‹ Les Rythmes: comme introduction physique à l'esthétique, Nouvelles méthodes d'analyse et leur application à la musique, aux rythmes du français et aux mètres doriensChapitre 35 sur 91 · LES OBSTACLES À L'ESSOR DE LA MÉTRIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LES OBSTACLES À L'ESSOR DE LA MÉTRIQUE FRANÇAISE

que des vers blancs, et ne voyaient qu’elle. C'était métrique prosodique ou métrique arithmétique. Mais on ne s’avisait guère, en prose, de voir le rôle joué par l’accent tonique. En vers, on le voyait bien, parce que la division du vers en membres, la question des césures, obligeaient absolument de le regarder. Mais il semblait qu’on l’oubliât aussitôt.

C'est en 1925 seulement que nous avons montré le rôle essentiel des rythmes toniques en français, comment ils commandent les autres métriques et comment il est impossible de se faire une idée des rythmes de la prose en les négligeant ?.

3. Le vers autrefois étudié avant la prose. Changement de point de vue. — Une autre source d’embarras inextricables, c'était qu’on étudiait le vers d’abord, et puis la prose en fonction des remarques faites sur le vers.

Avant 1925, on savait un peu analyser le vers dans la mesure où l’on peut savoir analyser le vers quand on ne sait pas encore analyser la prose.

Quant à la prose, on s’efforçait de l’analyser au moyen des quelques remarques faites sur le vers. La première de toutes, c’est que le rythme, en français, devait avoir la forme des vers, c’est-à-dire des vers blancs, puisqu'on ne connaissait que ceux-là (excepté ceux qui suivaient Baïf dans la vaine recherche de vers mesurés).

De là la proposition implicite dans toutes ces ana-

(2) Essai sur les Rythmes toniques du français.

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PROSE ET VERS lyses. Il y a rythme dans la prose, là où il y a des vers arithmétiques dans la prose: groupes de syllabes égaux, OU inégaux.

Ces procédés d'analyse, nés du vers, contraignaient à commettre, ou une hérésie musicale : trouver belles les files de vers blancs égaux, afin d'expliquer les belles proses en y montrant la présence de ces beautés bien équarries; ou bien alors il restait de commettre une absurdité théorique : expliquer ces proses en y montrant l’inégalité des groupes arithmétiques qui les composent. Une page est bien rythmée, parce qu’on y voit un mélange de lignes de 5, 6, 7... 11,12,13, etc. syllabes. Propriété qu’elle a en commun avec « Nicole, apporte-moi mes pantoufles », qui ne peut servir de différence spécifique, qui prouverait que toute prose au monde est bellement rythmée.

Nous avons interverti les étapes de l'étude. Il semblait douteux que le vers pût être analysé par qui n’est pas encore en état d'analyser la prose. Ce devait être un trompe-l’œil.On analysait les règles de Boileau ou leur effet sur le vers, non pas le vers lui-même.

Nous avons donc renoncé à regarder d’abord du côté du vers. Il fallait tenir pour provisoirement nulle la science acquise à son contact : puisqu'elle aurait dû être une science du rythme, quel qu’il fût; et qu’elle aboutissait à choquer, soit la raison, soit le sens musical, dès qu’on l’appliquait à l’ensemble du domaine rythmique des mots français.

Nous avons adopté, comme première étape, Pexamen de la « prose » : plus exactement, des ensem-

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