, un combat s'engagea avec un grand acharnement de part et d'autre , les Turcs s'efforçant de s'emparer d'Oltenitza et les Russes de les rejeter dans le Danube. L'action commença avec Taurore ; on se battit bravement des deux côtés. Le général russe, baron de Plosen, fut tué dès le début de l'action • Pour que le lecteur puisse se faire une idée exacte de cette affaire, la plus importante de la campagne de 1853, nous allons reproduire les principales pièces qui s'y rattachent. Voici d'abord la note du Manilmr :

a Le gouvernement a reçu les informations suivantes sur la rencontre du 4, entre les Turcs et les Russes, à Oltenitza :

« C'est dans le triangle formé par TArgis » le Danube et le village d'Oltenitza qu'a eu lieu le combat meurtrier du k novembre. Les Turcs ne comptaient pas plus de 9,000 hommes. Ils occupaient le bâtiment de la Quarantaine, situé dans la plaine, près du Danube et du village. Ce bâtiment et une vieille redoute furent fortifiés avec des matériaux transportés de Turtukaï.

« Les Turcs se sont servis avec un grand succès des batteries de cette forteresse. Us lançaient à travers le Danube, lai^e en cet endroit de 260 toises environ, des boulets et des bombes qui atteignaient les Russes jusqu'au pied du village situé sur une élmUion. Le géoénl Dannenberg, qui dirigeait les opérations , était à ufte petite distance du village avec son état-major.

<f La perte des Russes est évaluée à 1,200 hommes tués ou blessés. Presque tous les chefs de bataillon ont été blessés, ainsi que plusieurs colonels; la plupart des blessures étaient faites avec des balles coniques.

a Le prince Gortschi^koff est parti pour Oltenitza. 11 est question d'attaquer les Turcs avec âïyOOO hommes , aujourrf hui ou demain. »

L'ordre du jour du prince Gortschakofi', daté de Rucharest, le 25 octobre (6 novembre), est conçu dans les termes suivants :

« Le 20 octobre ( l^*" novembre), des troupes turques quittèrent en assez grand nombre le camp de Turtukaï , et occupèrent une tle du Danube située à l'embouchune de l'Argis.

« Le 21 octobre (2 novembre), elles passèrent sur la rive gauche du fleuve, et y occupèrent le bâtiment de pierre de la Quarantaine. Sur le rapport fait par nos avant- postes de Cosaques, j'ordonnai au général d'infanterie Dannenberg, chef du quatrième corps, déconcentrer dans les environs de Dobreni-Nogsvoschti la V^ brigade de la onzième division d'infanterie et la batterie n» 3, ainsi que la batterie légère n^ S de la 11® brigade d'artillerie, les escadrons du régiment des uhians 01viopol, avec deux pièces de la 9« batterie des Cosaques du Don, 300 Cosaques du Don no 34', et de prendre position près du village de Mitreni- Fundeni, ainsi que d'attaquer l'ennemi à partir de ce point.

a Le 23 octobre (4 novembre ), à une heure de l'après-midi, le général Dannenberg marcha droit à l'ennemi qui avait eu le temps de se fortifier. Le bâtiment de la Quarantaine, armé de six canons, formait le centre de sa position, qui s'appuyait à gauche sur la rivière de l'Argîs, et à droite sur le Danube. Les Turcs étaient protégés, en outre, par des ouvrages et des palissades. Le flanc droit des Turcs était aussi défendu par trois batteries établies sur la rive droite du Danube, qui en cet endroit n'a qu'une largeur de 212 toises. Le fl anc gauche était appuyé par des batteries élevées dans l'île du Danube. Nos troupes étant parvenues à la portée du canon, l'ennemi ouvrit le feu de tous ses canons et même de quelques mortiers sur la rive droite. Deux de nos batteries s'avancèrent à quatre cent cinquante toises de distance des retranchements turcs et ripostèrent vivement. Après une heure d'un feu bien soutenu, elles purent s'approcher à portée de la mitraille. Protégée par l'artillerie, l'infanterie s'avança rapidement vers les retranchements ennemis et, malgré un feu meurtrier, pénétra jusque dans les fossés. Cette attaque hardie et subite jeta le désordre dans les rangs ennemis. La cavalerie turque prit la fuite et se précipita dans le Danube. Comme nos projectiles avaient déterminé deux explosions dans le bâtiment de la Quarantaine, les Turcs retirèrent en toute hâte leur artillerie et se replièrent en désordre sur les rives escarpées du fleuve. Les troupes se retirèrent aussi des retranchements; une partie gagna les b fléaux.

<x Le général Dannenberg, ayant atteint le but qu'il s'était proposé, d'empêcher les Turcs de prendre une position avantageuse àur la rive gauche du Danube, jugea à propos de ne pas poursuivre ses avantages, craignant qu'ils no fussent pas compensés par les pertes qu'occa-sionneraient quarante canons établis sur la rive droite du Danube. D'ailleurs, la perte était déjà considérable. En conséquence, il résolut de reprendre son ancienne position. Les Turcs n'essayèrent point de gênei* ses mouvements. La frayeur que leur avait causée l'attaque hardie de notre brigade fut si grande , que l'ambulance des blessés put être rétablie tout près du bâtiment de la Quarantaine^ sous la pro^

de Fempire ainsi que dans celles de la Moldavie et de la Valachie, et au lieu de la prière ordinaire pour le souverain du pays , il y eut ordie de faire une prière pour Textirpation des païens.

Le 2 novembre , les Turcs occupèrent , au nombre de 5,000 hommes , une île située entre Turtukaï et Oltenitza. Le lendemain , 3, ils franchirent le petit bras et occupèrent la rive gauche. Le passage continuant, ils se trouvèrent au nombre de 12,000 hommes en présence de 9,000 Russes qui occupaient Oltenitza. Ce village est défendu par un édifice retranché dont les fortifications furent construites anciennement avec les matériaux provenant de Turtukaï , lorsque les Russes détruisirent cette ville dans la guerre de 1810. Le 4, un combat s'engagea avec un grand acharnement de part et d'autre , les Turcs s'efforçant de s'emparer d'Oltenitza et les Russes de les rejeter dans le Danube. L'action commença avec Taurore ; on se battit bravement des deux côtés. Le général russe, baron de Plosen, fut tué dès le début de Taction. Pour que le lecteur puisse se faire une idée exacte de cette affaire, la plus importante de la campagne de 1853, nous allons reproduire les principales pièces qui s'y rattachent. Voici d'abord la note du Moniteur :

« Le gouvernement a reçu les informations suivantes sur la rencontre du 4, entre les Turcs et les Russes, à Oltenitza :

« C'est dans le triangle formé par TArgis , le Danube et le village d'Oltenitza qu'a eu lieu le combat meurtrier du k novembre. Les Turcs ne comptaient pas plus de 9,000 hommes. Ils occupaient le bâtiment de la Quarantaine, situé dans la plaine, près du Danube et du village. Ce bâtiment et une vieille redoute furent fortifiés avec des matériaux transportés de Turtukaï.

« Les Turcs se sont servis avec un grand succès des batteries de cette forteresse. Ils lançaient à travers le Oanube, lai^e en cet endroit de 260 toises environ, des boulets et des bombes qui atteignaient les Russes jusqu'au pied du village situé sor une élévation. Le gteéral Dannenberg, qui dirigeait les opérations , était à utie petite distanCT du village avec son état-major.

«c La perte des Rubscs est évaluée à 1,200 hommes tués ou blessés. Presque tous les chefs de bataillon ont été blessés, ainsi que plusieurs colonels; la plupart des blessures étaient faites avec des balles coniques.

a Le prince Uortschakoff est parti pour Oltenitza. Il est question d'attaquer les Turcs avec 24,000 hommes , aujourd'hui ou demain. »

L'ordre du jour du prince Gortschakoff, daté de Rucharest, le 25 octobre (6 novembre), est conçu dans les termes suivants :

« Le 20 octobre ( l^^ novembre), des troupes turques quittèrent en assez grand nombre le camp de Turtukaï , et occupèrent une tle du Danube située à rembouchur.e de l'Argis.

t Le 21 octobre (2 novembre), elles passèrent sur la rive gauche du fleuve, et y occupèrent le bâtiment de pierre de la Quarantaine. Sur le rapport fait par nos avant«postes de Cosaques, j*ordonnai au général d'infanterie Dannenberg, chef du quatrième corps, déconcentrer dans les environs de Dobreni-Nogsvoschti la V^ brigade de la onzième division d'infanterie et la batterie n^ 3, ainsi que la batterie légère n» 5 de la 11® brigade d'artillerie, les escadrons du régiment des uhians 01viopol, avec deux pièces de la 9® batterie des Cosaques du Don, 300 Cosaques du Don no Si», et de prendre position près du village de Mitreni- Fundeni, ainsi que d'attaquer l'ennemi à partir de ce point.

a Le 23 octobre (&• novembre), à une heure de l'après-midi, le général Dannenberg marcha droit à l'ennemi qui avait eu le temps de se fortifier. Le bâtiment de la Quarantaine, armé de six canons, formait le centre de sa position, qui s'appuyait à gauche sur la rivière de l'Argîs, et à droite sur le Danube. Les Turcs étaient protégés, en outre, par des ouvrages et des palissades. Le flanc droit des Turcs était aussi défendu par trois batteries établies sur la rive droite du Danube, qui en cet endroit n'a qu'une largeur de 212 toises. Le fl anc gauche était appuyé par des batteries élevées dans l'île du Danube. Nos troupes étant pan'enues à la portée du canon, l'ennemi ouvrit le feu de tous ses canons et même de quelques mortiers sur la rive droite. Deux de nos batteries s'avancèrent à quatre cent cinquante toises de distance des retranchements turcs et ripostèrent vivement. Après une heure d'un feu bien soutenu, elles purent s'approcher à portée de la mitraille. Protégée par l'artillerie, l'infanterie s'avança rapidement vers les retranchements ennemis et, malgré un feu meurtrier, pénétra jusque dans les fossés. Cette attaque hardie et subite jeta le désordre dans les rangs ennemis. La cavalerie turque prit la fuite et se précipita dans le Danube. Comme nos projectiles avaient déterminé deux explosions dans le bâtiment de la Quarantaine, les Turcs retirèrent en toute hâte leur artillerie et se replièrent en désordre sur les rives escarpées du fleuve. Les troupes se retirèrent aussi des retranchements; une partie gagna les b aeaux.

« Le général Dannenberg, ayant atteint le but qu'il s'était proposé, d'empêcher les Turcs de prendre une position avantageuse àur la rive gauche du Danubo, jugea à propos de ne pas poursuivre ses avantages, craignant qu ils no fussent pas compensés par les pertes qu'occasionneraient quarante canons établis sur la rive droite du Danube. l)'ailleurs, la perte était déjà considérable. En conséquence, il résolut de reprendre son ancienne position. Les Turcs n'ess;iyèrent point de gêner ses mouvements. La frayeur que leur avait causée l'attaque bardie de notre brigade fut si grande , que l'ambulance des blessés put être rétablie tout près du bâtiment de la Quarantaine^ sous la pro^

teeiiofi 4'«n seul piquai de eavaterte, caf Lm TurcSi qui n'éttieut oc*

copés qae d'eu^mteies, ne songerait pas k rinquîiter» »

VcHci nùfiteiiânt le iMUetin «rié, le 9 novembre» dans les rues de

Goûfifontinople :

«GRANDE VICTOIREl

« Oe matin, le ministre de h guerre a reçu la nouvelle d'une gnsade victoire remportée par les troupes impériales sur Tannée roase.

« Le 4 novembre, un eorps d'armée russe, composé de vîngt-qua-* tre batiûlloos d'infanterie, de trois régiments de cavalerie, d'un légiment de Cosaques et de trente-deux pièces d'artillerie» en tout plus de 30,000 hommes» s'avança sur Oltenitsa pour livrer bataille.

4f Les troupes impériales firent aussitôt leurs disposilions pear les bien recevoir. Le centre était commandé par Ahmed-Pbcha» l'aila droite par llustapha-Pscba^t l'aile gaudie par Isnuul-Pacha, N€ja- Pacha commandait l'artillerie à Ott^tza» et Kbalid-^acba sur l'tle.

« L'aetea commença à midi et demi » et à sept heures» toute l'armée russe était dans une eemplèle d^oute. Elle a laissé sur le champ de batedlie une masse de fusib,' de fourniments etde munitions* qui ont été portés à Oaser-Pacba, de l'autre cM du fleuve ; elle y a laissé aussi 800 moits« Mais pendant le combat» vingt chariots avaient été eonstammeal occupés à emporter les cadavres de cens qui venaient de succomber sous la valeur des troupes impéricdes* qui cessèi«eBtde faire tonner le canon lorsque les Russes enlevèrent leurs morts* Ce noble sentâmfBit n'a pas beuMu de commentaôres.

« Oheft et soldats de l'armée imp^îale ont déployé un couiage et une intrépidité dignes de leurs meiti^es et de la |;rande cause qu'ils défendent. Mais nous devoiks signaler plus particuUèrement parmi tous ces hoonnes valeureux les généraux que nous venons de nommer et Hussein-fiey, lientmaa^eolead de la j^arde impériale ; Hussein- A^ba^ major du régiment des tirailleurs*» Mustapba-Agha, aide de camp d^Omer^Pacha, et Arab-A^hs, capitaine d'artillerie.

« L'armée impériale a eu 13 morts, 72blessés et un honsme qui n'a pas répondu à Tappel fait après la bataille; on neaaitce ^u'il est devenu*

« Si l'armée turque n'a pas fait de prisonuiess» c'est probablement parce qu^elle n'avait pas de cavalerie pour poursuivre les fuyards qui étuieol protégés par la cavalerie russe» »

On remarquera la différence qui existe entre ces deux dernières pièces. L^ordre eu jiuur d« prince Gortsdiafcoff est sobre« exempi de phrases ronâa»tes et de fodomontades. Le générai cite les numéros éss brigades» des batteries» les noms des régiments. U avoue avoir éprouve 'hue perte osnsidérable. Le bidleCia turc, au coptcaire, porte l'eaqpoBÎDta de reti^iéiiaf km » et l'an ne saurait fifaoàm mx

« Ennemi de toute théorie absolue , de toute dépendance morale , je ne suis lié à aucun parti , à aucune secte, h aucun gouvernement; mon expression est aussi libre que ma pensée..., et j*aime la liberté. » Les Turcs, voulant faire passer des troupes par la Servie, éprouvèrent une résistance inattendue.

Les Serviens sont un peuple slave auquel Tempereur Héraclius céda cette province , alors ravagée par les Avares. Ils ne tardèrent pas à se faire chrétiens. La partie orientale de la Servie , jadis nommée Dardanie, a pris le nom de Bascie, à cause de la rivière Bascia, qui la traverse. Les Bulgares s'emparèrent de la Servie en 920 ; mais elle rentra en 1036 sous la domination des empereurs grecs. Vers la fin du xf siècle, Etienne fut couronné roi de toute la Servie. Les Turcs la conquirent en 1365. La plus grande partie de cette province fut cédée aux Autrichiens en 1718, à la paix de Passarowit2, par suite des grandes tictoires remportées par le prince Eugène de Savoie. Hais elle fut rendue à la Porte par le traité de Belgrade en 1739 , à la suite des succès des Turcs durant cette guerre.

Les habitants de la Servie sont divisés en Serviens et en Rasciens. Ils parlent tous le slave et sont du rite grec. On y voyait un assez grand nombre de mahométans. A la suite d'une longue lutte soutenue avec gloire et avec succès contre la Porte, sous le commandement de Czerni- Georges et ensuite de Mîlosch , les Serviens ont obtelhu du gouvernement turc , par la médiation de la Russie, une espèce d'indépendance politique. Us ne furent plus soumis à l'autorité du pacha , et eurent un prince choisi par eux et un sénat servien pour les gouverner.

Mis en demeure de se pronondèr dans la crise actuelle, le prince serbe répondit par la lettre suivante adressée au sultan : « Majesté impériale, « Je crois devoir faire la réponse suivante à la lettre que m'a adressée le ministre des affaires étrangères de V. M. , le 28 octobre dernier. Le gouvernement serbe sera toujours disposé à seconder la Sublime Porte, autant du moins que pourront le permettre les traités existants ; mais jamais il ne pourrra se soumettre à une chose qui lui paraîtrait incompatible avec son devoir.

c( Cette circonstance se présente en ce moment oii un différend bien regrettable a éclaté entre V. M. et le puissant tzar. Puisse le ciel faire tourner cette lutte à l'avantage deV . M.I Mais le gouvernement serbe ne saurait s'associer à une lutte qui a éclaté entre les deux puissances protectrices de la Servie. Il ne peut adopter qu'une politique de neutralité et d'impartialité. Il résulte de là que le gouvernement serbe ne peut permettre qu'un corps de troupes franchisse les frontières. Ce serait blesser la politique que lui commandent les circonstances. <c Le gouvernement de Y. M. sera obligé de reconnaître qu'en cela

— isole gouvernement serbe n'écoute que les conseils de la modération et qu'ils lui serviront toujours de guide.

ff Pour donner plus d'énergie à sa politique de neutralité, il a donné Tordre à tous les habitants de la principauté de se tenir prêts à exécuter ses ordres lorsque le gouvernement les leur transmettra.

« Que y. M* reçoive, comme toujours, l'assurance de mon profond dévouement.

« Alexandre Gborgevhtsgh.

« Kragukewatz, 6 novembre. »

La Porte répondit qu'elle n'admettait pas cette neutralité et qu'elle passerait outre en usant de son droit de souveraineté. M. de Bruck, internonce de l'Autriche à Constantinople, informa dans une conférence Reschid-Pacha que son gouvernement approuvait la conduite du prince Alexandre, et s'efforça de détourner la Porte de toute mesure coercitive. Le ministre lui dit que c'était la ferme volonté du sultan de forcer le prince serbe à se déclarer pour l'un ou l'autre parti, et que des mesures avaient été prises à cet effet. Effectivement, la défense d'exporter des armes pour la Servie fut faite à toutes les provinces de l'empire et Ton se disposa à envahir le territoire prohibé. De ce côté, une collision est donc imminente.

Nous terminons notre tâche en donnant un aperçu des forces russes etdes forces turques qui peuvent être employéesdansune grande guerre.

Examinons d'abord les forces russes :

Au temps de Pierre le Grand, l'armée russe ne dépassait pas 100,000 hommes ; mais celle de l'empereur régnant se compose de 699,000 hommes de troupes régulières et de 1,000 pièces d'artillerie. Ajoutez-y les troupes irrégulières, et vous avez un total de ^,200,000 hommes et 1,400 canons. 11 ne faut pas oublier que, depuis i8^8 , l'empereur Nicolas n'a pas cessé de maintenir ce pied de guerre. Une grande partie de cette armée a été cantonnée dans les provinces occidentales , prête à se ruer sur le continent européen , à la moindre tentative d'introduire dans aucun des États des institutions plus libérales.

C'est toutefois une question de savoif si cette immense armée russe est organisée de manière à être , en réalité , aussi formidable que pourrait le faire supposer le nombre prodigieux de ses hommes. Elle se divise en deux parties , dont l'une est complètement distincte de l'autre : l'une est destinée au service actif du dehors, l'autre pour rintérieur et le service des garnisons. Mais l'armée active se divise aussi en deux parties : l'une est l'élite , l'autre , la réserve en activité. Celle-ci se compose d'hommes expérimentés ; mais elle fait en quelque aorte le service des dépôts , et exerce les recrues les plus alertes pour les faire passer ensuite dans les troupes d'élite. Ce même sys-

tème d*armée d*éHto et de réserve active est pratiqué dans la cavale* rie , rartillerie et le génie, tous consistant en 368 bataillons , b68 escadrons de troupes irrégulières et 996 canons , ce qui fait un total de près de 500,000 combattants; dans cette armée d'opération ne se trouve pas comprise celle du Caucase. Un corps choisi de troupes irrégulières est attaché à Tarmée d'opération , mais il ne fait point partie des 500,000 hommes. Ce corps, employé dans le Caucase, est regardé comme Télite de Tarmée russe , parce qu'il se compose de soldats qui, pour la plupart, ont fait la guerre du continent pendant les vingt dernières années. Le plan favori de l'empereur actuel était de faire de Tarmée du Caucase son avant-garde dans sa marche sur l'Europe continentale; il est probable que les belliqueuses tribus du Caucase donneront non-seulement assez de besogne à ce corps de troupes russes, mais sauront encore le forcer à retourner dans ses foyers. L'armée du Caucase compte en troupes actives 138 bataillons d'infanterie , dix escadrons de cavalerie et 180 canons, soit 198,600 hommes.

Pendant plusieurs années , l'empereur s'est occupé de choisir les meilleurs soldats de l'armée du Caucase pour les incorporer à l'armée d'opération dans les provinces occidentales , à laquelle sont attachés un état-major complet, un corps de génie à pied et à cheval, des caissons et des fourgons. A l'exemple de l'armée autrichienne en Italie, elle est prête à entrer en campagne au premier signal. La cavalerie de cette armée , dans son équipement , diffère des autres armées; les hommes , au lieu d'avoir leurs pistolets et leurs carabines attachés aux selles , les portent sur eux. L'empereur a remis en usage le système, depuis longtemps abandonné en Europe, d'avoir des dragons armés et dressés au service de l'infaiiterie. 11 y a huit bataillons de 600 hommes , auxquels il a été attaché quarante-huit canons. L'empereur s'imagine qu'une force semblable, si elle était rapidement mise en mouvement à une grande distance, pourrait produire un grand effet. C. lie armée d'opération se compose de six corps, sans compter les gardes et les grenadiers. L'infanterie forme la plus grande partie d'un corps qui , du reste , a sa cavalerie ( cavalerie légère et grosse artillerie), son artillerie, son corps de génie et sa réserve spéciale. Un corps est ce que, du temps de Napoléon, l'on appelait un corps d'armée. Les troupes qui étaient au camp de Chobham, ou à celui d'Helfaut, seraient appelées un corps en Russie. Quelle est la composition de cette immense armée russe? comment est-elle commandée ? comment se recrute-t-elle , et quelle est son économie intérieure? Les oftiicers et les fonctionnaires supérieurs de l'armée sont des nobles qui , dès leur jeunesse , s'enrôlent comme volontaires , après avoir étudié aux écoles militaires y et ce n'est

qu'après «voie subi des examens qu'ils sout nommés enseignes, L'acGoutreBient d'un soldat russe se compose d'une capote , d'un habit grand uniforme , de deux pantalons : l'un pour l'été , l'autre pour l'hiver, de trois paires de bottes , d'un col et d'un shako ou d'un casque. Tous ces objets sont confectionnés dans le régiment , d'après une fausse idée d'économie ; car les ouvriers employés dans un régiment tendent toujours à affaiblir la force effective en campagne. Mais en Russie, cela est excusable , parce que les troupes sont cantonnées à d'immenses distances les unes des autres, que les moyens de communication sont difficiles , et que le but de l'empereur est de rendre chaque régiment indépendant dans son cantonnement. Le fanaux Souwaroff connaissait bien les soldats russes ; il leur permettait de lui parler familièrement , et même , jusqu'à un certain point, de plaisanter avec lui. En marchant au combat, il avait grand soin d'associer aux récompenses du ciel celles qui devaient être obtenues icibas. Il disait : « Priez Dieu. C'est lui qui donne la victoire et fait des miracles. Dieu nous dirige et nous conduise 1 Dieu est notre chef I Soyez prêts à mourir en l'honneur de la sainte Vierge Marie , de votre mère ( l'impératrice } , et de toute la famille impériale, La sainte Église prie pour ceux qui meurent. Des honneurs et des récompenses sont réservés à ceux qui survivent. » Ces récompenses étaient des décorations , qui sont libéralement accordées dans l'armée russe, mais d'ordinaire selon le grade. Dans l'armée autrichienne , c<îs décorations ne sont pas épargnées. Cependant l'empereur François fut étonné du magniffique aspect des généraux russes. A Paris ^ en 1815, les officiers de l'armée russe solliciterait l'honneur de voir l'empereur d'Autriche. En le leur accordant , ce monarque dit au chef de son état*major : « Maintenant, que le soleil , la lune et les étoiles osent entrer I » Quant aux pauvres soldats , ils sont déplorablement négligés. D'après d'excellents renseignements puisés , à ce qu'on assure , dans des documents officiels, des armées nombreuses cantonnées sur les bords de la Tbeiss et du Danube ont complètement disparu.

Chaque année, pendant quatorze ans » sur une armée de 200,000 hommes, il en est entré dans les hôpitaux 10,000, dont, annuellement, plus de 6,000 sont morts, sans compter ceux qui , depuis, se sont trouvés hors d'état de servir activement. On a longtemps agité la question de savoir si les hommes petits ou de haute taille sont les plus courageux. On prétend que le courage de ceux-ci est tellement éparpillé dans tout leur grand corps , que parfois il est difficile de le mettre en action. En France, on décide la question suivant le principe d'après lequel Napoléon formait sa garde impériale : « C'est le cœur, disait-il, qui fait le grenadier I » L'empereur Nicolas eherché à se po-

pulariser parmi ses soldats, et, comme trait caractéristique de mœurs parmi les troupes, on peut citer un officier qui, rencontrant un soldat le matin de Pâques, lui dit : a Christ est ressuscité. — Oui, répond le soldat. Christ est véritablement ressuscité. » Le matin de Pâques, Tempereur, embrassant la sentinelle qui était à sa porte, lui adressa les mêmes paroles. Il y a quelques années que, parlant à une sentinelle qu'il embrassait, il fut étonné, au lieu de la réponse ordinaire, d*entendre dire au soldat : « Oui , on le dit. » C'était un soldat tai*tare , et depuis cette époque nul soldat, si ce n'est ceux qui sont de la religion de l'empereur, ne peut faire le service dans l'intérieur du palais.

Le corps de la garde impériale russe se composé de 38 bataillons de 1,050 hommes, y compris un bataillon du génie; de 77 escadrons de cavalerie régulière ou irrégulière, à 190 hommes par escadron ; de 116 pièces de canon, avec 2,900 artilleurs. Le corps des grenadiers de la garde se compose du même nombre de bataillons d'infanterie et de génie, de 32 escadrons de cavalerie, et de 88 pièces de canon, servies par 2,200 artilleurs. Cette garde porte le nom de grande réserve de l'armée d'opération , et représente sur le papier 102,000 hommes.

La grande armée d'opération se compose de six corps, dont chacun compte 50 bataillons d'infanterie de toute sorte, génie compris, 32 escadrons de cavalerie et 112 canons, le tout représentant sur le papier une force de 376,880 hommes. A cela il faut joindre les deux corps de cavalerie de réserve cantonnés à Kherson et à Kharkoff , de 180 escadrons, et disposant de 120 canons, gros ou légers; soit, sur le papier^ 37,960 hommes. L'armée régulière se compose ainsi, en résumé, de 376,000 fantassins, 116,660 cavaliers, 24,900 artilleurs, A cela il faut ajouter 30,000 hommes de troupes irrégulières d'infanterie et 120,000 hommes de cavalerie irrégulière; en tout , 666,660 hommes.

Ce cadre formidable n* xiste que sur le papier, et ces états ont été dressés pour produire un effet sur l'opinion ; ils sont de la môme exao titude que les assertions de M. de Nesselrode» au sujet de l'entrée des flottes dans la baie de Besika. En admettant même que ces états fussent sincères, il existe un très^-graipid nombre de personnes intéressées à exagérer le nombre de soldats sous les armes dans les comptes de ra« tiens, et chacun sait que les officiers russes affichent un luxe hors de proportion avec leur solde.

La solde des troupes russes est la même qu'en 1830. Le soldat russe reçoit le quart de la solde d'un soldat prussien, tandis que ee dernier reçoit moitié de la solde d'un militaire français. Un lieutenant-général russe touche iSO francs .par an^ la solde d'uft capitaine en premier

prussien. Le capitaine russe a 4S0 francs par an , à peu près la moitié de la solde d'un lieutenant anglais.

Les batailloi^s russes sont de 1,050 hommes sur le papier : en campagne, et, en réalité, ils n'en comptent jamais guère que 650 ou 700, et les escadrons de cavalerie environ 100.

On peut donc, sans aucune exagération, évaluer Tarmée russe à 401,500 hommes tout au plus, ayant 278,000 baïonnettes, 98,600 sabres et 996 canons. Mais il faut remarquer que c'est, de toutes les armées européennes, celle chez laquelle les maladies, la fatigue et la désertion ont toujours fait le plus de non-valeurs. Tout considéré, il n'est guère possible que l'empereur de Russie puisse mettre en campagne hors de ses frontières, même dans un pays limitrophe comme la Turquie, plus de 200,000 hommes. L'élite de l'armée russe est le corps détaché du Caucase, composé de 115,000 hommes de toutes armes en bon état. Mais il règne aussi dans cette armée une grande mortalité, et l'ennemi contre lequel se sont jusqu'à présent mesurées les troupes manquait de munitions à ce point qu*il donnait ordre de ne tirer que sur les oflSciers.

Le recrutement porte une année sur les trente et un gouvernements qui forment la zone orientale de l'empire , et l'année suivante sur les vingt et un gouvernements qui composent la zone occidentale. Il prélève par an le cinq millième de la moitié de la population européenne, qui est à cet effet disposée sur les cahiers de recensement en séries de mille. Les nobles, le clergé, les marchands des guildes supérieures et plusieurs autres catégories moins importantes, sont exemptés. Certaines populations ne fournissent pas d'hommes , mais sont obligées de se racheter par un impôt considérable. Telles sont les populations des frontières autrichiennes, une partie de celles du Caucase et du gouvernement d'Archangel. Nulle part , Timpôt du sang n'est perçu avec plus de rigueur. Afin que le tzar ne perde pas ses droits en perdant ses recrues , chaque série de recrutés a ses remplaçants ou podstawnoi. Le tout y conscrits et substituts, est confié à des commissaires responsables et envoyé dans les dépôts, lié et garrotté le plus souvent , tant Tamour de la gloire et de la guerre ^st inné chez les populations russes.

« A voir, dit M. Léouzon- Leduc, tous ces hommes assis ou couchés sur de misérables charrettes, la figure livide, l'œil eflBrayé, la tristesse et la souffrance empreintes dans tous les traits, on dirait plutôt d'un convoi de forçats que l'on mène au bagne que d'une troupe de citoyens qui vont prendre place parmi les défenseurs de la patrie. Il n'est sorte de barbarie que les mandataires responsables n'exercent contre eux pour les empêcher de déserter. Les cachots, les chaînes , les entraves i rien ne leur répugne quand il s'agit de mettre

à couvert leur propre responsabilité. On en trouve qui vont jusqu'à river les recrues avec leurs suppléants , et ceux-ci avec les conducteurs des voitures. »

Le même auteur ajoute que toutes ces horribles précautions sont encore insuffisantes. Le serf veut bien supporter la glèbe seigneuriale ou le despotisme de la couronne. La pensée de la discipline militaire le saisit d'épouvante. Les mères , les sœurs, les fiancées ou les épouses des recrues, encore plus effirayées, meurent souvent de désespoir er entendant prononcer l'arrêt de service. D'autres fois , ce sont des enfants qui accompagnent leurs pères en poussant des gémissements affreux.

Les chiffres de la marine russe et son organisation sont moins connus que ceux de son armée. L'excellent statisticien Duruy ne lui assignait en 18iSi>0 que 80 vaisseaux et 30 fi;égates. Si la Russie , ajoutait-il alors , possède en abondance tous les matériaux de construction et d'agrès , les matelots et les officiers lui manquent , et pour champ dé manœuvre elle n'a, au lieu de l'Océan, que de petites. mers ou plutôt de grands lacs. En outre, les eaux limoneuses de la mer Noire usent rapidement ses navires , qui ne peuvent durer plus de dix ans , tandis que, dans la Baltique, les bas-fonds et les bancs de sable des trois golfes russes de Bothnie , de Livonie et de Finlande ne permettent pas l'emploi des gros bâtiments de guerre. Tout le monde sait d'ailleurs que les ports militaires de la Russie sont Cronstadt , Rochsenhalm , Revel, Baltisch-Port, sur la Baltique; Ârchangel, sur la mer Blanche; Sébastopol , Caffa , sur la côte de Crimée; Nicolaïef , sur le Boug ; Kerson, à l'embouchure du Dnieper; Astrakan , aux bouches du Volga , et Bakou , sur la mer Caspienne.

D'autres statisticiens portent les chiffî'es de la marine russe beaucoup plus haut que les précédents auteurs. Ainsi , M. Kubalski l'estime à 45 vaisseaux de ligne , dont 8 à vapeur, 30 frégates, 128 bricks et corvettes. Le nombre des marins et des soldats d'équipage serait de &S,000. Les journaux allemands sont encore plus généreux que M. Kubalski. D'après eux, la force maritime actuelle de la Russie est de Si vaisseaux de ligne, 28 frégates , 40 bricks ou corvettes , 34< bâti-ments à vapeur. Le chiffre des marins dans cette hypothèse est à peu près le mémequecelui deM. Kubalski. La principale partie de cette force est dans la mer Noire, oii , suivant tous les rapports ^ on compte 15 vaisseaux , 10 frégates , 23 bricks , corvettes et cutters , 14 vapeurs de guerre et 18 grandes corvettes de charge.

Une statistique quasi officielle compte 7 vaisseaux de ligne de 100 canons et au-dessus, 10 de 84 canons, 30 de 74 canons, 30 frégates , 5 corvettes, 20 bricks. Ces bâtiments sont montés par environ 50,000 hommes. Voilà pour l'ensemble de la flotte. Elle forme deux divi**

sions : celle de la Baltique et oelle de la mer Noire. La première comprend & vaisseaux de ligne de 100 canons et au-dessus; 6 de 84. ca* nons, 18 de 74 canons , 18 frégates , 3 corvettes , 12 bricks , montas par environ ?0,000 hommes; la seconde, 3 vaisseaux de ligne de 100 canons et au-dessus , 4 de 84 canons , 12 de 74 canons , 12 frégates , 2 corvettes , 8 bricks , montés par environ 20,000 hommes. A ce grand effectif il feiut ajouter encore de nombreux bateaux à vapeur et des flottilles à rames ou galères dont il est impossible de fix<*r le chiffre , mais que Ton peut évaluer pour les deux mers à plus de âOO. Suivant la statistique qui vient d'être citée , le personnel eomplet de la maiiae russe , tous les bâtiments compris , s'élèverait à 79,269 hommes.

On sait que le soldat russe est u<ie machine, ira automate. Lui diten : Halte! il s'arrête; lui dit-on : Marche I il manche^ fiàt-ceàtravers deliglaees eu des flammes. Dans la grande inoKvdation qui détela Saint'-Fétefsbonrg le 7 novembre 1824, mi soldai du régiitient Prio^ bf^jmski était en faction à ta porte du ^rdtii d'été situé sur le grand quai de ta Neva. L'eau venait déjà )»s(fu'à sa ^eânture sans qu'ii son-* geàt à quitter son poste. Un de ^s camarades ae souvient de Ini et cherche à parvenir Qs6ez près de l'endroit on il se trouve, poorponvoir s'€n faire entendre, li lai crie de se sauver; le feoUiannaîre répond qu'il faat qu'on supérieur lève sa consigne, Heureusement la proximité deà casernes permet au soldat d'obtenir l'ordre de l'ofiicier, «t de l'apporter assez à temps pour empêcher la sentinelle de devenir victime de sa ^bordinaiion.

Les malheureux soldats russes ^nt volés par kmrs officiers qtti vendent les vivt^es, les effets, les équipements, à moins qti^Hs n'^evit prévenu les livraisons des fournisseurs en s'apprôpriant Targent^s*tîfié'à les pkyét% A tous tes ^egréd de l'échelle aémtnislrati«« en Rttssie^ dit M* Léou^son-Leduc, les foHctîonDa4res et les employés volent^ <]loiltne ce vice invétéré l'empereur ne peut rien. On a vu pmc (5e fait des cok>nels> des généraux, -des contre^amu^aux, dégradésoa kits simples soldats. Cet exemple ne produisait auoun ^flèt. H est atvéré que sur les 1W,^00 hommes, perdus par la Mssie 'en ^ïM dans la campagne des Balkans, la plus grande pat^e périt victime^eS privations de tou^ natore qu'imposait à l'armée ta cupidité des géné" raux '€ft des intendants.

ï^assons maintenant aux forces turques :

L*àfmée ottomane se divise en deux services distincts : le service actif, nizanif et* la réserve, reàif.

L'armée active est composée de six corps d'armée ou camps appela or^oitô et pRu^ sous 4e commandement d'un muchir (feld-marécbal). Chaque ordou forme deux corps «ou divisions s4Maâ lesedrdras

iVaaferik {général de division). Chaque division est composée de trois brigades commandées par des hivas (généraux de brigade). Vordou entier est eomposé de ônse régiments, dont sixd^infanterie, quatre de cavalerie et un d'artillerie. Chaque régiment dMnfanterie est composé de quaU'e bataillons à huit compagnies. Le chiffre réglementaire de cbaqtte baitaillon est de 816 hommes (oflSciers, sousK>fficiers et soldats), ayant un chei de bataillon et un corps d'officiers et de service organisé à peu près sur le modèle de Tinfanterie française. En ajoutant leeolonel (mîz-alai), le lieutenant-colonel (datmocam) et le major {<Uai-€nUns)j reffectif de chaque régiment à quatre bataillons est de 3,265 hommes. Toutefois il paraît que le chiffre réel ne doit pas être compté au*delà de 2,800. Les régiments de cavalerie sont formés de six escadrons : le premier et le sixième sont des chasseurs ou hussards, les quati'e autres sont des lanciers. En se formant en bataille, les lanciers sont ea preHÛère ligne, les chasseurs viennent ensuite. Chaque régiment, y compris son état-major et la compagnie hors rangs, compte 934 hommes, qui doivent être réduits à 736, soit 120 hommes par escadron. Les régiments d'artillerie sont composés de 1,765 hammes et de onze batteries, dont trois à cheval et huit à pied, pourvues de 6k pièces de campagne, plus quatre obusiers de montagne. L'^efectif 4e l'ordon est donc de six régiments d*infanterle à 2300 hommes, soit 16,800 hommes; quatre régiments de cavalerie à 720 hommes, soit 2,880 hommes; un régiment d'artillerie à i,76S^ hommes, en tout 21,fcli.5, avec 68 bouches à feu.

En ddiors, et indépendamment des six ordouSj il existe dans certaines localités des céserves distinctes et des garnisons considérables» par «Xiemple, à Constantinople même, à Candie, à Belgrade, à la Mecque, à Ssdonique^ etc., et le chiffre -de ces corps, y compris le génie elles pontonniers, peut être évalué à 40,000 hommes, répartis principalement dans plus de cent forteresses de TAsie, de TËurope, de l'Afrique et de l'ArchipeK En récapitulant on trouvedonc : 36 régi< ments d'intanierie, effectif 100,800 hommes; 2i' régiments de cava« lerie, dFectif 17,280 hommes ; six régiments d'artillerie, effectif 7vB00 h«mimes; plus 40,000 environ de garnisaires et de corps spéciaux. Total pour l'armée active, 165,880 hommes.

L^ordonnance de 1843 fixe la durée du service dans l'armée active à cinq années, à l'expiration desquelles les soldats sont renvoyés dans leurs foyers pour y être incoiporés dans le redif, où ils sont maintenus pendant sept autres années. Le redif est véritablement une seconde armée présentant dans les différentes armes un nombre de régiments égal à celui de l'armée active. Chaque ordou a son redif, placé en temps de paix sous les ordres d'un Iwa, qui tient sa résidence au quartier génécal de l'ordou. Les régiments des redifs sont divisés, eu

égard aux localités, en bataillons ou escadrons et compagnies, ayant des cadres complets en officiers et sous-officiers. Ces derniers reçoivent de rÉtat une solde permanente. Us sont tenus de rester dans les villes et villages de leurs subdivisions et de faire faire une fois par semaine l'exercice à leurs soldats. Chaque année, pendant un mois, les redifs se rassemblent au quartier général de Tordou dont ils font partie, pour être exercés aux grandes manœuvres. Pendant toute la durée de ces rassemblements, ainsi que pour l'aller et le retour, les soldats reçoivent la solde de garnison avec la ration de vivres. Dans chaque lieu de cantonnement, il existe des dépôts d'armes pour servir aux manœuvres et au besoin à un armement immédiat. Ainsi le redif répond à peu près exactement à l'organisation de la landwehr prussienne.

Au moyen de cette organisation, le gouvernement turc s'est assuré sur toute l'étendue du territoire une force militaire disponible égale à celle de l'armée active, et susceptible d'être portée, dans un délai de quelques semaines, soit sur la ligne des Balkans, soit sur tel autre point du territoire. L'intendance de l'armée ottomane et l'approvisionnement de son matériel sont organisés dans des proportions analogues à sa force numérique. Elle possède des poudrières fabricant de la poudre de guerre comparable pour la qualité aux meilleures de l'Europe, des fonderies de canons et de boulets, des manufactures d'armes, des haras. La magnifique fonderie de canons de Top-Hané fabrique par an 300 pièces de tout calibre. Le nombre des pièces en réserve, en 1848, était de 1,200. La Turquie possède aussi une école polytechnique, une école d'artillerie et du génie, des écoles militaires, des hôpitaux militaires nombreux et parfaitement tenus^ des établissements impériaux destinés à fournir à l'équipement des troupes, tels que la fabrique impériale de draps à Izmid.

Au double effectif de l'armée active et de l'armée de réserve il faut encojre ajouter les contingents auxiliaires que doivent fournir les provinces tributaires et les corps irréguliers. Les provinces appelées à fournir des contingents réguliers sont : l'Egypte et Tunis ; celles qui fournissent des contingents irréguliers sont : la Syrie, le Kurdistan, l'Azistan, l'Albanie. Le contingent régulier de l'Egypte, indépendamment de sa flotte, produit 30,000 hommes, et celui de Tunis 12,000. Les contingents irréguliers peuvent être très-considérables. Ainsi la Syrie serait en mesure de donner facilement plus de 50,000 cavaliers, si les ressources du trésor ottoman permettaient de faire la dépense de leur entretien ; le Kurdistan 30,000 hommes; l'Azistan 20,000 hommes; l'Albanie 15,000.

A ces chiffres, il convient d'ajouter la gendarmerie (jsoph') musulmane , qui peut détacher aisément 12,000 hommes; les Tartares de

Dobrodja et de TAsie-Mineure ; enfin^ là réserve très-considérable des Bacby-Bozouk, composée des vieux soldats de toute Fancienne armée, auxquels on a donné le nom de Bachy-Bozouk, qui signifie littéralement têtes gâtées^ parce qu'ils n*ont pas été soumis à l'ordonnance nouvelle de l'armée et qu'ils portent l'ancienne coiffure.

On évalue le chiffre .total des premières catégories à plus de TO^OOO hommes; celle des Bachy-Bozouk s'élèverait à près de 200 mille hommes.

En résumé , il résulte de l'ensemble des calculs qui précèdent que les forces ottomanes présentent l'effectif suivant :

Nizam et redif , 300,000 h.

Réserve, garnisaires, corps spéciaux, 40,000

Contingents réguliers , 4-2,000

Contingents irréguliers, i 27,000

Gendarmerie, volontaires, Tartares, 70,000

Total : 579,000

Plus, Bachy-Bozouk, au moins 195,000 hommes, tous musulmans. Nous ne parlons pas en effet des populations chrétiennes. Pourtant, il ne faut pas oublier qu'Omer -Pacha, lors de la dernière campagne de Bosnie^ avait dans son armée 12,000 Bosniaques chrétiens, et que dans ce moment il se trouve sur le Danube 2,000 Albanais catholiques.

La plupart des renseignements qui précèdent et les chiffres qui les complètent ont été empruntés, partie à l'ouvrage remarquable publié récemment sous le titre de Lettres sur la Turquie, par M. Ubicini, partie à un travail de M. Duplan et à des documents authentiques. .

Il reste à faire connaître^ d'après la situation parvenue à Paris dans ces derniers temps, la distribution des forces qui peuvent être appelées à concourir plus ou moins prochainement aux opérations de la guerre engagée actuellement avec la Russie.

Les garnisons réunies dans les places du Danube, en Roumélie (Europe), se composent des forces suivantes : A Widdin, 8,000 hommes; à Micopoli , 2,000; à Rousthsjouk, 5,500; àSilistrie, 6,000; à Ressova, 2,000; à Hirchova, 1,500; à Matchin, 3,400; à Isachtza, 1,800; à Tultza, 1,200 ; total, 31,400 faisant le service de 2,600 bouches à feu. Le corps d'armée active d'Omer-Pacha compte : Nizam réguliers, 95,000 hommes; redif, 22,000 hommes; contingents d'Egypte, 18,000 hommes; Bachy-Bozouk, 36,500 hommes; total, 171,500 hommes ayant 246 bouches à feu.

Le corps de réserve a pour centre Andrinople. Il se compose de 22,000 nizam réguliers ; 15,000 redif réguliers ; 12,000 Bachy-Bozouk ; total, 49,000 hommes avec 80 bouches à feu.

— la- Il y a enfin en Anatolte (Asie), près d*Albalzig , le eorps d^ Selim- Pacba comprenant : Mizam , 24,000 hommes; redif , $,000 hommeâ; Bachy-Bozouk, i!^,000 hommes ; total , 36,000 hoouâes avec 90 bouches à feu.

L'armée d'Asie est complétée par le corps d'Abdi-Pacha, stationné près d'Érivan, et consistant en 28,000 hommes du nizam; 12,000 redifs; 15,000 Bachy-Bozouk; total, 5S,000 hommes avec 12&bouob«s à feu. En somme , les forces actives de la Turquie, tant en Asie que sur le Danube, s'élèvent au chiffre de d&'âjMO hommes, munia de 2,600 pièces de rempart et de 531 pièces de campagne, et il y a derrière elles une réserve de plus de 500,000 hommes qu'il est toujours possible d appeler sous les drapeaux et de diriger contre l'ennemi.

Omer-Pacha a fait venir de nouveau, auprès de luf, le docteur Thirk, qui était son premier chirurgien dans la campagiie de 18^49. Le docteur Gaal reste à Serajewo comme chirurgien en chef. Les troupes turques venant de l'Asie ont beaucoup à souffrir de pleurésies, pneumonies, fièvres, etc., notamment les hommes de couleur. Mais les régiments delaRoumélie, de l'Albanieet de laMacédoine se portentmieux. Jjds redifs et les volontaires, moins bien vêtus et nourris, tombent aisément malades. A rexception de Varna , Schoumla et Ratschuk, tes hôpitaux manquent partout. Dans ceux qui existent ^ il n'y a ni médecins ni hommes capables.

Il ne faut pas se dissînmler que sous beaucoup de rapports le soldat turc ressemble au soldat russe. Là le knout ; ici la bastonnade. L'un et l'autre sont volés par leurs su|)érieur6. On sait comment se pratique presque partout le recrutement en Turquie. On cerne un village; on en chasse dans un enclos la population. Tout ce ^ui est faible ou défectueux est renvoyé. Les hommes valides sont enchaînés par couples et marchent sous le fouet jusqu'à leur destination.

La flotte turque se compose de trois divisions , dont Tune est à Batoun , la seconde à Sifopolis et la troisième dans^le Bosphore. La division du Bosphore comprend les navires suivants :

Navih-i-Babri dQ bk canons et 500 hommes.

Marate-Safer 42 400

Farsli-llat 40 400

Missari-Ferak 24 ' 200

Faizi*Arbout 20 BOO

Mahnewedick 124 1,280

Miihoredils 118 1,140

Nesimi-Safer 50 460

Peikee Hesserit 80 710

Sbali-Vakri 64 SOO

Mizzetich 74 710

Kaidî-Safisf &6 45»

A\4m-Itah S6 39»

Sberif-Numar 90 180 ,

Tedjri.Sefit 22 180

Gul-Refis 92 180

Djaî-Ferah]. ......... 18 180

Na^amieh <0 690

Nedjat-î-Fer 22 180

Nodjinî-Feshan Si. 180

Swragh-i-Bahri 22 130

Felhi^Valem 20 180

CaBoas, 0oanme«> Ghev«q^,

Medjidik 32 aOQ frSQ

Taïf îa 300 $50

Faizi-Vabri .22 300 450

Taki-Sodi 83 300 450

Esseri-Djedid 4 150 300

Eregli 3 i30 180

Messeri- Vakri 3 90 130

Tari-Vakri 3 130 180

Moohberi-SoqvQur 86 380 550

Hfincdouicb SO) . ..

^ V VM V ^ „^ en construetian.

On prépara en outre plusieurs petits steamers dans rarsent},

A Texception de quelques canons placés sur le haut pont > les w* très canons sont de 32.

La flotte égyptienne dans le Bosphore se compose des paviros aui* vante:

Vaisseaux : $ihudubad, 94 canons, 900 hommQs d'équipage; illepoo, 100 canons, 1,000 hommes; Miftajehah^ 100 eaoona» .1,000 hommes. -^ Frégates : Bakurali, 6\ canons, 500 hommefi; Rosetta^ 66 canons, 500 hommes; Damietta, 84 canons, &5D hommes; TkBitfihud, 5'» canons, 450 hommes. -<- Corvettes : Samah-Paho 9 86 canons, 150 hommes; Tahud^Baikur , 26 canons, 150 hommes. ««-Brick : Surhar^ 18 canons, 120 hommes, r^ Steamers : Nii^ 8 eanons, 170 hommes, 360 chevausi; Peomanhuhor 9 k eaOQUSi^ hommes, 225 chevaux.

L.es forts du Bosphore sont en bon état et bien plus forts qu^à l'arrivée du prince Menschikoff. Les meilleurs ports de la Turquie, sur laoAtedela mer Noire, sont ceux de Betoun, de Dftvam9,{iiès Varna. Ce sont des ports naturels qui ne doivent absolument rien à

Tart. Il est probable qu'il y a bien d*autres mouillages , mais on ne les connaît pas, parce qu'on n'a poussé que des reconnaissances imparfaites et queles Turcs ne voient qu'avec répugnance sonder leurs baies et mouillages.

Le commencement des hostilités sur la mer Noire entre les flottes russe et turque sera un événement nouveau et d'un haut intérêt. En effet , on ne connaît par expérience la puissance navale d'aucun des deux peuples, et il n'y a guère de mer s^r laquelle il se soit livré moins de batailles que la mer Noire. A peine trente ans se sont-ils écoulés depuis que la Porte a consenti à ouvrir cette mer aux navires de commerce chrétiens , qui n'y pénétraient plus depuis l'expulsion des Génois au xv« siècle. La création de la flotte russe de la mer Noire date en quelque sorte du siècle actuel , et à la dernière guerre navale , le désastre de Navarin priva les Turcs de toute espèce de ressources pour faire la guerrp navale. Le passage du Bosphore a été fermé avec une extrême jalousie^par la politique de la Porte et par les traités aux pavillons européens.

La mer Noire mérite le nom funèbre que lui ont donné les modernes. Sur 365 jours de l'année , il y a 364 tempêtes ; aussi ses côtes sontelles souvent parsemées çà et là de navire» crevés , échoués ; on en rencontre en plein air avec la quille en Tair et les mâts en bas. La nature n'y semble pas dans un état normal : ces ouragans fréquents, cette bise incessante qui, pendant l'hiver , souffle sur Constantinople, rendent la ville impropre aux constructions maçoi^nées à cause de l'humidité, et forcent à élever des constructions en bois, cause de tant d'incendies. Les nuages monstrueux qui pendant Tété planent sur cette mer, des volcans embrasés, des gouffres brûlants vomissant la flamme , tout offre un caractère étrange et sauvage. La mer Noire est un vaste gouffre d'une grande profondeur, car elle n'a point d'îles. Récipient de toutes les pluies qui tombent en Autriche, dans la Russie méridionale, dans les Turquies d'Europe et d'Asie, elle reçoit par de grands fleuves comme le Danube, le Prutb, le Dniester, le Dnieper, le Bug, le Don, des quantités d'eau sans proportion avec la superficie qu'elle présente à l'absorption de l^tmosphère. Le trop plein s'échappe impétueusement par le Bosphore, ce qui forme son courant et celui des Dardanelles , que les bâtiments ont peine à surmonter. Ce courant est si rapide sur certains points du Bosphore , comme à Bebeck, par exemple, qu'il faut faire tirer les caïks à la corde. Aux dangers que présente cette mer se joint la difficulté pour les navigateurs de trouver l'embouchure du Bosphore. On l'a signalée par deux phares , d'oîi lui vient le nom turc de Fanar-Ki; mais souvent, dans la nuit, des feux de charbonniers trompent les pilotes et causent des sinistres.

L'escadre turque , commandée par Mushaver-Pacha (Pacha étranger), plus connu sous le nom de capitaine Adolphus Slade , est partie avec des instructions hostiles, et quoique Ton ne sache pas exactement quelle est sa destination, sMl est vrai qu'une flotte russe soit sor« tie de Sébastopol , il n'est pas douteux que l'amiral Slade ne rencontre l'ennemi. L'escadre turque se compose d'un vaisseau de ligne, de six frégates et de plusieurs steamers, dont les Turcs sont mieux fournis que les Russes. Quelques frégates turques sont puissantes : celle du capitaine Slade lui-même a deux ponts et 72 canons. Ces navires ont tenu la mer tout l'été, et peuvent combattre les Russes à forces égales. La discipline et le régime de bord sont tout anglais , et ont été introduits par le capitaine Slade, par son prédécesseur sir Raldwin Walker et par le capitaine Bolare, instructeur des artilleurs. Les équipages et les officiers sont Turcs; on les dit bons pointeurs, mais médiocres matelots, quoique sous ce rapport même ils ne soient peut-être pas inférieurs à leurs adversaires. Si la saison était mauvaise, il est probable que les deux escadres souffriraient plus de la mer que de l'ennemi.

Voici maintenant l'état de la flotte anglo-française mouillée dans la baie de Beïcos, un peu au-dessous de Therapia , à quelques milles de Constantinople :

La flotte française se compose du Henri lYy du Jupiter ^ du Nupaléon , du Friedland , du Charlemagne , du Mogador , du Yalmy , du Bayardy de l'/ena, de la Ville-de-Paris et des steamers firomer, Sanéf Magellanj Catouy H^on et Prométhée.

La flotte anglaise est composée des navires : le Britannia , de 120 , portant le pavillon amiral;le Trafalgar^de 110;rAi6iin,de 90; laFmgeancej de 84; le Bellérophouy de 78; le Sans^Pareil, à hélice, de 70 ; YÀrétkuse,àe50;\e Léandre, de 50; la Rétribution y frégate à vapeur, de 22; le FuriouSy dito, de 16; le Tiger, dito, de 16 ; le Sarnson, dito, , de 6 ; le Kiger , de 14 , à hélice ; le TTasp , de 4 , à hélice ; le sloop à vapeur le Fury, de 6 ; Vlnflexible^ de 6, et le Spitfirej de 3. Ces bâtiments ont été renforcés par le Terrible^ de 21 canons, 800 chevaux , 330 hommes; le QVreen, de 116 canons, 950 hommes; le London, de 90 canons , 820 hommes ; VAgamemnon, de 91 canons, 550 chevaux, 860 hommes; le Léopard, de 16 canons, 560 chevaux, 300 hommes ; le Higflyer, de 21 canons , 250 chevaux, 230 hommes : total, 355 canons, 2,160 chevaux, 3,480 hommes; ce qui, ajouté à la flotte anglaise déjà réunie, fait un total de 29 vaisseaux, 1,240 canons, 7,492 chevaux, 12,332 hommes.

L'aspect de tous ces bâtiments offre le coup d'œil le plus imposant.

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